‹ Nouveau manuel complet de l'observateur au microscopeChapitre 57 sur 169 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Le sang ou liquide nourricier chez les animaux invertébrés, £St le plus souvent incolore et contient des corpuscules irréguliers du cette substance glutineuse qui sert à la formation

des divers lissus ; quelquefois aussi c'est un liquide coloré par lui-même, soit en rouge, soit en vert, ou en violet chez les annélides ; mais chez tous les animaux vertébrés , le sang , durant la vie, se compose d'un liquide limpide, incolore, contenant l'albumine et la fibrine en dissolution, et dans lequel flottent de nombreux corpuscules réguliers, discoïdes , rouges, nommés à tort globules sanguins , et qui , malgré leur extrême petitesse , produisent seuls la coloration si caractéristique du sang.

Les corpuscules sanguins sont parfaitement uniformes et égaux dans une même espèce d animal pendant la vie ; c'est à peine si l'on remarque quelques variations de grandeur qui peuvent tenir à l'extrême mollesse de ces corpuscules ; mais en passant d'un animal à un autre animal d'un genre différent , et surtout d'une famille différente, et encore plus d'une classe différente , on observe des différences très notables de forme , de grandeur et de structure. Ainsi , chez les mammifères sans exception , ces corpuscules sont concaves au milieu et ne montrent jamais de noyau ou nucleus central ; chez presque tous aussi ils sont parfaitement ronds , tandis que, dans les trois autres classes de vertébrés, ils sont ovales, f enflés au centre, et pourvus d'un nucleus visible après avoir été soumis à l'action de l'eau. Les corpuscules sanguins éprouvent une succession de changemens bien remarquables par suite de la concentration du liquide sanguin , résultant de ï'évapo ration lente , ou par suite d'une addition d'eau , ou de quelque dissolution saline. C'est même par l'action de l'eau que le nucleus d'abord invisible* devient très distinct dans certains corpuscules sanguins.

Le sang peut , à l'aide du microscope, s'observer circulant dans les vaisseaux d'un grand nombre d'animaux vivans. Le microscope simple suffit même pour voir bien clairement , avec un grossissement de 5o à t\o diamètres , la circulation du sang des grenouilles et des salamandres. Ces animaux étant à la fois très communs et pourvus de corpuscules sanguins plus volumineux que ceux des autres vertébrés , on les préfère ordinairement pour ce genre d'observations.

La membrane des pattes de*la grenouille , sa langue , convenablement étalés sur une plaque de liège percée d'un trou pour le passage de-la lumière, son mésentère, ou la queue

du même animal à 1 état de têtard , se prêtent facilement à l'observation : il suffit de fixer solidement l'animal sur une planchette de bois ou de liège , soit avec des liens soit avec de fortes épingles , et d'étendre avec d'autres épingles la membrane transparente et suffisamment humectée au-dessus d'une ouverture correspondant au centre de la platine du microscope. Les têtards peuvent être simplement maintenus sur la plaque de verre du porte-objet , avec de l'eau , au moyen d'une lame de plomb recourbée suivant le contour de leur corps , et présentant une ouverture au-dessus de la partie inince et transparente de la queue.

Pour les salamandres adultes c'est le mésentère qui sera plus facilement observé , mais chez ces animaux très jeunes ou à l'état de larve, on peut voir la circulation du sang dans la queue , et surtout dans les branchies qui forment deux touffes ramifiées , libres , de chaque côté du cou. Si la larve de salamandre est très petite, elle sera emprisonnée avec de l'eau entre des filamens de conferve ou des racines de lemna , et recouverte d'une lame de verre mince, de sorte qu'on la conservera vivante assez long-tems pour pouvoir l'étudier. On remarque alors que les corpuscules sanguins de ces très jeiyies animaux diffèrent beaucoup de ceux des animaux adultes ; ils sont plus petits , plus renflés, et parsemés de petits globules huileux.

Les poissons très jeunes sont également assez transparens pour qu'on puisse observer la circulation de leur sang; leur queue et leurs nageoires sont les parties où ce phénomène est le plus visible ; mais si l'on a des poissons éclos depuis peu ou des petits pris dans la poche incubatoire des syngnathes , on peut observer chez eux la circulation dans tout sou ensemble.

Chez les animaux à sang chaud , il est plus difficile d'observer la circulation , cependant on la voit assez bien encore dans la membrane des ailes et dans celle de l'oreille de chauvesouris , dans l'oreille et dans la vessie urinaire des rats et des souris très jeunes , auxquels il suffit d'entamer avec des ciseaux la paroi de l'abdomen , pour que cette vessie gonflée d'urine limpide , fasse saillie au dehors ; mais , dausce dernier cas, on ne peut se servir de l'appareil d éclairage destiné à corriger les effets de diffraction .

