‹ Nouveau manuel complet de la distillation de la betterave, de la pomme de terre et des racines féculentes ou sucrées desquelles on peut extraire de l'alcool, telles queChapitre 7 sur 59 · RP · texte numérisé non relu

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telle est encore là la supériorité de la direction purement industrielle des distilleries de grains, que les petites distilleries, malgré la protection du fisc, ne peuvent soutenir la concurrence des grandes, et dans ce moment les trois quarts de ces petites distilleries agricoles chôment, quand toutes les grandes distilleries industrielles continuent leurs travaux.

Quoi qu’il en soit, les objections qu’on peut élever contre les distilleries agricoles ne doivent pas trop préoccuper les agriculteurs. Tout dépend en effet du point de vue où l’on se place pour envisager ces êtablissements ; les circonstances relatives à la localité, à la nature de l'exploitation, au capital disponible et à mille autres encore qu'on ne saurait apprécier d’une manière générale, peuvent seules décider la question de savoir si une distillerie de betteraves sera, oui ou non, avantageuse à l’agriculteur. D'ailleurs, quand une industrie est, comme celle qui nous occupe, en état de progrès, qu'on discute de tous les côtés de son avenir, que tout le monde se préoccupe de ses perfectionnements, n'est-il pas évident qu'il ne tardera pas à sétablir une ligne de démarcation tranchée entre les moyens de fabrication à la ferme et dans les distilleries et les sucreries, que ces moyens ne seront applicables avec avantage qu’à chacun de ces deux modes d’exploitation, que tout le monde trouvera son profit à opérer suivant les procédés économiques qu’on aura imaginés, et enfin que le procédé Champonnoïis est un heureux acheminement vers cet état de choses.

Troisième système. — Dans ce système, les établissements industriels sont uniquement consacrés à la fabrication de l'alcool, que, dans los autres systèmes, on n'obtient que comme produit secondaire ou transitoire.

ALCOOLISATION DE LA BETFERAVE 25

Ce système est immédiatement l’objet d’une grave objection : c’est qu'à moins de moyens particuliers de conservation, on ne peut opérer sur la betterave que pendant une cerlaine partie de l’année et, par conséquent, que, dans le reste du temps, l'usine sera obligée de chômer et de perdre ainsi les intérêts des capitaux de premier établissement.

On a vu répondre à cette objection en disant que ces établissements pourraient, quand la helterave viendrait à manquer, distiller les mélasses, les pommes de terre ou autres pulpes végétales propres à fournir des alcools ; mais on conçoit de suite que chaque nature de matière végétale exigerait, pour lamener à l’état de moût fermenté et distillable, des appareils particuliers : c’est surcharger un établissement d'un matériel considérable, sans utilité une partie de l’année, et dont les intérêts grèvent la production de frais qui la mettent déjà dans un élat d’infériorité relativement aux autres modes de fabrication, et que l’adoption d’un pareil système n'aurait rien d'économique,

On a prétendu aussi qu'en établissant une distillerie pure d'alcool de betterave, il fallait prévoir le cas où la production de l'alcool deviendrait très abondante par la fabrication de ce liquide dans les deux premiers systèmes, et qu’on devait, en conséquence, organiser cette distillerie de manière à pouvoir la convertir au besoin en une sucrerie indigène; ce conseil peut être bon, mais il est nécessaire de pouvoir en mesurer toute la portée, et, sous ce rapport, nous croyons devoir encore avoir recours à la vieille expérience de M. Dubrunfaut, qu’on a consulté maintes fois sur des questions de cette nature et qui y a constamment répondu, ainsi qu'il l’expose dans sa brochure de 1854, de la manière suivante :

Manuel de la Distillation. 2

« Si, dit-il, l'établissement de distilleries spéciales de betteraves n’est pas une opération invariablement dangereuse, nous croyons qu’elle a sur l'établissement des sucreries-distilleries, où plutôt sur la transformation des sucreries en distilleries, une telle infériorité, qu’on ne doit songer à créer ces sortes d’établissements qu'avec beaucoup de réserve.

» En effet, c’est dans la sucrerie ancienne et déjà amortie que se trouvent réunies les conditions.les plus avantageuses, toutes choses égales d’ailleurs, pour produire l'alcool de betterave au plus bas prix possible.

{ » Les établissements récents et non amortis occupent le premier rang après les établissements précédents pour l’économie de la production.

