‹ Nouveau manuel complet de la fabrication des collesChapitre 27 sur 75 · SI · texte numérisé non relu

SI

66 ^ chapitre n.

et par la facilité 4B*ble qu'on trouve à les traiter et à en obtenir une plus oirmoins grande partie de la substance animale qu'ils renferment.

Les matières indiquées ci-dessus ne sont pas toutefois les seules qu'on puisse employer à la fabrication de la gélatine; on peut, quand elles s'élèvent à des prix trop hauts, y substituer tous les os pris dans les autres parties du squelette des animaux, après qu'ils ont déjà subi une façon pour en extraire la matière grasse ou suif d'os qu'ils renferment, et ont déjà été cassés pour faciliter l'écoulement de cette matière. Il faut cependant les réduire encore en plus petits fragments avant de les immerger dans l'acide; on parvient, par cette division préalable, à les amollir assez promptement, mais la dureté des os rend coûteuse cette opération mécanique, et la substance animale, déjà exposée dans le liquide à la température de l'eau bouillante, laisse plus de chance de perte par sa dissolution dans l'acide et les eaux de lavage. D'ailleurs, en les faisant déhouiUir pour en extraire la matière grasse, on leur a enlevé quelques centièmes de gélatine; enfin, la fabrication du noir animal, qui paie ces os fort cher, en interdit l'emploi aux fabricants de colle-forte et de gélatine. Tous ces motifs font que les fabriques de ces substances donnent la préférence aux matières indiquées cidessus qui sont plus faciles à traiter, plus abondantes et à on prix plus modéré.

Quels que soient les os que l'on destine à la fabrication de la gélatine, on commence par lés laver à l'eau froide, afin d'enlever les matières étrangères qui pourraient absorber de l'acide en pure perte; on les met ensuite dans un baquet, puis on verse dessus Un mélange d'un poids égal au leur, d'acide chlorhydrique du commerce à 22° Baume (1), et d'environ quatre fois ce poids d'eau*. Ce liquide acide doit marquer 6°. Il est indispensable de mettre les baquets où la dissolution s'opère à l'abri du soleil; sans cette' précaution, on s'exposerait à faire dissoudre même la matière animale. Il se pourrait que dans les pays chauds, la température élevée de ^atmosphère (môme à l'ombre) fût capable de produire le môme effet; il faudrait, pour l'éviter, étendre l'acide jusqu'à 5 ou 4°. •

[i) Cet nefde ne marque cemmanemeot que 18 e 19 degrés ta même aréomètre dans les dmléars de l'été, parce que r élévation de la température en dimta«n m densité, et d'aillenrs s'oppose dans la fabrication k m solution dn gas dans Teno. Haie l'énergie de cet nclde étant anstl augmentée par la ehalenr de l'a tm osphè re , || n *em mat pas employer davantage.

Le ramollissement des os doit être soigneusement sur* veillé : non-seulement une élévation de température , mais encore un excès d'acide peut déterminer la solution complète de la substance animale, et il n'y aurait plus aucun parti à en tirer. Si l'on ne mettait pas la dose nécessaire d'acide, il resterait du phosphate de chaux non dissous; dans ce cas il suffirait de passer les os dans un ou plusieurs autres bains d'acide faible, et de les y laisser jusqu'à ce que leur ramollissement fût au point convenable.

Lorsque l'opération a été bien conduite et les proportions utiles employées, les os sont en général suffisamment attaqués au bout de dix jours, il est facile d'en juger à leur ramollissement. On soutire alors la solution acide contenant de Thydrochlorate et du phosphate de chaux; plus, une petite quantité de matière animale dissoute, et quelques millièmes d'hydrochlorate de magnésie, de fer et de manganèse.

On remplace cette solution par un poids égal à celui des os employés, d'un mélange d'acide hydrochlorique et d'eau marquant un degré à l'aréomètre , qu'on laisse réagir pendant environ vingt-quatre heures. La première solution engagée dans les interstices de la matière animale, se trouvant d'une densité bien plus grande que l'acide fainle que l'on ajoute, tend à gagner le fond du vase, et l'acide se substitue à sa place ; il réagit sur le phosphate de chaux non attaqué et le dissout. On soutire encore cette solution, on laisse égoutter, et on la remplace par de l'eau claire, qui s'insinue' à son tour dans les os ramollis, et étendant et déplaçant en partie la dernière solution acide.

