I. Essai des coUes- fortes, par M. Schattewmâiw
M. Schattenmann , qui possède de vastes établissements industriels à Bouxwiller (Bas -Rhin), pense d'abord que la colle fraîche qu'on obtient par la solution des matières gélatineuses, ou la gélatine, renferme de l'eau qui s'y trouve combinée chimiquement, tandis que dans la colle-forte sèche qu'on fait dissoudre dans l'eau, l'eau n'est entièrement combinée à la matière que mécaniquement. En second lieu, qu'une première dessiccation ne chasse pas complètement l'eau combinée chimiquement, mais que la colle sèche est d'autant plus hygrométrique, qu'il y reste plus d'eau ; qu'il faut bien se garder d'acheter les colles en feuilles épaisses qui, au moyen de cette épaisseur, conservent plus d'eau com-
(i) On «Mare que tes Anglais ne devaient jadis la supériorité de lenr colle qu'a» soin qu'ils mettent de n'employer dans la même coite qoe des parties de même nature* solubies à la mémo température, et qni fonrn Usent également de la gélatine.
ta) Plusieurs manufacturiers disent qu'il est impossible de mire de bonne colle pen» dont la canicole, parce qoe la chaleur la fait cou1qb*u st'chotr. Qu'ils renoncent a leur routine, et Us n'éprouveront pas cet inconvénient.
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binée chimiquement, et par conséquent Tendre et acheter k colle-forte en feuilles minces, qui sont les seules susceptibles d'éprouver une dessiccation complète.
Voici le procédé pratique que propose H. Schattenmani pour s'assurer de la qualité de la colle-forte. On plonge h colle pendant 21 heures dans l'eau froide dont la température ne doit pas s'élever au-delà de 15° G. La colle sèche absorbe une quantité d'eau qui est égale à la quantité de matière glutinense qu'elle renferme, et fournit une matière gélatineuse qui est d'autant plus blanche et ferme que la cotte est de bonne qualité. On juge aiusi de la bonté de la colle par la nature de la masse gélatineuse qu'on obtient, et de sa richesse en colle réelle par la quantité de celle-ci qu'elle, fournit.
La fabrique de Bouxwiller fournit deux espèces de colle d'os, la gélatine blanche et la jaune, toutes deux en feuilles très-minces.
Par une macération de 24 heures dans l'eau froide. 100 kilogrammes de gélatine blanche et sèche donnent 1,300 kilogrammes de gelée blanche et ferme; 100 kilogrammes de gélatine jaune et sèche, 1,000 kilogrammes d'une gelée également ferme mais moins blanche.
Les colles-fortes ordinaires d'Allemagne, fabriquées a?ec les déchets de peaux et autres matières animales de basse qualité et qui sont cependant très-employées dans les arts. absorbent bien moins d'eau que la gélatine.*
100 kilogrammes de colle-forte allemande ne donnent que 600 kilogrammes de gelée molle et sans consistance.
Les colles, quand elles sont de la meilleure qualité, c'està-dire quand elles fournissent 600 kilogrammes de gelée par 100 kilogrammes de colle , s'achètent en France au prix <fe 130 fr , c'est-a-dire que lOO kilogrammes de gelée coûtert 21 fr. 66 c, tandis que 100 kilogrammes de gelée blanche, préparée avec la, gélatine jaune ci-dessus , ne coûtent qtf 19 fr.; de façon qu'il y a économie de 2 fr. 66 c, ou de i\ pour 100 en faveur de la seconde, sans compter les avantages dans l'application que présente la gelée préparée avec 11 gélatine jaune qui est d'une qualité bien supérieure.
La gélatine blanche, dont 100 kilogrammes donnent 1,30* kilogrammes de gelée blanche d'une beauté et d'une fermet remarquables, coûte 300 francs; de façon que le quintal mé trique de gelée ne revient qu'à 23 fr. et qu'elle est bien pré férable à la colle allemande quand on fait entrer en ligne d compte sa basse qualité et sa. faible quantité.
Feu M. Grenet, de Rouen, dont la gélatine de luxe jou
d'une grande réputation, obtient probablement ce produit par l'emploi de peaux fraîches et des cartilages de veau les plus fins. Ces gélatines ne laissent rien à désirer, mais elles ont moins de capacité ou de richesse que les gélatines fabriquées à Bouxwiller avec les os et l'acide chlorbydrique, car plongées dans l'eau 100 kilogrammes ne fournissent que 1,000 kilogrammes de gelée, tandis que la gélatine de Bouxwiller en donne 1,300.
L'article appelé grenetine, qui comme objet de luxe ne laisse rien à désirer et dont le prix de 1000 fr. les 100 kilogrammes ne parait pas trop élevé, est trop dispendieux pour les besoins des industries qui emploient la -gélatine.
Il y a avantage à ramollir la gélatine et à la faire sécher de nouveau, parce qu'après le ramollissement elle renferme un quart de plus en gelée, qu'à l'état sec, qu'une colle qui n'a été préparée que sur matières fondues une seule fois. La gélatine de seconde fusion renferme moins d'eau, et est par conséquent moins hygrométrique que celle de première fusion, 'de façon qu'on peut obtenir ainsi une gélatine qui résiste à l'influence de l'atmosphère. Une longue pratique chez les ouvriers en bois, et surtout les luthiers, confirme cette assertion.
On fait dissoudre la colle et on la fait sécher en boules, qu'on pulvérise, afin de la débarrasser autant que possible de l'eau.
Rien n'est plus irrationnel et dangereux que de se servir de colles vertes ou plutôt de la substance aqueuse qu'on recueille des colles-matières dissoutes, car cette gelée verte sèche très-mal et est énormément hygrométrique.
