‹ Nouveau manuel complet de l'observateur au microscopeChapitre 77 sur 169 · RECHERCHES PARTICULIERES SUR LES INSECTES · texte numérisé non relu

RECHERCHES PARTICULIERES SUR LES INSECTES

Il n'y a pas un animal parmi les vertébrés qui ne puisse donner lieu à une foule d'observations microscopiques fort curieuses et souvent neuves , sur la structure intime de ses tissus et de ses organes. Mais ce sont surtout les animaux articulés dont la structure générale et l'organisation échappent à la vue simple , qui fourniront au micrographe une source inépuisable de recherches et de découvertes , soit que ces animaux puissent être soumis tout entiers au microscope simple ou composé ; soit qu'on ait besoin seulement d'étudier , à l'aide de cet instrument , les orgaues externes ou internes et particulièrement ceux qui fournissent les caractères employés pour la classification.

Une simple loupe amplifiant six à douze fois le diamètre des objets , suffit ordinairement pour reconnaître ces caractères chez les crustacés et les insectes de grosseur moyenne ; pour ceux qui sont plus petits, on se contentera du microscope simple avec des grossissemens de dix à soixante diamètres. L'animal à examiner sera tenu sous la lentille, dans le faisceau de lumière illuminante, par uue petite pince à ressort , ou simplement par la pointe d'une aiguille enfoncée dans son corps et supportée, ainsi que la petite pince, de manière à permettre que l'objet soit tourné en différens sens, jusqu'à ce qu'on arrive à bien voir les parties préolablemeut écartées et soigneusement développées.

Si l'animal est très petit, ou si l'on ne tient pas à le conserver entier, le mieux sera de détacher ses parties et de lest

OBSERVATIONS PARTICULIERES

étaler sur une plaque de verre , eu ajoutant même de l'eau ou un autre liquide pour en augmenter la transparence , et pour éviter qu'un souffle ne les enlève.

Pour détacher et isoler , par exemple , les parties de la tête d'un très petit insecte, on placera cette tète dans une goutte d'eau sur une plaque de verre , après avoir brisé par la pression , les tégumens s'ils sont trop durs , comme chez la plupart des insectes ; puis la plaque de verre étant mise sur la platine du microscope , on écartera avec des aiguilles emmanchées, les antennes, les mandibules, les mâcboires et leurs palpes, la lèvre et les palpes labiaux, ou la trompe, la lauguette , etc. , en regardant avec des lentilles de force convenable.

Les antennes , qui fournissent des caractères essentiels pour un grand nombre de genres d'insectes, offriront ainsi d'admirables détails déstructure et de forme; les palpes et les autres parties de la bouche, les tarses et les ongles , ainsi que les pelottes ou brosses qui servent aux insectes à se fixer sur les corps polis, seront également étudiés avec un vif intérêt; mais , pour plusieurs de ces organes , il faudra recourir à l'emploi du microscope composé, quand le microscope simple aura fait connaître tout ce qu'on peut attendre d'un pouvoir amplifiant aussi limité. En passant ainsi d'un instrument à l'autre, on aura l'avantage de conserver toujours dans sa pensée la notion de la forme générale et des rapports des diverses parties, et l'on aura reconnu avec un grossissement de plus en plus considérable, des détails que, sans cela, on ne pourrait bien comprendre.

Tous les organes extérieurs et caractéristiques des insectes étant ainsi préparés, on peut ensuite les conserver sur des plaques de verre de grandeur uniforme , en les recouvrant d'un mince feuillet de mica , après les avoir engagées dans une substance résiueuse ou gommeuse bien diaphane , de telle sorte qu'il ne reste ni de l'eau ni de l'air autour de ces petits objets.

Les ailes, les écailles , les poils , les tégumens pourront être étudiés et conservés de la même manière ; mais si l'on veut connaître la structure intime des tégumens , il faudra les couper en tranches minces suivant plusieurs directions; ou enlever séparément la pellicule externe aréolée qui en est comme le* piderme. Chez les gros coléoptères , on verra que le têt est

l34 OBSERVATIONS PARTICULIERES*

formé de couches parallèles dont les plus intérieures sont moins colorées , et qui sont toutes traversées par des petits canaux perpendiculaires à la surface , les uns correspondant aux insertions des poils tubuleux , les autres servant à l'exhalatiou ; les antennes et l'extrémité des palpes présentent, dans leur tégument, des canaux de ce genre beaucoup plus nombreux , qui sont destinés à mettre les nerfs en relation avec les impressions des objets extérieurs ou le milieu ambiant.