» Enfin les établissements de distillerie purs, autres que les distilleries de mélasses, exigeant la sortie d’un gros capital pour les conditions économiques des sucreries, ne réaliseraient pas le double privilège de ces | établissements, savoir : de pouvoir faire à volonté et

au choix du sucre ou de l'alcool. Qu'adviendrait-il de

ces établissements, si des conditions théoriques ou

commerciales nouvelles venaient à intervertir l’ordre | de choses actuel en assignant à la production du sucre une supériorité économique sur la production de l'alcool? Ces établissements ne seraient donc viables qu’à la condition de pouvoir ultérieurement se transformer en sucreries par le renversement des méthodes | 1 que nous pratiquons en ce moment pour transformer | les sucreries en distilleries.

» Une sucrerie ayant coûté 400,000 francs environ, et pouvant opérer sur une fabrication quotidienne de

100,000 kilogrammes de racines, peut se transformer en sucrerie-distillérie moyennant une dépense de 40,000 francs. La distillerie ne met donc ici, en réalité,

à la charge de l’entrepreneur, qu’une immobilisation de 40,000 francs, soit un dixième du capital déjà employé pour la sucrerie.

» Un industriel qui voudrait, au contraire, monter une pareille distillerie en prévision d’une transformation possible en sucrerie dans les conditions cidessus mentionnées, ne dépenserait pas moins de 340,000 francs, et il aurait ainsi, plus tard, une nouvelle dépense de 100,000 francs à faire, s’il voulait passer de l’alcool au sucre.

» On voit donc que la position d’un fabricant de sucre voulant devenir distillateur est toute autre que celle d’un industriel qui n’est pas engagé dans l’industrie : l’un a presque fait toute la dépense pour devenir distillateur, et l’autre a toute la dépense à faire. »

Après avoir présenté les divers systèmes économiques qui ont été proposés pour la fabrication de l’alcool de betterave, et avoir discuté leurs avantages et leurs inconvénients, il nous reste à exposer les procédés de fabrication qu’on a successivement indiqués pour produire cet alcool. Dans cet exposé, nous croyons devoir suivre l’ordre chronologique, afin de mieux faire ressortir ce qui appartient à chacun des inventeurs ; seulement nous n’arrêterons que peu de temps le lecteur sur les procédés qui n’ont pas recu la sanction de la pratique, tandis que nous entrerons dans des détails étendus sur ceux qui se disputent actuellement la prééminence et qui sont aujourd'hui d’une application usuelle dans les pays de culture de la betterave.

V. — Procédés divers pour l'extraction de l’alcool de betterave.

Avant d'entrer dans les détails mêmes de l'alcoolisation des betteraves, nous eroyons utile de reproduire

ici, ne füt-ce qu’à titre rétrospectif, les premiers brevets d'invention pris pour cette industrie; ils montreront au lecteur ce qu'était la distillerie des betteraves il y a cinquante ans, comparativement à ce qu'elle est aujourd'hui.

Distillation du jus de la betterave fermenté et autres liqueurs vineuses à l’aide de l'appareil de distillation perfectionné de Derosne, par MM: Louver, GrLiLeEs et JALLUu, de Péronne.

(Brevet d'invention de 10 ans en date du 31 janvier 1832.)

« Les betteraves sont nettoyées, râpées et pressées comme cela se pratique lorsqu'on a pour but l’extraction du sucre,

» Les pulpes ou résidus de la presse sont mis dans un bac avec partie égale en poids d’eau à 50° du thermomètre de Réaumur ; on les y laisse macérer pendant une heure et on les soumet de nouveau à la presse. Ces jus réunis sont élevés à une température de 26° Réaumur et conduits dans une cuve à fermentation en y ajoutant un litre de levure de bière par deux hectolitres : la fermentation ne tarde pas à s’y développer avec énergie ; au fur et à mesure de la formation de l'alcool, celui-ci précipile toute l’albumine végétale de la betterave, laquelle entraine avec elle toutes les matières insolubles et infermentescibles qui géneraient la distillation ; il s’y opère enfin une véritable défécation.

» Les jus entièrement fermentés sont conduits dans l'appareil de distillation pour y être distillés.

» On peut encore séparer les matières fermentescibles de la pulpe, en la faisant cuire à la vapeur et en

la soumettant à la presse, mais ce procédé est plus coûteux ; cependant on obtient plus d'alcool.