Employée à l'apprêt des tissus, elle pique et détériore les tissus aussitôt qu'on les soumet à une haute température ou à l'humidité; cependant, malgré ces défauts, cette colle a été prônée depuis quelque temps et recherchée, surtout à Rouen et dans quelques autres villes du Nord. Des personnes âgées qui se rappellent encore le temps où le papier était collé par les anciens procédés, c'est-à-dire avec des collesvertes, se souviennent aussi de l'odeur nauséabonde que répandaient ces papiers et qui provenait de la putréfaction de la colle.
IL Essai chimique des collés- fortes, par M. R. Graegir.
ûq peut considérer comme une chose assez hasardeuse et même superflue de rechercher par voie chimique la qualité d'une colle-forte, mais comme une semblable recherche peut cependant avoir son utilité, M. Graeger a proposé en 1852
Fabricant de Colles. "3
pour cet objet une méthode que nous devons faire connaître.
Partant de ce point de vue que la bonté d'une colle-fortt doit dépendre de la quantité de glutine pure qu'elle renferm» et de l'absence des matières, étrangères propres à affaiblit sa force, il a cherché à doser le premier principe et évaluer la quantité des autres. H a remarqué aussi que l'eau, suivant la force avec laquelle la colle la retenait, pouvait servir de point de départ pour juger de la nature des matières avec lesquelles elle a été fabriquée, puisqu'on sait que la gélatine se combine avec d'autant plus d'eau et la retient avec d'autant plus de force qu'elle est exempte d'autres matières, étrangères, telles que corps gras, sels, etc. Par conséquent les proportions dans lesquelles l'eau, la glutine et les corps étrangers entrent dans là composition d'une colle-forte doivent servir à apprécier sa qualité. Les résultats de l'analyse chimique, quand même on ne leur accorderait pas la confiance qu'on met aujourd'hui dans les expressions numériques, n'en auraient pas moins le mérite de servir de contrôle aux essais techniques.
Beaucoup de fabricants allemands ajoutent, on ne sait pourquoi, à leurs produits un peu de carbonate, du sulfate ou même du chromate de plomb, qui n'augmentent en rien leur force, mais lui donnent probablement un aspect plus flatteur.
L'essai de la colle-forte ne présente en lui-même aucune difficulté, il n'exige qu'un peu de patience.
On prend un poids donné de la colle dont on veut faire l'examen et qu'on fait sécher à une température de 120° C, jusqu'à ce qu'à cette température elle ne perde plus rien de son poids. En général il faut pour cela 5 à 6 heures. La perte en poids indique l'eau renfermée dans la colle.
Pour doser la glutine, on prend un second échantillon renfermant une quantité d'eau connue qu'on dissout dans vingt fois son poids d'eau btuillante; après refroidissement complet' on ajoute une solution de tannin préparée avec 1 partie de tannin et 20 parties d'eau. Il se forme un précipité de tannate de glutine, qui est floconneux au sein d'une liqueur jaune vineux parfaitement limpide.
Si on voulait mélanger les deux liqueurs bouillantes ou seulement encore chaudes, on aurait un .précipité d'apparence résineuse et compacte et une liqueur laiteuse qui passe à travers le filtre, et on n'obtiendrait ainsi aucun résultai utile.
Le tannate de glutine est recueilli sur un filtre, lavé ei desséché à l'air. Dès qu'on peut le pulvériser on l'enlève di
filtre, on le porte à l'étuve et on le fait sécher complètement à 120° G. Il faut bien se garder d'élever de prime-abord & cette température, parce qu'autrement le précipité fondrait et serait très-difficile à dessécher. Cette dessiccation, même en observant cette règle, est encore fort longue, et il &ut souvent plus de 8 à 10 heures avant que la balance n'indique une diminution de poids. C'est d'après le poids de ce précipité sec, dont la composition, suivant Davy et Mulder, est 42,74 pour 0/0 de glutine et 57,26 pour 0/0 de tannin, qu'on calcule la proportion de glutine que la colle renferme. Pour doser les sels de plomb contenus dans quelques collesfortes on fait bouillir la solution de ces colles avec de l'acide nitrique jusqu'à destruction de la gélatine. Il se dépose du sulfate ou du chromate de plomb insolubles qu'on recueille sur un filtre et qu'on pèse. Le carbonate de plomb transformé en nitrate est précipité par l'acide oxalique, lavé., séché et transformé par la calcination en oxyde pur qui sert à calculer la proportion du carbonate de plomb qui entre dans la colle.
Donnons un exemple de ce£ sortes d'essais. Une colle translucide couleur dé succin foncé, cassante, s'est dissoute facilement dans l'eau. ,2« p .600 de cette colle ont perdu à la dessiccation 0,190 = 7,31 p. 0/0. 2«*.600 dissous dans l'eau et précipités par le tannin, ont fourni 4* r .410 de tannatc ùe glutine =1,885 de glutine =72,25 p, 0/0 de glutine. 100 parties de colle renfermaient donc :
Eau 7.31
Glutine 72.51
Matières étrangères 20.19
H. Graeger a fait un grand nombre d'autres analyses de colles-fortes provenant de diverses fabriques et de prix trèsdifférents, et il y a rencontré depuis 5,02 jusqu'à 13,92 p. O/O d'eau, depuis 68,07 jusqu'à 81 p. 0/0 de glutine et depuis 6,75 jusqu'à 24,26 p. 0/0 de matières étrangères y compris les sels de plomb.
Nous ne pouvons pas rapporter ici dans leur entier les analyses de M. Graeger qui ont porté sur dix qualités de colles-fortes de provenances diverses* et de prix différents, mais nous présenterons dans un tableau le résumé de ces analyses.