DC SANG ET DES CORPUSCULES SANGUINS. 9 i

Quand on observe ainsi la circulation du sang, on reconnaît aisément que les corpuscules sauguius ne sont pas des globules mais bien des disques aplatis, plus ou moins grands, ronds ou ovales suivant les espèces , mous et flexibles , s'offrant tantôt de face , tantôt de profil, et paraissant alors beaucoup plus étroits ; se pressant les uns les autres et se courbant ou se pliant un peu pour traverser les passages plus étroits. On reconnaît aussi , comme nous l'avons dit plus haut , que les corpuscules sanguins ne montrent point encore alors le noyau , que le contact de l'eau fait paraître plus tard chez ceux des reptiles et des poissons. Si du sang extrait du corps d'un animal vivant est placé immédiatement entre des lames de verre , les corpuscules sanguins conservent leur forme et leurs propriétés pendant quelque lems , jusqu'à ce que l'évaporation qui se produit sur le bord de la lame supérieure , ait déterminé un certain degré de concentration dans le liquide ; si l'on pouvait s'opposer entièrement aux effets de l'évaporation , les corpuscules seraient altérés plus tardivement encore ; cependant le sang étant ainsi placé entre des lames de verre, en quantité suffisante pour que les corpuscules puissent se mouvoir librement , on voit bientôt ces corpuscules se rapprocher dans un certain ordre, s'appliquer les uns sur les autres face à face, et former des rangées régulières comme des piles de monnaie. C'est ce qu'on voit bien surtout quand ou observe le sang humain provenant d'une piqûre d'aiguille faite au doigt.

Si , au lieu de laisser aux corpuscules sanguins la faculté de se mouvoir entre les lames de verre , on les comprime légèrement , on les voit s'agglutiner et se souder entre eux , ce qui prouve bien qu'ils ne sont pas enveloppés d'une membrane résistante.

Il est bien important de faire varier comparativement l'incidence de la lumière et le mode d'éclairage , et la distance du porte-objet , quand on étudie les corpuscules sanguins dans l'état normal : en effet , c'est ainsi qu'on parvient à acquérir la conviction que les corpuscules sanguins des mammifères sont des disques eu forme de gâteaux à bord arrondi, et légèrement concaves au milieu ; car ces corpuscules , observés avec l'appareil d'éclairage que nous avons décrit , montrent nettement les mêmes effets d'ombre et de lumière qu'une lentille bi-concave, ou qu'une bulle d'air dans l'eau, ou qu'une

goullelelle d'eau dans l'huile , devenant plus somhres quand on éloigne , et plus clairs quand on rapproche l'objectif du porte-objet. De même aussi, on acquiert une notion bien précise de la forme et de la structure des corpuscules sanguins chez les autres vertébrés, et des modifications que tous ces divers corpuscules peuvent éprouver.

À mesure que le liquide sanguin devient plus concentré par suite de l'évaporation , les corpuscules se contractent ou se plissent ou se crispent; ils deviennent d'abord assez régulièrement crénelés sur leur contour , puis, suivant leur constitution propre , ils offrent successivement des changemens de plus en plus import ans. Ceux des mammifères deviennent noduleux et finissent par prendre, en se contractant, l'aspect d'une petite mure à grains peu nombreux. Ceux des reptiles et des poissons se couvrent de plis rayonnans souvent très réguliers , qui , combinés avec les crénelures , leur donnent l'apparence d'une patène ciselée (pl. YV y fig. 5 , g % A, i, et 6 , a, b) \ plus tard ils deviennent irrégulièrement plissés et comme chiffonnés (pl. lllifig. 1 1 , a, b). Si l'évaporation étant empêchée, les corpuscules restent long-tems en contact avec le liquide environnant, ils éprouvent des altérations d'un autre genre : des vacuoles ou cavités s'y forment spontanément , par une sorte de dissolution partielle ou de départ , comme on le voit indiqué dans les figures 8 , c, e, et 9 de la planche IV. Si eu faisant arriver un peu d'eau par capillarité entre les lames de verre, on diminue le degré de concentration du liquide, les corpuscules sanguins se gonflent de nouveau et reprennent à peu près leur forme primitive. Mais si l'eau est en excès , elle les rend bientôt tout-à-fait globuleux, puis elle agit en dissolvant peu à peu la matière colorante d'abord , puis la substance même du corpuscule , et de plus , elle fait paraître au centre un noyau spongieux qui, peu à peu, en se contractant, devient nettement circonscrit, et qui, plus tard, quand la couche externe est presque totalement dissoute par l'eau , semble être enfermé dans une vésicule diaphane dont il n'occupe pas toujours le centre. Si Teau qu'on a ajoutée est enlevée par l'évaporation lente, les corpuscules , pourvu qu'ils n'aient pas été trop fortement dissous , se contractent et se crispent comme la première fois, par suite de la concentration du liquide ; puis une nouvelle addition d'eau peut les regonfler encore , et ainsi

de suite ; en agissant avec'précaution , ou pourra faire passer plusieurs fois alternativement les corpuscules sanguins de l'état dégonflement à l'état de contraction , sans toutefois qu'il en résulte aucune preuve de l'existence d'une membrane enveloppante qui se serait distendue ou plissée.