» On peut aussi, dans le but d'améliorer le goût de l'alcool de betterave, déféquer les jus réunis, comme on le pratique dans la fabrication du sucre, en ayant soin de rendre la défécation parfaitement neutre et d’évaporer jusqu'à ce qu’elle marque 5° au pèse-sirop. On laisserait descendre la température à 26° Réaumur et on ajouterail un litre de levure de bière par hectol. de ce sirop ; le ferment naturel à la betterave étant détruit par l’ébullition, il faut qu'il soit remplacé,

» Le jus de betterave sortant de la presse est reçu dans un réservoir, d’où il est conduit dans le serpentin vertical, et, sortant par le trop-plein de ce serpentin, il est conduit, déjà échauffé, dans une chaudière placée à la suite de l’appareil, où, à l’aide du reste de chaleur du fourneau, il acquiert la température nécessaire à la mise en fermentation : de là il est dirigé dans les cuves à fermentation par une pompe. Au moyen de ce changement bien simple, on peut rafraichir plus ou moins fort el obtenir le degré voulu. »

Ce procédé, comme on le voit, n’est applicable économiquement que dans les établissements qui possèdent déjà des râpes et des presses à extraire le jus de bette- ‘ave, c’est à dire dans les sucreries indigènes ou dans les grands établissements ruraux. Il exige aussi qu’on réchauffe les pulpes avant de les soumettre à une seconde pression, et enfin qu’on élève la température des jus de première et seconde pression avant de les conduire dans la cuve à fermentation ; enfin, il faut de la levure pour développer cette fermentation.

Le second procédé que proposent les auteurs est peut-être plus convenable, mais, de leur aveu même, il est plus coûteux.

La défécation qu'ils proposent pour améliorer le goût de l'alcool ne nous parait pas une opération nécessaire, et l’évaporation à laquelle ils soumettent les jus déféqués entraine à une dépense inutile de combustible, On détruit d’ailleurs ainsi une partie du ferment du jus qu'il est utile au contraire de conserver.

On doit reconnaitre à l’avantage de ce procédé qu'il livre des résidus de bonne qualité et qui ont encore

une certaine valeur pour l’engraissement du bétail.

Procédé propre à obtenir de l'alcool du jus de betterave, par MM.NicoLLE, \WVATTRINGUE, BRONGNART et Moxroy, d'Arras.

(Brevet d'invention de 5 ans, en date du 8 décembre 1838.)

« Les betteraves, suivant ce brevet, élant bien lavées, on les râpe de manière à ce qu'elles soient en bouillie ; on les presse ensuite pour exprimer le jus, qui doit avoir la densité de 4 à-7° Baumé : ce jus est mis immédiatement après dans les cuves, à 25° de chaleur, pour en opérer la fermentation ; on ajoute, pour une cuve d’une capacité de 15 hectolitres :

1 kil. 50 Levure de bière press 2.50 Préparation indiquée en note (1). ..... 2

» Afin d'éviter une fermentation tumultueuse, on emploie le savon vert ou le suif étendu dans les mains,

(1) Préparation spéciale

Farine de seigle moulue grossièrement... 16 kil. SON UC TOMENT Sn teens eeresee.ses 9 Bourreinon salés sauces etre

Savon dé Marseille...

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Fau botillanto..,. 0:10

que l’on passe légèrement au-dessus des mousses. A l’aide de ces moyens, la fermentation s'établit et se termine en 48 heures.

» On procède ensuite à la distillation par les appareils à vapeur continus.

» La distillation opérée, l'alcool étant dans les fûts, il faut, pour que l’alcool ait meilleur goût, mettre deux pots de vinaigre de vin et un demi-litre d'acide sulfurique par fût de 600 litres.

» On rectifie les produits qui donnent cet alcool, lequel diffère des trois-six de Montpellier et présente des avantages incontestables aux fabricants. »

Ce procédé de Nicolle et Wattringue suppose aussi lemploi de la râpe pour la réduction en bouillie, et celui de la presse pour l'expression du jus. Il faut aussi réchauffer ce jus avant de le mettre dans les cuves à fermentation; me sucre de canne en sucre de raisin par une addition à la

s ici on hâte la conversion du

levure d'acide sulfurique auquel on ajoute plusieurs ingrédients qui paraissent à peu près inuliles à l’opération et même peuvent donner un mauvais goût au produit, tels sont la farine de seigle, le son, etc. Du reste, ce procédé, proposé en 1838, ne parait pas avoir reçu dapplication en grand.

L’addition du vinaigre et de l'acide sulfurique à l'alcool a pour but, sans doute, de communiquer à ce liquide une légère odeur ou saveur éthérée.

Procédé d'extraction de l'alcool provenant de la betterave au moyen de la distillation, par M. La- LENNE-DELGRANGE, de Valenciennes,

(Brevet d'invention de 15 ans, en date du 29 octobre 1844.)

« Dans ce procédé, on soumet les betteraves à l’action

de la vapeur dans un tonneau ; on les écrase alors entre

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