ESTIMATION DE LA GRANDEUR
Lorsque les objets sont hors du cercle de nos obser-
valions ordinaires , nous nous trompons également sur les grandeurs et sur les distances. Une autre cause qui
cqnlribue encore à nous en imposer , est la diversité
des positions que prennent les corps à notre egard , par une suite des mouvemens qui les transportent dans l’espace , ou de ceux fjue nous faisons nous-
memes. Ces erreurs , que. déterminent une foule de cir-
constances très variées , ont été nommées illusipns d'op- ' tique , et nous allons donner l’explication de .certaines illusions choisies parmi celles qui nous sont le plus familières , et que la perspective est appelée à reproduire
le plus souvent dans un tableau. ’
Il n’est personne qui, étant à une des extrémités d’une
longue avenue , n’aif observé que les deux rangées d’arbres dont elle est composée paraissent converger l’une vers l’autre , au point de se toucher si l'avenue s’étend assez loin pour cela ; dans ce cas , les intervalles eutre deux arbres correspondans sous-tendent des angles visuels qui vont toujours en diminuant , et finissent par être insensibles à une grande distance. Il eh résulte que, sur le petit tableau qui est au fond de l’œil , les images des arbres sont situées sur deux lignes inclinées entre elles , et qui concourent en un point commun , ou , ce
qui revient au même , les intervalles entre les images des arbres correspondans diminuent graduellement , de manière que le dernier intervalle est presque nul. Or, si nous supposons que les deux axes optiques se dirigent successivement vers différons arbres toujours plus
*ET ILLUSIONS* D’OPTIQUE. • gi
éloignés , la variation de ces angles , et eu même teins celle de l’impresion de la distance , deviendra toujours moins sensible ; et , par une .suite nécessaire , l’impression de la grandeur , qui dépend ipi de l’intervalle entre les arbres correspondons, sera tellement prédominante, qu’elle déterminera. presque seule le type de la sejisa-
tion ; en sorte que deux, lignes exactement parallèles
s’offrent à nous, sous llaspect de deux lignes convergea- • tes. C’est par une cause semblable que , lorsque l’on est
à l’entrée ’d'une longue galerie , le plafond parait aller
un peu én s’abaissant , et le.parquet en s’élevant.
Quand on regarde- un canal ou une longue pièce <Teau le plan horizontal de la surface- de l’eau paraît incliné , et semble s’élever de plus en plus à mesure que ses parties sont plus éloignées du spectateur , car alors on compare ce plan à la ligne de nivcuu qui passerait par l’œil , et qui fait* l'office d’un second plan , dont le premier semble se rapprocher par la .diminution des angles visuels qui partent des points correspondans pris sur l’un et l’autre plan.
Lorsque l’on veut estimer à l’oeil l’inclinaison d’une ligne située dans l’espace , on la compare avec une horizontale ou une verticale imaginaire, qui passe par une des extrémités de la ligne donnée. Un terrain incliné , vu d’une certaine distancé , suivant qu’il s’élève ou qu’il s’abaisse , nous paraît plus long ou plus court que dans le cas où il serait horizontal. L’une et l’autre de ces illusions ont pour cause la diminution des angles * visuels L’angle visuel qui embrasse le terrain qui s’é-