‹ Nouveau manuel complet de la distillation de la betterave, de la pomme de terre et des racines féculentes ou sucrées desquelles on peut extraire de l'alcool, telles queChapitre 6 sur 59 · III. — La sucrerie et la distillerie · texte numérisé non relu

III. — La sucrerie et la distillerie

Mais peu à peu, grâce à l'esprit d'invention de quelques fabricants, aux découvertes de la chimie, aux progrès de nos connaissances en économie industrielle, et enfin à une certaine direction agricole que Chaptal, Mathieu de Dombasle, M. Dubrunfaut et autres, surent imprimer à cette industrie, elle recommenca à relever la tête, malgré la redoutable concurrence que

lui faisait le sucre colonial : et, en 1830, abandonnant enfin la voie agricole où l’on avait cru devoir l’engager à son enfance et dans ses premiers développements, elle prit tout à coup une allure purement manufacturière. C’est à dater de ce moment que la fabrication du sucre de betterave a reçu des développements véritablement merveilleux, dus à l'invention d’une foule de procédés ingénieux, sûrs et économiques, qui l’ont porlée au point de perfection où nous la voyons aujourd'hui et lui ont conquis une place importante dans l’industrie nationale.

Quittons maintenant cet exposé bien sommaire d’une industrie qui s'exerce sur la betterave, pour nous occuper d’une autre industrie où celte racine sert aussi de matière première et qui fait plus spécialement l’objet du présent Manuel.

Dès que Margraff eut découvert que la betterave contenait du sucre analogue à celui de canne et qu'Achard eut démontré qu’on pouvait extraire ce sucre par voie manufacturière, il n’est pas de chimiste, pas de fabricant qui n’ait conçu aussitôt l’idée que la betterave pouvait tout aussi bien servir à la fabrication de l’alcool qu’à celle du sucre. Il suffit pour cela de savoir que, lorsqu'on fait fermenter les liqueurs qui contiennent du sucre de canne en dissolution à l’aide de la levure ou autrement, le sucre se transforme

‘d’abord en glucose ou sucre de raisin dont les éléments se désassocient pour se réunir dans un autre ordre et former deux nouveaux composés, à savoir : l'alcool qui reste presque en totalité dissous dans la liqueur qui est devenue alcoolique, alcool qu'on peut extraire par la distillation ; et l'acide carbonique gazeux dont une partie reste en solution dans la liqueur, tandis que l’autre se dégage et donne lieu à ce pétillement plus ou

12 MANUEL DE LA DISTILLATION moins vif qui caractérise la fermentauon alcoolique.

jette transformation chimique parfaitement connue depuis longtemps, personne n’avait cependant songé, avant 1817, à l'appliquer au jus sucré produit par la betterave ; les eaux-de-vie de vin abondant en France, au commencement de ce siècle, la distillation des grains et des pommes de terre fournissaient sans doute des quantités d'alcool au niveau des besoins et à un prix suffisamment bas pour qu’on n’ait pas jugé opportun de s'occuper de l'extraction de ce liquide du jus des betteraves ou pour qu’il n'y eût pas profit à s'occuper de cette extraction. Mais à cette époque parut le Traité de l'art de la distillation, de Lenormand, où il est question, d’une manière assez vague, de la fabrication de l’eau-de-vie de betterave. Il est impossible en effet que, dans un traité ex professo sur la distillation, et où l’on est obligé de signeler à l'attention du lecteur toutes les malières végétales qui sont susceptibles de fournir du sucre, et par conséquent de l’alcool, on n’ait pas à cetle époque cité la betterave pour en extraire ce dernier produit, mais il y a loin de là à une description complète de cette fabrication et des moyens économiques pour la diriger avec profit.

Mathieu de Dombasle, qui avait beaucoup mieux compris l'importance agricole et manufacturière de la betterave, n’a pas plus tard laissé échapper l'idée de cette fabrication et a cherché aussi à la propager, mais sans toutefois pouvoir encore fournir, soit aux agriculteurs, soit aux fabricants, les moyens propres à mettre cette industrie en pratique.

