IV
Polilesse des medecins et de leurs malades.
+ Les convenances adoptées dans le cabinet des légistes le sont de même dans le cabin®t des médecins consuitants ; mais la pitié doit prêter au ton de ces derniers une nuance plus affectueuse. Les malades bien élevés se gardent bien d’en abuser , et retiennent toute : plainte inutile à la connaissance de leurs maux. Ils répondent aux questions du docteur d'une manière claire, brève, polie; et lorsque ces questions ne comprennent. pas les observations qu’ils ont pu faire de leur maladie, ils énoncent celles-ci en se servant d'une excuse analogue à la suivante : Je vous demande pardon , celte observation est peut-être oiseuse ; mais l’ignorant el ne voulant rien omettre , je la soumels à votre sagacilé. r
Vous devez adresser de fréquents et vifs remerciments au médecin qui vous donne ses conseils ou ses soins. Le cas de non-succès ne vous dispense pas de ces témoignages de reconnaissance ; il les rend plus obligatoires peut-être, car la délicatesse exige que vous ne paraissiez point lui faire de reproches tacites de ce qu'il a été malheureux dans ses efforts.
Obligé de parler de divers besoins , de diverses par-
DES DEVOIRS D'ÉTAT. | 43 ties du corps, pour lesquels la bienséance n’a point de langage, le médecin doit éviter à la fois d’être obscur et d’être grossier, principalement lorsqu'il s'adresse aux dames. L'oubli des formes leur rend
souvent insupportable un homme plein de mérite et de savoir. |
Chacun sait avec quelles délicates précautions un médecin doit parler devant le malade et sa famille de la nature de la maladie et de ses conséquences probables lorsqu'il existe du danger ; avec quelle mesure il Hdoit enfin leur prédire un funeste dénouement , lors- {que la nécessité de cette révélation est devenue indispensable. Chacun sait aussi que quelque violente que puisse être la douleur des parents, ils ne doivent jamais isser paraître, dans leurs discours au médecin, qu’ils
le regardent comme la cause de leur deuil.
| Politesse des artistes et auteurs ; égards qui leur sont dus.
Est-ce que les artistes ne rentrent pas dans la règle Commune? me dira-t-on peut-être ; et moi je deman- |derai à mon tour : Vivent-ils de la vie commune, ces [hommes toujours absorbés dans une puissante, une unique pensée , dont ils veulent, comme Dieu, animer la matière ? eux , cherchant partout le secret du beau qui les tourmente , les enivre ct les fuit ? eux, passion- ‘nés, rêveurs, ingénus, presque toujours étrangers aux calculs , aux plaisirs , aux occupations du onde ?
| 44 PREMIÈRE PARTIE. CHAP. V. i Non, ils ont une existence à parts; existence de déticesk que le monde | ne comprend pas ; et qu'ils doivent cä- | cher au monde.
Si, comme nous le verrons plus tard, il. faut s'ins) | terdire de parler de sa profession , de ses affaires PEr=« sonnelles, à plus forte raison, l'artiste doit-il être muet sur ses travaux, ses succès , ses espérances. On l'accuserait d’ exallation, de vanité, peut-être même, de folie ; car l'enthousiasme n’est pas compris , D est” pas admis dans Ja société, parce qu’on y redoute avants tout le ridicule, et que du su ime au ridicule ün "u« a qu'un pas. Qu'il garde donc uniquement pour. ses amis , pour les véritables amis des arts , les nobles et
.touchantes confidences de l'inspiration.
On est aussi généralement porté à soüpçonner. les artistes de jalousie. Pour échapper à cette accusation | et conserver cependant le droit de dire leur pensée ,à ils doivent louer avec chaleur ce qui leur paraît bien et critiquer avec beaucoup de modération et sans aucune raillerie ce qui leur paraît mal. 1 À
Ces observations s'adressent également aux auteurs, avec une addition importante toutefois. Indépendam-| ment de l'accusation d’exaltation# on est -tout-à-faits disposé à leur appliquer celle de pédantisme. Qu’ ils | veillent donc bien sur eux , et répriment constammen, le désir de mettre la conversation sur les intéressants sujets dont ils sont .occupés sans cesse. Qu'ils fl gnent toujours de s’attirer le nom de bel esprit, qui rappelle tant de souvenirs de pédantisme et s # féterie.
« Corneille, disait J. Racine à ses fils, fait des]
fo vers cent fois plus beaux que les miens, et cepen-
» dant personne ne le regarde , on n’aime à l'entendre {> que par la bouche de ses acteurs ; au lieu que sans » fatiguer les gens du monde du récit de mes ouvrages D dënt j je ne leur parle jamais , je me contente de leur » tenir des propos amusants , et de les entretenir de » choses qui leur plaisent. Mon talent, avec eux, n’est » pas de leur faire sentir que j'ai de l’esprit, mais de (| D leur apprendre qu'ils en ont. ».
