‹ Nouveau manuel complet de la bonne compagnie, ou, Guide de la politesse et de la bienséanceChapitre 34 sur 70 · DE LA BIENSÉANCE ÉPISTOLAIRE · texte numérisé non relu

DE LA BIENSÉANCE ÉPISTOLAIRE

Après les communications sociales par le moyen des visites, de la conversation, viennent les communications par le moyen des lettres et billets. Ce n’est pas seulement l'absence, mais la multiplicité des affaires , | le grand nombre des relations qui donnent une exten- | sion très-forte à cette partie des rapports sociaux.

Nos lecteurs sont trop judicieux pour croire que : nous nous disposions à leur donner des leçons de style; | à leur enseigner comment se doivent écrire les lettres | d'amitié , de félicitations, de condoléances , de morale , | d’excuses, de recommandation, d'invitation, de plain- | tes, de reproches. Cette énumération seule en dé-1| montre l'impossibilité. Quelques réflexions générales sur les convenances épistolaires, des détails scrupuleux sur les formes et le cérémonial des lettres, composeront ce chapitre important.

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Des Convenances épistolaires.

Si l’on doit s’attacher dans la conversation à la propriété des termes, à leur choix, à leur gracieuse | euphonie, combien faut-il plus encore chercher à ren- | dre son style clair , précis, élégant, approprié à toutes sortes de sujets. La vivacité du discours force souvent |

Là

sacrifier des expressions heureuses et tardives, à la nécessité d'éviter l'hésitation; mais cet obstacle à la arole laisse la plume en liberté. Aussi doit-on indispensablement éviter , avec les redites, les raturesy les renvois, les mots oubliés, toute confusion d'idées F fe construction pénible. Si l’on écrit familièrement à un égal, à un ami, ces taches peuvent rester encore ; mais dans le cas contraire, la lettre est à recommencer. * La plus exacte observation des règles de la langue est de rigueur ; une faute d'orthographe, un tour in- “correct ne peuvent passer, même dans la lettre la

oins soignée , dans le billet le plus futile. La correction n’en est pas même admise ; car, outre qu’elle salit la lettre , elle révèle l'ignorance ou l'inattention de celui qui l'écrit. Par tous ces motifs , il est bon de comù mencer par faire un brouillon , lorsqu’on a peu d'usage

| du style épistolaire, et que très-jeune encore, on ne se

| rappelle point parfaitement les leçons de la syntaxe et | du dictionnaire. Quelques personnes, il est vrai, blàment celte précaution, qui, disent-elles , empreint le style d'affectation et de raideur. Ce reproche ne me semble pas fondé. La perte de temps qu’entraîne cette

mesure est un inconvénient plus réel; et par ce motif

et par l'embarras où l’on peut se trouver , il est bon de s’habituer à faire sur-le-champ ane lettre avec

| propreté , élégance et correction.

* Le choix des matériaux, sans être fort essentiel, est

fpourtant nécessaire :. écrire avec de très-gros papier,

n'est permis qu'aux gens des plus basses classes ; se

fiservir de papier doré sur tranche et parfumé pour des

lettres d'affaires , serait un ridicule contre-sens, Le

choix du papier doit être en rapport avec les persor pes, l’âge, le sexe, la condition des correspondants Les papiers ornés dont nous venons de parler , les pa piers encadrés de vigneltes de couleur , de vignettes jour , ou coloriés de nuances tendres, sont destinés au jeunes dames, aux personnes dont la position, Je: goûts, la dignité , supposent des habitudes de luxe € d'élégance. Toutefois , beaucoup de gens distingué préfèrent , avec raison , en ce genre , la simplicité , el font usage de très-beau papier, mais sans aucuñ ornement. Depuis quelque temps la papéterie de luxe a | pris un grand essor. La première page de la lettre est! presque un tableau, tant l'encadrement est étendu. | Les dessins sont ou rose, ou bleu-ciel, où vert-naissant, ou Perse, ou ils représentent de petits sujets coloriés d'après nature , et mélangés, d'ornements et | filets d’or ou d'argent. Un arabesque accompagne la devise , le nom de baptême , ou les initiales du nom de famille qui doivent être imprimées en gaufrage, en tête du papier. Ce gaufrage se rencontre maïntenant sur toutes les lettres. On y fait joindre ses armes, s° "il y a lieu.