Les deux premières solutions soutirées retiennent un excès d'acide libre; afin d'épuiser leur action dissolvante et de les charger de tout le phosphate de chaux qu'elles peuvent dissoudre, on les passe successivement sur une quantité d'os intacts, égale à la première. On traite ensuite ces os de la même manière que les premiers, mais en employant une quantité d'acide moindre d'environ un vingtième ; et comme ce vingtième dont on diminue la dose suffit pour former le deuxième bain à un degr$, il en résulte qu'un poids donné d'acide chlorhydrique à 22° suffit pour amollir un poids égal d'os.

Lorsque les os sont ramollis, on les immerge dans l'eau comme nous l'avons dit; on les y laisse tremper pendant quelques heures, afin que l'eau puisse étendre et déplacer la solution acide ; on soutire alors la solution affaiblie, et on la remplace par une nouvelle quantité d'eau ; celle-ci étend da-

68 cHamtbb u.

vantagt encore la solution acide, et en entraine une grande partie. On réitère les lavages six ou huit fois, et lorsque l'on a intérêt à ménager l*eau, on repasse successivement la solution soutirée d'un baquet dans un autre baquet d'où Ton vient d'extraire une solution plus forte. L'épuisement de l'acide est surtout difficile pour la partie des os fortement imprégnée de graisse : aussi réserve-t-on les parties pour la fabrication delà colle, et pour neutraliser l'excès d'acide, on ajoute quelques petits fragments de marbre dans la chaudière où se fait la dissolution de la matière animale.

Lorsque l'on peut disposer d'un cours d'eau vive, on est plus assuré d'éliminer la totalité de la solution acide engagée dans la substance animale organisée ; on la plonge dans le courant après l'avoir enfermée dans des paniers, des filets, des canevas ou toiles claires. L'eau se renouvelle continuellement dans les interstices de la matière et l'on ne retire celle-ci qu'après s'être assuré qu'elle ne retient plus d'acide en excès. Pour cela, il faut qu'en coupant plusieurs morceaux transversalement, et posant la tranche sur la langue, elle ne développe aucun goût acide, ou que, plaçant sur cette trancha humide un papier teint avec du bleu tournesol, la couleur de celui-ci ne soit pas virée à l'instant au rouge.

Enfin, si manquant d'eau vive, on n'était pas parvenu à désacidifier complètement les os ramollis , on pourrait les faire tremper dans une solution de carbonate de soude étendue ; on formerait ainsi du carbonate de chaux insoluble et du chlorhydrate de soude (solution de sel marin); et supposant qu'après le lavage il pût rester une petite quantité de ce dernier sel, on sait que sa présence n'otfre aucun inconvénient dans les substances alimentaires

Mais le procédé le plus simple et le plus économique pour désacidifier les os après qu'ils ont été égouttés et lavés, consiste à les mettre en chaux. Cette chaux sature l'acide chlorhydrique et le phosphate acide de chaux restés dans les os, et U est nécessaire de les y laisser macérer assez de temps et de renouveler le lait de chaux quand on juge que son action est épuisée. Seulement il faut éviter que les matières soient, dans l'intervalle des macérations aux laits de chaux successifs, exposées à l'air, parce que la chaux se carbonaterait à leur surface et y formerait une croûte qui s'opposerait à l'action des derniers bains.

Il arrive parfois qu'on ne passe pas en chaux et qu'on laisse aux matières une légère réaction acide. La colle qu'on prépare alors conserve plus de souplesse parée qu'elle est hygrométrique et est par cette raison recherchée pour certains

apprêts ou l'encollage des tissus. Cette colle légèrement acide doit être cuite dans une chaudière en plomb et coulée dans des moules de bois pour que l'acide libre qu'elle renferme n'attaque pas les vases en cuivre ou en zinc et ne forme pas un oxyde qui lui donnerait un aspect louche ou la colorerait :

La matière gélatineuse, préparée avec tous les soins convenables , conserve quelquefois une mauvaise odeur; cela peut tenir à la présence d'une huile nauséabonde et de l'hydrogène sulturé dans l'acide chlorhydrique du commerce. 11 importe donc beaucoup de se procurer cet acide aussi pur que possible. Celui que les fabricants de soude préparent au moyen des bastringues est préférable à l'acide chlorhydrique obtenu dans le procédé dit des cylindres. Une autre cause du mauvais goût de la substance organique extraite des os, c'est la présence de la graisse rancie. On pourrait détruire le goût désagréable dû aux premières causes, par une légère solution de chlorure de chaux, et entraîner l'acide gras, d'où vient la deuxième cause, par une solution de sous-carbonate de soude. Il est inutile de dire 'qu'après l'emploi de ces réactifs, il serait nécessaire de bien laver la substance animale.