Circulation du fluide nourricier.

L'organisation intérieure des insectes ne peut être étudiée que par la dissection ; cependant il est une fonction , celle de la circulation , qui ne peut être bien vue chez eux , au contraire , que pendant qu'ils sont encore entiers et pleins de vie.

Pour étudier ce phénomène , il faut choisir des larves aquatiques jeunes et bien transparentes, comme celles des névrop tères et particulièrement celles des éphémères, si communes dans les eaux douces. Une de ces larves étant placée sur une plaque de verre avec de l'eau , et emprisonuée par quelques brins de conferve qui supportent eu même tems la lame de verre mince dont on la recouvre , on peut voir avec un grossissement médiocre un courant de liquide diaphane , chariant des corpuscules blancs le long de l'axe du corps , d'arrière en avant , puis revenant de chaque côté du corps , vers la partie postérieure, après avoir pénétré dans les divers appendices respiratoires , et se continuant jusqu'à l'extrémité des filets articulés de la queue , pour revenir en avant et recommencer indéfiniment cette circulation. Les entomostracées comme les daphnies et les lyncées, montrent une circulation plus complète , et leur cœur, formé d'une double cavité, est vu distinctement près du bord dorsal , se contracter plus de cent fois par minute. Plusieurs autres petits crustacés isopodes aquatiques ou terrestres , montrent aussi le phénomène de la circulation , que d'ailleurs on voit très facilement dans les feuillets branchiaux des crustacés décapodes. Les jeunes myriapodes et thysanoures ont une circulation analogue à celle des larves de névroptères. Les chenilles et les larves des autres insectes terrestres , et ces insectes , même à l'état parfait , quand leur tégument est assez transparent , comme par exemple chez le< coléoptères sans ailes , dont l'abdomen constamment recouvert

ORSERVATIONS PARTICULIERES, I 35

par les élyires soudés , se montre au-dessous revêtu dune peau molle transparente, tous, dis-je, ont un appareil circulatoire beaucoup plus simple : c'est un loug vaisseau dorsal, à parois mal définies ou indéterminées, soutenu par des faisceaux de fibres transverses , et animé d'un mouvement péristaltique régulier, qui fait refluer vers la partie antérieure le liquide nourricier, arrivant sans cesse dans ce vaisseau par les lacunes postérieures et latérales.

Dissection des insectes.

Le surplus de l'organisation intérieure pourra bien aussi , dans certains cas , être aperçu à travers les tégumens des crustacés diaphanes et des larves également transparentes ; cepen- * dant, dans ce cas même, pour bien juger du rapport des parties, et dans tous les animaux à tégumens opaques, il faut procéder par dissection , non pas comme on pourrait le faire avec des animaux plus volumineux, mais par des coupes générales faites d'un coup de ciseau , et en écartant ensuite avec des aiguilles emmanchées , les parties flottant dans l'eau dont on recouvre l'objet , ou même en déchirant avec les aiguilles mêmes les tégumens s'ils n'ont pas plus de consistance que chez les larves blanches et molles de certains diptères , hyménoptères et coléoptères. Remarquons toutefois encore , que s'il s'agit d'une larve aussi volumineuse que la chenille du cossus, si admirablement disséquée et décrite par Lyonnet , on doit revenir aux procédés ordinaires de dissection , ou à des procédés plus ou moins analogues, c'est-à-dire fendre avec des ciseaux, les tégumens de la chenille, les écarter et les étendre avec des épingles sur une plaque de liège ou de cire recouverte d'eau; puis isoler chaque muscle , chaque nerf, chaque organe, après avoir augmenté sa consistance par une immersion plus ou moins prolongée dans l'alcool.

