DU NOSTOC, DES ULVES ET DE QUELQUES AUTRES ALGUES
Le nostoc est un végétal qu'on voit paraître sur la terre humide après les pluies ; il est en masses de i a 6 centimètres, chiffonnées , molles , gélatineuses , d'un vert-brunâtre sale , et ressemble tout d'abord à un morceau de feuille de chou pourrie ; pendant la sécheresse , il se réduit presque à rien et disparaît pour se montrer de nouveau quand il s'est gonflé par l'absorption d'une grande quantité d'eau. Sa structure, si simple qu'elle soit, mérite de fixer l'attention de l'observateur au microscope, et parce qu'elle a été souvent fort mal indiquée, et parce qu'elle doit mieux faire comprendre le mode de multiplication de la substance colorée vivante des végétaux inférieurs et conséquemment de ces végétaux eux-mêmes. Le nostoc commun se compose de globules granuleux verdâtres , , larges de 0,006, réunis à la file , en cordons diversement contournés et flexueux , lesquels sont entourés chacun d'une épaisse couche mucUagineuse demi-transparente , dont la soudure mutuelle et la consolidation déterminent la forme et l'aspect de cette plante. Les globules réunis en fibre ou séries au nombre de 3o à 60, sont ou réunis par un cordon très mince , ou séparés par un étranglement , ou même soudés deux ensemble quand ils proviennent de la multiplication par division spontanée de l'un Rentre eux ( pl. XXIX. fig. 8. c ). C'est à tort qu'on attribue à ces files de globules la faculté de se mouvoir spontanément, après avoir été mis hors de leur enveloppe par la dissection dans l'eau. Leur motilité , quoique bien probable , est si faible qu'on ne l'aperçoit pas. Nous avons représenté dans la planche XXIX , fig. 8 , une lame mince coupée perpendiculairement à la surface du nostoc , et tenue sous l'eau entre des lames de verre. On y voit chaque file de
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globules logée dans une cavité primitivement moulée sur les globules mêmes , mais distendue par l'eau ; une de ces cavités, même, est restée vide vers le bord inférieur, par suite de l'enlèvement de la file de globules. La substance intermédiaire est diaphane et à peine colorée en vert dans le centre de la masse ; mais en approchant de la surface , elle prend une teinte de plus en plus verte ; elle est évidemment condensée en couche épaisse autour de chaque file de globules ; on voit d'ailleurs dans la figure 8 b une file de globules séparée de la partie la plus molle , avec son enveloppe , après trente heures de macération dans l'eau , et l'on peut y reconnaître tout-àfait la même structure qu'aux filamens isolés et enduits de mucilage des Anabaina. On conçoit bien , d'après cela , comment la fusion de toutes ces enveloppes mucilagineuses des cordons a formé une masse en apparence continue vers la surface externe de cette masse ; les enveloppes partielles ont pris plus de consistance, se sont épaissies et colorées davantage, et en outre il se produit encore une exsudation mucilagineuse limpide , qui forme une couche très molle et presque liquide.
Comme chez les Anabaina aussi, on remarque çà-et-là un globule plus volumineux dans les files de globules du nostoc. On peut bien supposer que de tels globules sont destinés plus spécialement à reproduire au loin l'espèce , tandis que les globules ordinaires , comme on le voit dans la figure 8 c , déterminent, en se multipliant par division spontanée, l'accroissement ou la multiplication do la masse isolée.
On distingue plusieurs espèces de Nostoc , ayant toutes la même structure interne , mais différant par leur forme et par leur couleur» L'une d'elles Nostoc sphœricum est eu petites boules vertes de la grosseur d'un pois , sur les herbes humides ; je l'ai trouvé au bord de la Vilaine , sur des plantes accidentellement submergées où je le prenais pour une autre algue très remarquable le Gaillardotella ou Rivularia natans , qui est également en petites boules vertes mucilagineuses fixées aux plantes submergées , mais qui est formé de filamens partant tous d'une base commune comme les rayons d'une sphère: chaque filament ayant à sa base un article globuleux incolore comme une première cellule , puis se continuant en un tube simple dans lequel la matière verte est disposée en anneaux et que termine un long filament diaphane.
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Une troisième algue le Chœtophora pisiformis présente aussi le même aspect à peu près , mais sa couleur est plus pâle et il est formé de filamens cloisonnés rameux.
Il est enfin une autre production verte globuleuse que nous n'avons pas vue mais qui est commune dans les eaux douces du nord de l'Europe ; c'est un amas d'infusoires nommés aujourd'hui Ophrydium versatile et qui , comme les algues dont nous venons de parler, a reçu de divers naturalistes, d'après sa forme seulement, les noms d'Ulva pruniformis , de Linckia pruniformis , de Conferva , de Tremella , etc.
Les autres algues d'eau douce , comme les Balrachospermes, les Draparnaldies, les Thorea , le Chœtophora endiviœfolia , seront aussi des objets bien dignes d'intérêt pour le micrographe. Les algues marines , infiniment plus nombreuses , formeront une source inépuisable d'observations; nous citerons seulement ici les Ulves comme devant donner-, sur l'origine et la structure de la cellule végétale , ainsi que sur la multiplication de la matière verte ou de la chromule en général , des notions précieuses. En effet, sur le bord d'une fronde d*Ulva lactuca % on voit le tissu d'abord homogène, diaphane, paraissant s'accroître par intususception ou par extension de tissu, à mesure que de nouvelles molécules invisibles se glissent entre celles qui existent déjà , puis des cavités d'abord vides et diaphanes ensuite remplies de matière verte, se creusent dans l'épaisseur même du bord homogène de la fronde , et viennent ainsi augmenter le nombre des cellules ; plus tard enfin , la matière verte se divise en deux ou quatre globules, qui paraissent «Ire les seuls moyens de reproduction de la plante.