Au lieu d'eau , on peut ajouter au sang une dissolution d'albumine ou de sucre ou de diverses substances salines , pour éviter que les corpuscules ne soient dissous; mais alors il se produit d'autres altérations dont la plus remarquable , assurément, est celle que m'a présenté la dissolution de sulfate de soude ajoutée au sang de grenouille.

Les corpuscules sanguins , en contact avec cette dissolution depuis quelques heures , sont devenus mous et visqueux à tel point, qu'en inclinant de côté et d'autre le porte-objet, ils se trouvaient étirés par le courant du liquide, et prenaient les formes singulières représentées dans la planche III , figure i z . Si le courant qui les entraînait était arrêté brusquement et dirigé dans un autre sens, ces corpuscules s' attachant à la plaque de verre par une de leurs extrémités , étaient étirés en un long fil glutineux terminé par un renflement ; presque tous présentaient en outre des vacuoles bien distinctes.

La dissolution presque saturée de carbonate de soude ajoutée au sang humain , a singulièrement modifié les corpuscules sanguins qui se sont gonflés notablement et ont présenté en même tems une ou deux dépressions profondes devenant des perforations réelles au centre , comme on le voit dans les figures 5 , e,f y g, A, i, m, de la planehe III; plusieurs de ces corpuscules , fi g. y, /, n, ont en outre été rendus plus mous et susceptibles de s'entourer de lobes adbérens au verre.

La dissolution de phosphate de soude modifie moins fortement les corpuscules sanguins de l'homme , et donne à quelques-uns la forme d'un godet ou d'une cupule à bords renflés, comme dans la figure 7 de la planche III.

Les dissolutions de sel marin , de nitrate de potasse , de sulfate de magnésie, de sulfate de potasse, etc., produisent sur les corpuscules sanguins, à peu près le même effet que la concentration du liquide.

Les corpuscules sanguins de l'homme sont larges de 0,006 5 à o,oo83 milli. ; leur épaisseur est de 0,0027 ; ceux de bœuf sont larges de o,oo56 à 0,0062 ; ceux du Dauphin çnt depuis

g4 DU SANO ET DES CORPUSCULES SANGUINS.

0,0078 jusqu'à 0,0089 millim.; ceux du cochon d'Inde sont larges de 0,070 à o,oo72millim. , et ceux de la souris , de 0,0060 à o,oo63. Ils sont tous circulaires, comme chez la plupart des mammifères; les animaux de la famille des caméliens ayant seuls , parmi eux, présenté des corpuscules elliptiques.

Les corpuscules sanguins de pigeon sont longs de o,oi25 ; ceux du bruant ont depuis 0,009 jusqu'à 0,011 mill. ; ceux du moineau m'ont paru avoir jusqu'à 0,01 3 millim. de longueur; comme ceux de tous les oiseaux, ils sont elliptiques, et présentent, après avoir éprouvé l'action de l'eau , un noyau eu nucléus central égalant presque la moitié de la longueur totale.

Les corpuscules sanguins du lézard gris sont longs de 0,017, ceux de la couleuvre à collier ont de 0,019 à 0,021 millim. , ceux du crapaud commun sont longs de 0,026 à 0,029 mill., et leur nucléus n'occupe que le tiers de la longueur; ceux de la grenouille sont longs de 0,021 5 à 0,0265.

Les corpuscules sanguins du requin [squalus carcharias) sont longs de 0,029 à o,o3o , et larges de o,oif> mill. seulement ; leur nucléus, après l'action de l'eau , n'a que le quart de la longueur totale. Les corpuscules sanguins du squale roussette sont longs de 0,024, et ceux de la raie bouclée sont aussi grands que ceux du requin.

Les corpuscules sanguins de la tanche ( cyprinus tinea ) et ceux de la carpe sont longs seulement de 0,0140 à o,oi5o mill. ; ceux du syngnathus acus m'ont paru n'avoir que 0,009; ceux du cottus scorpius ont 0,01 14 ; ceux du congre enfin ont 0,0166 millim. Mais il faut remarquer que tous ces corpuscules discoïdes et aplatis changent prompte ment de formes et de dimensions, en se gonflant par l'absorption de l'eau , ou en sé contractant par suite de la concentration du liquide.

M. Schultz regarde les corpuscules sanguins comme des vésicules contenant un liquide rouge et un noyau adhérent à leurs parois, lequel, primitivement, constituait le germe autour duquel s'est développée la vésicule avec le liquide contenu.

M. Donné, dans un travail récent , a indiqué 1 le mode de formation des corpuscules sanguins aux dépens des globules du chyle et de la lymphe élaborés dans la rate. Il est certain que la présence des globules huileux dans les corpuscules sanguins des très jeunes animaux , vient à l'appui de la manière de voir de cet habile physiologiste et micrographe.

DF.S ZOOSPERMES. 1)5

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