Divers auteurs ont démontré que les proportions de sels terreux et de la matière animale organisée varient avec l'âge des animaux ; mais D' Arcet a prétendu, d'après ses expériences, que ces substances étaient généralement entre elles dans des proportions constantes ; que la graisse seule variait dans les différents âges. Quoi qu'il en soit, il est certain que la quantité de gélatine qu'ils fournissent dépend de la nature des os, de la température à laquelle on agit, du degré de force de l'acide que l'on emploie, et surtout des soins que Ton apporte dans leur ramollissement, pour prévenir la dissolution de la substance organisée dans l'acide.

Dans les expériences faites avec les précautions convenables, on obtient de la plupart des os environ 0.29 de substance animale insoluble dans l'acide hydrochlorique faible, qui produisent environ 0.26 de gélatine.

Lorsque l'on opère en grand, il n'est possible d'obtenir, terme moyen, de 100 kilogrammes d'os, plus de 25 à 27 kilogrammes de substance organisée, et en faisant dissoudre celleci, 0.22 à 0. 24 de gélatine.

Lorsque l'on a obtenu ainsi la matière animale des os à l'état humide, on peut la convertir en gélatine en la traitant par l'eau bouillante, ou la dessécher telle qu'elle se trouve, afin

de la conserver et d'en dissoudre, au moment de s'en servir, la quantité dont on en a besoin (1).

On garde plus particulièrement sous cette dernière forme la substance extraite des os de pieds de moutons. Voici comment on la prépare: dès que ces os ramollis ont été suffisamment lavés, on tranche les deux bouts de manière à séparer de chaque extrémité la partie spongieuse, qui est imprégnée de la matière grasse, et qui a contracté par cette cause un goût désagréable ; elle ne peut donner qu'une solution trouble. Ces parties éliminées servent à fabriquer la colle-forte.

Le tnbe qui reste est coupé en deux, longitudinalement ; les lanières ainsi obtenues sont plongées dans l'eau bouillante pendant quelques minutes, puis on les étend sur des filets dans un séchoir, d'où on ne les retire que quand ils sont complètement secs. Si le temps était un peu humide, on achèverait la dessiccation dans une étuve.

On obtient des produits de meilleure qualité en essuyant avec du linge sec les lanières au sortir de l'eau bouillante, ou des roulant dans un grand sac de toile. Par ce moyen on élimine encore une petite quantité de matière grasse adhérente. 11 s'en détache par les frottements une pellicule intérieure, qui paraît être l'une des couches concentriques dont «ont formés le3 cylindres de ces os ; on s'en sert dans la fabrication de la gélatine dissoute ou de la colle-forte, quelquefois, afin de mieux déguiser la forme des os, qui pourrait dégoûter certains consommateurs, on coupe les cylindres gélatineux des tubes amollis transversalement, en tranches peu épaisses , qui présentent des anneacx cylindriques, on i'on divise les lanières en fragments rectangulaires.

Enfin, pour que l'apparence soit encore plus agréable et la conservation plus complète, on trempe le tissu des os, sous l'une des formes ci-dessus , dans une dissolution chaude ds gélatine; celle-ci, en se desséchant, constitue une sorte de vernis qui s'oppose efficacement aux influences atmosphériques.

(t) Pour certains emplois dansles tri s, H serait utile de blanchir la substance *nU maie avant de la faire fondre, on y parviendrait en l'exposant humide au gaa acide eulfurcux ou la laissant immerger dans col acide étendu d'eau S'il restait encore dans cette matière quelques traces de phosphate de chaux, on le rendrait soluble par ce moyen ; on pourrait même probablement substituer à l'acide chiorbydrique , dans les v localités où il manque ou ne peut être obtenu qu'à un prix élevé, l'acido sulfureux que l'on prépare économiquement par la combustion du soufre. D'outrés acides encore pourraient dissoudre le phosphate de chaux ; mais tous ceux que Ton trouve dans le commerce sont plus chère que i'aYide chlorhydriqne.

Lorsque Ton a extrait les tissus celluleux alimentaires des os plats, tels que les bouts des côtes, les omoplates, etc., il faut les fendre avant de les tremper dans l'eau bouillante, afin de dégager la matière grasse {diploé) qu'ils renferment et de Fôter plus complètement à l'aide du linge sec.