M. Dubrunfaut, auquel l’industrie sucrière doit de si heuteux perfectionnements, peut, à juste titre, être considéré comme le créateur de cette nouvelle appli-

cation de la betterave; écoutons-le d’ailleurs lui-même exposer ses droits à cette application dans sa Notice sur la fabrication des alcools fins, p. 11 et suivantes :

« Je crois avoir le premier indiqué la betterave comme pouvant fournir la matière première d’une distillerie agricole, dans mon Traité de distillation, publié en 1824. A cette époque j'ai décrit un procédé préconçu pour l'exécution de la distillation des betteraves. En 1825, j'ai indiqué le rôle que peuvent jouer les acides dans la fermentalion des jus de betteraves, sans fixer de dose ni de procédés pour leur emploi. De 1828 à 1852, plusieurs essais de distillation de betteraves ont été tentés par divers industriels, et plusieurs brevets même ont été pris pour des procédés propres à réaliser cette industrie. Toujours est-il que, de quatre ou cinq fabriques qui ont tenté de distiller la betterave dans celte période d'années, pas une n’a perbisté dans ses travaux. Dès longtemps j'avais songé à des moyens de distiller utilement les betteraves, sans n'être jamais trouvé en position de les vérifier manufacturiérement. Cependant, dès 1845, assuré de l'efficacité de ces moyens, je les avais mis au nombre des

réalisations industrielles que j'aurais à examiner ;

mais, pour tenter utilement de pareilles créations, il:

faut des conditions exceptionnelles, c’est-à-dire de hauts prix dans les produits fabriqués, pour indemniser les entrepreneurs des frais d'expériences, qui sont inséparables des innovations indusirielles. C’est avec cvs préoccupalions que je fis imprimer, en 1845, une brochure sous ce titre : La vigne remplacée par la betterave, elc., pour la production de l'alcool. Mais les hauts prix des alcools s'étant maintenus trop peu de temps, ne me permirent pas de réaliser les vues de ma brochure.

» En 185%, le prix de lalcoo!l étant suffisamment rémunérateur, je songeai à réaliser mes projets de-distillation des betteraves. Je fis des ouvertures en ce sens à MM. Bernard frères, de Lille, Tilloy et Delaune, de Courrière, Castian et Cr’, de Vieux-Condé, à MM. Lanet et Charbonneau, de Tournus, à MM. Petiot et Bonardot, de Chalon, et mes propositions furent mal accueillies, parce que, n’ayant pas la sanction de l’expérience et n'ayant pas fait ses preuves, la distillation des betteraves, de même que les procédés que je voulais mettre en œuvre, ne pouvaient, auprès d'hommes

ù positifs, trouver l’accueil qu'y trouvent des industries créées et exploitées au vu et au su de tout le monde; et telle était la nullité des tentatives faites pour la distillation des betteraves avant nos travaux, que les industriels distingués auxquels je m’adressai et que je viens de nommer, ignoraient complètement que des tentatives quelconques eussent êté faites précédemment pour créer cette nouvelle industrie, ou, s'ils les con-

| naissaient, ils n’y rattachaient que des souvenirs de | revers.

» Vers la fin de septembre 1852, cependant, M. Petiot, industriel fort distingué de Chalon, à qui j'avais fait des propositions, quelques mois auparavant, pour tenter dans sa sucrerie la mise en œuvre de mes procédés de distillation de betteraves, vint me demander de b 4 réaliser ces propositions. Un traité fut fait entre nous | et eut son exécution immédiate, avec obligation de

faire breveter les procédés que j'allais mettre en

\ œuvre.

» Dans la campagne de 1852 à 1853, en efet, cinq | millions de kilogrammes de racines ont été transformés {> en alcool dans la sucrerie de MM. Petiot et Bonardot, \ située aux Alouettes, près Chalon-sur-Saône.

