II. FABRICATION DE LA COLLE-FORTE ET DE LA GÉLATINE PAR LES ACID£S
Quelques anciens chimistes, tels que Fougeroux, Bayen, Charlard, avaient remarqué que lorsqu'on faisait macérer les os dans un acide ils s'y ramollissaient, que la substance terreuse qu'Us renfermaient était dissoute et qu'il restait comme résidu une matière qui jouissait des propriétés de la gélatine.
Yers 1758, Hérissant avait démontré qu'en traitant ainsi les os par les acides, on pouvait en obtenir toute la substance animale qui conservait lés formes des os dont elle était extraite et que des lavages convenables pouvaient la procurer à l'état de pureté. Cette observation avait été confirmée par un beau travail sur les os, fait en 1806 par Hatchett, chimiste anglais, mais elle était restée stérile, quoiqu'il semblât qu'il n'y eût qu'un pas à faire pour rendre vulgaire ce procédé d'extraction. Ce ne fut cependant qu'en 1810 que D'Arcet, en cherchant à étudier la question avec beaucoup plus de soin qu'on ne l'avait fait jusqu'alors, ne tarda pas à y voir les éléments d'une industrie entièrement nouvelle. A cet effet il régla toutes les parties de l'opération manufacturière et décrivit, dans un brevet pris en 1814, les procédés qu'il avait imaginés pour extraire par les acides une gélatine propre a la nourriture de l'homme. Mais ce ne fut que plus tard que D'Àrcet put mettre pour la première fois ses procédés en pratique sur une échelle suffisamment grande pour fonder définitivement cette branche d'industrie. Nous commencerons donc par la description des moyens employés par D'Arcet pour se procurer la gélatine et la colle-forte au moyen du traitement des os par les acides.
COLLE-FORTE EXTRAITE DKJfltt. 65
A. Procédé UArcet pour la fabricatiomk la gélatine far l'acide chlor hydrique.
Matières premières. Le réseau fibreux de matière animale susceptible d'être en grande partie converti en gélatine peut s'extraire de tous les os au moyen d'un acide qui, assez étendu pour agir faiblement sur cette substance, conserve cependant une assez grande énergie sur les sels calcaires (phosphate et carbonate de chaux) qui entrent dans la composition des os. Cependant, tous les os ne sont pas convenables pour cet usage, ceux dont la contexture est très serrée et l'épaisseur forte, opposant une longue résistance à l'action de l'acide chlorhydrique, laissent attaquer les premières parties du tissu amimal mises à nu et trop longtemps soumises à l'influence de cet acide.
On doit donc choisir les substances osseuses qui, à masses égales, offrent le plus de surfaces directement accessibles à . l'acide; aussi les fabricants de gélatine et de colle d'os emploient-ils presque exclusivement les matières premières désignées ci-dessous:
1° Les. os des tètes de bœufs et de vaches, connus dans le commerce sous le nom de canards, et ceux des têtes de moutons qui les uns et les autres sont plats et minces (1) ;
2° Les os de l'intérieur des cornes de bœufs et vaches, dits cornillonSj qui sont tout perforés de trous comme une éponge;
3° Les os de jambes de moutons, qui sont minces et creux à l'intérieur, et dans lesquels l'acide pénètre après leur immersion;
4° Les os plats des côtes de bœufs, perforés par les fabricants de moules à boutons et dits dentelles de boutonniers ou escafUlotes ;
5° Les os minces de l'humérus des moutons, dits omoplates.
Les prix de ces diverses matières sçnt réglés généralement parleur plus ou moins grande abondance sur le marché
(i) Frerichs a trouvé les rapports suivants entre le* substaoces organiques et let phosphate et carbonate terreux dans les os mous et spongieux, et ceux durs et cosa pactes:
Substances organiques. . . 38.11 Phosphates terreux. . . . 50.14' Carbonate de chaux. . , . 11719