Assez ordinairement la couleur des ornements de la lettre se retrouve en filets sur l'enveloppe assortie. El y a des enveloppes qui portent des filets dorés sur les re plis et sur les bords. |

Lorsqu’on est en deuil, on emploie du papier et dell enveloppes encadrés d’une ligne noire. ie

Les gens d’affaires, les chefs d'entreprises, d’établis sements , les personnes considérables ayant plusieurs titres, se servent de papier à déle émprémée; c'est-à#

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l dire, qu’en tête se trouvent le nom de leur résidence. < | es trois premiers chiffres de la date de l' année, leur + adresse, et ces mots : Monsieur un tel (suivent les # titres) & Mr, Ce dernier mot est en blanc.

X Il est extrémement impoli d'écrire une lettre sur un S simple feuillet de papier, même lorsqu'il s’agit d’un billet ; il faut toujours que lé feuillet soit double, n’é- $! crirait-on que deux ou trois lignes. C’est plus grossier ! encore de se servir pour enveloppe, de papier sur le quel se trouvent un ou deux mots étrangers à la lettre, qu'ils soient écrits ou imprimés.

"Les poulets, les missives pliées à plis allongés, sont

de peu d'usage. Une lettre pliée en quatre, surtout lorsqu’elle est de papier coquille vélin, doit être aplatie sur | Fe aù moyen d’un couteau à papier.

* La politesse doit encore déterminer les frais de port. Elle exige que l'on affranchisse la lettre, lorsqu'on ‘| écrit à des personnes distinguées, à celles dont on ré- 1] clame quelques services; mais affranchir serait une malhonnéteté, et quelquefois une indélicatesse, lorsqu'on s radréssé à à des amis, à des connaissances , à des | pérsonnes peu fortunées que l’on doit craindre de blesser. IT faut, pour leur éviter des frais ou des mé- ! Contentements, tâcher dé faire naitré quelques occa- À sions (1).

Les lettres du prérnier de l'an, de fête, s'ecrivent ordinairement à l'avance, dé manière à parvenir la (veille où lé jour même, Cetté mesure est exigée ene

(1) Agissez d’ailleurs comme agissent vos correspondants, et souye.. Ê nez-vous qu’à Paris, il est beaucoup plus poli d'envoÿ er une lettre par lun domestique que par la poste,

Bonne Compagnie. 12

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Li 454 DEUXIÈME PARTIE. CHAP. Vii. "1 | vers des parents ; pour amis et connaissances intimes , on a la semaine qui suit, et pour toute autre personne, le mois entier.

IL est aussi indispensable de répondre quand on vous écrit que lorsqu'on vous parle, et la paresse que se permettent tant de correspondants, est une incivilité. Lorsqu’enfin ils se décident à faire une réponse, ils débutent par des excuses si constamment renouvelées, qu'elles deviennent des lieux communs. Il faut beaucoup d'adrésse et de soin pour que ces excuses. ne soient pas la chose la plus ridicule. La concision, queb, ques tours neufs, sont indispensables en ce cas. même observation s'adresse aux reproches faits à égard. # :

Les lettres remplacent les visites, ainsi que nous la. vons vu et le verrons pour les cadeaux, mariages ,M terrements , cérémonies, etc.; négliger d'écrire en 2#reil cas est une impolitesse grossière.

On ne peut écrire deux personnes dans la mêms lettre, de manière que l’une écrive sur le premier fe uillet, et l’autre sur le second, que lorsqu'on est intime: avec le correspondant. Il en est de même pour les apos- " tilles. Se servir dans une missive de tours empruntés M aux langues étrangères, comme, je vous baise les maïns, " des Italiens, ne se permet que dans la familiarité. Le « ton des hommes qui écrivent aux dames doit avoir toujours un vernis de respect dont elles sont dispensées en” leur écrivant, À moins d’une grande cérémonie , une femme ne peut pas plus écrire à un homme, j'ai l'hon- « meur d'étre, qu'elle ne peut lui dire : j'ai l'honneur de ! vous saluer, tandis qu'il doit employer les formules les M

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plus respectueuses : Daïgnez, madame, me permettre; permetlez que j'aie l'honneur de vous présenter mes hommages très-respectueux, etc.