» Vers le mois de janvier 1855, convaincu des avan-

tages des méthodes que j'avais mises en œuvre pour la distillation des betteraves, je m'adressai de nouveau à MM. Bernard frères et aux frères Tilloy, pour les erigager à examiner la question que j'avais résolue aux Alouettes, et pour les engager en outre à entrer pour leur propre compte dans cette voie. MM. Tilloy- Delaune, de Courrière, et Gustave Tilloy, de Boistrancourt, justement réputés pour leur haute capacité, acceptérent cette proposition. Ils viurent passer une quinzaine de jours aux Alouettes dans le courant de mars 1853, et ils retournèrent chez eux parfaitement édifiés sur les résultats économiques des travaux de distillation qu’ils avaient vu pratiquer, et avec la résolution de metlre en œuvre pour leur propre compte, dans la campagne de 1853-1854, l’industrie que je venais de créer. La quantité et la qualité des produits, de même que l'ensemble des appareils à mettre en œuvre pour les obtenir, tout avait été ébauché d’une manière suffisamment complète pour pouvoir au besoin êlre imité servilement.

» Dès juin et juillet 1853, MM. Tilloy-Delaune et G. Tilloy se mirenten mesure de transformer leurs sucreries à l’imitation de celle des Alouettes. Ces transformations ne se firent pas sans bruit. MM. Bernard frères, dont la haute position commerciale et industrielle exerce dans le nord de la France une si grande et si honorable influence, participaient à la décision des frères Tilloy en acceptant la transformation de l'usine barytique de Courrière, dans laquelle ils ont un grand intérêt, en distillerie de betteraves. Ces fails, et les noms honorables et justement influents des hommes qui s'y rattachaient, appelèrent l'attention publique sur la création nouvelle et les signalèrent à l’imitation des industriels qui, par leur position, pouvaient les imiter...

» Cette féconde industrie, qui promet à la sucrerie indigène une nouvelle source de prospérité, je l'avais nettement indiquée dans toutes ses phases, agricole et industrielle, dans une brochure de 1845.

» Le problème posé à cette époque se trouve aujourd'hui parfaitement résolu, car les distilleries de betteraves annexes des sucreries auront produit, dans la “umpagne de 1853-1854, 12 à 15,000 pipes d'alcool fin remplaçant les trois-six Montpellier dans tous leurs usages, et s’alliant même avec avantage, dans beaucoup de cas, à nos fines eaux-de-vie des Charentes, au kirsch, aux eaux-de-vie de grains, etc. »

Avant de procéder à la description des divers procédés qui ont été proposés pour extraire lalcool de la betterave, nous aurions pu entrer dans des détails sur la nature et les propriétés de l'alcool, sa composition et son mode de production ; mais nous aimons mieux renvoyer pour cet objet au Manuel du Distillateur qui fait partie de l'Encyclopédie-Roret, où se trouvent consignés les détails les plus étendus sur ce sujet et dont nous supposerons que le lecteur à pris connaissance.

IV, — Des divers systèmes économiques de distillation de la betterave.

Quoique l’alcoolisalion de la betterave soit plus simple que celle des grains et des pommes de terre, par ce fait même que la racine qui nous occupe contient du sucre tout formé qu'il suffit de faire fermenter, tandis que dans la pomme de terre et les grains, la matière amylacée doit tout d’abord être saccharifiée,

: c'est-à-dire transformée en sucre ou glucose, malgré 4 cette simplicité, disons-nous, il existe plusieurs systèmes économiques de distiller la betterave.

Nous allons tout d’abord les étudier dans leur ensemble, nous développerons ensuite les plus pratiques et les plus généralement employés par l’industrie moderne.

