CHAPITRE IL
Les visites sont une très-importante partie de rela- L.
tions sociales; elles sont bien plus que de simples
moyens de communication établis par la nécessité, 4
puisqu'elles ont à la fois pour but le devoir , l’agré-.«
ment, et qu'elles interviennent dans presque tous les actes de la vie. | On compte plusieurs sortes de visites: nous nous bornerons à énumérer les principales ; quant: à celles qui n’ont lieu que pour des circonstances particulières; on les trouvera indiquées dans le cours de l'ouvrage: Les premières sont les visites du jour de l'an, puis les visites d’amitié et les visites de cérémonie. Nous ne parlerons pas. des visites d’affaires: ce que nous avons
dit en trailant de la bienséance relative aux différents états, nous dispense d'entrer dans de nouveaux dé-
tails. [1 y a aussi les visites générales , que l'on fait en s'établissant dans une ville.
Au renouvellement de chaque année , on doit visiter
ses parents d’abord; puis les supérieurs et les chefs. selon son état ; ses protecteurs, ses amis, et toutes lesw
personnes ayec qui l’on est en relation.
Se:
PS Nr
Ces visites se divisent en plusieurs classes : Visites! de la veille ou de l’avant-veille, ce sont les plus poies ;" du jour, ce sont les plus intimes et les plus honorabies;#
par Cartes, en se présentant ; par cartes, sans se pré-
senter ; de la semaine, elles se font aux connaissances avec lesquelles on n'a pas de fort étroites relations ; du mois, Moins cérémonieuses, elles ont cependant assez de froideur ; c’est à Paris surtout qu'on se les permet. Ce genre de visites exige beaucoup de toilette; elles se font toujours très-courtes ; un quart-d’heure eur. suffit. C’est là principalement qu'il faut se retirer Jorsqu’ il survient d’autres personnes.
On serait ridicule de parler de vœux, de bonne l'année, dans des visites de cérémonie.
Je ne ferai mention de visites d'amitié que pour rappeler qu ’elles défendent presque tout cérémonijal, l'Elles ont lieu à toute heure, sans apprêts , sans toi- Jette ; une trop brillante parure y serait déplacée , et si Les dispositions du reste de votre journée vous con- | duisent dans un tel costume chez un ami, vous devez affectueusement lui en donner l'explication. Si vous ne lé trouvez pas an logis, ne laissez point de carte ; il | pourrait s'étonner avec raison de cette inconvenante cérémonie. Bornez-vous à recommander aux domestiques de l’avertir que vous êtes venu : ne déposez une carte que dans le cas où ces derniers seraient absents : alors la carte doit être roulée et mise dans la serrure. ll sera bon de ne pas tarder de revenir.
* Avec un ami, un parent que l’on traite comme tel, on ne compte pas les visites. Celui qui a le plus de Loisir se rend chez celui qui en a moins ; mais on ne doit pas abuser de ce privilège ; il faut rendre de temps en temps les visites d'amitié , sans qu’elles soient trop fréquentes , se souvenant que : « On incommode sou-went les autres quand on croit ne les pouvoir jamais Pjncommoder, » © ‘© (Larochefoucauld.)
La visite de cérémonie , au contraire, ne Se fait jaa mais sans compter , et même sans Rae ” quel inter. valle on a mis à vous la rendre ; car il. es Lurgent de laisser passer un intervalle semblable. On; Yous à par là donné l'avis d’éloigner ou de rapprocher \ vos PRE
Il est des gens que l'on va voir une | fois par mois »
d’autres , une fois chaque quinzaine , etc. FF d'a autres , 4
encore moins fréquemment. | Afin de ne point omettre de visiles à rendre , ou
éviter d'en faire par mégarde de nouvelles , lorsque lan précédente n'a point été rendue , les personnes. ré-.
pandues dans le monde feront pe de tenir une petite | TA à cet égard.
