‹ Nouveau manuel complet de la bonne compagnie, ou, Guide de la politesse et de la bienséanceChapitre 25 sur 70 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Le maintien paraît chose si simple, si usuelle, si facile, que sans doute en voyant ce titre, bien des lecteurs croiront que j'ai dessein de les renvoyer à la Civilité puérile et honnéte. Mais s'ils se donnent la peine de réfléchir aux nombreuses infractions dont ils

sont témoins chaque jour contre la bienséance du : maintien; s'ils se rappellent tant de tics bizarres, tant

de gestes ridicules, tant d’attitudes prétentieuses, tant

de regards affectés, tant de grossiers mouvements ;! À

s'ils se souviennent que le maintien doit être en parfaite harmonie avec la situation, l’âge, l'esprit, le sexe, et comme le dernier trait de la physionomie; s’ils pensent aux préventions défavorables que fait naître un maintien dédaigneux , immodeste ou trivial, ils comprendront ma sollicitude à cet égard.

Il est impossible sans doute de signaler, toutes les

fautes contre le maintien. Ce volume n'y suffirait pas : : il faut se borner à désigner les principales. En général, je ne. saurais trop recommander aux à jeunes gens le choix de leurs sociétés intimes, car c’est une tmiste vérité, que l’habitude de vivre avec une per- . ggyous fait prendre ses gestes, ses goûts et ses tra- W: malheureusement ce sont toujours les mauvais it sur les bons.

NE garder fixement les gens, surtout si l'on est emme et que l'on parle à un homme; tourner fré-

| quemment la tête de côté et d’autre pendant la con- |versation ; se balancer sur son siège; se courber en ‘avant ; abaisser les bras sur ses genoux ; embrasser l’un d’eux avec les mains jointes ; croiser les jambes ; avancer les pieds sur les chenets ; se regarder avec complaisance dans une glace ; rajuster prétentieusement sa cravate, sa chevelure, sa robe, son fichu ; rester sans gants; plier minutieusement son schall, au lieu de le mettre avec une gracieuse négligence sur un meuble ; |s ‘inquiéter trop du chapeau que l’on vient de quitter ; :| rire à gorge déployée ; avancer la main sur son inter- | locuteur , le prendre par les boutons, le collet de son habit, la manche, la ceinture, etc. ; prendre les dames | par la taille, ou leur toucher le genou ; rouler les yeux, les lever au ciel avec affectation; prendre du tabac dans la boîte de son voisin , en offrir à des étrangers, ont : à des dames ; faire jouer continuellement les | breloques de sa montre, une chaîne, un éventail ;

jattre la mesure avec les pieds et les mains ; faire pi- 'rouetter une chaise ; secouer avec les pieds celle de son Yoisin ; se caresser le visage; se frotter continuelle | ment les mains; cligner des yeux ; lever les épa frapper du pied, etc. ; toutes ces mauvaises habi dont il ne faut d’ailleurs jamais parler aux ge a:

| verainement. À

Le maintien est expressif comme l'accent, lui peut-être, parce qu'il est plus continue]; l'observateur toutes les- nuances du caractèr | donc bien éviter de faire ainsi sa confession gé par des minauderies, une tenue prétentieuse , de

moqueurs, des mouvements brusques, une contenance, hardie, des signes impertinents et protecteurs, des. sourires mignards, des gestes de bouffon, un pose non chalante et voluptueuse , un maintien rempli de pruderie et de raideur.

Les jeunes demoiselles, les très-jeunes gens, les personnes peu habituées au monde, doivent êlre en garde contre l'excessive timidité, car non-seulement elle pa-. ralyse leurs moyens, les rend gauches, leur donne l'air. presque niais, mais encore peut les faire accuser d’or. 4 gueil par les gens qui ne savent point que l'embarras prend souvent les formes du dédain. Combien de fois les personnes timides ne saluent pas, répondent bas ou mal, omettent mille petits devoirs de société, manquent

à mille attentions aimables, faute d’oser ! Ces atten-. | tions, ces devoirs, ils s’en acquittent à in petto, mais quià peut leur en savoir gré? Un convenable aplomb, ne dégénérant point en assurance, encore moins en audace, ! en familiarité, est donc une des qualités les*plus désirables dans le monde. Pour l'obtenir, il faut observer. e . ton, les manières des personnes polies. et biepvgilantés,

nt est au maintien que, dans une prome- | al, une assemblée, les gens qui ne peuvent nir jugent de leur mérite et de leur bonne Que de danseurs s ‘éloïguent, que de persées sourient de pitié, à l'aspect d’une belle

ai minaude, joue la grâce, penche le cou avec | semble s’admirer sans cesse et inviter les au- |

1 tres à l'admirer. Qui jamais s’avisa de lier conver- {sation avec une dame immobile; raide et compassée, {allongeant là figuré, serrant les lèvres , et portant en ‘larrière ses côtés collés à ses flancs?

La démarche d’uné femme ne doit être ni trop vive Uni trop lente ; le pas le plus facile et le plus commode ést celui qui fatigue le moins et qui plaît davantage. Le corps et la tête doivent être droits sans affectation et sans fiérté, les mouvements, surtout ceux des bras, aisés et naturels. Le regard doit étre doux et modeste. Il n’est pas de bon ton qu'üne femme parle avec ‘rop de vivacité ni trop haut. Quand ellé ést assise, elle ne doit ni croïser les jambes , ni prendre une attitude riviale. Elle doit occuper presque tout son siège, et ne paraître ni trop remuante, ni trop immobile. Il est jout-à- fait déplacé qu elle se drape en $ ’asseyant, où 1 ru “elle tale largement sa robe autour d'elle , coriime

| älle ne doit pas non plus rester assise aa milieu dé son attétil ; il faut que sa position la présenté de troisfüarts à là personne qui lui fait vis-à-vis.

|: Mais ce qui est surtout insupportable chez le sexe, est un air inquiet, hardi, impérieux ; car cet air est ln ontre nature, il n’est permis dans aucun cas. Quand

ne femme a des soucis, qu’elle les cache au monde, pr Ju n’y vienne pas; quel que soit son mérite, qu elle. "ie ‘oublie pas qu’elle peut être homme par la supériorité "0 ‘eson esprit, par la force de sa volonté, mais qu’à l'ex- Mirieur elle doit être femme. Elle doit présenter cet être ut pour plaire, pour aimer, chercher un appui, cet “ire différent de l'homme et ressemblant à l'ange. Late

aspect affectueux, presque timide, une tendre sollici-A tude pour eeux qui sont autour d'elle, doivent se mon=« trer dans tonte sa personne. Sa physionomie doit respirer la bienveillance, la douceur et la satisfaction; l'as battement, le souci et Fhapenr en doivent être constamment bannis.

Avant d'abandonner un sujet si fécond, je il à mes lecteurs deux modèles de mauvaises contenance. L'un est un fashionable, la tête raide , l'air emprunté, le jarret tendu, tremblant de dérangér la symétrie de saw cravate, de faire grimacer son pantalon, sa manche ou: le collet de son habit. L'autre est un lourd personnage, les pieds rapprochés et posés sur le barreau de sa chaise, les mains écartées sur les genoux, les épaules affaissées, la bouche à demi-béante. Entre ces deux ca= ricatures, il est encore beaucoup de nuances ridicule: dont nous abandonnons l’appréciation à la sagacité d lecteur. Nous allons maintenant traiter des Det . relatives à la conversation.

Elles sont tellement importantes, que nous croyons! è devoir les diviser en deux parties, savoir : bienséances puerieiles, bienséances Nora

Page 1