‹ Nouveau manuel complet de perspective, du dessinatuer et du peintre contenant les elements de geometrieChapitre 110 sur 126 · ASTRES · texte numérisé non relu

ASTRES

dlespace pour nécessiter une différence fortement sentie entre la teinte du point le plus voisin du spectateur , et

celle du point le plus éloigné, quand ces points d’ailleurs sont éclairés de même.

On exagère presque toujours les points brillans , les arêtes brillantes, qui ne sont à la rigueur que des points et des lignes mathématiques ; mais cette exagération est en quelque sorte motivée par l’inexactitude des contours des corps qui , loin d’étre des lignes mathématiques , ne sont que de très petites surfaces fort inégales et sans vive arête.

La nuit, en étendant également son voile, nous fait apparaître les objets d’une taille gigantesque ; c’est uné illusion produite par leur couleur nocturne , uniforme , qui nous lès fait supposer éloignés , et les grandit dès lors en raison de leur distance présumée , tandis qu’ils sont près de -nous et d’une taille réellement ordinaire , malgré leur teinte d’éloignement.

Astres. — Le soleil , quand il est à l’horizon , paraît embrasser en entier dans sa vaste circonférence , des villes , des lacs , des forêts , et ces objets de comparaison

'nous donnent alors une idée de l’immensité de son orbe , idée qui s’affaiblit à mesure que le soleil s’élève et que ces objets de comparaison nous manquent. C’est pour cette même raison que le disque rougeâtre de la pleine lune quand elle se lève , nous parait si vaste auprès de l’horizon , et semble ensuite diminuer d’autant plus qu’il est placé plus haut dans la voûte étoilée.

' L’éclat des astres , leur scintillement , leur grandeur

PEINTURE

apparente , sont si difficiles à imiter , qu’il est sage Je s’abstenir de les représenter dans un tableau ,, à moina qu’ils n’y paraissent obscurcis ou cachés en partie. #

Cependant la lumière douce et paisible de la lune, les nuances fines et argentées qu’elle répartit vaporeusement sur les objets qu’elle éclaire, le ton mystérieux des masses qu’elle laisse dans l’ombré, l’éclat de ses reliefs sur les eaux ont souvent tenté le pinceau des paysagistes. Ils ont eu soin alors de n’embrasser qu’un petit espace de terrain , de n’y pas accumuler un grand nombre d’objets , afin de se réserver un champ plus vaste pour le ciel et les eaux ; ils ont masqué en partie le disque de ‘l’astre des nuits en contrastant sa lumière argentine et transparente sur les eaux et sur les nuages, par la couleur rougeâtre et les sombres lueurs de l’incendie ou des lumières factices ; ils ont sacrifié sagement tous les détails que le voile de la nuit fond dans l’indécision des masses ; et malgré tous ces soins , malgré toutes les ressources de l’art , employées avec discernement par des peintres d’un grand talent, le paysage qui représente un clair de lune est toujours plus loin de la nature et laisse plus à désirer sous le rapport de l’imitation , que le paysage]qui copie les effets brillans du jour. •

Ce n’est pas seulement parce qu’on ne peut le peindre absolument que de souvenir , que le clair de lune est si difficile à rendre , c’est que sa lumière empruntée, toute de reflet , est en quelque sorte factice , n’a rien de commun avec celle du jour , et que le spectateur qui regarde de jour un tableau représentant un effet de nuit.

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