Pour faire convenablement des visites cérémnieu. à | ses, il importe de n’avoir aucune légère indisposition qui puise momentanément à la figure , à la voix , qui. à embarrasse les pensées , telle qu’ une fluxion, un pur l | ine , une petite migraine ; on semblerait impol. et fa milier. Faites, au contraire, des visites d’ "amitié en pareille circonstance , vous n’en paraitrez que plus ai- | mable et plus empressé. -
Prendré convenablement son temps : est aussi in- | dispensable en visites qu’en toutes choses. On L par viendra en considérant les habitudes de la (personne, que l'on va voir; ens ‘arrangeant de mänière à ne point. arrivér aux heures des repas , aux moments des, ous | pations , des promenades connues. Cela varie néCess aie» rement ; mais ce, que l’on peut. indiquer comme, un. usage général, c’est le soin de ne faire les visites c cérémonie, ni avant midi ni après cinq héures. Agir.
Le #5 |
* différemment, d'une part, ce sérait se rendre i impor |
| tun en se présentant trop tôt, et, d'autre part, troubler les projets à pourraient avoir été faits pour la soirée.
Néanmbiné ont fait beaucoup , à Paris, de visites fe soir depuis sept jusqu’à dix heures ; elles cônvientiéit “aux gens OCcupés.
Après avoir fait üne tôiletté soignée , les visiteüré Se munissent de cartes, c’est:à dire de petits billets de carte où de carton sur lesquels leur nom est imprimé ou bien écrit. Les messieurs méttent simplèment leurs"Cartes dans la poche, mais lés dames les renférment dans üñ petit portéféuillé élégant appelé curnés de visites. Les Hommes jeunes et récherchès déris leurs manières portent comme enes", à là main, Ce pétit carnet.
Noûs allons fire ici une digression sur les cartes L il n’étäit pas mal aütrefois de prendre les cartes d’un jeu réformé , de les couper transversälement en trois parties, t d'écrire soh nom dessus. C’est Maintenant une chose ridicule qui ne se voit qu’en province , ôù quelquefois aussi on remplace ces cartes improvisées par de petits morceaux de papier fort. Après ces car2 tes-là, viennent celles en léger carton , uni, doré sur tranches, gauffré, mais destinées à récévoir le nom écrit. Ces cartes conviennent aux très-jeuhes gens, aux très-jeünes personnes ; elles peuvent étre tolérées pour les visites dé demi-cérémonie. Après elles, vienneñt les cartes lithogräphiées, puis imprimées, puis gravées: ce sont les plus ordinairés.
Depuis ces dernières années , une élégante industrie s'est beñücoup exercée sur les cartes de visites: quel:
Bonne Compagnie. 6
ques-unes de ces tentatives ont été rejetées ; les cartes sur papier porcelaine sont presque généralement ad-
mises. Quant aux cartes peintes , “espèce de joli tableau
sur feuille de fort vélin, entouré d’unesguirlande à jour , et d’une large vignette coloriée ,, au bas. duquel on met le nom écrit à la main, elles sont. encore assez rares. C’est d’ailleurs une fantaisie opulente;: car parfois une de ces cartes coûte de. quinze, à *iagtsoinq francs. û Nous ne nous | occüperons que pour dire qu’il serait fort déplacé de donner de telles cartes chez dés perz sonnes de condition médiocre: remarque. qui :peut s'appliquer d' ailleurs à toutes les, cartes très-élégantes. Xl est bien de les assortir aux habitudes des HÉREt que l'on va voir. Je dois faire observer que les.cartes: rm ds guirlandes , des couleurs rose, bleu. céleste, etc.,.ne con: viennent point aux hommes, ni aux dames. d’un. âge mûr, à raison de l'esprit de recherche qu'elles, semblent révéler. | GS Mn RG Le titre d'état doit se trouy ver. au-dessous du.nom., et, dans les grandes villes, l'adresse au bas. de la carte et en. plus petits caractères. Le titre du rang seimet avant le nom: le comte. de : l'on ne met point Monsieur quand il n’y a point de titre, le nom s'écrit tout court : les noms de dame seuls fon exception ; on.met sur la carte Madame telle. Seulement quand les cartes servent pour le mari et la femme , on met Madame et Monsieur N. Il faut d'ailleurs que l’un'comme l’autre ait des cartes individuelles pour les visites à faire séparément. Les cartes de deuil sont entourées. d’une
{ bande noire; celles de pelit deuil sont d’un gris clair.
| Après les grands deuils de famille, les cartes se font
| souvent collectives.
} Lorsqu'ondoit partir, l’on ajoute au crayon, au bas | de la carte, ces lettres p. p. c., ce qui PES pré | prendre congé.