Ce qu’il importe surtout dans un établissement industriel, c’est qu’il soit fondé sur les meilleurs principes économiques. Ces principes ne sont pas toujours faciles à reconnaitre et à appliquer, surtout quand il s’agit d’une fabrication nouvelle et qui n’a pas de précédents propres à lui servir de guide; telle a été la fabrication du sucre de betteraves à laquelle il a fallu plus d’un demi-siècle avant d'atteindre ce point de perfection économique où nous la voyons arrivée aujourd'hui. Mais il n’en est pas de même de l'extraction de l'alcool des betteraves. Avant d’enreprendre l'exploitation de cette industrie, on connaissait parfaitement la composition de cette racine, la quantité de sucre qu’elle renferme, les divers procédés pour épuiser le sucre qu’elle contient, l’effet des acides, des ferments sur ses principes, et enfin le capital, le matériel dont on a besoin et les éléments économiques d’après lesquels on devait mettre le tout en œuvre. On entrait donc en fabrication avec une foule de connaissances acquises ef qu’on pouvait appliquer immédiatement à la nouvelle industrie. On n'a proposé néanmoins jusqu'à présent que deux systèmes, qui ont chacun leurs parlisans et leur mérite particulier et qu'on peut recommander suivant les circonstances. Voici sur quels principes chacun de ces systèmes est fondé :

Premier systéme. — On propose dans ce « d'employer le matériel des sucreries, tel qu'il existe actuellement, à l’extraction de l’alcool de betterave, et de l'utiliser tantôt pour la fabrication du sucre, tantôt

pour celle de l'alcool. M. Dubrunfaut a été principalement le promoteur de ce système ; il s’est attaché, dans une brochure publiée en 1845 sur ce sujet, à en développer les avantages.

« La distillation des betteraves en nature, dit-il dans cette brochure, a été tentée à diverses époques, mais sans résultats. Une seule personne parait l'avoir pratiquée avec avantages, et n’a pas trouvé d’imitateurs.

» Cette opération agricole et manufacturière peut done, au point de vue de l’application, être considérée comme un problème à résoudre.

» En effet, considérée comme opération isolée, la distillation des betteraves ne peut offrir plus d'avantages que la distillation des pommes de terre, et elle entrainerait à des dépenses d'installation qui pourraient repousser beaucoup dindustriels.

» Ce n’est point ainsi que nous avons envisagé la distillation des betteraves, et c'est en cela que nolre idée peut être considérée comme neuve et utile. Gette opération ne nous à paru devoir être profitable, économique et constamment productive, qu’en élant liée aux sucreries agricoles.

» En effet, nos sucreries agricoles, qui existent encore en grand nombre, malgré l'impôt qui frappe leurs produits, peuvent fort économiquement et promptement être transformées en distilleries.

» Elles renferment, tout monté et organisé, la majeure partie du matériel utile à la distillation des betteraves.

» Ainsi, la machine à vapeur, les râpes, les pre pour l'extraction du jus, les chaudières à déféquer, les pompes et réservoirs à eau, les laveurs, constituent un matériel fondamental de distillerie ; et il ne reste, pour compléter le matériel utile, qu'à monter des cuves à

fermentation et à appliquer aux chaudières évaporatoires des organes d’appareils destinés à en faire à volonté de véritables alambics.

» Nous évaluons qu’une dépense de 10 à 12.000 francs suffirait à la transformation complète en distillerie d'une sucrerie qui habituellement manipule en quatre mois ? millions de kilog. de racines ; tandis qu’une pareille distillerie ne pourrait se monter d’une manière complète, y compris les bâtiments, sans dépenser au moins 80 à 100.000 francs.

» On comprend, d’après cette donnée, la supériorité de notre plan.

» En proposant cette annexe de la distillation à la fabrication des sucres, nous ne croyons pas qu'il convienne le plus souvent aux fabricants de sucre de manipuler toute leur récolte en alcool. Nous croyons, au contraire, qu’en se meltant en mesure de fabriquer avec leur récolte ou du sucre, ou de l'alcool, ou plutôt les deux produits successivement, ils auront un avantage incontestable.