M. Straus a réussi à maintenir, pour la dissection, des araignées et d'autres insectes mous à surface hérissée ou velus, en les engageant dans du plâtre fin gâché à l'instant même et qu'on enlève par couches parallèles en même tems que l'animal , dont on étudie ainsi des coupes faites en divers sens.

Pour observer l'organisation interne de ces animaux , il convient d'enlever préférablement toute la face dorsale , après avoir coupé, au ras du cor.ps, les pattes, pour que la face

l36 OBSERVATIONS PARTICULIERES.

ventrale s'appuie plus exactement sur la plaque de verre du support. Si Tinsecte est de trop petite taille pour que les légumens se puissent couper circulairement , ou s'il est trop déprimé , ou si encore ces tégumens sont trop résistans , si , par exemple, on veut disséquer un pou , il faut , avec des ciseaux ou avec un scalpel à traucbant courbe, fortement appuyé sur le tégument de l'insecte , couper entièrement les deux bords latéraux du corps , puis enlever ensuite , avec la pointe d'une aiguille, la paroi dorsale, qu'on détache par déchirement s'il est possible , ou par quelques coups de ciseau dans les endroits où elle tient encore au reste des tégumens. Les deux bords ainsi retranchés, n'ont rien emporté du système nerveux ou des organes digestifs ou génitaux, qu'on peut déployer et étaler complètement sous l'eau en se servant des aiguilles emmanchées.

Quand on a ainsi enlevé la paroi dorsale d'un insecte, on voit dans la région du thorax une masse de muscles demitransparens, blancs ou grisâtres, avec une teinte variable de jaune ou de rougeâtre ; dans la région de l'abdomen , on voit un amas , peu distinct d'abord , de corps graisseux , de trachées et de sacs aérifères , d'intestins et de canaux biliaires , ou d'appareils sécréteurs , et enfin d'organes génitaux plus ou moins développés , suivant l'âge de l'animal , ou suivant le rôle qu'il est appelé à remplir; car, parmi les fourmis et les abeilles, un grand nombre d'individus sont dépourvus d'organes sexuels, ou n'en ont que de rudimentaires.

Organes génitaux des insectes.

Pour se reconnaître dans cet amas d'organes , on commence par enlever les faisceaux musculaires du thorax , le corps graisseux et les trachées de l'abdomen ; qui seront étudiés séparément, ces derniers organes forment un réseau de ûlamens déliés unissant tous les viscères à la manière de l'épiploon et du mésentère des vertébrés; mais ils sont si délicats et si fragiles , qu'on les détache aisément avec la pointe de l'aiguille. On peut isoler ensuite les organes génitaux, qui sont ordinairement remarquables par leur couleur blanche opaque, et qui, chez le mâle , sont des cordons diversement repliés, souvent terminés par des renflemens particuliers ; chez la femelle, ce sont deux ovaires composés de tubes plus ou moios

OBSERVATIONS PARTICULIERES. I$7

nombreux, parlant de deux ovidnctes tnbuleux, et contenant une série d'œnfs à divers degrés de développement , à partir de la pointe extrême de chaque tube, où l'ovule est à peine distinct jusqu'à son embouchure où l'œuf est mur. L'oviducte aboutit souvent à un pondoir ou oviscapte de forme et de structure variés, dans les différais ordres d'insectes; tantôt c'est un aiguillon ou une tarière , tantôt une scie ou une lime composée de plusieurs pièces finement dentées, tantôt un luhc charnu et rétractile , ou une gouttière cornée , ou quelque autre appareil d'une structure fort remarquable. L'appareil génital mâle qui , dans une partie au moins de son étendue, contient les spermatozoaires , est également accompagné, le plus souvent , par un appareil corné formé de pièces articulées et servant à la copulation.

Organes de sécrétion.

