APPLICATIONS DU MICROSCOPE A L'ÉTUDE DU REGNE MINERAL
Les applications qu'on peut faire du microscope à la minéralogie sont beaucoup moins importantes que celles que nous avons indiquées précédemment pour l'étude des corps organisés ; cependant plusieurs résultats ont déjà été obtenus , et sans aucun doute on en obtiendra d'autres par la suite.
C'est surtout pour observer la forme cristalline ou la structure des particules dont se compose une roche ou un sable ou une poudre, que le microscope a déjà été employé. Quant à la structure, on sait par exemple que le quarzet le feldspath diffèrent parce que celui-ci a une cassure lamelleuse, et que ses fragmens sont terminés par des facettes planes , miroitantes , tandis que le quartz a la cassure inégale et vitreuse ; on distinguera donc dans un sable fin ou dans la poudre d'une roche , les particules de l'un ou de l'autre de ces deux minéraux qui, l'un et l'autre , sont plus durs que le verre et inattaquables par l'eau et par les acides. On reconnaîtrait dans la poudre d'une roche volcanique certains élemens également durs comme le pyroxène et le péridot , à leur couleur et à la présence de quelques facettes cristallines; dans d'autres roches pulvérisées ou reconnaîtra les minéraux tendres comme le fluorure de calcium, le sulfate de baryte, le carbonate de chaux, le sulfate de chaux, etc., par des caractères de formes cristallines, de polarisation et de solubilité par l'eau ou par les acides.
Ainsi , de ces quatre minéraux , le premier seul est toujours sans action sur la lumière polarisée; le deuxième, (sulfate de baryte), eu même tems qu'il agit sur la lumière polarisée, est complètement insoluble dans les acides; le carbonate de chaux, au contraire , se dissout avec effervescence ou dégagement de
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gaz acide carbonique ; le sulfate de chaux , enfin , se dissout sans effervescence dans les acides étendus d'eau ou dans l'eau pure, à l'aide de la chaleur ; on pourra donc , dans certains cas, déterminer ainsi la nature de certaines poudres minérales.
Leeuwenhoek avait cherché à étudier directement le diamant en poudre, pour découvrir la cause de son éclat; il avait été ébloui par les reflets brillans de ces particules observées au soleil, mais il n'y a là qu'un effet d'optique facile à prévoir. Une autre observation plus importante a été faite sur le diamant, par M. Brewster: il s'agit des petites lignes ou stries parallèles disposées quelquefois en couches suivant les plans de clivage du diamant. M. Brewster a interprété ce phénomène comme une preuve de l'origine végétale de ce minéral, ou au moins comme une preuve de l'état primitif de mollesse qu'il aurait dû avoir, dit-il, comme le succin et les autres résines fossiles avant de se durcir dans le sein de la terre. Mais il paraît certain que ces stries sont simplement des lacunes laissées entre les couches ou les rangées de molécules juxtaposées pendant la cristallisation , comme on en voit dans les cristaux de nitre et de sulfate de soude.
Le même physicien a signalé comme un des objets les plus curieux à voir au microscope , les petits cristaux d'apophyllite qui , au moyen de la lumière polarisée , montrent des couleurs variées, disposées en compartimens réguliers. C'est encore M. Brewster qui, le premier, a soumis à l'observation microscopique des lames de topaze, de grenat , de quartz et de plusieurs autres pierres gemmes, contenant dans de petites cavités sphériques une ou deux sortes de liquides , et pouvant servir par leur réfringence, à constater les effets de l'aberration dans les lentilles de microscope. Ces cavités, en effet, présentent un point lumineux très brillant, entouré d'un cercle noir.
l/évaporation des eaux de source ou de rivière, ou des eaux, de la mer peut donner lieu à de nombreuses observations microscopiques. Ainsi , en i83a , à Tours, j'observais que les eaux des fontaines, qui coulent au-dessous d'un calcaire tertiaire de formation lacustre , laissent déposer par 1 évaporât ion spontanée des petits cristaux rhomboèdriques de chaux carbonatée, qui forment souvent de minces pelliculles comme une poussière fine à la surface, tandis que l'eau des puits artésiens qui venaient d'être forés dans la même ville à travers toute Ul
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couche de craie , fournissaient par l'évaporation des pellicules formées de petites aiguilles d'aragonite , et ce fait s'accordait avec la présence des cristaux de sulfate de strontiane dans des silex de ce même terrain.
L'eau des puits au voisinage des habitations ou dans les villes, donnera par l'évaporation , du sel 'marin , ou du nitre , ou du sulfate de potasse , ou du sulfate de chaux , en plus ou moins grande quantité, suivant les circonstances ; l'eau de la mer, après avoir déposé la majeure partie du sel marin qu'elle contient, fera voir des petits cristaux de sulfate de chaux; mais l'étude de ces divers sels se rattache particulièrement à la chimie, comme nous le verrons plus loin.
Il faudrait peut-être indiquer ici comme se rapportant à notre sujet, l'observation des formes cristallines de la neige, qui sont si admirables de variété et de régularité, quand, par un froid très intense, leurs petites étoiles brillantes se forment lentement.
Tripolis f Infusoires fossiles.
Un grand nombre de substances minérales ont donné lieu récemment à des observations microscopiques d'un haut intérêt , en raison des petits débris fossiles qu'elles contiennent et qu'on a décrits sous le nom à* infusoires fossiles : ce sont surtout diverses substances employées comme des tripolis ou schistes à polir, des poudres blanches nommées farines fossiles, des silex , des opales , des tourbes , des bois fossiles , et enfin la craie elle-même , cette roche si répandue , qui a été trouvée contenir une immense quantité de corps organisés microscopiques.
Celles de ces substances qui sont pulvérulentes, comme les farines fossiles et certains tripolis, peuvent être délayées immédiatement avec un peu d'eau ou avec de l'huile, suivant le degré de transparence qu'on veut obtenir, et placées entre deux lames de verre sous le microscope. Celles qui sont plus dures doivent être réduites en lames très minces , par le même procédé qu'on emploie pour user le verre, c'est-à-dire en les frottant sur un grès d'abord, puis avec de l'émeri et de l'eau , sur un plateau de verre ou de métal, jusqu'à ce que leur épaisseur permette à la lumière de les traverser aisément ; on les place alors entre deux lames de verre, avec du baume du Canada y