REFLETS ET COLLEURS
ton , une opacité 'suffisante pour qu’elles soient aptes à réfléchir la lumière.
Si l’on introduit un rayon solaire par une ouverture
de 8 à’ 9 millimètres de diamètre pratiquée au volet d’une chambre obscure , et que l’on place ud prisme de verre auprès de cette ouverture, on obtient sur le mur opposé à la fenêtre une image colorée connue sous le nom de spectre solaire , et qui offre distinctement les vives couleurs de l’arc-en-ciel. Cette belle expérience de la décomposition de la lumière solaire, due au génie de Newton , sert*à expliquer la diversité des couleurs des corps , diversité qui provient en général de la disposition particulière de chaque corps pour réfléchir la lainière.
La lumière directe est blanche , c’est la réunion de
toutes les couleurs du spectre solaire.
La lumière reflétée participe de la couleur du corps
qui la réfléchit ; les métaux polis , les eaux limpides ,
les étoffes glacées et toutes les surfaces lisses , s’affectent
davantage et presque uniquement de cette couleur de
reflets , tandis que les corps mats ou dépolis s’y refu-
sent presque entièrement.
La verdure des prés et celle des .feuilles se teignent volontiers de la pourpre des nuages , de. l’or du soleil ; les gouttes de la rosée se brillantent souvent aussi des vives couleurs de l’arc-en-ciel.
Pour donner à un clair tout son brillant , toute sa valeur , il faut , à moins qu’il ne se trouve sur un corps blanc , le teinter avec de petites touches vierges , écla-
rEIHTURE.
' tantes des couleurs de l’iris ; c’est ainsi qu’on parvient à rendre le feu du diamant et celui des autres pierres précieuses.
Les parties éclairées et ombrées d’un même cofps doivent participer à la couleur pure de ce corps et en tenir quelque chose.
Le reflet est d'autant plus vif et plus net qu’il est plus près du corps dont il jaillit ; sa touche doit être empreinte de la couleur du corps qui l’envoie et de celle du corps où il arrive.
La couleur pure d’un corps se manifeste à nos yeux par celle du rayon du spectre qu’il réfléchit : un corps rouge ne réfléchit que les rayons rouges , il absorbe tous les autres ; un corps blanc réfléchit toutes les couleurs du spectre , et c’est leur réunion qui nous parait blanche ; un côrps noir absorbe toutes les couleurs du spectre et n’en réfléchit aucune .
On a remarqué que les rayons verts et bleus excitaient* moins énergiquement l’organe de la vue que les autres, et l’on a profité de celte observation pour reposer des yeux fatigués , par des lunettes vertes et bleues.
La décomposition d’un rayon solaire fournit dans Te spectre sept couleurs distinctes , qui sont : le 'violet , l’indigo , le bleu, le vert , le jaune, l'orangé, lejouge , ot on les appelle généralement couleurs primitives : on peut dire cependant en peinture , qu’il n’y a que trois couleurs primitives, le bleu, le jaune , le rouge, car elles suffisent pour reproduire toutes les autres. Le
REPLETS ET COULEURS. 2r3‘7‘
• blanc es t la réunion des* sept couleurs , ou la lumière du. rayon solaire ; le noir est l’absolue privation de cette • .lumière.
Les blancs employés dans la peinture ne sont point l’assemblage de toutes les couleurs ; ce sont des préparations naturelles ou chimiques dont les fonctions se bornent à réfléchir.la lumière , sans lui faire subir aucune modification de l’espèce de celle qui offre dès couleurs ; tandis que les noirs absorbent et éteignent l'intensité lumineuse des autçes couleurs.
Rompre une teinte sur la palette, c’est la composer
du mélange de plusieurs couleurs : plus le. nombre des ,
couleurs qu’on y emploie. est considérable, moins la teinte est y ive , plus elle est rompue et éloignée de la crudité de ton. Les glacis que l'on frotte sur diverses ' v, parties d’un tableau , servent à en rompre les teintes et. à lui donner un aspect harmonieux.
Il existe des couleurs qui forment un doux contraste quand on les met en présence, et qui se fondent volontiers; il en est d’autres qui se heurtent âprement et dont la discordance appelle et étonne l’œil ; ces demières ne se trouvent près les unes des autres que dans les. ouvrages de la maiu des hommes ; mais dans, la naturetout est harmonie , les nuances les plus tranchées contrastent sans dureté et s’unissent sans disparate.
On a remarqué que si l’on dispose aux sommets d’un liexagone régulier, les couleurs dans l’ordre suivant ; violet, bleu, vert , jaune , orangé , rouge-; celles qui sont aux sbrmnets* opposés de 'deux triangles équilaté-
PEINTURE
raux inscrits dans l’hexagone , *par exemple violet et jaune , bleu et orangé , vert et rouge , se heurtent durement , tandis que .celles qui sont voisines les unes des autres se fondent d’autant plus facilement qu’elles sont plus près ; par exemple le rouge et l’orangé , le rouge et le violet , se marient également bien et beaucoup mieux
que le rouge et le bleu ou le rouge et le jaune.
Il n’y a pas , il ne peut y avoir en bonne peinture , de coloris de convention ; coloris historique n’est qu’un mot d’atelier ;‘le vrai coloris est celui de la nature, qu’il faut apprendre à étudier, à saisir et à comprendre jusque dans l’idéal de sa perfection. » •
Mais il y a , dit-on , de bons peintres dont le coloris n’est infidèle que parce que leurs yeux les servent mal ; s’ils donnent dans le 1 gris , dans le jaune , dans le violet, c’est qu ? ils voient ainsi ; cela tient à la conformation des organes de leur vue ; dites qu’ils ne savent pas se servir de leurs yeux pour voir juste, a la bonne heure ; mais qu’ils ne peuvent pas voir juste , c’est une erreur, erreur très accréditée , il faut eu convenir, et qui sert à merveille la paresse des artistes , qui n’ont garde de la combattre , parce qu’elle leur évite des frais d’observation ; mais il faut le dire hautement , ce n’est qu’une erreur. Comment prétendre , en effet , que l’ouvrage d’un peintre puisse se ressentir de la manière dont il perçoit les copieurs ? N’emploiera-t-il pas , par exemple , la couleur rouge qu’il voit brune , pour représenter l'objet rouge qu’il voit brun? et de plus comment pourra-t-il faire reconnaître une 'semblable bizarrerie,
REFLETS fcT COULEURS. »3ÿ
puisqu'il se servira forcément du même mot pour exprimer une couleur.qu’il voit différemment ? il prendra un objet qu’on lui a appris être rouge , et , quoiqu’il le voie brun , il dira voilà du rouge....
Il faut donc sans cesse le répéter aux artistes, qui semblent l’oublier trop souvent : ce n’est pas la manière , le coloris de tel ou „tel maître , c’est la nature que vous devez imiter.
Jk