Quelques appareils spéciaux de sécrétion se trouvent souvent entremêlés aux organes génitaux , comme servant , chez les femelles, à préparer l'enduit gommeux qui fixera les œufs, ou bien comme destiné à fournir le venin qui sera porté par l'aiguillon de divers hyménoptères; ou encore pour certains produits odorans ou explosifs comme celui qui , chez les brachines et les aptines , est lancé au dehors , avec bruit , sous la forme d'une fumée caustique : ce dernier produit , contenu dans un tube (pl. XII, fig. i5) , muni d'une valvule spirale à l'intérieur, reste à l'état liquide tant que l'animal , vivant, l'y retient par la contractililé de ses organes; mais quand il est expulsé volontairement par cet animal , il passe subitement à l'état gazeux, en arrivant au conlacL de l'air. Il passe également à l'état gazeux, si l'organe sécréteur, encore vivant, est divisé sous l'eau en fragmens qui perdent bientôt leur vitalité.

appareil digestif des insectes. y

Quand les organes dont nous venons de parler ont été enlevés , et qu'on a eu soin de renouveler plusieurs fois l'eau que la graisse délayée rend trouble et laiteuse , on voit l'ap- 1 pareil digestif encore en place, s'étendant depuis la tête , que. ' nous supposons intacte , jusqu'à l'anus, l es canaux biliaires, 1 petits cordons jaunâtres aboutissant à l'intestin , et qui, dans

l38 OBSERVATIONS PARTICULIERES*

certains insectes , sont excessivement nombreux , qiri , dans d'autres sont au nombre de quatre ou six seulement , mais très longs et repliés de mille manières , entourent et masquent encore l'intestin dans une partie de son trajet; il faut les écarter et les déployer sans les rompre , ce qui ne peut se faire qu'avec une extrême patience, et seulement quand l'appareil digestif a été retiré des cavités thoracique et abdominale , et transporté seul sur la lame de verre couverte d'eau , avec la tête , si Ton veut , et le bord du dernier anneau de l'abdomen. C'est ainsi qu'on peut préparer l'appareil digestif de la plupart des infecte* , de ceux surtout qui sont pourvus de mâchoires et de mandibules; l'on reconnaît alors que ce tube intestinal, plus court et presque droit cbez les carnassiers, beaucoup plus long et contourné un grand nombre de fois sur lui-même chez certains insectes herbivores, présente une structure différente dans les diverses parties de sa longueur : il est lisse, musculaire, extensible dans la première partie formant l'œsophage et le jabot ; couvert de papilles extérieures , raides ou flottantes dans une seconde partie qu'on nomme le ventricule chyliûque , plus épais et comme parenchymateux. dans une autre partie , etc. On voit aussi chez plusieurs herbivores, les canaux biliaires garnis de papilles latérales ou de pinnules.

Si l'on ouvre la portion musculaire ou le jabot de certains insectes, on le voit garni à l'intérieur de lames cornées, dentelées , ou velues , ou pectinées , très régulières , qui paraissent destinées à favoriser la trituration des alimens, comme dans le gésier des oiseaux.

Les insectes suceurs ont souvent un jabot vésiculeux qui sert d'organe aspirateur; plusieurs d'entre eux, et notamment les hémiptères , ont aussi de chaque côté de l'œsophage , une ou plusieurs grappes de glandes salivaires contenues soit dans le thorax seulement , soit en partie dans la tète comme chez les grosses cigales ( Tettigonia) , et qu'il convient de préparer en même tems que l'appareil digestif.

Système nerveux des insectes.

Si la tête est ouverte transversalement , en même tems que le thorax et l'abdomen , on voit chez les insectes parfaits , après avoir enlevé les trachées au-dessus de l'œsophage , quatre corps globuleux , blancs , liés entr'eux , et qui sont des gan-

OBSERVATION 5 PARTICULIERES. l3û

glions nerveux ; les deux extérieurs sont les renflemens optiques desquels partent tous les filets nerveux particuliers correspondant à chacune des petites facettes des yeux composés ; ces deux ganglions se trouvent quelquefois dans la même ligne que les deux du milieu; quelquefois ils sont placés plus haut

i et plus rapprochés l'un de l'autre. Les deux ganglions du milieu sont les ganglions sus-œsophagiens , et par leur position ils correspondent en quelque sorte au cerveau des animaux

i vertébrés; de ces ganglions partent deux filets nerveux principaux pour les antennes , et d'autres moins importons pour les diverses parties de la tête ; ils envoient de chaque côté de