Les personnes distinguées , ayant des devoirs impé- | rieux et de grandes relations , sont dans l’usage d’en- | voyer des cartes par leurs domestiques. Alors elles % ont soin, lorsqu'elles viennent elles-mêmes , de mettre au bas de la carte, e. p., c’est-à-dire, en personne. Mais, .à moins qu'une haute position ne prescrive ou | ne justifie un tel soin, il deviendrait un ridicule inef- | façable, | - Il'est de mauvais ton de conserver après la bordure | d’une glace les cartes de visite que vous avez pu rece- | voir ; cet étalage annonce que vous voulez faire parade | des noms distingués qui s’y rencontrent.
| Depuis quelque temps, il est passé en usage de | corner par un bout les cartes données en cas de sortie. | Cette corne signifie que les cartes ont été apportées | en personne.
- Siles: visiteurs sont en équipage, leur domestique demandera si la personne que l'on désire voir est { chez elle. S'ils sont en voiture de place ou bien à | | pied , its vont eux-mêmes interroger les domestiques. | Ceux- -ci doivent être considérés comme des soldats en F consigne ; ; s'ils répondent que la personne est sorlie , | on doit se garder d’insister , quand l'on serait certain | du contraire ; et même si le hasard la faisait aperce- | voir , il faudrait feindre de ne point lavoir vue, dépo- | ser sa carte el se retirer,
Lorsqu'un domestique répond que la personne est souffrante , qu’elle est en affaire ou à diner , on agit de la même manière, en exprimant un regret.
On donne autant de cartes qu’il y:a ‘de personnes à voir dans la maison ; par exemple, une pour le mari, une pour madame , une autre pour une tante, «etc.
Si l’on est introduit, on pose-dans l’antichambre.ses socques , son parapluie ; son manteau, etc;; les dames même quittent ce vêtement dans les maisons distinguées. En province, on le garde communément. On se fait ensuite annoncer par un domestique ; ‘si c’est l'usage de la maison , ou du moins on attend que, sans vous annoncer, il vous ouyre la porte de l'appartement. En cas d'absence des domestiques, vous n’entrez pas immédiatement, mais vous frappez légèrement avec le doigt et vous attendez que l'on ouvre; ou que l'on dise d'entrer: Si l’on ne fait ni l’un nil'autre, yous ouvrez lentement et doucement Ja porte. Si vous né trouvez personne, vous n'avez garde de chercher de côté et d'autre, d'ouvrir d’autres portés, de passer dans une autre chambre intérieure ; vous revenez tout de suite sur vos pas, vous retournez dans l’antichambre attendre qu’il viénne quelqu'un pour vous introduire.
Si votre attente se prolongeait trop, vous laissez votre
carte sur un meuble ou chez le concierge. Ces cas
se présentent fort rarement ; mais il est bon de tout
prévoir pour n'être point pris au dépourvu.
Admis, un monsieur se présente le chapeau à Ja main , et s’avançant vers la personne , la salue avec grâce et respect. Dès qu'il lui voit faire le mouvement de chercher un siège pour le lui offrir, il s’empresse
d'aller le prendre lui-même (une chaise ordinairement) ; il le-place du côté de la porte d'entrée, et à quelque distance de la personne à laquelle il laisse ainsi ce qu'on appelait le haut bout. I ne s’assied que lorsqu'elle est assise, et tenant son chapeau à la main au-dessus des genoux, ne se balance point , ne s’en-
fonce point sur sa chaise, mais garde.un maintien aisé,
bonnête*et décent. Il serait familier et de mauvais ton de se débarrasser de son chapeau , de sa canne, avant que le maîlre ou surtout la maîtresse de la maison ne vous ait invité à le faire. Encore il est bien de présenter quelque résistance , et de ne céder qu’à la seconde ou troisième sommation, On ne place pas indifféremment son chapeau en le quittant ; le mettre sur un lit est une incivilité. Le lit , qui dans les temps antiques était regardé comme un sanctuaire, ne doit être ni touché ni approché par un homme. Le chapeau se place de préférence sur le bas d’une console, d’un guéridon. Bezucoup de personnes de bon ton le mettent sur le parquet ; ce que la maîtresse de maison ne doit point souffrir. Elle n'engage d’ailleurs à se débarrasser de leur chapeau que les gens qu'elle veut traiter avec quelque familiarité, et cela se fait peu dans les visites de cérémonie. On garde son chapeau à la main.
