C. Procédé de fabrication de M. Briers-Semor
Nous êntrerous dans plus de détails sur un procédé imaginé par M. A.-J. BriersrSenior, qui a pris, en 1840, un brevet à cet effet pour la préparation des peaux propres à la fabrication des gélatines et des colles blondes et brunes.
«On prend, dit l'inventeur, des rognures de peau animale non tannée : si on les obtient des tanneurs à l'état frais et ayant été passées à la cbaux, on les lave proprement, après quoi on les laisse tremper, pendant deux jours, dans de l'eau propre, d'où on les retire pour les mettre dans un bain d'eau légèrement blanchie de chaux ; après trois jours de séjour dans ce bain, on les plongera dans un bain d'eau propre, où on les laissera pendant 24 heures.
» Si on achète des rognures de peau à Tétai frais, sans avoir été passées à là chaux, on les met tremper dans de l'eau froide, on les lave et on les jette dans de nouvelle eau, jusqu'à ce qu'elles ne teignent plus celle-ci de leurs impuretés ; alors on leur donne un lait de chaux et on les y laisse pendant huit jours, après quoi on les lave à l'eau froide et on les remet dans une seconde eau de chaux, dans laquelle on les laisse pendant un mois; après ce temps, on les rince à l'eau claire et on les laisse reposer dans de l'eau propre pendant 24 heures.
» Si on achète des rognures de peau à l'état sec et passées à la chaux, on les met tremper, pendant quatre jours, dans
Fabricant de Colles. ' > 5 ,
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de Veau propre, après quoi on les lave et on les remet dam de nouvelle eau blanchie à la chaux : on les laisse dans ce lait de chaux pendant sept à huit jours, puis on les lave proprement et on les laisse reposer, pendaut 24 heures dans de l'eau propre. '
» Si on obtient des rognures de peau sèches, qui n'ont pas été passées à la chaux, on les met tremper daus de l'eau froide pendant quatre jours, après quoi on les lave et on les remet dans de nouvelle eau propre ; on continue ainsi à les laver et à les renouveler d'eau, jusqu'à ce qu'elles soient parfaitement ramollies et qu'elles ne teignent plus l'eau du sang et des impuretés* dont elles sont chargées dans leur état brut : alors on leur donne un lait de chaux dans lequel on les laisse séjourner pendant huit, jours, après quoi on les lave à l'eau claire et on les remet dans une seconde eau de chaux, dans laquelle on les laisse pendant un mois; on les retire de cette seconde eau de chaux, on les rince et on les laisse reposer, pendant 24 heures, dans de l'eau propre. Si ces rognures ou peaux sèches non passées à la chaux consistent en peaux de lièvre, de chat ou de lapin, on ne les laisse que pendant dix jours dans la seconde eau de chaux, puis on les rince et on les laisse reposer, pendant 24 heures, dans de l'eau propre.
» Les peaux ou rognures de peaux ayant reposé, pendant 24 heures, dans de l'eau propre et ayant été rincées et traitées comme je viens de le dire, on les soumettra à l'action d'un pilon ou d'un cylindre absolument semblable à ceux es usage dans les papeteries, et au moyen desquels on y triture et lave les chiffons pour la fabrication du papier ; après deux à trois heures de lavage et de trituration, elles se trouveront converties en une espèce de filasse visqueuse et blanchâtre : on met cette pulpe dans des paniers d'osier pour en foire égoutter l'eau.
» L'eau étant égouttée, on mettra la pulpe dans un bain d'eau froide, dans, laquelle on aura fait dissoudre assez d'alun pour que l'eau en soit légèrement acidulée; on remuera bien la pulpe que l'eau du bain doit couvrir de 3 centimètres, et on l'y laissera en repos* pendant 12 heures.
» Au bout de ce temps, on lavera la pulpe, à plusieurs reprises, à grande eau claire; après quoi on la mettra dans des paniers d'osier : l'eau en étant égouttée, la géléate se trouvera préparée.
» Avec la géléate, soit qu'on l'emploie à son état frais ou après l'avoir fait sécher, on peut confectionner à volonté, soit de la gélatine incolore, ou toute autre gélatine ou colle du
commerce d'une qualité parfaite ; je dis parfaite, car il est physiquement impossible de faire mieux, comme je vais le démontrer.
