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VII. SÉCHAGE ET MISE EN FILETS DE LA COLLE

La gélatine qui a été versée dans les moules est généralement prise au bout de douze à dix-huit heures de séjour dans le rafraîchissoir suivant la saison et l'état do fraîcheur dans lequel on a maintenu cet atelier. Rien, du reste, ne serait plus facile que de hâter cette prise, et de se rendre ainsi indépendant de la température extérieure en disposant les moules dans de grands bacs plats remplis d'une eau fraîche qui se renouvellerait sans cesse, et qui, en dépouillant promptement la colle de l'excès de chaleur qu'elle apporte de la chaudière , la disposerait à se prendre pluspromptement en masse. Pour cela, il faudrait mieux se servir de moules en métal qui auraient d'abord l'avantage d'être meilleurs conducteurs de chaleur et d'opérer ainsi plus promptement le refroidissement, et ensuite de s'opposer à ce que la colle soit noyée par l'eau du bain qui pourrait suinter par les joints et les fissures.

Lorsqu'on juge que la colle est suffisamment raffermie, on enlève les moules et on les porte au séchoir disposé dans les étages supérieurs. Ce travail, assez pénible à bras ou à dos d'homme, peut s'exécuter rapidement et avec une légère dépense de force, au moyen de chapelets ou de chaînes sans fin circulant du rafraîchissoir au séchoir à travers les planchers.

Le. séchoir est une vaste pièce, un hangar ou une halle recouverte d'un toit et à claire-voie sur ses quatre faces où elle est simplement fermée par des persiennes. Cette disposition a. pour but de l'ouvrir à tous les vents, d'y faciliter le mouvement de l'air et des courants qui doivent accélérer la dessiccation. Ce séchoir est garni dans toute son étendue de châssis en bois sur lesquels sont tendus des filets, et on y remarque aussi une table pourvue des ustensiles nécessaires pour diviser et couper en feuilles les pains de gêr latine.

Ces pains sont déposés sur la table à mesure qu'ils arrivent. Lorsque 'les moules sont en métal et bien écurés, il suffit souvent de les renverser et de les frapper sur la table, qu'on a mouillée préalablement avec une éponge, pour les détacher. Mais lorsqu'ils sont en bois on est obligé de passer une grande lame de couteau mouillée (fig. 6) entre les paroî

et les pains pour détruire l'adhérence. Alors on les renverse, et. en enlevant ensuite les moules, les pains restent sur la tai)le où on peut les découper.

Pour le découpage on se sert d'une lame de cuivre tendue par un gros fil de cuivre et un écrou dans une monture de scie qu'on traine sur les pains et sur les raies que portaient le fond des moules et qui se sont imprimées sur la gélatine; ou bien on emploie, pour donner aux feuilles une épaisseur déterminée et constante, une planche à entailles placées aux distances voulues et qui servent à guider la scie. ■ Il arrive souvent que la colle, quoiqu'on ait passé le couteau mouillé le long des parois, ne se détache pas encore du moule quand on renverse celui-ci. Pour vaincre cette adhérence, après que les parois sont détachées on la coupe, avec le même couteau et transversalement, en cinq parallélipipèdes égaux de 20 centimètres de longueur environ sur 24 à 25 de largeur et 10 d'épaisseur. Pour couper plus régulièrement on pose sur la colle un petit châssis ou calibre (fig. 7) qui présente ces proportions et sur les côtés duquel on conduit le couteau, puis on enlève adroitement ces parallélipipèdes de colle avec une palette mouillée, on les fait glisser sur une planche de 25 millimètres d'épaisseur à l'un des bouts de laquelle appuie une des faces du parallélépipède. C'est alors que l'ouvrier, saisissant la scie à coUe (fig. 8), divise le bloc en feuilles ayant l'épaisseur requise, travail dans lequel il est guidé comme nous l'avons dit par la cage ou dentier à couper la colle (fig. 9) ou par les traces imprimées sur le pain par les raies du moule.

Il existe plusieurs machines à découper mécaniquement la gélatine en feuilles et qui en débitent 120 à 130,000 feuilles en 5 à 6 heures de travail; nous décrirons plus loin une machine de ce genre.

Malgré les soins apportés à la fabrication, les pains présentent encore quelques impuretés, non pas répandues dans la masse quand on a bien opéré, mais réunies aux extrémités. En conséquence, dans le découpage des pains, on retranche d'abord dessus une feuille mince qui renferme parfois quelques gouttes de graisse qui donneraient à la colle un aspect désagréable, et une autre dessous qui eontient quelques saletés qui ne se sont pas précipitées dans la chaudière par le repos. Les feuilles ainsi levées dessus et dessous rentrent dans la chaudière dans une opération suivante.

Le séchoir est, a-t-on dit, garni de distance en distance de poteaux armés de tasseaux ou de longues chevilles sur lesquelles on pose des châssis de menuiserie placés entre eux

à une distance de 7 à 8 centimètres- (fig. 10) . Sur ces châssis sont cloués des filets semblables à ceui des pêcheurs (fig. 11 et 12). C'est sur ces filets qu'on pose la colle pour la taire sécher.