|: Ces conseils regardent aussi les dames. Depuis assez |. longtemps elles ont pris l'habitude de quitter leur chapeau ét leur schall; mais cela suppose assez d'intimité pour qu’elles s’en abstiennent chez des personnes peu ‘connues. Si on les y engaze, elles refusent. Le peu d'iustants déstinés à une visite cérémonieuse , la né-
€ PEUXIÈME PARTIE. CHAP..I.
cessité de consulter une glace en remettant. sa coiffure, d'être aidée en remettant son schall,.s’opposent. à ce qu'elles acceptent l'invitation. Si elles sont un peu liées avec la personne qu'elles visitent, et qu’elles désirent se débarrasser , elles en demandent la permission, que lon accorde en se levant pour les aider à quitter chapeau et schall. Un fauteuil, un meuble éloigné doit recevoir ces objets , ils ne peuvent être placés sur le lit que lorsque la maîtresse de la maison les y met elle-même. Chez quelqu'un que:l'on yoit -habituellement , on les quitte sans dire un mot, et même on peut rajuster ses cheveux et son fichu devant une glace , pourvu que ce ne soit que très-peu. d’instants. ” Si celui auquel vous faites visite.se prépare à sortir ou à se mettre à table, vous devez, bien qu’il-cherche à vous retenir, vous retirer le. plus tôt possible. La personne visitée à contre-temps doit, de son côté, .ne pas laisser apercevoir un désir trop BESPAPCÉ que la visite-se termine promptement.
On doit toujours avoir l'air charmé de receyoir un \ visiteur, et lorsqu’en ces circonstances il yous quitte 4 rapidement, il faut lui en fémoiguer du regret.
Les visites de cérémonie doivent être courtes : si la conversation se trouve interrompue. sans. être reprise par la personne que vous êtes venu voir; si elle selèye sous un prétexte quelconque, mt exige que Fan -Salüe et que l’on se retire.
Si, avant cette invitation tacite de. prendre congé, on ‘annonce d’autres visiteurs, vous devez vous esquiver sans rien dire Dans le cas où le: maître de lasmaison irait à vous pour vous engager à rester dayantage, pour dl
vous reconduire, vous lui répondriez brièyement qu une affaire indispensable yous appelle, et.vous le prieriez | avec instance de ne pas faire attention à vous. Vous ter- | mineriez en fermant vivement la porte.
Lorsqu'il survient quelqu'un de votre connaissance , | il serait bizarre ou impoli de vous éloigner de cette | manière, surtout s’il ne s’agit pas d'une époque de grandes visites. Dans tous les cas, on doit saluer les survenants. Pour une dame, tout le monde se lève à son entrée. Pour. un monsieur, les hommes se lèvent seuls, et les dames se lèvent ensuite, à demi et graduellement de leur siège, à mesure qu'il vient les saluer, après avoir commencé par la maitresse de la maison, On salue aussi de cette façon dans les assemblées peu nombreuses.
Si, en entrant, vous avez trouvé des personnes étrangères, une conyersation engagée, contentez - vous du peu de mots que vous adresseront le maitre ou la maitresse de la maison; ne restez que quelques instants, faites un salut général, el conduisez- -VOuS comme précédemment.
Lorsque vous ayez vu quelque part Les nouveaux arrivants, ils se joignent quelquefois à la personne visitée pour se récrier sur votre disparition. Répondezleur quelque chose de poli, de flatteur même, mais n’en persistez pas moins à vouloir vous retirer.
Sion apporte devant vous une lettre à la personne
chez qui vous êtes, elle la posera sans l'ouvrir ; vous la
prierez d'en prendre connaissance ; elle n’en fera rien, et cet incident vous engagera à rendre plus courte votre visite. . ;
Lorsque, dans une visite de demi-cérémonie, on insiste vivement pour que vous restiez, il convient de céder, mais de vous lever ensuite peu d’instants après ; si l’on insiste encore en vous prenant les mains, en vous faisant rasseoir de force, vouloir vous retirer serail impoli : mais il faut néanmoins vous lever à peu d'intervalle une troisième fois, et vous FIRTes définitivement à celle-là.