» La gélatine contenue dans la peau animale étant, de sa nature, incolore, transparente et inodore, pour l'obtenir à cet état, il faut d'abord diviser complètement la peau, e*t, en même temps, la laver et la nettoyer d'outre en outre, c'est-àdire dans toutes ses parties divisées, pour leur enlever tout le sel calcaire et autres substances étrangères dont la peau était imprégnée par les diverses manipulations qu'elle a subies. On parvient à cette division et à ce nettoyage par la trituration dans une pile à cylindre que j'ai décrite plus haut, où la peau se lave, se nettoie et se triture simultanément. On conçoit que, ainsi déchirée et broyée à l'état de pulpe, la peau a perdu cet ensemble de solidité et de consistance, au moyen duquel, dans la fabrication ordinaire de la colle, elle résiste si longtemps à l'action de l'eau bouillante, avant de se désorganiser et d'abandonner à celle-ci la gélatine qu'elle contient. Le lien qui attachait si solidement la gélatine à la peau étant donc détruit dans ma géléate, il s'ensuit que celle-ci, étantsoumise à l'action de l'eau bouillante, lui cède instantanément, pour ainsi dire, la gélatine devenue libre; de là son état incolore, pourvu qu'on ne fasse pas bouillir la solution au-delà de 20 à 25 minutes, et que l'on ait mis la dose de géléate nécessaire pour que le liquide, en se refroidissant, se prenne en gelée d'une belle consistance : la qualité transparente et inodore de la gélatine lui est conservée, ou plutôt lui est rendue, par le lavage continuel de la peau, pendant qu'elle se triture dans une masse d'eau claire, qui se renouvelle sans cesse dans la pile à cylindre. Si on opère avec des peaux de choix, la solution de gélatine obtenue de ma géléate n'a aucune saveur et peut remplacer la colle de poisson dans tous ses usages'; l'économie qui en résulte, pour les consommateurs de cette dernière, est incalculable.
» "Veut-on confectionner de la colle blonde ou de 1a colleforte avec la géléate, on n'a qu'à continuer la cuisson jusqu'à ce que la solution ait acquis le degré de nuance que l'on désire obtenir. On conçoit que l'emploi Je la géléate par les fabricants de colle sera également pour eux d'un avan- . tage immense : d'abord ils n'auront plus à s'occuper de ce I long et dégoûtant travail attaché à la préparation de leurs < matières premières; ensuite , en opérant avec un. article sain, sans odeur et franc de toute substance hétérogène, et en le- traitant convenablement, ils en obtiendront un produit parfait avec la moitié du combustible et du temps ordinai-
rement employés,, et ne courront plus le risque de voir leurs cuites tourner ou manquer, par suite de mélange de substances nuisibles et cachées, dont leurs matières premières sont toujours infectées, quand on les obtient soit des tanneurs , soit de ceux qui s'occupent à les sécher et qui ont intérêts ne pas les laver préalablement, ni les nettoyer de l'abondance de chaux dont elles sont ordinairement chargées.
» La trituration et le lavage ayant porté la géléate à l'état de celui de la peau pure, il ne reste plus, après sa dissolution, qu'une poignée de résidu sain, comparativement à cette masse de marc immonde que le fabricant de colle trouve au fond de sa chaudière et qui, pendant le peu d'heures qu'il est soumis à l'action d'une presse pour en extraire tout le liquide, exhale l'odeur la plus fétide. Ce marc, pressé, forme ordinairement la moitié de la quantité de matières employées ; plusieurs fabricants le cuisent de nouveau, pour dissoudre les parties grossières et coriaces qui ont résisté à l'action de l'ébullition première. D'après cela, qu'on ne s'étonne plus que, dans le commerce des colles, on rencontre tant de mauvais produits.
» Le soin avec lequel je fais laver, nettoyer et mettre dans un lait de chaux les peaux ou les rognures de peaux est nécessaire pour les désinfecter avant de les soumettre à la trituration : cependant, quand on est pressé, on peut les broyer à l'état frais, sans les mettre à la chaux, mais le produit n'est jamais aussi régulier ni aussi beau; car, quelque temps que Ton mette à prolonger le lavage dans la pile, l'action de ce lavage n'est jamais aussi efficace sur la matière animale que si elle avait été préalablement désinfectée par son infusion dans les laits de chaux que je lui fais donner.
