CHAPITRE XIII
DES TOILS DES MAMMIFERES.
Les poils des mammifères paraissent , dans une foule de cas être formés par l'empilement et la soudure des écailles épidermiques sécrétées sans interruption à la surface du corpuscule sarcodique , ou des corpuscules sarcodiques constituant le bulbe pilifère ; et c'est ainsi qu'on peut expliquer la croissance
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indéfinie de certains poils , et la formation des lacunes aérifères dans certains autres: en effet, si toute la surface du bulbe sécrétait uniformément la substance cornée , le produit serait un poil homogène et d'égale épaisseur dans toute sa longueur; mais si un ou plusieurs points de cette surface ne sécrètent pas une substance cornée , ou sécrètent une matière huileuse colorée , le poil présentera ou un canal central ou des canaux interrompus et très étroits , contenant des particules huileuses. Si, par suite des oscillations continuelles qu'éprouve la nutrition dans les corps vivans, la surface sécrétante du bulbe est alternativement plus large et plus étroite , le poil aura sa surface dentelée ou écailleuse, et pourra même , dans certains cas , paraître formé de cônes emboîtés, ou recouvert d'une lame contournée en hélice trèsalongée à sa superficie. Si , en même tems , certaines parties de la surface du bulbe éprouvent des intermittences dans leur action sécrétante , il en résultera dans l'intérieur du poil des lacunes que tôt ou tard l'air occupera seul. Si enfin , un bulbe pilifère , au lieu d'être permanent , n'a qu'une existence temporaire durant laquelle il parcourt des périodes diverses d'accroissement et de décroisscment et d'action , le poil aura , dans les diverses parties de sa longueur, une épaisseur, une structure et une coloration différentes correspondantes aux variations du bulbe , et il tombera quand le bulbe aura terminé ses diverses périodes d'action ; c'est ce qui arrive pour les poils de tous les animaux sujets à la mue , et pour ce qu'on nomme le jars, chez les animaux possédant en même tems des poils à croissance continue qu'on nomme la laine ou le duvet.
Les lacunes ou cellules aérifères ne se trouvent que dans l'intérieur des poils qui en sont pourvus, et ne s'ouvrent jamais à la superficie, on est donc conduit à penser que la couche externe des poils , paraissant toujours plu9 compacte dans une coupe transverse, pourrait bien être le produit d'une sécrétion spéciale, soit du bord même du bulbe, soit de la face interne du crypte qui le renferme : on expliquerait ainsi comment un poil, usé par le frottement, se désagrège plus facilement par la pression en fibres longitudinales , suivant les séries de petites lacunes plus ou moins visibles qui contiennent une substance huileuse, colorée cher, les poils de teinte diverse, incolore chez les poils blancs. On trouverait une confirmation
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à la dernière hypothèse en considérant la racine des poils follets de l'homme , qui parait évidemment fibreuse ( /;/. VII, fig. 6. ) au-dessous de l'endroit où se montre la couche externe avec ses écailles saillantes. On doit reconnaître d'ailleurs que la présence de certaines lames très saillantes et dirigées en haut, a la surface du poil de chaude-souris, par exemple, ne pourrait être expliquée par desimpies variations de la surface sécrétante du bulbe pilifère; il faut danc que ce soit la face interne du crypta qui fournisse ce complément du poil; au reste, le mode de formation des plumes, qui présentent une véritable analogie avec les poils h lames saillantes, ne peut être expliqué sans faire intervenir aussi l'action sécrétante de la face interne du crypte.
Pour étudier la structure des poils , il est indispensable de les placer entre des lames de verre avec un liquide qui augmente suffisamment leur transparence; car , observés à sec, ils auraient des ombres beaucoup trop noires. L'eau suffit pour les poils minces et de couleur claire ; mais pour les poils plus volumineux et de couleur foncée , il fout employer le sirop de sucre , ou l'huile , ou quelqu'essence plus réfringente. Pour obtenir des trauches transversales très minces des divers poils, on en fait un faisceau qu'on agglutine avec de 1a gomme , et qu'on lie solidement sur une tige de bois tendre à laquelle on a pratiqué une rainure , sur un crayon de mine de plomb , par exemple; puis , avec un scalpel bien affilé et bumecté, on enlève successivement des lames transverses très minces de la tige de bois et de tous les poils contenus. Le produit de ces sections , retenu par l'eau à la surface de la lame , étant délayé sur une plaque de verre et trié sous le microscope simple , on arrive ainsi à rencontrer quelques tranches de poils d'une extrême ténuité.
Les poils et les cheveux de l'homme présentent des différences très considérables quant à leur volume et à leur forme : les uns sont presque cylindriques, d'autres sont très aplatis et jusqu'à deux ou trois fois plus larges qu'épais. Lés uns ont un canal central rempli d'une substance opaque , les autres ont un nombre plus ou moins considérable de très petites cavités oblongues, disposées en séries longitudinales, et contenant une matière huileuse colorante. Si on les étudie surja tranche , «es petites cavités se montrent connue de nombreux
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points noirs accumulés près du contour externe , dont elles sont séparées par une couche homogène plus dense qui semble être Técorce des cheveux (pl. VIII, Jlg, 5. ) Les poils follets de Thomme sont épais seulement de o,ooi5à 0,022; des cheveux déjeune fille blonde ont 0,06 ; des cheveux châtains de grosseur moyeune ont de 0,08 à 0,09 ; des poils bruns de barbe ou de favoris ont de 0,1 3 à 0,1 5. Tous ces poils ont à leur surface des lames écailleuses peu saillantes, à bord sinueux irrégulier, séparées par un intervalle de 0,01 environ, c'est-à-dire paraissant chacune à découvert sur une longueur de 0,01; les poils folle&s montrent surtout ces lames plus distinctement.