Quand la substance animale des os doit être convertie directement en gélatine alimentaire, il ne faut pas la faire dessécher ; on la porte toute humide dans une chaudière, on ajoute moitié de son poids d'eau; on recouvre le tout d'un couvercle, puis on fait chauffer graduellement jusqu'à l'ébijlition, que l'on soutient pendant plusieurs heures. On peut accélérer beaucoup l'opération , en portant au double la pression de l'atmosphère et obtenant ainsi dans la chaudière une température plus élevée , correspondante à cette pression.

Lorsque la dissolution est opérée, on soutire dans un filtre garni d'un faux fond en toile métallique ; le liquide filtré tombe dans un cuvier doublé en cuivre intérieurement, et garni à l'extérieur de corps mauvais conducteurs du calorique, tels que des morceaux de drap, ou tapis de laine. On couvre le cuvier, afin d'éviter les déperditions de chaleur. On laisse ainsi déposer à chaud pendant cinq ou six heures ; au bout de ce temps on soutire à clair, on coule dans des caisses oblongues ; on laisse la gélatine se prendre en masse dans un endroit frais, on la coupe en plaques, on pose celleci sur les filets, etc. Toute cette partie de l'opération se fait de la même manière que pour la colle-forte.

La totalité de la substance animale ne se dissout pas dans l'eau bouillante sous la pression atmosphérique, ni même, sous une pression plus élevée. Le résidu insoluble se Compose de matière albumineuse, des enveloppes des vaisseaux sanguins, et surtout d'une combinaison de graisse et de chaux. Ce sont ces substances qui, restées insolubles après un grand nombre de traitements dans la marmite de Papin, et des lavages réitérés, avaient fait penser que ce dernier procédé était incapable d'enlever toute la matière gélatineuse des os.

Afin d'éviter que cette gélatine ressemble à la colle-forte par la marque des filets sur lesquels elle repose, on peut la placer sur un canevas de fil ; mais le plus ordinairement on modifie de la façon suivante la fin du procédé : la solution de gélatine obtenue est coulée dans des. moules plats en ferblanc ; on porte ceux-ci à l'étuve, où ils restent jusqu'à ce que la gélatine soit assez ferme pour ne plus recevoir d'impression; alors on achève de la faire sécher sur des toiles

72 CHâWTBK II.

claires. On ajoute quelquefois à la gelée des sucs de carottes, d'ognons, du jus de viande, afin d'imiter la saveur dm bouillon ; on la nomme alors tablettes de bouillon.

Le procédé que nous venons de décrire pour la fabrication de la gélatine s'applique aussi à la préparation de la colle vendue en gelée, dite colle au baquet, et à celle de la colleforte. On peut apporter beaucoup moins de soins pour obtenir ces deux produits; il suffit, en effet, de ramollir les os par le procédé que nous avons indiqué (on ne prend pas la peine d'en éliminer la graisse ni les dernières portions de solutions acides, celles-ci facilitent même sensiblement la dissolution à chaud de la substance animale), et de les traiter absolument de la même manière que les rognures de peaux et les tendons préparés à la chaux dans la fabrication de la colle-forte.

Si l'on veut préparer la gelée tremblante, on colle au baquet, on fait dissoudre la matière animale des os (sèche, ou son équivalent en gélatine humide) dans dix fois son poids d'eau à chaud ; on ajoute environ 2 pour 100 d'alun , afin qu'elle se détériore moins promptement, surtout pendant les chaleurs; on laisse déposer dans la chaudière ou dans le cuvier, double, comme nous l'avons dit plus haut; on tire au clair dans de petits baquets garnis d'anses en corde et placés dans un endroit frais. Lorsque la colle est prise en gelée, on la transporte chez les marchands ou les consommateurs, qui la conservent à la cave jusqu'au moment de l'employer.

Des résidus. Les résidus de l'amollissement des os sont restés longtemps sans emploi ; ils se composent de chlorure de calcium, de phosphate de chaux, dissous dans l'acide chlorhydrique, de substance animale également en solution, et d'un dépôt de matière grasse qui paraît unie à la chaux (savon de chaux) (1). Si l'on décante le liquide clair, qu'on sature l'acide par la chaux, on obtient un précipité de phosphate de chaux et une solution de chlorure de calcium, retenant la matière animale primitivement dissoute par l'acide. Ce liquide peut être employé utilement dans l'agriculture: et pour rendre son transport moins coûteux, il est facile ae le rapprocher, même à siccité, par la chaleur perdue d'un fourneau à double effet. Il est fâcheux que l'emploi du chlorure de calcium, reconnu utile par beaucoup d'agronomes instruits, ne se soit pas encore répandu dans la pratique.