» Gomme je l'ai dit plus haut, on peut employer la géléate soit à l'état frais, soit après l'avoir fait sécher ; on peut la mettre sous la forme de motte ou de brique, qui, étant séchée, se laisse facilement râper au moyen de la râpe ordinaire en fer. »
D. Fabrication de la gélatine et de la coUe-forte par l'eau pure et froide 3 par G. Swinbonne.
M. Swinbonne a proposé en 1848 de fabriquer la gélatine et la colle-forte par le moyen suivant.
11 emploie les peaux aussi fraîches que possible et débarrassées du poil, il les coupe en petits morceaux minces qu'il fait tremper pendant 5 à 6 heures dans l'eau froide, il décante cette eau et la renouvelle deux à trois fois par
jour, jusqu'à ce que ce liquide, ni les matières ue présentent plus d'odeur ni de saveur.
Si le produit doit servir à faire de la gélatine alimentaire, ilsuffit.de transporter sur les filets pour faire sécher.
Mais si on veut fabriquer de la colle-forte, on jette les matières dans une chaudière ou les recouvre d'eau et on cbauife jusqu'à l'éhullition, mais pas au-delà. Après dissolution on filtre sur un tamis et on presse légèremeut les résidus. La solution ainsi obtenue est refroidie sur des plaques de schiste unies, et quand la masse est froide on la découpe et on la transporte sur des filets pour la faire sécher.
M. Swinbonne traite- de la même manière la vessie natatoire de quelques poissons, entre autres du cabliau, afin d'en obtenir uni; col le économique -qui peut servir à remplacer la colle de poisson.
E. Fabrication de la gélatine et de la colle- for te . par l'acide sulfureux, par M, W. Rutuay.
Toutes les matières animales qui renferment de la gélatine peuvent être traitées par ce procédé, mais les meilleures sont celles connues dans le commerce sous le nom de collesmatières (brochette?, effleurures, rognures de peaux), qui sont généralement des débris de peaux d'animaux qui ont déjà été débourrées et passées en chaux, mais non pas encore tannées. Ces matières sont mises dans l'eau pure , où* on les laisse jusqu'à ce qu'elles y éprouvent un commencement de fermentation. Alors on les «délivre, par des lavages et des battages, soit à la main, soit par machines, de toutes les impuretés qu'elles peuvent encore retenir ; puis 'on les plonge dans une eau chargée d'acide sulfureux. On prend pour chaque quintal métrique de rognures de peaux 25 kilogrammes d'acide du poids spécifique de 1.045. Après vingtquatre heures de macération, l'odeur de l'acide a complètement disparu, tandis que l'eau a acquis une odeur salée.
On enlève alors les matières, on les lave avec soin au moyen de pilons, comme on a dit précédemment, puis on les plonge une seconde lois , et pendant autant de temps , dans la même quantité d'acide sulfureux liquide, et après cela on répète les lavages.
A l'ouverture des vases dans lesquels a lieu cette seconde macération, l'odeur de l'acide, quand les matières sont de qualité bonne ou même moyenne, est encore très-forte; ce qui est la preuve que toutes les substances colorantes ont été enlevées. Les matières, amenées à ce point, sont alors en état d'être transformées en gélatine.
ff CHAPITRE n.
Bans ce but, on les transporte dans des vases de bois ou autres, qu'on en remplit aux trois quarts ; on verse dessus de l'eau à 45° G., on ferme les vases, on les abandonne pendant vingt-quatre heures dans un lieu chaud; au bout de ce temps, on en soutire la portion liquide, qui consiste, après le refroidissement, en une gelée ferme, incolore, propre à être transformée en colle-forte. Sur le résidu qui se trouve encore dans les vases, on verse une nouvelle quantité d'eau qui est de quelques degrés plus chaude que la précédente, qu'on laisse séjourner aussi longtemps et qu'on soutire de même, en continuant ce mode de traitement tant qu'il y a un résidu.
De cette manière, on obtient une gélatine pure, incolore, et d'une très-belle qualité. On peut la consemer aussi longtemps qu'on veut dans des vases clos ; mais, dès qu'on l'expose à l'air dans le voisinage de plantes en état de floraison, surtout si le vent vient de ce côté, elle éprouve une assez prompte décomposition , et il se forme au bout de peu de temps , à sa surface , une abondante végétation cr yptogamique.