» D'abord ils ne feront, pour réaliser cette faculté, qu’une dépense qu'on trouvera fort modique, si on la met en présence des avantages divers qu'elle doit leur procurer.

» D'une autre part, les cours des sucres et des alcools leur permettront de choisir pour leur fabrication le produit qui leur offrira le plus d'avantages : et, comme le passage de Pune à l’autre fabrication pourra se faire avec une extrême facilité, il leur sera toujours loisible, en cours de fabrication, de renoncer à un produit pour prendre les bénéfices de l’autre.

» Cette année, par exemple (année 1854), se présenterait d’une manière admirable pour procéder à cette transformation.

» L'alcool, porté à un prix fort élevé à la suite de deux mauvaises récoltes, ne promet pas une baisse grande et prochaine ; il offrirait ainsi au fabricant la perspective de profiter des bénéfices que les cours actuels assignent à cette fabrication (1).

» D'une autre part, les éventualités qui se rattachent à la récolte des vignes peuvent encore accroître les avantages de l’annexe proposé

» D’une autre part encore, l’avenir des sucres, livré à lui-même, ne parait pas rassurant, si l’on envisage la marche qu’il devra suivre en présence du développement et du perfectionnement du travail des Antillex, et aussi en présence d’une fabrication indigène croissante que la consommation ne suit pas

» La distillation partielle des betteraves, survenant dans ces circonstances, serait une bonne fortune immédiate pour l’industrie qu sucre indigène.

» Il est évident, en effet, que les fabricants, ayant la faculté de dénaturer une partie de leur récolte en alcool, trouveraient dans cette fabrication un mode de régularisation du cours des sucres, et qu’ils pourraient même avoir recours à cette combinaison dans des circonsigneraient à la distillation aucun profit.

La hausse des sucres résultant d’une moindre fabri-

tances qui n’€

(1) Une pipe d'esprit fin, devant exiger au moins dès le début une consommation d'environ 12.000 kilogrammes de racines, coûtera au fabricant à peu près 300 fr. Cette même pipe produit à la vente, au moment où nous écrivous. 600 fr,, soit un bénéfice de 100 pour 100. Au cours auquel l'alcoo! se vend pour l'année prochaine, elle produirait 480 fr,, soit un bénéfice de 60 pour 100. 12.000 kilogrammes de racines manipulées en sucre donnent 840 kilogrammes de sucre brut au plus, qui, dans le plus grand nombre des sucreries, ne rendent pas en ce moment un bénéfice net de plus de 84 francs. Donc H y à supériorité économique dans la production de l'alcool,

cation pourrait en effet, à elle seule, justifier une manipulation partielle de betteraves en alcool.

» D’autres avantages se-rattacheraient encore à cette combinaison pour consolider d’une manière définitive la fabrication du sucre indigène.

» Le fabricant de sucre, devenu distillateur, cumulerait deux professions, qui s’entr'aident mutuellement.

» Ainsi, par exemple, des betteraves ou des jus altérés par des accidents de fabrication, et qui ne sont plus propres à la production du sucre cristallisable, peuvent encore fournir utilement de l'alcool.

» Les mélasses, qui sont un résidu habituel de la fabrication du sucre, fournissent un aliment à la distillation, et les fabricants distillateurs pourraient se livrer à ce travail pendant le chômage dont l’usine est frappée à la suite du travail des sucres.

» Nous pensons encore que lc ‘abricant de sucre distillateur pourrait tirer un très gioud parti des faits suivants :

» Les betteraves récemmentr :oltées rendent le maximum de sucre, et celles qui, au contraire, ont subi l’ensilage, rendent le minimum ; de là l'utilité, pour le fabricant, d’avoir un matériel immense pour exécuter sa fabrication dans le temps le plus court possible, d'octobre à décembre, par exemple, soit trois mois de campagne eflective. Il résulte donc de ce fait une immobilisation du matériel de sucrerie pendant neuf mois de l’année, c’est-à-dire pendant les trois quarts du temps.