A mesure qu'on découpe les feuilles de colle on les enlève arec dextérité et on les place les unes à côté des autres, mais sans se toucher, sur le filet de l'un des châssis qu'on a rapproché de la table où s'opère le découpage, et quand ce châssis en est entièrement chargé sur toute sa surface, on le remet en place sur les tasseaux des montants, et on procède au chargement du châssis suivant, et ainsi de suite jusqu'à l'épuisement des pains.

Ainsi placée sur les filets, la colle se trouve baignée de toute part par l'air ambiant, mais cela ne suffirait pas pour la dessécher bien uniformément, et il faut avoir soin, pour que cette dessiccation soit bien régulière, de retourner deux ou trois fois par jour les feuilles sur les filets. Cette opération est fort simple et très-facile ; il suffit, pour cela , de tirer le châssis à soi en le faisant glisser sur les tasseaux, de retourner la colle à. la main et de repousser le châssis à sa place.

Quand on place la colle sur les filets elle a déjà assez de consistance pour ne pas passer à travers leurs mailles, mais encore assez de mollesse pour que les fils s'impriment à sa superficie, et c'est ce qui forme les losanges qu'on observe à la surface des feuilles.

Le retournement de ces feuilles a , comme on voit, aussi un autre but : c'est que, le fil pénétrant dans la substance de la colle, il pourrait arriver, si on laissait celle-ci se durcir complètement sans la retourner, qu'il ne fût plus possible de la détacher du filet sans effort et sans rompre les mailles de celui-ci; ce qui produirait de graves avaries, qu'on ne répare qu'avec des frais considérables.

« La dessiccation de la colle-forte, dit M. Dumas, est une des parties les plus chanceuses de la fabrication. La température extérieure, l'état de l'atmosphère, influent singulièrement sur le produit, surtout pendant les premiers jours. Une température trop élevée ramollit la colle qui passe à travers les mailles et adhère si fortement aux cordes qu'on est obligé de tremper lés filets dans l'eau bouillante pour la retirer. La gelée, en congelant l'eau interposée, fait fendiller les feuilles, et, dans ce cas, on est presque toujours obligé de refondre la colle. Un orage, l'état électrique de l'atmosphère, suffisent pour faire tourner toute une partie de colle, même celle qui

se trouve depuis deux ou trois jours sur les filets, cas auquel on éprouve des pertes énormes.

» Un brouillard, très-léger même, si on le laisse s'introduire dans le séchoir, pique la colle, lui ôte de sa valeur, et oblige souvent même de la refondre en totalité ou en partie.

» Un vent sec et chaud a l'inconvénient de dessécher trop rapidement la colle, et le retrait qu'elle éprouve la fait fendiller partout. Le seul remède qu'on puisse opposer à tous ces inconvénients consiste à éviter de travailler par les grandes chaleurs et pendant les grands froids; les saisons les plus favorables sont donc le printemps et l'automne. D'ailleurs, la fermeture plus ou moins complète des persiennes du séchoir est le seul moyen qu'on puisse employer contre les accidents du temps pendant les saisons de travail. »

L'idée qui se présente naturellement pour se mettre à l'abri des variations ou des excès de la température, des brouillards ou de l'humidité atmosphérique, serait d'opérer la dessiccation des colles-fortes dans des séchoirs clos et chauffés à l'air chaud, et plusieurs fabricants ont déjà essayé ce moyen, mais il n'est pas encore parfaitement démontré qu'il soit aussi efficace qu'on serait tenté de le croire. Le séchoir ordinaire a le grand avantage qu'aussitôt qu'il se dégage une molécule d'eau en vapeur de la colle sur les filets, cette vapeur est aussitôt enlevée par les courants d'air très-vifs qui existent dans cet atelier et portée au dehors. Dans un séchoir à l'air chaud, pour produire ce courant d'air, il faut déjà une assez forte élévation de la température; or, cette haute température a l'inconvénient de rendre la colle trop vitreuse et trop cassante et de lui enlever beaucoup de son poids. D'un autre côté, on éprouve de sérieuses difficultés pour rendre la température bien uniforme dans une capacité aussi vaste que le séchoir, or, il résulte de cette inégalité de la température que la buée qui s'élève des feuilles les plus chauffées , au lieu d'être entraînée au dehors, se dépose sur les feuilles plus froides et peut, comme un brouillard, les piquer ou les détériorer de qualité. Enfin, le sédiage à l'air chaud est une opération dispendieuse, qui exige des appareils coûteux, et une dépense assez considérable en combustible.

Les colles séchées à l'air libre ont une certaine souplesse et se conserveraient difficilement en magasin où elles pourraient se piquer. On est toujours obligé d'en achever la dessiccation dans une étuve modérément chauffée.

Cette opération, qui parait indispensable, ne contredit nullement notre opinion sur la dessiccation des colles par le moyen

de l'air chaud. En effet, quand on transporte la colle à l'étuve elle a déjà un degré très-prononcé de dessiccation, et comme elle n'abandonne qu'avec difficulté les dernières portions d'eau qu'elle renferme, il s'ensuit que cette dessiccation ne s'opère qu'avec une lenteur convenable pour ne pas dégager à la fois une grande quantité d'eau et la déposer sur certaines parties plus froides des masses. D'ailleurs, une -étuve présente une capacité intérieure infînimeut moindre qu'un séchoir, et il est toujours possible d'y entretenir à peu de frais une température égale et Un courant d'air régulier et constant.

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