‹ Nouveau manuel complet des sorcier ou La magie blanche dévoilée par les découvertes de la chimie, de la physique et de la mécanique par m. ComteChapitre 13 sur 173 · SUR LES MAGICIENS · texte numérisé non relu

SUR LES MAGICIENS

viable, ne fut pas un sacrifice à la crainte superstitieuse de la sorcellerie; ce fut un exemple cruel d'infâme politique, mêlée de jalousie et de haine nationale. C’est une telle héroïne, Ihonneur des guerriers français, à laquelle un Anglais même rend une si éclatante justice, que Voltaire a eu l'infamie non-seu- , iement de ridiculiser, mais encore de lui prêter des actions infâmes et même nauséabondes.

Environ deux siècles après, Urbain Grandier, curé et chanoine de Loudun, poursuivi par la haine de l’implacable Richelieu, puissamment secondé par le servile conseiller Laubardemont, fut déclaré, en i634, convaincu du crime de magie, et condamné à être brûlé vif. Personne maintenant ne doute que Richelieu ait jamais cru aux magiciens ni aux sorciers.

Si Richelieu cherchait à cacher, sous le prétexte banal du salut de l’Etat, l'odieux des actes sanguinaires qu’il exerçait contre les personnes puissantes, sous quel voile pouvait-il couvrir ses révoltantes persécutions, sa tyrannie contre des ^ particuliers obscurs et sans influence? Comment ses apologistes excuseront-ils sa vengeance, sa cruauté froidement calculée contre le curé de Loudun, Urbain Grandier? Ce prêtre avait eu avec Richelieu, pendant que celui-ci était évêque de Luçon, quelques discussions de préséance, qui, quoique légères, avaient profondément blessé l’amour-propre de ce jeune prélat. De plus, il l'accusait d'être l’auteur d'un pamphlet dirigé contre lui, intitulé : Lettres de la cordonnière de la Reine- Mère à M. de Barrndas.

Dès qu’il fut parvenu au suprême pouvoir, il s’occupa de sa vengeance : elle fut terrible.

Laubardemont, un des plus méprisables instruments de sa tyrannie, en fut chargé. Par suite d’une procédure longue et ridicule, si elle n’excitait pas la plus douloureuse indignation, Grandier, accusé d’avoir plusieurs diables à sa disposition, et, en sa qualité de magicien, de les avoir envoyés dans le corps de plusieurs religieuses du couvent des ursulines de Loudun, fut brûlé vif. A mon avis, ce seul crime, qui en comprenait plusieurs autres, suffit pour mériter à la mémoire de Richelieu l’exécration de la postérité.

Le commencement du xvu* siècle vit aussi un grand nombre de condamnations de sorciers, entre autres celle du prêtre Gaufridi, qui fut brûlé en avril-ifii i par arrêté du parlement fie Provence, et le supplice de 1g maréchale d’Ancre, qui fut

Page 1