, l'œsophage un gros cordon latéral qui va rejoindre par-dessous

i une seconde paire de ganglions , plus ou moins soudés ensemble, et nommés» par opposition, sous-œsophagiens. Mais, pourvoir cette deuxième paire de ganglions et tout le reste du système nerveux , il faut couper l'œsophage immédiatement

, derrière la première paire de ganglions, et enlever tout l'appareil digestif, en laissant en place la partie inférieure de la tête , du thorax et de l'abdomen , au fond desquels on voit , en les recouvrant d'eau , le système nerveux en connexion avec les parties voisines. Des ganglions sous-œsophagiens ou de la seconde paire , partent deux cordons principaux, qui viennent joindre sur la ligne médiane du thorax , une troisième paire de ganglions, fondue le plus souvent en un seul ganglion d'où partent les nerfs de la première paire de pattes ; une série de ganglions semblables correspondant à chaque anneau, se trouvent ainsi liés par deux cordons longitudinaux, chez les larves comme chez les articulés dont le corps est formé d'anneaux plus distincts; mais chez l'insecte parfait , plusieurs de ces ganglions , particulièrement ceux du thorax se rapprochent et se confondent , ainsi que les cordons longitudinaux.

Ces nerfs d'insectes offrant très peu de résistance , surtout vers leurs extrémités, on peut enlever le cordon ganglionaire, avec une grande partie des nerfs ; et , transportant avec la pointe de l'aiguille tout cet appareil , sur une plaque de verre couverte d'une mince couche d'eau , on parvient aisément à l'étaler presque tout entier, de manière à bien voir Ja disposition de ses parties.

OBSERVATIONS PARTICULIERES

OEil composé des insectes.

Si la coupe transverse qu'on a faite des tégumeus durs et cornés de la tête passe par Taxe des yeux composés , souvent très volumineux, de l'insecte, on peut déjà voir à la lumière réfléchie, en employant un grossissement suffisant, la structure interne de cet œil composé , et les filets nerveux très minces, entremêlés de trachées beaucoup plus apparentes , qui partent en rayonnant du ganglion optique , et se rendent à un petit cristallin derrière chacune des facettes de la cornée ; mais le pigment rouge ou noirâtre opaque qui remplit en partie les interstices, empêche le plus souvent de bien voir ainsi cette structure; on doit alors recourir à des grossissemens plus considérables , en observant par transparence des tranches aussi minces que possible de la totalité de l'œil et des parties voisines , que Ton a soin de tenir baignées par quelques gouttes d'eau ainsi que l'instrument tranchant. Ces tranches , fort difficiles à préparer , s'obtiendront quelquefois plus sûrement, après que la tète de l'insecte aura séjourné dans l'alcool faible.

Les coupes ainsi préparées , montrent bien que la cornée est formée d'un nombre très considérable de couches minces parallèles à la surface plus ou moins convexe de chaque facette. Si , d'ailleurs , on enlève des lames presque parallèles à la surface , de manière à couper très obliquement ces couches , on les voit indiquées par leur bord sinueux.

Si une portion de la cornée prise avec toute son épaisseur et bien nettoyée à sa face interne , est soumise au microscope, chacune des facettes agira comme une petite lentille convexe, et en modifiant convenablement l'éclairage, on pourra voir à travers chacune d'elles une petite image d'un objet placé à distance.

Muscles des insectes.

Les muscles des insectes peuvent être observés à l'état de vie dans les parties transparentes, et notamment dans les pattes des hémiptères aquatiques très jeunes % ou à l'état de larve ; ces muscles se contractent fréquemment et paraissent , en quelque sorte, agités d'un mouvement péristaltique qui produit une apparence de circulation sanguine dans le liquide nourricier environnant. Les particules sarcodiques flottantes dam ce liquide, sont chances de côté et d'autre ; c'est là ce que ré-

OBSERVATIONS PARTICULIERES* 1 4 r

remment on a annoncé comme une découverte importante, comme un mouvement de circulation inaperçu jusqu'alors.

Les muscles conservant un reste de vitalité , après avoir clé partiellement détachés du thorax et des membres des insectes, on peut étudier, pendant quelque tems, leurs contractions , en tenant plongé dans l'eau , sur une lame de verre , l'insecte encore vivant , dont le thorax a été ouvert , et dont les muscles flottent au dehors.

