OEIL DD SPECTATEUR
Plan perspectif. — Dans tout ce qui va suivre sur la perspective linéaire , nous supposerons que c’est uniquement sur une surface plane que le peintre veut reproduire l’image de la nature : ainsi l’on peut se faire
d’avauce une idée assez nette du but que nous nous pro-
posons , en imaginant que si le peintre examinait la «pâture à travers un carreau de verre , sans changer, de position , sous un angle optique invariable*, il n'aiu*ait ,
' pour la copier sur cette vitre qu’à plaperles objets tels qu’il les y voit , pour qu’ils fussent eu perspective, et que nous allons lui donnci;, pour suppléer à ce carreau transparent , les moyens d’opérer avec la même facilité sur le papier ou sur la toile.
Ligne réelle d'horizon. ■— Lorsqu’en haute mer on n’aperçoit plus que le ciel et les eaux, dans toute l’étendue que l’œil peut embrasser , le ciel semble s’abaisser pour se confondre avec les eaux qui paraissent s’é- • lever de leur côté , et il existe alors une ligne distincte
•DIGNE FICTIVE d’hORIZON. 97.
'de séparation du ciel et de la mer ; on l’a nommée ligne de l’horizon 'visuel, et sur le tableau'ou plan perspectif elle est représentée par une ligne droite horizontale (i) , qui conserve cette dénomination;.
La ligne d’horizon , dans la nature , n’est pas une
ligne droite géométrique , c’est une portion de courbe
déterminée par la forme de la terre; mais en raison de # •*’ ’ * l’étendue immense de ce globe , par rapport à celle dq
la vue humaine, et surtout aussi à cause de la petitesse de l’angle optique dont on est forcé de se servir , cette courbe paraît se confondre ayec sa tangente , et peut être considérée dès-lors comme une véritable ligne droite. Le peintre , en fixant cet horizon réel , remarquera qu’il monte ou descend suivant que lui-même s’élève du s’abaisse , la ligne d’horizon restant conslam- , • »
ment à la hauteur de son œil : il observera que cette
variation de hauteur dans la ligne d’horizon en apporte
une §ux contours des objets et à l’aspect général de la
nature ; il s’étudiera à se placer de manière à obtenir le coup-d’œil le plus agréable.
Ligne fictive cThorizbn. — Excepté daqs les lieux où la vue est bornée par la mer ou par une plaine immense, la ligne d’horizon n’existe pas de fait dans la. nature , ou du moins elle y est masquée par les plis du terrain. On est alors .obligé, pour mettre le tableau cor-
(1) Cette lierizontale est en effet l’intersection du plan horizontal .
des rayons visuels , avec le plan vertical du tableau sur lequel ou • *
opère, . ■ •
FKRSSXCTIVE.
•98 CHOIX DE r.’HOIUZOX.
rectement en perspective , de recourir à un horizon' fictif, représenté par une horizontale ; mais l’horizon Téel ou fictif, monte ou descend constamment avec l’oeil du peintre , et se trouve toujours, à la hauteur à laquelle l’œil s’arrête, ce qui lui a fait donner quelquefois le nom de ligne de niveau de l'œil. ,
Choix de riiorizon. — Quand on chemine, sur une plaine bien horizontale , dans une allée droite à perte* de vue , bordée de chaque côté d’arbres plantés à égales distances entre eux , les adirés les plus voisins du promeneur lui semblent les plus espacés entre eux ; ils paraissent se serrer à mesure qu’ils s’éloignent, et finir par se toucher : les pieds de ces arbres , leurs sommités, le sol de l’allée et le ciel , tout cela pour lui se confond . eu un seul et même point qui , placé sur l’horizon , lui semble monter et s’éloigner à mesure qu’il*avance , et néanmoins toujours rester à la même hauteur et à la même distance pour son œil dont cette hauteur et*celle distance constantes sont en effet la hauteur et la distance où peuvent atteindre ses rayons visuels.