Si l'on veut préparer du chlorure de calcium pour les arts,

(t) Sont le rapport des applications économiques, on pent négliger quelques millièmes de magnésie, de silice, d'alumine et d'oxyde de fer et de manganèse.

il fondrait calciner au rouge le produit de l'évaporation à siccité. Si l'on fait cette opération en vases clos, la matière animale abandonne un cbarbon facile à séparer par des lavages puisqu'il est insoluble. En évaporant les solutions, on obtient le chlorure de calcium à l'état blanc. Tfc

Le charbon lavé est propre à divers usages* il peut, entre autres, servir à la peinture, entrer dans la composition du cirage dès chaussures, etc.

Le phosphate de chaux, précipité pendant la saturation par le carbonate de chaux, n'est pas non plus sans valeur et il est utile de le recueillir. On conçoit, au reste, que rien n'est plus facile, et que, desséehé et calciné, il est trèspropre à la confection des coupelles, à la fabrication du phosphore, à l'amendement des terres, etc.

On pourrait encore tirer parti de l'acide cMorhydrique qui tient le phosphate de chaux en solution, soit en le combinant avec quelque base, soit en faisant rapprocher la liqueur, et recueillant par une distillation ménagée une partie de cet acide.

Aux renseignements contenus dans l'extrait précédent et qui paraissenfdus à D'Arcèt lui-même, il convient d'en ajouter quelques autres qu'on trouve consignés dans la Chimie appliquée aux arts, de M. Dumas.

Lorsqu'on traite les os par de l'acide hydrochlorique trèsé tendu, dit ce chimiste, on dissout entièrement les sels calcaires qui entrent dans leur composition, et on obtient pour résidu le tissu cellulaire, qui, tout en conservant la forme primitive de l'os, est devenu transparent et flexible.

C'est ce tissu, convenablement purifié par d'abondants lavages, qui sert à préparer la gélatine, et dans quelques circonstances la colle-forte. Il suffit, pour obtenir ces résultats, de placer les os ramollis dans une chaudière à moitié pleine d'eau, et de soumettre le tout à l'ébullition. La gélatine se dissout complètement, on en obtient à peu près de 15 à 22 pour 100 du poids des os employés. Les cornillons fournissent en général 25 pour 100, et les os ordinaires 15 au plus.

Les os destinés à être attaqués par l'acide hydrochlorique doivent d'abord recevoir un lavage à froid, destiné à entraîner les matières étrangères qui consommeraient inutilement une partie de l'acide. On les réduit ensuite en morceaux, comme on le fait dans la fabrication du noir animal, afin d'en extraire par l'ébullition, la graisse que leur tissu peut renfermer. Lès os débouillis sont mis à digérer dans de grands bacs en bois, avec un poids égal d'acide hydro-

Fabricant de CoUes. 7 .

74 chapitre n.

chlorique étendu d'une quantité d'eau suffisante pour que le degré de l'acide descende de 22 degrés à 6 degrés Baume. De plus, les bacs devront être à l'abri du soleil ou d'une température uiypu élevée. Sans ces précautions, une partie de la matioH animale elle-même, pourrait être attaquée. On peut, en diminuant le degré de l'acide, prévenir les effets d'une température trop élevée, et réciproquement, en hiver, on est obligé de forcer la dose d'acide. Après vingtquatre heures d'immersion, on soutire la dissolution acide que l'on fait couler dans des réservoirs inférieurs contenant de nouvelles matières qui épuisent l'acide libre; on la remplace par une égale quantité d'acide nouveau. En un mot, pour consommer le moins d'acide possible, les os doivent être lavés méthodiquement; et tout compte fait, on arrive à la conclusion, que pour dissoudre tout le phosphate de chaux on a employé un poids égal à celui des os en acide bydrochlorique.

Il faut à peu près dix. jours, en tout, pour dissoudre convenablement le phosphate de chaux, sans attaquer la gélatine. Au bout de ce temps, on donne cinq ou six lavages à ï'eau froide pour enlever les dernières traces d'acide. Si la localité le permet, on jette les os épuisés dans un courant d'eau, et même, pour plus de sûreté, on les porte dans des cuves renfermant un lait de chaux, ou dans une faible solution de carbonate de soude, et on les y laisse pendant quelques jours.

Lorsqu'on veut préparer de la colle-forte au moyen des os ramollis, il est nécessaire après le chaulage, de les faire sécher complètement et de les emmagasiner jusqu'à l'époque la plus favorable à cette fah.ication. Sans cette précaution, les produits obtenus seraient de moins bonne qualité ; ce qui tient probablement à la nécessité de laisser à la chaux le temps de se carbonater. M. Schattenmann a reconnu que la dessiccation préalable est même indispensable, la chaux pouvant toujours altérer la gélatine, au point de la rendre trèsinférieure.

