PREMIÈRE SECTION
Épreuves sur le bois.
Première épreuve. — Deux morceaux de bois d'environ 35 centimètres de long sur 9 centimètres d'épaisseur, avaient été joints par la glu marine, une ou deux heures seulement avant l'arrivée de la commission. On ordonna à plusieurs ouvriers de chercher à les disjoindre, avec des masses, en frappant sur une des extrémités, tandis que l'autre extrémité serait épargnée. On a brisé le bois en plusieurs morceaux sans que la glu cédât. Enfin, voulant voir l'effet produit dans l'intérieur de ce bois par l'apposition de la colle marine, on n'a pu les séparer qu'en introduisant un coin à l'endroit où avait été faite la soudure avec la glu. Alors est arrivé ce qui aurait lieu si on eût introduit un coin dans une pièce de bois plein : la pièce s'est séparée : mais les fibres du bois étaient adhérentes dans presque toutes les parties, et on peut dire qu'à ce moment un morceau de bois a été fendu avec un coin; mais non pas qu'on, ait fait céder la glu marine.
Deuxième épreuve. — Deux blocs de bois de sapin, d'une énorme grosseur ( environ 35 centimètres d'épaisseur, sur 1 mètre de long et 50 centimètres de large), avaient été collés ensemble dans le sens des fibres du bois. On a soumis ces blocs ainsi réunis à l'action de la presse hydraulique pour voir si la glu marine céderait ; mais, sous une pression de neuf mille kilogrammes environ, le bois s'est rompu à l'endroit où on avait introduit les boulons en fer, et la glu n'a pas éprouvé la plus légère altération.
Troisième épreuve. — L'épreuve précédente ayant constaté une force d'adhésion extraordinaire, on a pensé que cette force serait moindre si l'on faisait subir l'épreuve par glissement. A cet effet, on avait préparé deux planches de sapin, prises parmi celles qui sont employées ordinairement dans les bordages des navires de guerre, ayant chacune 50 centimètres de large environ, sur 6 centimètres d'épaisseur et 4 mètres de long. Elles furent placées l'une sur l'autre ; seulement, aux extrémités, les deux bouts dépassaient de 65 centimètres environ sans être collés La presse hydraulique ayant été mise en action, l'une des extrémités des planches, sous une
pression de 5,000 kilogrammes, a été arrachée par la chaîne; mais il n'y a eu ni glissement ni dérangement dans le joint de la colle.
Quatrième épreuve. — Le lendemain les deux mêmes bordages de sapin ont| été entourés chacun d'un collier de fer, retenu par de fortes chaînes pour empêcher que les extrémités ne fussent arrachées comme la veille. Ensuite on a lait marcher la presse hydraulique : mais lorsqu'on est arrivé à une pression de 28 tonneaux (28,000 kilogrammes), Vunt des chaînes de fer, n'ayant pu soutenir un si énorme poids, quoiqu'elle eût 3 centimètres d'épaisseur, s'est rompue avec éclat; tandis que la glu marine qui, dans l'épreuve précédente, s'était déjà montrée beaucoup plus forte que le bois, cette fois, plus forte même que le fer, n'a pas cédé sous la pression de vingt- huit mille kilogrammes!
Cinquième épreuve (dite expérience du mât).— -Nous appelons plus particulièrement l'attention sur cette épreuve qui était l'objet principal de l'examen de la commission. En effet, dans son arrêté du ,3 décembre, elle exprime particulièrement l'intention que les essais à faire avec la- glu marine tendent, avant tout, à constater la possibilité d'employer cette colle dans la construction des mats de hune par pièce d'assemblage unies entre elles.
Un mât ayant été scié en quatre parties, M. Jetfery les a réunies et jointes au moyen de la glu marine. La partie la plus forte du màt fut solidement amarrée contre un mur dans une position horizontale. A l m .20 environ de cette extrémité, on avait donné passage au reste du màt par une espèce de lunette semblable à celle d'un pont de navire. La partie sortant de cette lunette, et qui la dépassait, pouvait avoir une longueur d'à peu près 6 mètres. A la petite extrémité du màt, on avait amarré des poulies avec des cordages, afin de haler dessus. Les bords des parties collées furent soigneusement rabotés, afin qu'on pût constater l'effet produit. L'ordre fut donné à une douzaine d'ouvriers de haler jusqu'à ce que le màt décrivit une première courbure de 35 centimètres ; puis on lâcha tout d'un coup les amarres pour donner une forte secousse au retour. Cette opération ayant eu lieu dans un sens, et n'ayant produit aucun brisement dans les parties collées, on ordonna de haler dans le sens opposé, ce qui fut fait avec le même résultat, c'est-à-dire qu'ayant aussi lâché vivement afin d'opérer une violente secousse, l'adhésion se maintint parfaitement. Cette épreuve fut recommencée à plusieurs reprises, en poussant le halage jusqu'à 45 centimètres, sans que l'on eût à consta-