‹ Nouveau manuel complet de la bonne compagnie, ou, Guide de la politesse et de la bienséanceChapitre 33 sur 70 · VII · texte numérisé non relu

VII

Des Eloges , des Plaintes, des Inconvenances et : des Préjugés.

Une des choses les plus inconvenantes ; c'est de louer à l'excès et à contre-temps. Les louanges excessives et | déplacées n’honorent ni celui qui les donne , ni les per: sonnes qui les reçoivent.

Le moyen infaillible de prêter un ‘air sot à une personne de mérite, c’est de lui adresser en face et sans. ménagement des éloges exagérés : il n’est pas, en effet,t peu embarrassant de répondre, Garde:t-on le silence, on semble respirer à son aise l'encens; se récrie-t-on vivement, on semble vouloir l'exciter encore. Aussi voyons-nous, en pareil cas , dés gens très-spirituels d’ailleurs , qui répondent par de niaises exclamations ,

l’a faite en ait eu le droit, et qu’on puisse la citer sans lui faire tort; autrement on rirait de la réponse et on en mépriserait l’auteur, I] sort des réponses agréables de la bouche d’un homme de guerre, qui $6= raient ridicules dans celle d’un magistrat, Une jeune personne peut faire des réparties vives et brillantes, qui seraient insupportables dans la bouche d’une femme un peu âgée; comme celle-ci peut en faire de fort piquantes qui ne conviendraient nullement dans la bouche d’une jeune démoiselle. | =

par des assertions grossières : Vous vous moquez, disent-ils ; et cela ne se peut tolérer, car l’on ne doit pas | supposer que la personne qui vous loue soit capable d'un tel procédé. Je crois que l’on pourrait mieux dire : S£ je ne vous savais si bienveillant (6u si bon) , je croirais vraiment que VOUS vous raillez de mot. Où bien : votre indulgence vous aveugle.

Les hommes sans usage S’imaginent ordinairement qu'on ne peut aborder une dame sans lui adresser des | Compliments. C’est une erreur , messieurs » et je peux Vous révéler à cet égard ce que mon sexe préfère à ces | banalités d'éloges.

(M Il est de mauvais ton d'assommer dé fades douceurs Moutes les femmes qu'on rencontre , sans distinction âge , de rang et dé mérite. Ces fadeurs peuvent amu- | Ser quelques femmes légères, elles ennuient une femme |#ensée. Ayez avec elles une Conversation vive , pi- Quante et variée ; et souvenez-vous qu’elles ont une [imagination trop. active, une mobilité d'esprit trop {grande , pour soutenir longtemps la conversation éur

Faut-il donc $’

{philosophie-là ; les éloges sont et seront longtemps en. Core un moyen de succès : mais ils doivent être d’a- {bord vrais, ou du moins vraisemblables , afin dé ne pas avoir l'air d’un outrage sanglant ; ils doivent être indirects, délicats, pour qu’on puisse les écouter sans être obligé de les interrompre, ils doivent être tem pérés par üne sorte dé censure , dont l’adroite sévérité est encore elle-même un éloge. Evitez surtout avec

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soin de dire du mal d’une personne pour faire un compliment à une autre. Ces sortes de comparaisons A désobligeantes pour toutes deux. |

Ne pourrait-on pas regarder comme un langage gros- è sier et ridicule cette exagération que l'on met souvent dans les louanges comme dans le blâme ? Il semble que | la véritable bienséance dans les paroles consiste principalement dans une certaine mesure d'expressions. Il vaut beaucoup mieux donner à penser plus qu'on ne dit, que d'outrer les termes et de courir le risque d'aller au-delà de ce qu'on doit dire.

Sous quelque rapport que ce soit, la plainte a toujours mauvaise grâce. |

Eloignez surtout de vos plaintes l’aigreur et l’animo-* sité; que votre colère soit seulement le sentiment du: mal qu'on vous a fait, et non pas de celui que vous, voudriez faire : c’est le plus sûr moyen de mettre dans! votre parti les personnes qui auraient peut-être pu balancer entre votre adversaire et vous.

La bienséance ne s'oppose pas moins aux plaintes k excessives que vous faites au premier. venu contre ceux. dont vous avez à vous plaindre, qu aux louanges fréquentes et outrées que vous donnez mal à propos ceux de qui vous attendez du bien.

Par le mot #nconvenances , on entend généralement toutes les fautes contre la bienséance. Cependant on donne aussi à ce mot un sens particulier et restreint. A sizuifie alors un manque d’égards , un oubli spécial des soins délicats qui semblent nous identifier avec la posis tion d'autrui. Voici quelques exemples de ces infrac= tions particulières de la politesse : N’aborder les pers

| BIENSÉANCES DE LA CONVERSATION. 129 | sonnes tristes qu'avec un visage riant et.des manières

| énjouées, qui leur prouvent le peu de part qu’on prend à leur situation ; troubler par une humeur bizarre et | | chagrine , par des déclamations misanthropiques, la | joie de gens satisfaits ; exalter les avantages de la | beauté devant des femmes âgées ou disgraciées de la | mature ; parler de la considération que donne l’opu- | lence en présence de gens à peine arrivés à la médio- | crité ; s’applaudir de sa forcé, de sa santé près d’un | valétudinaire , etc.

. Le sens que nous domnons ici au terme préjugés est Lencore plus restrcint que celui donné précédemment Là Pexpression #nconvenances. Nous ne voulons point parler ici dé ces jugements erronés, reconnus tels, isapés , ébranlés , mais encore respectés de la société qu’ils tourmentent. Nous voulons seulement prémunir nos lectrices contre ces préventions anti-sociales , dé "nation à nation , de ville à ville, de quartiers à quarwers ; dé cette disposition malveillante qui remplit la bouche d'une Française dé malignes observations contré une habitante &e Londres ; qui change pour une Parisienne le nom provincial en synonyme de gaucherie et de mauvais ton ; et qui, dans les salons de la Chaussée-d’Antin, ne fait pas plus de grâce aux personnes logées au Marais ; d'autant plus que les gens du Marais , les provinciaux , les Anglaises , ne se font pas faute de rendre préventions pour préventions, dédains Jour dédains,

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