F. Fabrication de la gélatine et de la coUe-forte par le chlore, par S.-G. Dordoy.
On introduit les colles-matières dans un vase convenable, on Les recouvre d'eau froide où on les laisse plusieurs jours et jusqu'à ce qu'elles commencent à fermenter, on les lave alors à l'eau froide en les battant jusqu'à ce que l'eau de lavage en sorte pure, puis on les introduit dans des cuves en bois; en terre ou en plomb, fermant hermétiquement, et on les recouvre d'eau chargée de chlore qu'on prépare ainsi qu'il suit :
On prend pour 100 kilogrammes de matière animale, 500 grammes de chlorure de chaux qu'on délaie et broie dans 10 litres d'eau, on y ajoute 4 kilogrammes d'acide chlorhydrique et on agite avec soin. C'est ce mélange qu'on verse dans les cuves qui renferment les matières qu'on y agite continuellement. Ces matières doivent ensuite y rester vingtquatre heures en repos. Les indications ci-dessus suffisent pour les peaux de moutons ou autres peaux minces, mais pour les matières empruntées à celles de bœuf, de veau et autres animaux auxquelles adhèrent beaucoup de chair et de fibres, il faut laisser macérer deux et trois fois de suite et autant de temps, jusqu'à ce qu'elles paraissent uniformément translucides et blanches, eu ayant soin de laver à l'eau froide entre chaque opération.
Dans cet état on transporte les matières dans une autre cuve, et on verse dessus de l'eau chaude à 70° C, on ap- J
plique un couvercle et on entretient la température de cette eau au moyen de la vapeur, de l'air chaud , ou autrement {
entre 40 à 45°. Au bout de douze à vingt-quatre heures il i
l'est formé un liquide gélatineux qu'on passe à travers uû l
tamis, en versant sur les résidus de l'eau à 50 u qu'on y laisse !
au plus vingt-quatre heures, après quoi on coule sur un '
tamis. On verse de l'eau une troisième fois à 60° et on laisse *
macérer pendant vingt-quatre heures au plus , il se forme encore un liquide gélatineux qu'on soutire et filtre. On répète encore une fois l'opération avec de l'eau à 70°, et enfin les matières sont traitées par l'eau bouillante et agitées jusqu'à ce que le tout paraisse dissous et filtré. On peut mélanger alors ces solutions et les employer sous cet état ou les rapprocher pour en faire de la colle-forte.
On peut ajouter l'acide à la solution du chlorure de chaux, ou ce qui vaut encore mieux, à une solution de chlorure de potasse, après que ces solutions sont déjà versées sur les matières.
G. Fabrication des coUes braies faites avec des déchet&de cuir de veau, par M. Bellier.
On met les déchets des cuirs de veau provenant de la tête et des écalissures , tremper dans une eau de chaux, vieille autant que possible, et cela pendant trente jours. On ne les met pas dans la chaux vive, parce qu'ils ont déjà été soumis à cet agent chimique chez le tanneur. Ces déchets étant beaucoup plus tendres que ceux provenant des cuirs de bœufs, un bain de trente jours suffit. Après quoi on les ' retire , on les met tremper trois ou quatre jours dans de l'eau fraîche renouvelée chaque jour, on les laye et on les place au séchoir. Une fois bien secs, ces déchets," devenus de la colle brute, valent de 75 à 80 francs les 100 kilogrammes. Il y a encore une autre espèce de colle de veau, où le cuir de la tète n'entre pas ; mais qui n'en est pas moins d'une excellente qualité, Elle doit se préparer de la manière indiquée ci-dessus, et elle vaut de 52 à 55 francs les 100 kilogrammes. Elle monte même quelquefois à 60 francs, cela dépend de la manière dont elle est préparée. '
H. Fabrication de colles brutes, faites de déchets de peaux de mouton, par M: Bellier.
On met les déchets de cuir de mouton dans une eau de chaux assex forte, et vieille autant que possible. On les laisse
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tremper deux mois dans cette eau, on les retire, on les lave, puis on les replonge pendant huit jours dans une eau de chaux vive, mais très-légère; on les retire de nouveau, on les fait dégorger dans une eau fraîche pendant quatre jours ; ensuite on les lave pour en extraire la chaux qui pourrait s'y trouver. Cette colle ainsi préparée se nomme colle franche ou brochette ; elle se vend au commerce 40 francs les 100 kilogrammes.
Cette colle est principalement fabriquée par les mégissiers, les parcheminiers, les chamoiseurs et les fabricants de peau blanche.
La colle du chamoiseur bien préparée doit se vendre 50 francs les 100 kilogrammes.