\ {Mémoires sur la vie de J. RACINE.)
[2 Une simplicité gracieuse, un mélange heureux d’é- Blévation et de naïveté, doivent caractériser les auteurs et les artistes, mais principalement les auteurs et artistes féminins. Les dames qui manient la plume, la Blyre ou le pinceau, doivent bien se persuader qu'un
tant de femmes instruites à demi ont tellement eu à cet | égard le ton et les manières de parvenues, que le pré- | | jugé est presque excusable. Or ce préjugé établit que
toute dame auteur ou artiste se doit reconnaître d’a- | bord par sa bizarrerie, son manque de modestie, son langage pédantesque. Effacez cet injuste préjugé, { mesdames, effacez-le ; cela vous sera si facile et si | | doux. Vous n'aurez qu’à suivre l'influence d’une âme Lélevée , d’un goût pur. Vous n’aurez qu’à vous souve- D air que la simplicité est la coquetterie du génie.
Mais si les gens qui cultivent les lettres et les arts doivent se plier sans effort , sans humeur , à toutes les | exigences de la société ; s'ils doivent se dépouilier de
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toute prétention et s’ ‘oublier eux-mêmes ; les autres ne les doivent point oublier, La politesse exige que l'on entretienne un auteur de ses ouvrages; qu'on le félicite de ses succès ; qu'on lui adresse des éloges me surés el délicats, Si quelques-unes de ses œuvres nous sont inconnues, nous les lui demanderons comme emprunt avec empressement ; nous les lirons ayec promptitude , nous lui prouverons par. nos citations que nous en avons pris une entière connaissance. S'il nous a fait l'envoi de quelques-unes de ses productions , nous lui devons une visité, ou tout au moins un billet de remerciments. Des compliments ingénieux, de vifs témoignages de reconnaissance, doivent remplir cette : visite ou ce billet. Souvenez- -VOUS aussi que, pour charmer un artiste, il faut flatter à la fois ses goûts , son amour-propre et son culte pour les beaux-arts À Ainsi, parlez-lui en connaisseur, ou du moins en ad mirateur , de la musique , de. la peinture. Sole
phonies. Contemplez longtemps les uns, pus avec | grande attention les autres ; adressez-lui de vives . félicitations mêélées de remerciments ; puis, par une transition adroite , faites-lui des questions qui témoignent votre désir d’être initié dans la connaissance des . arts.
Lorsqu'un artiste ou un écrivain obtient quelque distinction honorable , comme un prix, une médaille, : un succès raniatique , un titre d’académicien, ses amis et ses connaissances doivent s’empresser de venir, lui offrir leurs compliments. Ceux qui sont éloignés s’acquittent par écrit de ce devoir de bienséance.
* DÉS DEVOIRS D'ÉTAT. ui |" Non-seulement les auteurs de profession ;" ” mais lés À pérsonnes lettrées qui font imprither un FTONCE ün |opüscule, uné brochure, en envoient un exemplaire | soug bandé à leur famille , à leurs amis, à Jléurs con- | frères, aux auteurs qui leur ont adressé un semblable lenvoi, à leurs connaissances intimes , à leurs supélrieurs , F aux gens auxquéls elles no du respect; selon la nature de l'ouvrage, aux gens avec lesquels lelles ont des relations de plais où d'affaires. Un usage affectueux et de bon ton veut que l’auteur écrive | de sa main en haut du premier feuillét où dé la cou- | verture quélques mots tendres ou respectueux , selon 1 1és personties auxquelles il s'adresse, Ces mots, qui { sont destinés à faire de l’exemplaire envoyé un souvé- Inir où un hômmäge ; sont Presque toujours signés de l'auteur.
: Nous ne parlerons dé la dédicace qué pour faire observer que l’on ne peut dédier un ouvrage à quel- | qu’un sans avoir préalablement obtenü son He | soit de vive voix, soit par écrit.
À Nous ajouterons qu'il faut être fort sobre de dédi- | caces, les faire très-Courtes , en quelques mots , ét en À S'abstenant des louanges exagérées, car cette forme |les fait considérér comme une léttré de changé tirée à vue. On se borné souvent à mettre: À M. fes.
|: Qüand'il s'agit duroi, dé la reine, des princes , il est nécessaire d'écrire à léur secrétaire dés comman- { dements pour connaître leur vœu à cet égard. Quant à {toute autre personne élevée en dignité, on peut lui {écrire sans intermédiaire. Lorsque les membres de la
| famille royale ont agréé Ja dédicace , l’auteur est ordi-