Comme le peintre peut à volonté travailler assis, debout , ou placé sur un sol très élevé on très bas , il a pour choisir son horizon une certaine liberté relative qui existe ainsi de fait dans la nature. Le choix de la ligne d’horizon est cependant bien lôin d’être indifférent.: fait avec çoût , il prête du charme et de la grâce à tous les objets du tableàu , tandis que s’il est fait sans discernement , il rend difformes , désagréables , difficiles même à reconnaître pour iin œil peu exercé , les
CHOIX de i-’horizos. 99
objets de la uature que le tableau reproduit cependant avec exactitude et vérité. '
•Un exercice que le peintre devra se rendre familier, est celui de déterminer toujours, dans la nature, l’hôrizon réel ou fictif qui produit le coup-d’œi.l le plus agréable: * il remarquera que l£s courbes très prononcées perdent cette courbure en paraissant se confondre de plus en plus avec la ligne droite , à mesure que la distance augmente, ce qui fait qu’auprès de l’horizon' les courbes tracées en plans horizontaux s’expriment par des parallèles à la ligne “d’horizon. C’est qjnsi qu’il apprendra, en élevant ou abaissant à. volonté l’horizon , l’influence du choix de la ligne d’ horizon sur le contqur-des objets et sur l’aspect général de la nature , ou l’effet du tableau. \ * >
Il faut , pour bien comprendre l’influence que peut avoir sur un tableau le choix de l’horizon , étudier les grands maîtres avec une constante application , mais il faut surtout interroger la nature’; car alors seulement , ses éloquens interprètes, les Poussin ,* les Claude le < Lorrain , pourront initier lç jeuue artiste qui aura étudié avec fruit , aux mystères les plus secrets et à la magie.de la perspective. ( * . „
Les Italiens ont ordinairement placé l’horizon de leur tableau fort» élevé , c’est-à-dire bien au-dessus de l’horizontale qui partage en deux le tableau ; les Hollandais, au contraire , l’ont presque toujours placé fort bas. Cela tient peut-être aux sites montagneux de l’Italie , et au pays bas de la Hollande ; mais en général le
I oo POIKT DE EUE.
peintre doit se placer, où choisir son horizon, de manièreà montrer , sous l'aspect le plus avantageux , ce qui offre le plus d'intérêt dans l’action ou dans le site qutl représente. C’est par cette raison que, dans un tableau' d’intérieur , il vaut mieux placer l’horizon un peu bas , parce que l’œil est plus habitué à Voir descendre les lignes du plafond qu’à voir monter celles du plancher. Il n’en est pas de même pour une vue de grande étendue, car il est naturel alors que l’œil domine le site au loin
et le Poussin, dans ce cas, a souvent placé la ligue
d’horizon ud peu. au-dessus de l’horizontale' qui partage
en deux le tableau. . ' t
Point de vue , point principal. — Le point de vue ou
le sommet de l’angle optiqùe qui , dans l’œil du peintre, se confond avec, l’intersection de l’axe optique et de l’horizon , est représenté sur la ligne d’horizon du tableau par un point qui prend, le nom de point principal ou central. <
La hauteur de l’horizon restant fixe , on comprend' ‘que le point principal peut être placé à volonté suj* toute la longueur de la ligne d’horizon: mais ce que nous-
avons dit pour -le choix de l’Horizon s’applique dans
toute son ctenduë au choix du point de vue ou du point * * .
principal. Le peintre devra donc étudier la variation « #
d’aspect qui résulte de celle du poidt principal , afinde choisir ce dernier de manière à obtenir l’effet le plus agréable. / V «
Nous ferons observer en outre que le spectateur se plaçant -naturellement en face du tableau qu’il veut re-
caoix DE LA DISTANCE, IC'I
garder , il est bon que le peintre , qui lui-méiûe copie ordinairement le site qu’il a devant lui, n’aille pas mettre le point principal hors du tableau < et ne contraigne'
pas dès lors le spectateur à se placer de côté pour en . bien sentir la perspective. * »
Ligne de terre. — La ligne horizontale à partir de laquelle commence , dans la nature , le terrain que le peintre copie , se nomme ligne de terre ; c’est la base du tableau et l’échelle suivant laquelle se développeront proportionnellement tous les objets qui vont entrer dans la compositioh d’un tableau.
Dans un panorama , la ligne de terre est la circonférence horizontale ou la base de la surface cylindrique surlaquelle il est tracé. Au théâtre , la ligne de terre est marquée par les premières coulisses eu arrière de la rampe d’éclairage. Dalls tout tableau , à surface plane ou courbe , la ligné de terre est une parallèle à la ligne d’horizon.
Choix de la distance, point de distance. — La distance de la ligne de terre au point de vue dans l’œil du peintre , se confond sur un tableau avec la distance
de la ligue d’horizon au point de vue , parce que cette
ligne de terre et cette ligne d’horizon sont situées dans le même plan vertical perspectif qui est la surface du tableau. Aussi se sert-on indistinctement pour exprimer la distance, soit de la base, soit de l’horizon du tableau.
On ne peut doue pas fixer cette distance d’une ma-*
mère invariable , car elle dépend de la volonté du pein-