A Bouxwillers, pour convertir en colle-forte les matières desséchées, on les fait bouillir dans des chaudières en cuivre ou mieux en tôle et même en fonte, à l'air libre, à trois reprises différentes pour que l'épuisement soit plus complet et que la dissolution soit plus concentrée. Cette dissolution, obtenue avec une quantité d'eau juste suffisamment pour éviter l'évaporation, est mise à déposer dans \\u cuvier entouré de corps mauvais conducteurs de la chaleur. Enfin on la soutire à clair dans des moules de bois garnis de plomb. Les pains,

refroidis et extraits des moules, sont découpés en feuillets minces que Ton fait sécher sur des réseaux pareils à ceux qu'on emploie dans la fabrication ordinaire de la colle-forte. La colle-forte^ obtenue des os par le procédé que nous venons de décrire, et avec tous les soins désirables, est d'excellente qualité et se montre supérieure même aux colles extraites des p?aux d'animaux. Dans une grande exploitation, on compte sur les rendements suivants : 1° pour trois cents kilogrammes de cornillons ou d'os de la tête et du crâne, traités par trois cents kilogrammes d'acide hydrochlorique, on a cent kilogrammes de résidu, qui donnent en définitive soixante-six et même soixante-dix kilogrammes d'excellente coile-forte x , soit 22 à 23 pour 100 du poids des os ; 2° pour quatre cent cinquante kilogrammes des autres os, traités par quatre cent cinquante kilogrammes d'acide, on a également cent kilogrammes de" résidu et soixante-six à soixante-dix de colle, soit 14 à 15 pour 100 du poids des os. Dans les mêmes circonstances, le procédé à la vapeur à haute pression ne donne que 15 pour 100 de colle-forte d'assez mauvaise qualité. 'Malgré cette grande ditférence dans les produits, le procédé par l'acide ttydrochlorirçue est fort peu employé, tandis que l'autre est en usage dans une foule d'usines. Cela s'explique facilement : l'acide chlorhydrique est fort cher dans la plupart des localités, les fabricants de soude, seuls, peuvent l'avoir à bas prix. A Paris, l'acide chlorhydrique vaut quatorze francs les cent kilogrammes et ce prix contrebalance, et bien au-delà, la ditférence de production. D'un autre côté, lorsqu'on extrait la gélatine par la vapeur, les os peuvent encore servir à la préparation du noir.

Si la gélatine est fabriquée avec des os propres et destinés aux usages alimentaires, on en termine la préparation après son parfait lavage en la mettant dans un filet qu'on plonge dans l'eau bouillante pendant deux ou trois minutes. On la secoue, encore toute chaude, dans des sacs de toile molle, sèche et propre. Cette opération a pour objet d'enlever à la gélatine le plus de graisse possible. On trouve de l'avantage même, si elle doit être conservée longtemps, à la vernir, en la plongeant dans une solution der gélatine chaude et concentrée. On préserve ainsi la graisse qu'elle retient encore de toute altération ultérieure.

La graisse qui s'obtient dans les divers traitements de ces oSj soit avant le traitement par les acides, soit pendant, soit après ce traitement^ est vendue comme suif d'os aux savonniers, aux fabricants de lampions, etc.

La liqueur acide saturée par là craie donne un phosphate àe chaux impur qui est d'un excellent emploi comme engrais. La solution surnageante renferme du chlorure de calcium qu'on utilise soit pour l'usage des glaciers, soit dans la fabrication des sels ammoniacaux.

Du reste, mieux vaut se servir de la liqueur acide ellemême, pour saturer les eaux ammoniacales provenant de la distillation des matières animales, le phosphate de chaux qui se dépose est toujours utilisé comme engrais, ou pour l'extraction du phosphore.

La gélatine ainsi extraite des os de bœuf est d'une conservation sûre et d'un facile emploi. Pour s'en servir, il suffit de la faire tremper pendant quelques heures et de la laver à l'eau froide. On peut ensuite l'introduire dans le bouillon ou toute autre préparation culinaire.

La gélatine qui provient des os de mouton conserve souvent l'odeur du suif, on en fait donc peu d'usage dans les préparations alimentaires : mais on la réserve pour remplacer la colle de poisson dans les apprêts des étoffes, dans la fabrication des perles faussçs, etc.