Organes de la respiration chez les insectes.

Quand on a ouvert un insecte , on est frappé de la quantité de petits filamens blancs argentés qui se ramifient sur tous les organes intérieurs. Ces filamens sont les trachées , {pl. XI , fig. 16 et 1 7 ) , ou vaisseaux aérifères , servant à la respiration de l'insecte ; ils sont formés d'une membrane très fine , transparente, sans structure appréciable * soutenue par un ou plusieurs filamens cornés, roulés en hélice comme un élastique de bretelles ou un ressort à boudin. Entre les tours parallèles de ce filament , la membrane est souvent plissée ou ridée , mais il n'y a rien qui dénote une structure fibreuse. Les trachées sont revêtîtes extérieurement d'une couche de substance mucilagineuse , diaphane et homogène , comparable à ce que nous avons précédemment décrit sous le nom de sarcode. C'est vraisemblablement dans cette couche que se passent les phénomènes respiratoires, en ce qui tiçnt à l'assimilation des élémens gazeux.

Le filament de la trachée ne peut être considéré comme absolument distinct de la membrane elle-même ; car , sur les plus grosses trachées et sur les sacs aérifères si volumineux de . certains insectes volans , on reconnaît que ce sont des plis de la membrane , suivant lesquels se fait un épaississement plus ou moins notable; et, d'autre part , les trachées vers leur terminaison ne montrent plus de trace de ce filament en hélice , et ne sont plus que de simples tubes à parois lisses. Les plus grosses trachées sont larges de i à 4 dixièmes de millimètre , les plus déliées se distinguent à peine comme les traits les plus fins d'une gravure , sous un grossissement de 3oo diamètres ; elles ont donc certainement moins d'un trois millième de millimètre. Dans les insectes dont le volume trop considérable doit être racheté par une moindre pesanteur spécifique , pour ,

14» OBSERVATIONS PARTICULIERES

que le vol soit possible , les trachées présentent de chaque côté du corps , et jusque dans la tète et dans les membres, des renf 1 émeus vésiculeux symétriquement disposés , qui sont unique* ment remplis d'air ; leur structure est la même que celle des trachées, sauf quelques modifications provenant de leur développement excessif.

Les trachées ramifiées presque à Fin Oui , dans l'intérieur du corps, passent des canaux aux troncs qui aboutissent à deux séries d'orifices externes , les stigmates, ordinairement placés symétriquement près du bord dorsal de chacun des anneaux de l'abdomen ou dans des positions également symétriques, mais varices, sur les anneaux composant le thorax et sur le dernier anneau de l'abdomen. Quelques larves aquatiques ont seulement deux orifices postérieurs d'où partent toutes les trachées réunies sur deux troncs principaux ; d'autres, comme celles des éphémères , ont sur chaque anneau des lames ou palettes vibratiles , dans lesquels les troncs trachéeos se ramifient de nouveau pour recevoir par endosmose l'influence de l'air dissous dans l'eau ; de sorte que ces larves , quoique contenant toujours de l'air dans leurs trachées , n'ont pas besoin de le puiser ou de le renouveler dans l'atmosphère. Les autres larves aquatiques de névroptères sont dans le même eas ; mais leur appareil respiratoire présente quelques différences que le microscope fait connaître.

Les stigmates sont ordinairement entourés d'un cadre très compliqué et pourvus de valvules poilues ou de diaphragmes d'une structure fort curieuse. Ces appareils , qu'on nomme les péritrèmes , ont pour objet , d'interdire à tous les corps étrangers l'entrée des gros troncs trachéens.

Quelques arachnides sont pourvues de trachées , d'autres, les arachnides pulmonaires, ont pour organe respiratoire, deux ou quatre poches internes situées à la base de l'abdomen , et contenant un amas de petites lames parallèles ovales ou presque triangulaires. Ces lames {pl. XI, fig. 20), se composent chacune d'un double feuillet membraneux t parsemé de points saillans et tapissé d'un enduit de substance charnue vivante, analogue à l'enveloppe externe des trachées, et dans l'épaisseur de laquelle s'effectue essentiellement l'acte respiratoire.

SE LA riîCE. 1^3

Page 1