Si, dans le cours de la visité, il entre une personne de la famille, vous ne vous éloïignez point pour cela, vous vous contentez de saluer en vous levant. Si la personne est une dame, vous ne vous asseyez pas qu'elle ne soit assise ; si c’est un homme, vous pouvez obtempérer à l'invitation faite de vous asseoir, se qu il demeure debout.
Si votre visite est collective, il est quelques points à observer, relativement à vos compagnons. En montant l'escalier, il est rigoureusement d'usage de céder le pas aux personnes auxquelles on doit le respect, et de leur laisser le côté le plus commode, qui est celui du mur. N'oubliez pas surtout cette dernière précaution si vous accompagnez une dame : un homme honnête doit encore lui présenter le bras. Quand il se trouve plusieurs dames , l'honneur est dû à la plus âgée.
Si vous rencontrez quelqu'un sur l'escalier, rangezvous du côté opposé à celui qu'il tient.
Il serait ennuyeux ct déplacé de faire d'éternelles cérémonies pour savoir qui doit entrer et être annoncé le premier; le pas est dû au sexe, puis ensuite à l'âge, à la qualité.
Quand plusieurs dames à peu près sit par l'âge
| DIVERSES SORTES DE VISITES. 69 | ou le rang sont.ensemble , les difficultés pour le pas ne | doivent. pas. être prolongées ; seulement s’il y a plu- | sieurs.salons à traverser, la personne qui a eu le pas à | la première porte, doit passer la dernière à la porte , suivante. Dans tous les cas, les jeunes demoiselles cè- | dent le pas aux dames veuves ou mariées. |
L'instant où l'on prend congé doit être ra |
| marqué par les. dames, les personnes âgées ou considé- | rables. Ce serait être impoli que de vouloir se retirer & avant qu'elles en eussent donné le signal. Nous ajoute- | rons. qu’il est inconvenant d'aller plus de trois ou quatre | ensemble.
Les personnes qui tiennent un grand ton se font ac- @ compagner jusque dans l’antichambre par un ou deux { laquais qu'elles retrouvent en sortant,
… Amener des enfants, des chiens avec soi dans une vi- | site de cérémonie, est tout-à-fait commun et provincial, | Dans les visites demi-cérémonieuses même, il faut lais- | ser son chien dans l’antichambre, ainsi que la bonne | qui tient Je nourrisson , car cette circonstance seule | excuse une pareille suite, Quant aux animaux, il vaut | mille fois mieux n’en pas avoir.
| On reproche avec raison aux habitants de la province | de prodiguer les révérences, les formules consacrées | pour aborder les gens, ou pour prendre congé d’eux. | Cette habitude, que peut faire contracter l'embarras ou | trop de bienveillance, est extrêmement ridicule. N’est- | il pas difficile de conserver son sérieux, lorsqu'on voit | un visiteur saluer. tous les meubles, se retourner vingt fois lorsque vous le conduisez, et faire à chaque station une triple salve de saluts et d’adieux? Nos lecteurs se
garderont bien de cette singulière politesse ; ils salueront une première fois, au moment de prendre congé ,. et une seconde fois, au moment où la personne qui les reconduit sera arrêtée sur Ja porte.
Nous avons dit plus haut que lorsqu’on ne trouve pas’ ,
les personnes chez elles, ou que l’on craint de les déranger, on laisse une carte; mais ce n’est point là ce qu'on appelle visites par cartes spécialement. Dans ces dernières visites, on n’a point pour but de voir les personnes, puisqu'on ne les demandé pas, et que l’on se borne à donner sa carte au concierge ou au domestique. Cet usage, qui a dû s’introduire forcément chez les personnes très-répandues dans le monde, ét principalement aux époques où chacun doit se visiter, comme au jour de l’an, cet usage jusque-là n’est point ridicule, mais il le devient à l’excès par l'extension qu'on lui a donnée.
Cette extension consiste à faire la visite sans quitter son appartement, c’est-à-dire à envoyer tout simplement sa carte par un domestique, ou bien par le ministère d'une administration établie à cet effet. Ge développement des visites par cartes semble aux gens de bonne compaguie la chose la plus impertinente et la plus triviale qui se puisse imaginer. Vous ne vous la permettrez donc que lorsqu'il s'agira de rendre des visites faites par cette voie, et vous n’userez ainsi de re-
présailles que pour empêcher ces’ visiteurs mal avisés
de penser que vous leur failes des prévenances.
