‹ Nouveau manuel complet de l'observateur au microscopeChapitre 142 sur 169 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

DES OSCILLAIRES OU OSCILLATOIRES , DES LYNGBIA , BANGIA ,

SULPURAIRE, ETC.

Le nombre des algues filamenteuses et des végétaux inférieurs dont la structure en fils très déliés, ne peut être révélée que par les microscopes les plus puissans, est encore considérable quand on en a séparé les conferves , les vauchéries et les zygnèmes. Nous en indiquerons sommairement quelques-unes, mais nous allons d'abord parler avec quelques détails des oscillaires ou oscillatoires, ainsi nommées à cause des mouvemens spontanés de leurs filamens verts ou noirâtres : mouvemens si prononcés qu'ils ont conduit quelques naturalistes à douter de la nature végétale de ces petites algues, et que, daus tous les cas, ils doivent montrer combien la limite entre les deux règnes est difficile à tracer, si toutefois une telle limite existe.

Les oscillaires constituent un grand nombre d'espèces qui se distinguent entre elles par le diamètre de leurs filamens, par leur couleur et par leur habitation. Les unes, en effet, se trouvent exclusivement dans les eaux douces ou salées , limpides ou stagnantes , d'autres sur la terre ou sur les murs humides, comme VOseillaria parieiina, la plus commune de tou-

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tes , qui couvre d'un enduit d'un vert très foncé noirâtre , visqueux, les a VI é es de jardin, le pied des murs et les interstices des pavés, dans les rues et dans les cours peu aérées, et qui , desséchée en croûte mince amorphe pendant Tété , reprend la vie quand il pleut depuis plusieurs jours.

Cette oscillaire, disons- nous, est vert-noirâtre, quelques autres, dans les eaux, sont encore plus noires ; mais la plupart de celles qui vivent dans les eaux sont , au contraire , d'un vert très vif , tantôt plus bleu , tantôt plus jaune : ce sont des ûlamens toujours simples , plus ou moins distinctement engagés dans une base mucilagineuse ; leur diamètre, toujours uniforme pour une même espèce , varie communément d'une espèce à l'autre , entre o,oi6 et 0,004 , cependant il y en a de beaucoup plus minces , car dans de vieilles infusions , on voit des filamens verts oscilîans qui ont seulement 3 ou i millièmes de millimètres ; d'un autre côté, on indique V Osc'dlaria major des eaux thermales, comme ayant ses filamens épais de-o,o*28 , et Ton assigne un diamètre de o,o375 à ceux de YOscillaria pria* ceps , observée par Vaucher à la surface des eaux. L'espèce la plus commune, Î'O. parietina dont nous avons déjà parlé, a ses filamens longs de 4 à 5 millimètres , et épais de 0,0060 à o,oo65.

Chaque filament d 'oscillaire est formé d'un cordon continu de matière verte contenant des granules ou reuflemens en séries transverses assez régulièrement espacées; ce cordon est aminci à l'extrémité, et forme une pointe alongée et émoussée, plus diaphane et beaucoup plus mobile que le reste, car on la voit s'infléchir de côté et d'autre comme un doigt ou comme l'extrémité d'une trompe (pl. XXVIII fig. tr, ah). Cette pointe est en outre souvent munie d'une houppe de filamens muqueux irréguliers , chez lej espèces terrestres et chez celles des eaux fangeuses. Le cardon ds substance colorée vivante des oscillaires est revêtu d'une enveloppe diaphane muqueuse, plus ou moins résistante , qui reste quelquefois comme une membrane, quand la substance colerce s'est retirée soit de l'extrémité soit de quelques points intermédiaires , où le cordon se trouve alors interrompu. Cette enveloppe, d'ailleurs, se rompt très facilement , ainsi que la substance contenue , et l'on voit une foule de filamens d'oscillaires , accidentellement privés de Jeur extrémité pointue, et terminés brusquement, ou simplement

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arrondis au boni. Quand les filaniens d'oscillaire commencent à se décomposer soit spontanément quand ils ont été laissés un instant à sec, ou quand l'eau qui les baigne s'est altérée, soit par l'action chimique des alcalis, ou des acides ou de l'alcool , la substance colorée tend à se diviser transversalement en segmens qui pourraient faire croire que le filament était primitivement cloisonné ; mais on reconnaît bien que c'est simplement uti effet de la contraction de cette substance intérieure. En même tems l'enveloppe diaphane se dissout et disparait de telle sorte que , au bout de quelques heures , il ne reste plus que des segmens disjoints et même isolés, (pl. XXVIII fig. 1 1 ).