Les poils du Lemar murinus que j'ai représentés dans la planche IX , fig. 3 et 4 , montrent à la fois les séries longitudinales de particules huileuses, et des lacunes aérifères assez régulières.
Les poils de la chauve-souris pipistrelle présentent des détails de structure très variés et très curieux : les uns (pl. lILifig. 3 t aJ) semblent enveloppés de collerette* membraneuses, ou formés de cornets emboîtés l'un dans l'autre, et dont le bord , tourné en haut, est élégamment plissé. Ce bord membraneux est sans doute sécrété par la face interne du crypte , car la saillie qu'il fait est trop considérable pour qu'on puisse le supposer formé par le bulbe même qui sécrète l'axe du poil. D'autres poils de cetle même chauve-souris présentent des écailles imbriquées sur deux rangs , comme les feuilles distiques des thuya et de certaines mousses ; mais ces écailles , comme les bords membraneux en collerettes des précédens , et comme toutes les autres modifications des écailles saillantes de la surface des poils, ont la même origiue.
La partie cylindrique de ces divers poils de chauve-souris , n'a pas plus de 0,006, mais avec les écailles dont il est orné, le poil est large de 0,010 à 0,014: c'est par erreur qu'on a décrit tes écailles comme formant une spirale autour de ces poils.
Le poil de la roussette commune ( Pleropus vulgarïs ) n'a que des écailles presque appliquées à sa surface , et longitudjnalement striées ; son épaisseur est de 0,04 ( pl, VII, fig. 8).
Les poils de musaraigne ont des aspérités souvent très prononcées , mais cependant moins que les poils de la pipistrelle;
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ils ont en outre, à l'intérieur, des cellules ou lacunes aérifères d'une régularité presque géométrique : ce sont des tronçon s de cylindre creux. Les plus gros de ces poils, ( pl. XI, fig, 1. ) larges de 0,025, ont une seule rangée de cellules discoïdes larges de 0,0 1 8 et épaisse de 0,004. Les P°^ s plu* près de la racine , sont plus fortement dentelés, et n'ont que 0,007 à 0,010 d'épaisseur.
Les poils de souris , observés à la base , sont épais seulement de o,oo3 à 0,010 et ne contiennent qu'une série de cellules alougées en massue ; un peu plus haut , ces poils deviennent plus épais , et quoique ne contenant encore qu'une rangée de cellules aérifères plus courtes, globuleuses ou discoïdes, ils deviennent peu à peu larges de 0,02 5 ; plus près du milieu , ces poils présentent trois séries de cellules alternes , et leur épaisseur est de o,o35 à 0,040; dans la partie la plus épaisse ils montrent au moins quatre séries de cellules , et deviennent épais de o,o5o; puis ils vont en diminuant d'épaisseur, et contiennent des cellules de moins en moins nombreuses , en se rapprochant de l'extrémité , où ils se terminent en pointe longue, effilée, sans aucune trace de cellules , ayant encore o,oo5 à la distance d'un sixième de millimètre de la pointe, puis finissant par une pointe qui a moins d'un trois-millième de millimètre d'épaisseur ( pl. VI , fig. 1 ). Dans toute l'étendue de ces poils , on distingue bien les écailles saillantes dont leur surface est hérissée , mais c'est en approchant de la pointe qu'elles sont plus prononcées.
Les poils du cochon d'Inde ( pl. VI, fig. 2 ), présentent la même structure, avec des dimensions plus considérables, car ils sont quelquefois larges de plus de o, i3 ; leurs cellules aérifères sont beaucoup moins régulières et semblent formées par des cloisons interrompues.
Les poils du dasyure ( D. Maugei ) ont une structure particulière , dont on retrouve l'analogue chez quelques phoques; leur surface est hérissée d'écaillés alongées ou plutôt d'épines couchées et comme adhérentes dans le sens de la longueur , de telle sorte qu'un poil épais de 0,0 3 montre d'un côté cinq ou six rangées longitudinales d'écaillés en quinconce ; quelques-uns de ces poils ont en outre des cellules aérifères à l'intérieur ( pl. VII , fig. 9 et 1 o).
Les poils du fourmiilier tamandua m'ont offert une parti-
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cularîté assez curieuse : la couche écailleuse de la surface présente ru et là des taches obiongues noirâtres , formées par un épaississement des écailles, d'où Ton doit conclure encore que ces écailles ne sont pas sécrétées par le bulbe pilifère. ( Pi VII, fig. ii.)
Les poils courts et raides de la plupart des ruminans , contiennent des cavités aérifères plus ou moins régulières , mais la laine des moutons est pleine et homogène en apparence ; sa surface est hérissée d'écaillés inégales appliquées eu recouvrement de bas en haut , et qui seules donnent à la laine la propriété de se feutrer. Mais on remarque des différences notables dans la grosseur des laines de diverses qualités. Les laines communes sont épaisses de o,o3 à 0,04 ; les laines fines, au contraire, ont moins de 0,024 et quelquefois même n'atteignent pas l'épaisseur de 0,020. Quaud la laine a été usée par le frottement , les aspérités de sa surface disparaissent , et elle se fend et se désagrège plus facilement en fibres si on l'écrase {pl. XIII, fig. 3 ).