Du reste, en dissolvant ces gélatines dans l'eau bouillante et évaporant la liqueur, on prépare des tablettes de gélatine plus ou moins pures de goût et propres à servir au collage des vins, comme à épaissir et à donner du corps aux sauces des ragoûts, etc.

Enfin, par des traitements semblables à ceux que nous avons décrits/ on en prépare des colles de diverses qualités, parmi lesquelles il faut compter les meilleures colles qu'on trouve dans le commerce.

B. Préparation de Vostéocolle, par M. Dupasquier.

MM. Dupasquier et Dupasquier fils ont pris en 1818 un brevet d'invention pourpréparer au moyen des os, une matière a laquellelesinventeurs ont donné le nom d'ostéocolle'et qu'ils ont proposée comme étant propre à remplacer la colle de poisson. Ce brevet qui, assurent les inventeurs, présente des perfectionnements importants, ne paraît être toutefois que le développement de quelques idées suggérées primitivement par D'Arcet, malgré la critique qu'ils font des procédés de ce chimiste ; quoi qu'il en soit, comme ce -brevet renferme des renseignements utiles nous en donnerons la substance, mais sans souscrire entièrement aux jugements qui y sont portés.

Choix et blanchissage des os. — Un homme armé d'une hache enlève toutes les parties spongieuses ou altérées, et n'admet comme propres a être employées que celles qui sont

compactes. Ce choix fait, on transporte les os qui sont reconnus bons dans une chaudière, où on les soumet à l'ébullition. pendant une heure : cette ébullition leur enlève les parties charnues, ainsi que les corps étrangers solubles qui les salissaient; mais comme elle ne les dépouille pas entièrement de leur graisse, on ajoute, sur la fin, une lessive de potasse. Les proportions do cette lessive sont : pour 100 kilogrammes d'os, 1 kilogramme de sous-carbonate de potasse et 1 kilogramme de chaux. Après un séjour de deux heures dans cette lessive, on retire les os et on les porte dans des paniers à la rivière, afin d'entraîner les corps étrangers non , solubles qui y sont restés attachés, ainsi qu'une portion de potasse que les os retiennent toujours. .

Division des os. — Pour que la division des os soit possible, il faut qu'ils soient exactement secs, ce qu'on obtient, soit par une insolation prolongée, soit par l'exposition dans un four pendant plusieurs heures. Les os, secs, sont soumis ensuite à l'action d'une très-forte meule à manchon (celle dont nous nous servons a 2 mètres de diamètre sur 60 centimètres d'épaisseur) : par ce moyen, un fort cheval peut, dans une heure, réduire 65. kilogrammes d'os à une division telle, que les morceaux les plus gros n'égalent pas la grosseur d'une fève, et que les autres présentent déjà une grande division ; mais cependant ils ne sont pas encore assez petits pour être attaqués promptement parl'acida, ce qui est trèsimportant comme on va le voir. Cette plus grande division s'obtient par l'action des meules employées pour la mouture du blé, mues par un courant d'eau très-puissant, parce que les os offrent une assez grande résistance. Il est bon de remarquer que les os ne dégradent pas les meules lorsqu'elles sont d'un bon grain.

Immersion de l'acide muriatique ou hydrochlorique. — L'avantage d'une grande division résulte, ainsi que nous l'avons observé, de ce que l'acide, muriatique agit lentement sur un os non divisé, et qu'un contact longtemps prolongé de cet acide avec la gélatine l'altère et la colore.

La poussière d'os obtenue par la mouture est portée ensuite dans un tamis cylindrique mû au moyen d'une manivelle. Par là on la divise en deux parties : l'une, sous la forme d'une poussière extrêmement ténue, l'autre ressemblant assez bien, par la division, à du tabac râpé. On opère cette séparation, parce que la poussière fine demande une moins grande quantité d'acide, pour deux raisons : 1° l'observation a montré qu'une particule d'os atteinte à sa surface peut être attaquée entièrement par l'eau bouillante, ce

78 CHAPITRE n.

qui n'a pas lieu pour les morceaux les plus gros, qui doivent être décomposés entièrement par l'acide pour que la solution s'en opère ; 2° on a encore observé que lorsqu'on met autant d'acide pour la poussière fine que pour celle qui présente moins de division, l'action de cet acide est soudaine, et que par suite il se développe un très-haut degré de chaleur qui dissout la gélatine, de manière qu'elle est enlevée par les lavages subséquents.

Voici les proportions :

Pour la poussière fine.

Acide hydrochlorique 25

Eau 75

Poussière fine 100

Pour les os moins divisés.