Servez-vous du style soutenu pour les personnes auxquelles vous devez du respect ; du style aisé, ou même |railleur, pour votre ami; du style agréable pour les dames en général. Ne badinez point avec les personnes d'un rang plus élevé. Quelquefois il arrive qu’un grand ‘honore de son ‘amitié un homme de moindre condition, Let trouve bon qu’il lui écrive sans cérémonie. Dans ce | cas, il est permis d'user de la privauté qu'il donne; | mais il faut prendre garde d'en abuser, et lui faire con- | maître de temps à autre qu'on est toujours prêt à ren- |trer dans les bornes du respect.

| Quand vous écrivez sur un sujet, envisagez-le tout “entier, avant de faire votre lettre, et traitez tout de | suite ce qui le regarde, pour n’y pas revenir 24" : avoir parlé d’autre chose. |

| Si vous avez plusieurs sujets à traiter dans une même lettre, commencez par les plus importants; car si la | | personne à qui vous écrivez est interrompue en la lisant, elle aura plus d’impatience d’en reprendre la lec- |ture, pour peu qu’elle y ait trouvé quelque chose d'in- | téressant.

| Il est utile et commode de commencer une nouvelle ligne à chaque changement de matière.

| Après avoir écrit Monsieur ou. Madame au haut | d’une lettre, c’est une faute de commencer la lettre par | uû de ces mots : Monsieur votre frère, madame votre | sœur m'écrit que... [l faut dire : J'apprends par une dettre que m'écrit madame votre sœur.

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* 136 DEUXIÈME PARTIE. CHAP. VII. s.

I est impoli d'écrire : votre père, votre mère. On ÿ dit toujours : monsieur votre père, madame votre mère.

Ce qui est faute dans le langage parlé est faute dans “ le langage écrit. Ajouter au titre de monsieur ou de madame le nom de la personne à qui on s'adresse; lui ecrire : voire père, votre mère, votre mari, votre cousine, au lieu de faire précéder ces mots de monsieur, Madame où mademoiselle ; charger une personne digne de respect, de compliments, de commissions pour quel-

qu un, toutes ces choses sont inconvenantes.

Beaucoup d’abréviations ne le sont pas moins. L mots de monseïgneur, monsieur, madame, mademk selle, majesté, allesse , excellence, ne doivent jante être abrégés, soit en s'adressant à la personne, soit 24 parlant d’elle. Ecrire V. T, H. S., pour dire votre t18 humble servante ou servileur, est d’une grossière insupportable. | + 4

Les chiffres ne s’emploient que pour les sommes et les dates ; les nombres d'hommes, de jours, de semaines, etc., s'écrivent tout au long.

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De la Forme intérieure et éxtérieure des lettres.

La forme intérieure de la lettre comprend les titres et les qualités des personnes; les phrases plus ou moins « cbligeantes dont on se sert; la manière plus ou moins « respectueuse dont le commencement et le corps de la M lettre sont disposés; les termes plus ou moins humbles M

| dont on se sert pour la souscription, l'adresse ou suscription.

La forme extérieure regarde la enr du papier ; le blanc qu'il faut laisser entre la védette et la première ligne; entre la dernière ligne, l'appellation et la souscription ; la manière de plier la lettre, le choix et l’applicatior du cachet.

On écrit au Pape au haut de la lettre : Saënt-père ou très-saint père; au lieu de vous : votre sainteté, ou | votre béatitude. À un cardinal-prince : MHONSEIAREER |. votre allesse éminentissime.

A un cardinal : manseigneur, votre éminence.

A un archevêque ou évêque : RAMÉANENT, votre grandeur.

À un empereur ou une impératrice, on dit : Sire ou madame ; au lieu de vous : votre majesté impériale.

Au roi onvdit également : Sÿre, votre majesté.

A la reine : Madame, votre majesté.

Au frère et au fils du roi : monseigneur, votre altesse royale.

A un électeur de l'empire : monseigneur, votre altesse électorale. s

A un prince souverain : monseigneur , votre allesse sérénissime.

À un prince : monseigneur , votre allesse.

* À un ambassadeur ou à un ministre : monsieur, avec le titre votre excellence; monsieur le ministre, l’'ambassadeur.

Au chancelier : monseigneur, votre grandeur. Les titres de grandeur et d'excellence ne se donnent point aux dames.

CONVÉNANCES ÉPISTOLAIRES. 431

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