CHAPITRE LI
La politesse doit, ainsi que nous l'avons vu, diriger, embellir toutes les circonstances de la vie; mais elle est, s’il se peut, d’une nécessité encore plus spéciale pour les plaisirs, qui, sans elle, n'auraient aucun attrait.
Sans vouloir faire ici de trop faciles épigrammes, je dirai qu'un diner est presque un évènement, tant la maîtresse de maison et ses convives ont de bienséances à observer. | |
Invitations.
Quand on a décidé de donner un repas, on commence, par choisir des convives qui pourront tous se plaire ensemble, ou se supporter du moins. Si ce doit être un diner d'hommes, 1} n’y aura d'autre femme que celle de l’amphitryon. Le diner réglé, on fait, deux à trois jours d'avance, une invitation verbale ou par écrit. Si l’on
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est en carnaval, il faut au moins sept jours, à raison des réunions multipliées.
Une contrariété assez fréquente est de rencontrer du monde chez les gens que l'on va inviter. Passer outre devant ces étrangers, sans faire mention d'eux , est tout-à-fait déplacé et malhonnête : lés inviter tous en masse afin qu'ils refusent, comme ils ne manquent | pas de le faire, a l’air d’une dérision : revenir, surtont
lorsque, à propos de ce repas, on a beaucoup à courir,
est bien désagréable. Quel parti prendre alors ? Con- | verser comme si un motif particulier ne vous amenait | pas; accepter, en vous retirant, que le maitre ou la “maîtresse du logis vous conduise, et là lui adresser, en quelques mots gracieux et so à votre invita- Nition.
Lorsque, dans une maison où vous allez chercher Mes convives, il se trouve une parente, un ami momenanément logé, vous êtes obligé de le comprendre dans invitation : l'obligation ne- subsiste pas moins s'il est |Commensal à demeure.
La lettre d'invitation, qui n’est qu'une nee de | quelques mots, est presque toujours imprimée quand lil s’agit de grands diners répétés fréquemment. Dans “tous les cas, elle porte en bas de la première page les lettres R.S. V. P. (Répondez, s’il vous plait). Garder e silence, c’est accepter. Si l'on refuse, il faut répondre le suite, et, se gardant bien d'imiter le ton de la circuaire, donner une raison plausible de son refus, et le aire avec beaucoup de politesse. Quand l’invitalion a ieu de vive voix, il faut éviter de se faire prier, car rien l'est plus sot et plus désobligeant : on doit accepter ou
refuser d'une manière franche et gracieuse , en apportant un motif raisonnable du refus, sur lequel où on ne doit plus revenir. Il n'est permis de se faire un peu resser que dans le.cas où l'en est prié à diner par qu qu'un que l’on n’a encore vü que chez une tierce | personne, ou lorsqu'on est invité dans uné visite où dans touté autre occasion semblable, Dans la première supposition, si l’on accepte, on va déposer une carte pour pu Ja connaissance.
Une fois engagé, on ne peut plus rompre , à moins d'évènements majeurs.
Les maîtres de maison doivent calculer avec soin le nombre des invités; car, d’une part, il est désagréable et de mauvais ton de faire trop presser les convives autour de la table; d'une autre part, il est Contrariant et d’un triste aspect d’y voir cà et là des vidés. Or, Ces vides se rencontrent assez fréquemment, à raison des mille causes diverses qui retiennent les invités. Aussi, pour éviter ce désagrément, est-il bon de faire ses invitations bien à l'avance, afin de pouvoir remplacer, sans qu'il y paraisse, les personnes qui ont refusé.
Lorsqu'il se trouve plus de conviés que n'en peut contenir la table, quelques maîtres de maison croie pouvoir, sans inconvénient, ajouter une autre table plus petite. Ce parti alors indispensable est très- scabreux! |
car, pour l'ordinaire, les personnes que l’on place à cette table supplémentaire, se regardent comme “disgrâ “citées. Aussi importe-{-il beaucoup de choisir à cet effe les plus jeunes de l'assemblée, des adolescents s’il st peut, ou des gens dont le caractère raisonnable et m@ deste rassure contre de facheuses intérprélations.
[7 DES REPAS. 165 Lorsqu'une circonstance quelconque vous force de renoncer à vous rendre à l'invitation acceptée, vous devez avertir le plus tôt possible par écrit, en donnant de vifs témoignages de regrets.
+ Si vous arrivez lorsque les convives sont déjà à table, vous n'avez d'autre parti à prendre que de vous en retourner afin de ne pas déranger tout le monde par votre tardive présence.