Acide hydrochlorique 50

Eau 75

Os divisés 100

On commence par mettre la poussière d'os dans de grands cuviers de bois blanc, on y verse dessus l'eau indiquée dans les proportions, on remue le mélange avec des pelles de bois, afin.que toutes les portions osseuses soient mouillées. Une heure après, on verse le tiers de l'acide indiqué ; les deux autres tiers s'ajoutent ensuite, en mettant une heure d'intervalle pour chacun d'eux. On agit ainsi pour que l'action de l'acide ne soit jtas trop précipitée, et qu'il ne se produise pas un très-grand degré dé chaleur. Cette opération est la même, soit qu'on emploie la grosse ou la fine poussière.

On laisse agir l'acide pendant 12 heures, et, dans l'intervalle de chacune d'elles, on a soin de remuer avec des pelles de bois : alors l'action de l'acide étant terminée, on décante le liquide, qui contient du muriate de chaux, de l'acide phosphorique libre, et une certaine quantité d'acide muriatique également à l'état de liberté. Les os qui restent sont mis dans des sacs de toile claire et portés à la rivière, où ils séjournent vingt-quatre heures. Au bout de ce temps, on les agita fortement dans l'eau courante, jusqu'à ce qu'en en mettant sur la langue on ne trouve plus aucune saveur : dans cet état ils sont prêts à être employés.

Ces os ainsi préparés sont portés dans une chaudière a bain-marie (ûg. 18) fermant exactement. On y ajoute de l'eau dans les proportions suivantes :

Os pesés avant l'immersion 150 parties.

Eau 200

On pousse à l'ébullition, qu'on prolonge jusqu'à rentière solution de la gélatine, ce qu'on reconnaît lorsque le mare est tout-à-fait pâteux et qu'il n'offre pas des parties qui résistent à la pression du doigt. On enlève le liquide qu'on passe dans une chausse de laine, et le marc est porté à la presse.

C'est ici le lieu de dire qu'en soumettant la fine poussière d'os non attaquée par l'acide à l'action de l'eau bouillante, comme on vient de le voir pour celle qui a été décomposée par l'acide, on obtient également de l'ostéocolle, mais en moins grande quantité; cependant, à cause de l'économie d'acide, on peut employer l'un et l'autre procédé.

Blanchiment. — On réunit le liquide retiré de la chaudière avec celui obtenu par la pression du marc ; on les verse dans un tonneau de bois blanc très-allongé, comme on le voit (fig. 19), ensuite on fait passer 'pendant une heure un courant très-vif de gaz acide sulfureux obtenu par la décomposition de l'acide sulfurique par le charbon. Cet acide change la teinte terne du liquide en une teinte blanche azurée, imitant la couleur d'une dissolution de belle colle de poisson. On laisse reposer pendant deux heures, après quoi on décante au moyen d'un robinet placé à huit centimètres de la partie inférieure du tonneau ; on reçoit le liquide dans des vases de bois, et on le porte dans un autre appartement, où se trouve un appareil pour le coulage.

Coulage et étendage. — Sur deux soliveaux placés horizontalement et soutenus par quatre chevalets, on pose, les uns à côté des autres, des couloirs faits en bois blanc, ayant l m .60 de longueur sur 54 centimètres de largeur ; il règne autour un bord élevé, de 4 centimètres. Les couloirs sont revêtus d'une couche d'huile siccative et de céruse, afin de boucher les gerçures du bois et d'empêcher le liquide de le voiler. Ces couloirs assujettis et parfaitement de niveau, on procède au coulage : chaque couloir doit contenir, dans toute son étendue, l'épaisseur de 5 millimètres de liquide. Bientôt ce liquide forme une gelée d'une très-forte consistance, qu'on enlève au moyen de couteaux de bois, et qu'on place sur des toiles claires, exposées dans un endroit abrité et ayant un vif courant d'air. Dans l'espace de six à dix jours, cette gelée se dessèche parfaitement et sans s'altérer, et l'on obtient de l'ostéocolle.

Tableau comparatif de VlchthyocoUe, de la Gélatine et de l'OstéocoUe.

ICHTHYOCOLLE ou

ordinaire.

Produit étranger, d'un prix Urès-élevé.

• Vessie natatoire Ide l'esturgeon, lou membrane retournée sur elle- /môme et desséjchée, conten' une Jcertaine quantité f d'albumine, né- [cessairement in- Isoiuble.

Roulée en for- Ime de fcr-a-che- Jval, ou bien sous /l'aspect membralneux, de couleur fplus ou moins [blanche.

GELATINE de

Page 1