CHAPITRE XI
DE LA. MATii.RE VERTE DR TRIESTL tY.— • DE LA COLORATfOIf DES EAUX ET DES MORS HUMIDES EN VERT ET EN ROUGE. NEIGE ROUGE.
Pour terminer celte indication sommaire des sujets d'observations microscopiques offerts par le règne végétal , il faut parler des substances vertes et rouges qui colorent les eaux * les pierres , la terre humide et la neige , d'une manière tellement uniforme , qu'on pourrait croire souvent que c'est une véritable teinture soluble dans l'eau. Ces substances , ordinairement formées de petits corpuscules globuleux , avant moins d'un vingtième et même d'un trentième de millimètre , ont été désignés par une foule de noms indiquant presque tous leur nature végétale et leurs rapports avec tel ou tel groupe des acotylédones ; et pourtant , à part les zoocarpes ou séminules de certaines algues, il est extrêmement probable que tous les corpuscules colora m , globuleux ou ovoïdes appartiennent au règne animal , et sont des infusoires sinon actifs , du moins dans l'état de repos ou de sommeil qui précède leur multiplication.
La matière verte qui colore les eaux exposées à la lumièredans des vases de verre, a été étudiée d'abord par Priestley , c'est pourquoi on la nomme quelquefois encore , vaguement, la matière verte de Priestley ; c'est un amas de substances d'origine diverse : on y trouve tantôt des conferves naissantes et des desmidiées , ou des oscillaires , ou même des spores de mousses et de lichens en germination; tantôt ce sont surtout des infusoires des genres Tliecamonas et Diselmis : ce sont ces infusoires surtout qui colorent en vert les pierres des murs humides. Les mares d'eau douce et celles d'eau salée ou saumàtre de la Méditerranée peuvent bien aussi être exclusivement colorées par ces mêmes infusoires ; mais en outre , on voit très
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fréquemment les mares et les fossés d'eau douce stagnante el fétide autour des fermes , colorées eu vert intense par Y Euglena viridis. J'ai vu à Toulouse les fossés et des ornières sur les. boulevarts , colorés exclusivement par le Phacus pleuronectes.
Les Diselmis verts , après s'être mus assez long-tems dans l'eau , en agitant leurs deux filamens flagelliformes , vont se fixer aux corps solides ou même à la surface du liquide, où ils forment une pellicule presque membraneuse ; une fois fixés , ils restent toujours en repos , se nourrissant par absorption et véritablement aussi à la manière des végétaux, en décomposant , sous l'influence de la lumière solaire , l'eau et l'acide carbonique ; ils grossissent beaucoup, et la substance verte intérieure se change en corpuscules reproducteurs ou germes qui , mis ensuite en liberté, multiplient considérablement l'espèce , et augmentent ainsi la coloration. Lorsque les Dlselemis colorent en vert les murailles ou la terre , ils sont ordinairement à l'état de repos, sous la forme d'un globule vert revêtu d'une enveloppe membraneuse diaphane; aussi , ont-ils été décrits comme des végétaux élémentaires , sous les noms de Protococcus viridis , de Chaos viridis , et de Globulina. Souvent aussi l'enduit mucilagineux dont ils sont naturellement revêtus , est tellement abondant sur les surfaces humectées ou baignées par l'eau , qu'il en résulte une sorte de membrane transparente , dans laquelle sont engagés tous les globules verts.
