VI. E1TTONNÀGE DES COLLES
Quel que soit le mode d'extraction qu'on ait adopté, quels que soient les produits solides qu'on veut obtenir, on pro-
* cède absolument de même à l'entonnage des colles, c'est-àdire à l'opération qui consiste aies couler dans des moules. Les moules ou boites (fig. 2 et 3) dans lesquels on entonne la solution gélatineuse sont communément en bois de sapin et bien joints, ils sont un peu plus larges à leur partie supérieure que sur leur fond, afin de présenter une certaine dé-
' pouille, c'est-à-dire pour que le pain de gélatine puisse en sortir aisément lorsqu'il aura pris la consistance nécessaire. Quelques fabricants tracent en creux ou en relief sur le fond de ces moules des raies ou traits qui servent ensuite de repères pour couper les pains en feuilles d'épaisseurs bien uniformes et régulières. Ces raies sont espacées entre elles de 4 à 6 millimètres, suivant l'épaisseur qu'on désire conserver à ces feuilles après la dessiccation.
Une condition de la plus haute importance pour le succès des opérations d'une fabrique de colle-forte , c'est que les moules soient toujours tenus dans un état de propreté la plus complète et la plus rigoureuse. On conçoit en effet que la colle-forte est une matière excessivement fermentescible et qui peut, dans les grandes chaleurs et sous l'influence d'un germe putride qui serait contenu dans ces moules, contracter elle-même avec une grande rapidité un état putride qui corn-
promettrait toute une opération. D'ailleurs, cette propreté est également indispensable pour obtenir des produits irréprochables, car pour peu que les parois de ces boites se cou- Trent de quelques moisissures, celles-ci ne tardent pas aussi à envahir la matière et à piquer les colles. Ainsi nous insistons sur» ce point, propreté rigoureuse des moules, et cette recommandation peut très-bien s'étendre à tout l'ensemble des opérations, car dans une fabrication de ce genre on ne saurait prendre trop de précautions, soit pour éviter l'infection qu'elle n'est que trop disposée à répandre au loin, soit une détérioration prompte ou même une perte rapide et totale des produits.
Quelques fabricants ont conseillé de remplacer les moules en bois par les moules en métal, et on recommandé le zinc pour cet usage. 11 est bien certain qu'un métal s'imprègne moins promptement des germes putrides des matières animales que le bois, qu'il est plus facile à écurer et à nettoyer à blanc, que la dépouille y est aussi plus facile; mais un moule en zinc coûte plus cher qu'un moule en bois, et en outre, dans les Opérations, les moules sont très-fréquemment exposés à recevoir des chocs, des coups qui les déforment et les rendent hors de service, ce qui est cause sans doute qu'on a continué à se servir du sapin de choix pour faire les moules des fabricants de colle-forte.
L'entonnage est une opération des plus simples et des plus expéditives. Four y procéder on range les moules bien lavés et bien propres sur des chantiers immobiles et parfaitement horizontaux, puis on pose au-dessus du premier moule un entonnoir à fond plat (fig. 4.) Le fond est plus grand que l'ouverture du moule, de manière que l'entonnoir porte d'aplomb sur les bords de celui-ci et que la main de l'ouvrier n'ait pas à en soutenir le poids. Sur le fond de cet entonnoir on pose un petit tamis en crin (fig. 5) qui sert à arrêter les impuretés que peut renfermer la dissolution gélatineuse, puis on soutire avec un seau dans la chaudière à précipitation, on enlève le seau rempli de cette dissolution, et on transporte au-dessus de l'entonnoir dans lequel on verse la colle jusqu'à ce que le moule en soit rempli jusqu'au bord. Cette opération exige une certaine adresse pour être faite avec propreté et épargner ensuite du travail pour le nettoyage des ateliers, des chantiers, des appareils, etc.
Quand le premier moule est rempli, on enlève l'entonnoir qu'on place sur le moule voisin, qui est rempli à son tour de la même manière, et ainsi de suite successivement jusqu'à ce que le contenu de la chaudière soit épuisé et qu'on ait chargé tous les moules des chantiers.
Quelque soin qu'on apporte à ne pas laisser égoutter de la colle dans le transport de l'eau de la chaudière aux moules et pour verser celle-ci dans les boîtes, il en tombe toujours une certaine quantité sur le plancher et les chantiers, et c'est pour pouvoir recueillir la gélatine qui tombe ainsi, sans qu'elle ait été souillée par des malpropretés, qu'on dalle en pierres le local où s'opère' l'entonnage. Et comme cette gélatine reste ericore longtemps fluide et qu'elle s'étalerait sur ce dallage, on donne à celui-ci une légère inclinaison vers une gargouille placée dans l'un des. coins de l'atelier où elle coule et se réunit pour être reprise et rentrer dans la fabrication.
L'atelier où se fait l'entonnage n'est pas placé dans le même local que la chaudière qui en élèverait trop la température; il faut, au contraire, que cet atelier soit maintenu à la plus basse température possible, afin que la gélatine se prenne plus complètement en masse et plus vite. C'est par cette raison même que cet atelier a reçu le nom de rafralchissoir.
Pour le maintenir à cette basse température, le fabricant doit d'abord faire choix dans ses bâtiments d'un local qui ne soit pas exposé aux influences du soleil et de la chaleur, et en outre y entretenir cette fraîcheur nécessaire au moyen de l'eau qu'on verse en abondance sur le dallage et sur les chantiers et autres appareils. Cette eau, non-seulement contribue à y abaisser la température, mais sert aussi à entretenir les chantiers et le plancher dans un état de propreté , à hâter la prise de la colle, et enfin à faciliter l'écoulement dans la gargouille de la colle qui dégoutte du seau, qui filtre à travers les gerçures ou les fissures des moules après qu'ils sont remplis.
Il n'est pas de fabricant qui ne soit en mesure d'imaginer un appareil bien simple qui se rendrait à travers les cloisons de la chaudière au rafralchissoir, et dans laquelle on verserait la gélatine enlevée immédiatement, et qui la . ferait couler dans les moules sans transport aucun de seaux chargés. Tel serait, par exemple, un baquet au-dessus du fond duquel on placerait le tamis. Entre celui-ci et ce fond partirait un tuyau en pente douce qui se rendrai^ au-dessus des chantiers, et dans lequel s'écoulerait cette gélatine tamisée. Enfin ce tuyau, à son extrémité, serait pourvu d'un ajutage flexible et à robinet qui servirait à entonner la colle dans chaque moule au-dessus duquel on l'amènerait successivement. On pourrait encore adopter à l'extrémité de ce tuyau un certain nombre de branchements à robinets qui verse-
nient la colle dans chaque moule, mais cette disposition plus dispendieuse aurait aussi l'inconvénient, en cas de refroidissement partiel, de produire des engorgements et d'être d'ailleurs d'un nettoyage plus difficile, et de donner lieu à des réparations plus fréquentes et plus dispendieuses.