Dans les petites espèces , on ne voit que deux ou trois granules à chaque rangée transverse ; dans les plus grosses , ces grauules forment des rangées de six et de huit sur la face antérieure , et comme les filamens sont cylindriques , on peut bien admetre qu'il en existe un plus grand nombre. On voit d'ailleurs, entre les rangées régulières de granules, d'autres rangées à peine marqués de granules naissans, dont le développement successif produit i'alongement du filament.

Les il la mens des oscillaires se courbent de côté et d'autre en oscillant lentement , mais quelquefois aussi en se courbant et se redressant d'un mouvement brusque et par secousses. C'est particulièrement pendant l'été qu'on les voit se mouvoir plus vivement, cependant il faut un peu d'attention pour l'apercevoir d'abord , et quand on a mis une petite touffe d'oscillaire entre des lames de verre avec de l'eau , on pourrait croire d'abord que c'est par un simple effet d'élasticité que les fila mens diversement courbés et entremêlés se redressent successivement.

Ces ûlamens, en vertu de leur motililé , tendent sans cesse à se disposer en houppes rayonnantes , soit dans le liquide soit en rampant sur les surfaces humides ; cette disposition se manifeste déjà au bout de quelques heures si l'on a étalé sans ordre des oscillaires sur une assiette ou sur une lame de verre avec de l'eau , et l'on peut même par là reconnaître tout d'abord ces végétaux.

Plusieurs autres végétaux en filamens animés et pour la plupart non encore classés, offrent une structure différente de celle des oscillaires. Les uns , sans membrane propre , paraissent formés d'une simple file de globules, les Anabaincs

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sont en outre entourés d'une épaisse couche mucilagineuse souvent difficile à voir; d'autres paraissent ne différer des vraies oscillaires que par leurs granules irrégulièrement disséminés , au lieu d'être en rangées transverses. 11 en est d'autres enfin qui sont composés d'une membrane diaphane résistante, avec des granules irrégulièrement disséminés dans l'intérieur ; tels sont ces filamens blancs d'une extrême ténuité qui se présentent en houppes légères , dans les eaux minérales sulfureuses , et qui se développent aussi dans les infusions putréfiées d'où il se dégage de i'hydrogèue sulfuré , comme il arrive • par exemple , avec les eaux des environs de Paris , si chargées de sulfate de chaux. Ces filamens s'agitent d'une manière très évidente , et souvent même plus vivement que les oscillaires ; c'est en raison de cette motilité que leurs touffes flottantes dans les eaux sulfureuses sont si élégamment épanouies.

D'autres filamens n'ont pas montré de motilité ou en ont montré fort peu, telles sont les Lyngbya en filamens verts , épais de 0,01 9 (pl. XXVIII, 1 4 ) qui se composent d'un tube membraneux continu , renfermant une substance verte divisée en disques ou segmens superposés , qui plus tard se séparent et se dispersent pour reproduire la plante, chez les Lyngbya , il arrive souvent que le tube reste vide, soit à l'extrémité , soit dans certains points de sa longueur : cela semble indiquer dans la substance verte elle-même , une contractilité propre et une motilité qui , en raison delà solidité de la membrane, se manifesterait seulement par des changemens de longueur dans l'intérieur du tube.

Les Bangia forment des touffes de filamens simples brunâtres sur les corps submergés dans une eau courante , et se rencontrent souvent aussi dans cette couche de vase et de végétations microscopiques qui recouvre les plantes et les pierres submergées ; ce sont des filamens comprimés , renfermant dans leur enveloppe membraneuse , des granules colorés soit en brun rougeâtre soit en fauve jaunâtre , disposés transversalement par paires ou par séries de 3 » 5. Les Scytonema en diffèrent parce que leur matière colorante forme des lignes transverses et non des granules distincts.

On pourrait encore citer les nombreux filamens blancs ou incolores, droits ou divisés en rameaux dressés, formant ces végétations aquatiques désignées assez vaguement sous le nom

DU NOSTOG , DES ULVES , ETC. a85

de Leptomitus , et qui se développent sur les corps eu décomposition dans l'eau , ainsi que les Achlya et les divers filamens byssoïdes en touffes rameuses qui sont un mode du dévelop pement de certains champignons ; mais nous y reviendrons.

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