VEnglena viridis, à l'état de repos ou en globules verts f a également été décrite comme un végétal , sous les noms de Protococcus , de Globulina el de Palmella. La plupart des infusoires verts ont un point rouge simple ou multiple qu'on a voulu nommer improprement un œil. Ce point, dans certaines circonstances et sous des influences physiques, s'agrandit et devient une tache qui finit quelquefois par envahir tout le corps de l'infusoire précédemment vert. Le mélange de vert et de rouge produit des teintes olivâtres , puis fauves et ferrugineuses , et quand enfin tout le vert a disparu , ces mêmes infusoires colorent en rouge cramoisi, sok les eaux, soit la terre ou les pierres humides, et quelquefois, à un degré plus ou moins prononcé, la neige dans les régions polaires et dans les hautes montagnes. Ces Infusoires, ainsi devenus rouges, étant plus communément observés à l'état de repos ou sous la forme de globules revêtus
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d'une membrane transparente, ont été désignés comme des végétaux sous différens noms, ainsi le Dhtlmis, qui colore la neige, a été nommé Uredo nivalls , Protococcus ou Hœmatococcus nivalis et«.; mais on sait que ce sont les mêmes êtres qui sont alternativement et presque indifféremment rouges ou verts. M. Martins a recueilli au Spitzberg de la neige verte et de la neige rouge , et a pu constater la ressemblance des deux prétendus protococcus.
L'eau des salines de la Méditerranée près de Montpellier est colorée eu rouge par un animalcule du même genre que M. Joly a décrit sous le nom de Monas Dunalii , et qui, dans son état de repos ou sous la forme globuleuse , avait aussi été nommé Protococcus ou Hcmatococcus saiinus. Tout porte à croire enfin, que YEuglena sanguinea qui colore quelquefois en rouge l'eau des marais comme si cette eau était changée en sang ; est une simple variété ou une modification accidentelle de YEuglena viridis; car celle-ci a quelquefois, au lieu du simple point rouge qu'on appelle son œil, une tache plus étendue, et cellelà, avant d'avoir atteint son entier développement, est presque toujours verte ou tachée de vert.
Les teintes rouges sanguinolentes qu'on observe par places sur l'enduit glulineux, noirâtre ou vert des murs humides et de la terre ombragée, sont produites par un amas de globules rouges, qu'on a nommés aussi Protococcus , Hœmatococcus et Chaos , mais qui ne sont encore vraisemblablement que ces mêmes Infusoires ou des espèces voisines.
Il ne faut pas toutefois chercher directement des caractères d'animalité dans les globules rouges ou verts , désignés par les noms de Protococcus et Hœmatococcus, ces globules sont , comme nous l'avons dit , les infusoires primitivement mobiles et contractiles, mais ayant pris cette forme pour achever leur développement en repos et à la manière des végétaux élémentaires. Ils peuvent en cet état , protégés par leur enveloppe membraneuse épaissie, subir sans danger de nombreuses alternatives de sécheresse et d'humidité, et attendre que, dans des circonstances favorables de chaleur, de lumière et d'humidité, la substance colorée intérieure se change en germes plus ou moins nombreux , destinés à se développer dans l'eau sous la ijorme primitive de leurs parrns, c'est-à-dire comme Dtselmis ,
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ou Euglena, ou Thecamonas, en nageant au moyen d'un ou de plusieurs ûlamens flagelliformes très déliés.
Ces phénomènes s'observent facilement dans un vase de verre où l'on aura laissé s'évaporer spontanément de l'eau colorée en vert par des Disclmis, celle par exemple qui a coulé sur des toits ou des mur* verts. Les infusoires, après avoir parcouru la période active de leur existence , viennent se fixer à la paroi la plus éclairée du vase , en formant des zones vertes ou fauves , ou même rouges, comme M. Charles Morren Ta observé le premier (i) , composées de ces êtres à l'état globuleux. Cet enduit coloré peut rester à sec pendant long-lems , et résiste même à l'action directe des rayons du soleil ; mais si l'on vient à remplir d'eau pure le vase préalablement lavé mais conservant l'enduit adhérent à ses parois , et qu'on l'ex pose ainsi au soleil , on voit bientôt les globules se desagréger et donner naissance à des myriades de très petites disclmis , vertes ou rouges, suivant les circonstances, et nageant dans le liquide jusqu'à ce que l'instant soit venu pour elles de se fixer à leur tour pour servir à la propagation.
(i) Ch. MoniiEif . Troisième Mémoire snr le développement des Infusoires. Annales des sciences naturelles , ae série. Zool. , t. 4, p. 3a.