Quand les repas sont exclusivement composés de | messieurs ou de dames, ce serait un manque de savoirvivre que d'inviter une personne de sexe différent, car, | par ce seul fait, on doit inviter toutes les femmes où. tous les maris. |" Si quelque convive se présente avant l'heure indi- Iquée, ce que doit toujours prévoir la maîtresse de [maison, afin d’être prête à recevoir les personnes qui arri ent; elle doit les remercier de leur empressement, {afin de diminuer l'embarras qu'ils doivent ressentir,en se voyant les seuls des invités ; si la personne est timide, c'est à la maîtresse de maison à chercher à la [mettre à son aise, en laissant la conversation sur les su- Jiets qui lui sont les plus familiers. Si la. personne qu’elle recoit, soit timidité, soit nullité, reste sans parler, une fois la société réunie elle abandonne ce sot Mvisiteur à lui-même, sa tâche est accomplie envers | lui, elle ne lui doit plus que sa part des égards et des orévenances qu’elle partage envers tous.
Ordonnance du repas.
| Le menu d’un diner doit être assorti au nombre, au
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rang , au sexe des convives, et à la position Sociale du chef de la maison. Quant au nombre, on trouvera dans les ouvrages spéciaux des indications précises ; quant au rang, il importe d'offrir des mets délicats, des primeurs, el principalement des plats nouveaux aux personnes de qualité, très-répandues dans le monde. Les comestibles à offrir ont d'assez étroites limites, en province surtout,
et ces convives-là ne sont point stimulés par un diner pareil à celui qu'ils ont eu la veille.
Le sexe des conviés importe beaycoup | 1 l'ordon= nance du repas. Pour un dîner d’ hommes, hors-d'œùvie chauds, venaison, filet de bœuf, toutes les entrées fortes et succulentes, forts rôtis, point de pâtisseries légères, encore moins d’entremets de douceur ; ; gelées ; d'entremets aromatisées aux liqueurs, charcuterie nommée ; au dessert, fromages choisis, fruits confits et à liqueur, pastilles de Coco, fruits de primeurs , quelques bonbons simples, pour Le coup-d’ œil seulement.
Quant à un diner de FERA c'est autre chose : hors-. d'œuvre froids: entrées de poisson et de fin ibier , Ë beaucoup de pâtisseries délicates, légumes fins, crèmes S et fromages bavarois parfumés à la PA à la rose: dessert soigné et gracieux, beaucoup de bonbons vas riés de goût, de forme et d’arôme. Él est inutile d’ a. 4 jouter que dans les diners mêlé s de messieurs et de dames, on s'arrange de manière à à contenter tous lesn
goûts. | ' # Dans tous les cas, 1l faut éviter la profusion et la re-« cherche; varier les mets de telle sorte que leur espèce, 4 leur assaisonnement, leur garniture ne se ressemblent
en rien, Ce principe est si essentiel, que même il ne faut pas multiplier les truffes dans plusieurs mets.
Voir pour le détail des menus, le Manuel du Muitred' Hôtel, de l'Encyclopédie-Roret.
Disposition du D Ldere.
La mise du couvert est chose (AN OIAtE . et qui in-
“ flue non-seulement sur le bel aspect, mais sur l’ordre
et l'agrément du repr Il importe de s’y prendre de … ne rien OhbAr de ce qui peut contribuer au bien-être des conviés, à l’activité du service. Aussi, quoiqu’on | puisse, à la rigueur, s’en rapporter à un domestique habile et.soigneux, il est bien que la maitresse du logis veille.un. peu à la manière dont il remplit sa tâche. Quelle que soit la grandeur de la table, le pourtour doit être garni d’un tapis pour préserver les pieds du froid. La circulation autour de la table doit être facile ou du moins suffisante. Le second service et le dessert doivent être tout prêts et à portée. Des tables de dégagement, proportionnées au nombre des convives, à l’im- -portance durepas, doivent se trouver à peu de distance. Plusieurs de ces tables sont chargées de vaisselle et de pains supplémentaires, d’argenterie, de serviettes, du dessert, etc. Sur l’une d’elles sont les différents. vins ; sur une autre, les assieiles à Fed garnies de leur couvert et de leurs deux couteaux. Toutes ces choses doivent être prêtes à l'avance, afin d'éviter les retards, ce redoutable fléau des grands repas.
Les arrêts de la mode, en fait de repas, doivent faire