II. De l'extraction de la solution gélatineuse
Cette chaudière, fig. 1, est en cuivre on eu fer, un peu moins profonde que large, de 2 à 3 millimètres d'épaisseur, avec fond bombé intérieurement et d'une épaisseur double au moins pour mieux résister au feu. Elle est placée directement sur le foyer, le fond entièrement exposé au feu ; à l'intérieur elle est munie d'un faux-fond en tôle de fer ou de cuivre percé de trous comme une écumoire et porté à une distance de 7 à 8 centimètres du fond par trois ou quatre pieds. Ce faux-fond est mobile et a pour but d'empêcher le contact immédiat des matières avec le fond de la chaudière où elles pourraient brûler et colorer trop forte ment la colle, ou donner lieu à 'des pertes de matières. Enfin, dans la partie la plus déclive de son fond, cette chaudière est pourvue d'un robinet pour soutirer la solution gélatineuse.
On remplit cette chaudière d'eau aux deux tiers environ de sa hauteur. Si l'eau est déjà un peu chaude, elle n'en vaut que mieux pour la rapidité de l'extraction et l'économie du combustible. Les eaux de pluie et de rivière, qui contiennent peu de sels calcaires, sont préférables aux autres. Ces sels, en effet, retardent la solution de la gélatine, et pourraient provoquer d'ailleurs des décompositions qui diminueraient le rendement.
Il est facile , en fabrique , de se procurer de l'eau chaude en quantité voulus , en ménageant convenablement la chaleur perdue du combustible sous la chaudière , c'est-à-dire en établissant des réservoirs d'eau ou des chaudières sur le trajet des produits de la combustion. Ces chaudières sont placées à un niveau supérieur à celui des chaudières de cuite, ce qui permet de faire arriver l'eau chaude dans celles-ci au moment du besoin et sans travail mécanique.
La chaudière ayant, comme on Ta dit, été remplie d'eau aux deux tiers, on la charge en colles-matières qui y occupent un volume plus grand que la capacité, c'est-à-dire qu'on charge comble, en tassant légèrement les matières. Il n'y a aucun inconvénient à cette pratique, parce que la dissolution graduelle des matières fait tout rentrer dans la chaudière, et qu'avec une même quantité de combustible on a une cuvée complète de colle, ce qui procure de l'économie.
Avant de procéder à la description des autres opérations, nous devons dire de suite que M. Dumas a indiqué dans les termes suivants, un perfectionnement qu'il nous paraît utile d'adopter dans la fabrication.
« Une pratique simple, dit cet habile chimiste, qu'il conviendrait d'introduire dans toute fabrique un peu importante, consisterait à introduire les colles-matières dans la chaudière au moyen d'un filet métallique qui retiendrait les résidus et que Ton enlèverait après chaque opération. Une petite grue ou une simple poulie pourrait ainsi desservir trois à quatre chaudières diposées en cercle , et économiserait une grande partie de la main-d'œuvre.
» Dans ce cas , il deviendrait facile de traiter les collesmatières d'après le principe de l'épuisement continu, c'està-dire de les faire passer successivement par trois chaudières. La première d'entre elles, dans un travail continu, contiendrait une dissolution qui aurait déjà reçu deux passages, et la troisième renfermerait de l'eau pure. De cette façon, les matières premières seraient mieux épuisées, et, ce qu'il y a de plus important, seraient épuisées plus promptement.
» On activerait certainement encore l'extraction de la gélatine, en disposant dans la chaudière un tube central comme on le fait dans les appareils de lessivage à circulation. La dissolution gélatineuse circulant sans cesse de haut en bas renouvellerait continuellement les contacts, ce qui rendrait l'extraction plus facile. Dans ce cas, bien entendu, la chaudière serait munie d'un couvercle. L'opération marcherait mieux aussi , et le chauffage serait plus économique , si un seul générateur chauffait les trois chaudières munies d'un double fond dans lequel s'introduirait la vapeur. »
L'expérience a fait connaître que la gélatine exposée pendant longtemps à la chaleur se détériorait, et ne fournissait qu'une colle-forte qui manquait d'adhérence et que l'eau froide dissolvait en assez grande quantité. De là la nécessité d'agir avec toute la rapidité compatible avec une bonne fabrication, et d'opérer en outre à une température assez basse pour ne pas porter préjudice à la solution gélatineuse. C'est à l'application de ce principe qu'on doit les beaux produits répandus aujourd'hui dans le commerce, et il semble que pour en faire profiter davantage l'industrie de la fabrication des colles-fortes, il doit être possible d'établir des appareils où les dissolutions ne se feraient plus à feu nu, mais à l'aide des divers moyens employés dans quelques autres arts, tels que le chauffage à la vapeur ou aux bains de diverses substances, ou bien qu'on pourrait profiter de l'action de la vapeur d'eau surchauffée pour obtenir des solutions bien pures et bien complètes des colles-matières, sans crainte de colorer ou d'altérer les produits.
La chaudière d'extraction ayant été chargée d'eau et de
matières, on allume le feu du foyer et ou porte graduellement à Té bullitioo. Dès que celle-ci se manifeste, les matières s'affaissent par degré, la portion liquide augmente, et an bout de quelques heures les matières sont entièrement submergées. On continue ainsi le feu de manière à ce que Tébuilition se soutienne sans être trop vive , et de temps à autre on enfonce près des bords de la chaudière une forte spatule en bois, et on soulève un peu les matières molles et en partie fondues pour que la solution chaude les traverse également On enlève à Técumoire une matière graisseuse mêlée à la chaux qui s'élève en écume à la surface, et qu'on met à part jusqu'à ce qu'on en trouve le débit; et pour rendre la solution plus homogène^ pour que la portion qui a un poids spécifique plus considérable ne reste pas constamment sur le fond, on soutire quelques seaux de liquide par le robinet placé sur le fond, et on le répand à la surface.
On conçoit que ces manipulations ne nécessiteraient aucune main-d'œuvre et s'opéreraient d'elles-mêmes si l'on faisait usage d'un appareil à circulation continue ou intermittente.
Quelle que soit l'espèce ou la qualité des colles-fortes qu'on se propose de fabriquer, il faut commencer toujours par les , opérations que nous venons de décrire , mais à dater de ce moment, c'est-à-dire où les colles-matières commencent à' entrer en fusion, mais où elles ne sont pas encore entièrement fondues, l'opération varie suivant la nature du produit qu'on veut avoir.