» La distillation, au contraire, n’admet pas de grande différence entre les betteraves récemment récoltées et celles qui ont été ensilées (1).

(1) IL aurait fallu dire ici, pour être dans le vrai, que le travail de la distillation a moins à souffrir que le travail du sucre des alté-

» On peut déjà conclure de ces faits que, si le fahricant de sucre distillateur avait à partager ses travaux entre le sucre et l'alcool, il devrait rationnellement faire du sucre d’abord au commencement de la campagne, puis réserver la distillation pour l’époque où les racines, devenues moins propres au travail des sucres, sont encore tout aussi productives en alcool.

» Dans cet ordre d'idées, on tirera de suite les conséquences suivantes comme avanlages pouvant résulter de la transformation facultative d’une sucrerie en distillerie.

» Un fabricant pourrait et devrait planter une quantité de betteraves double de celle qu’il manipule habituellement en sucre d'octobre à décembre. Il continuerait cette manipulation dans les conditions normales, puis il consacrerait À l'alcool les mois de janvier à mars. Il aurait ainsi six mois de campagne effective.

» Si quelque circonstance agricole ou commerciale venait assigner quelque supériorité de cours à l’un ou à l’autre de ces deux produits, le sucre ou l'alcool, il pourrait faire alors dans ses travaux une part plus large ou même une part exclusive au produit le plus lucratif.

» Il y a enfin là tout un avenir nouveau pour nos sucreries indigènes, avenir qui, au lieu de les éloigner du but agricole qu’elles se proposent, les aidera au

rations diverses qu'éprouvent les racines par la conservation en

silos. Tout le sucre qui disparaît dans les sil

est prélevé sur le rendement en sucre comme il l'est sur le rendement en alcool ; mais cette perte est relativement plus grande pour le sucre que pour l'alcool. Ce qui a motivé l'erreur que nous corrigeons ici, c'est que nous avions supposé qu'il se formait en silos du sucre incristallisable, tandis que les expériences nous ont prouvé depuis que le plus souvent il y a simplement disparition de sucre cristallisable.

contraire à développer sur une échelle plus large le perfectionnement de la culture et l’amélioration du sol. »

Second système. — Dans ce système, l'extraction de l'alcool est une annexe des exploitations rurales, mais avec toutes les dispositions propres à permettre l’exploitation de ce produit sans nuire aux cultures et aux autres travaux de la ferme. Ce système s'appuie principalement sur le procèdé de M. Champonnois, qui en effet est très propre à être appliqué dans une exploitation rurale ; mais, d’un autre côté, on conçoit qu'il entraine cet établissement à des frais assez considérables pour se procurer le matériel nécessaire à cette extraction; qu’une opération industrielle n’est profitable qu'autant qu’elle est continue, constamment exercée et appliquée pour qu'il n’y ait pas perte d’intérêts des capitaux engagés ; que l’agriculteur ne peut pas toujours lutter contre le fabricant de profession, qui par la masse de ses capitaux, l'étendue de sa fabrication, l'expérience qu’il acquiert, les débouchés dont il s'empare, exerce nécessairement une pression sur l’'agriculteur-manufacturier. D'un autre côté, l’agri culteur a cet avantage sur le fabricant, &est d'utiliser sur place les résidus de la fabrication et les engrais qui en proviennent ; mais, d’un autre côté, ce même agriculteur, placé à proximité des sucreries et distilleries, peut très bien se procurer ces matières à des prix extrêmement réduits.

On a cité, pour faire ressortir le désavantage des manufactures agricoles, l’exemple des distilleries belges. Il existe en effet dans ce pays environ 200 petites distilleries agricoles qui sont favorisées par les lois fiscales à l'exclusion des grandes distilleries purement industrielles, qui vendent leurs résidus. Mais,

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