HORIZON, DISTANCE, ETC
Cadre du deisin. — Après s’être placé convenablement pour embrasser sans déformation désagréable et d’un seul coup-d’œil , l’ensemble et les détails du site que l’on veut copier , il faut avoir soin d’arêter, d’une manière fixe , les limites que l’on s’est imposées , et d’encadrer en quelque sorte le terrain , pour y reporter exclusivement son attention et ne plus s’occuper des objets qui se trouvent en dehors.
Il est moins facile qu’on ne le pense communément , de bien encadrer un coin de nature : il faut éviter , et le manque de premiers plans , et la symétrie monotone d’un encadrement semblable à celui des coulisses d’un théâtre , et la confusion des fonds , et le vide des plans intermédiaires. Le goût seul peut ici diriger le choix du dessinateur et dès que ses limites sont fixées , il doit
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les conserver invariables, en prenant pour point de repère les objets immobiles qui sont le plus près de lui.
Les difficultés qu’éprouvent à cet égard les commençans disparaîtront au reste bien vite, s’ils s’habituent à
resserrer ou à étendre le cadre du dessin en s’éloignant
ou se rapprochant à volonté du châssis invariable d’une vitre à travers laquelle ils regarderont le coin de nature qu’ils veulent copier.
Échelle de proportion. — Le cadre que l’on trace en pensée dans la nature, doit toujours être en harmonie avec la grandeur du dessin que l’on veut avoir. Quoique l’échellfe de proportion suivant laquelle on opère dépende tout -à-fait de la volonté du peintre, et ne soit soumise à aucune autre condition qu’à celle de
rester fixe et invariable pour le même dessin ; il est cependant encore pour le choix des rapports de dimension entre la copie et l’original , une certaine finesse de tact et un goût exquis des convenances, qu’on retrouve toujours, sans qu’on puisse les définir positivement , dans les œuvres capitales des artistes d’un génie supérieur.
Cette observation devient sensible quand on examine avec attention plusieurs copies d'un même tableau, faites sur des échelles différentes ; les lignes de l’original semblent plus ou moins altérées, quoique le rapport qui les lie entre elles ait été soigneusement observé dans toutes les copies ; et cette altération , rarement choquante dans une copie de moindre dimension que le modèle, devient souvent une véritable déformation dans
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mne copie faite sur une plus grande échelle que celle du tableau original.
L’échelle de proportion donne les moyens de recon- 'naîlre si l’on a observé les rapports de grandeur existant •entre les divers objets d’un tableau ; il est bien rare , d’ailleurs , quand on veut se rendre compte de la grandeur des figures d’un paysage ou d’un intérieur, qu’on
ne soit pas étonné de la taille gigantesque que la plupart. v des peintres ont pris l’habitude de leur donner ; et ces défauts, peu visibles sur une petite toile, deviennent choquans dans un grand tableau.
Horizon , distance , etc. — Le cadre et l’échelle du ■dessin une fois arrêtés , on place de suite la ligne d’horizon , et la verticale qui détermine le point principal.
Nous ne reviendrons pas ici sur ce que nous avons dit précédemment du choix de la distance , de l’horizon, etc., etc., et du soin avec lequel on doit éviter toute déformation, désagréable, car il est bien entendu que l’élude de la perspective a dû précéder celle du dessin , et celle-ci à son tour n’est qu’un acheminement indispensable à l’étude de la peinture.
L’esprit d’observation, la méditation, la théorie enfin doivent constamment diriger la pratique des beaux-arts; et si quelques hommes de génie devinent le vrai , le beau, et l’appliquent par sentiment, sans quelquefois s’en 1 rendre compte , le plus grand nombre, séduit par le mécauisme du dessin et par l’importance du coloris , ne considère l’art divin de la peinture que comme un métier ordinaire , pour lequel il ne faut qu’une espèce
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d’apprentissage assez court , et que l’ou peut exercer avec succès , dès qu’on sait crayonner hardiment quelques traits sans correction , et que l’on s’abandonne sans goût et sans réflexion à un certain libertinage de pinceau que l’habitude d’ailleurs fait acquérir assez vite et sans aucun frais d’imagination. De là ces fabriques de tableaux qui s’élèvent journellement sur les ruines de. l’atelier modeste du peintre, et ces productions ignobles de l’ignorance et de la médiocrité qui , prônées par l’intrigue et l’esprit de coterie, découragent le talent, lui font abandonner parfois des études longues et difficiles, sacrifier la véritable gloire à une réputation éphémère , et contribuent puissamment ainsi à la décadence et au discrédit actuel de notre école, naguère si flurissan'e.
Tous les objets du tableau étant forcément soumis à l’horizon , c’est la ligne d’horizon que l’on doit placer avant tout. Quand on dessine d’après nature, il faut s’assurer que l’horizon que l’on a choisi n’est ni trop haut ni trop bas; il est, en général, à hauteur convenable , quand aucune déformation désagréable ne se manifeste dans la perspeotive des objets dont le site se compose.
Un horizon très bas donne ordinairement l’idée d’un pays plat et peu accidenté , tandis qu’un horizon élevé indique une contrée montagneuse ; car il est naturel que le peintre reste debout ou assis sur le terrain même où il copie le site qu’il a devant les yeux .* ce n’est guère que. pour un panorama embrassant une immense éten-