Dans les ouvrages consacrés à l’enseignement de la bienséance, on ne songe jamois qu'aux personnes distinguées, on met totalement en oubli les gens d'une
tondition plus modeste, et lorsqu'on se trouve en rap- Éport avec eux, on se récrie sur leur impolitesse, C’est une injustice et.un mauvais calcul selon moi. Injustice, parce que la véritable politesse tient moins au rang qu’à fa droiture de l'esprit, qu’à la bonté du cœur ; mauvais fcalcul; car refuser d’initier les gens à ce qui rend les rapports sociaux. faciles, agréables, c’est se préparer des froissements et des ennuis; c’est ensuite retarder autant. qu'il est en soi l site des formes. de la civi- Visation.
Méprisant crie ce:sot dédain, nous applaudirons aux soins prévoyants des personnes peu aisées qui, n'ayant Mai portier «ni domestique , encadrent à leur porte une nlaqued'ardoise surmontée d’un crayon, afin qu’en leur xbsence les visitears puissent écrire leur nom, car ces visiteurs-là sont rarement porteurs de cartes. Nous ap- Dlaudirons aux soins bienveillants des personnes dont l'escalier n'est pas: éclairé, ou dont l'appartement est placé très-haut,ret: qui déposent chez le concierge un Hougeoïr. que, chaque arrivant prend pour MOHEnT et l'emet ensuite-en descendant. .
“Si quelques- -uns de nos riches lecteurs étaient tentés le sourire à l'énoncé de ces bourgeoises précautions, ious leur -rappéllerions qu'ils sont complètement étranrers.à l'esprit, de la bienséance dont elles sont un :xemple touchant.
Cette digression noùs conduit naturellement à la selonde partie de notre tâche relative aux visites concerliant les devoirs qu’impose la politesse pour les recevoir, aril n’est pasmoins important de bien accueillir les fens que de bien se présenter chez eux.
72 DEUXIÈME PARTIE. CHAP. ]If.
… Avant de passer à ce sujet important, il soriblerait que je dusse compléter ce qui me reste à dire’sur les visites, par l'indication de celles d'audience; de félicit& tions, de condoléances et d'invitation; mais, sauf Jés premières, auxquelles je vais consacrer quelqués mots} les détails de toutes les autres se trouveront dans lés chapitres ‘destinés à la conversation, aux formalités d dés repas, du deuil, ele. :- 1,27
On ne se rend'point ümisterHibist pr les riristtus] les chefs d'administration publique et les personnes très-distinguées : il faut; auparavant; leur avoir de= mandé par écrit un rendez-vous, et spécifier le but de la visite. On va chez elles à l'heure marquée + on s'ab4 stient de s’iiformer de leùr santé; et l’on observe stric | tement les obligations du décorum: Ces visites, qui sont l'apogée de la cérémonie ; dojgent nécessairement être fort courtes; : ov us ani
Il faut aussi prévoit les audiences. cle jar té | princes et princesses aux personnes qui ne vont poini habituellement à la cour. Elles doivent d’abordsign sur un registre qu’on leur présente à cet éflet, l'heure à laquelle on leur remet leur lettre ‘d'audience; fair :
une toilette très-soignéé ; se bien garder de prend une voiture dé place, et choisir une élégante voitu de remise säns numéro, sielles n’ont ares de tac à elles. 4 C'est là qu’il Ep surtout de ne point $ résséoie ou de ne s’asseoir qu’à distance après en avoir obtenu H permission, puisqu'on he s’assied: point dévant là Rein ou devant le Roï, sans une exception-toute spéciale: : Le terme de ces visites diffère essentiellerient di
| MANIÈRE DE RECEVOIR 73 : |'autrés : à l'ordinaire vous prenez congé de vous-même, tk mais là, c’est une: gr ce accordée dont vous ne devez {£ point borner le cours: 11 faut attendre que l’Altesse se | lève, et vous indique par quelques mots affables que | l'audience est terminée. Alors c’est le visiteur qui con- # duit jusqu’à la première porte la personne visitée ; ® celle-ci lui rend son salut, puis se retire , en le laissant
dans le salon où elle l'avait reçu d’abord.
| On verra, au chapitre de la Bienséance épistolaire, % quels sont les titres à donner à ces personnages impor- ® tants. Il est bon de se munir de sa lettre d'admission, ® pour, en cas de besoin, la montrer au suisse.