JURISPRUDENCE FRANÇAISE SUR LES MAGICIENS
également brûlée le 8 juillet 1617, mais qui, eu raison de sa noblesse, jouit du privilège d’avoir auparavant la tête trait* chée. Les bornes ni le plan de cet ouvrage ne uons permettent point d'énumérer tous les arrêts rendus contre les sorciers ) nous n’hésitons point de les qualiüer d’assassiuats juridiques. La cause productrice de ces prétendus crimes était l’igno-» rance, la superstition et les préjugés, empreints de la rouille des siècles, sous l’empire desquels vivaient les peuples. Qn a brûlé, dans ces malheureux temps, des milliers de sorciers et de possédés, et plus on en envoyait à la mort, plus on en trou* vait à juger. Ces châtiments étaient donc des cruautés inutiles ; c’était des mono mânes qu’il fallait plaindre et traiter méthodiquement Ce 11e sont point les supplices qui nous oui délivrés des magiciens, des sorciers, des enchanteurs, des de? vins, etc., puisque ces arrêts ne tendaient qu'à faire croire ou à attester leur existence. Maintenant nous nous demanderons si les juges étaient de bonne foi en condamnant à mort ces infortunés ? Nous sommes forcés de convenir, ou qu’ils étaient les plus ignorants et les plus superstitieux des hommes, ou bien les plus irréfléchis. Car, ainsi que le fait observer si judicieusement Apulée, ceux qui accusent les autres de magie n’y croient point eux-mêmes, parce que si un homme était convaincu qu’un autre est magicien, ou sorcier, il se garderait bien de l'irriter et de s'exposer à son ressentiment et à son pouvoir magique.
Depuis que les beaux jours de Galilée, de Newton, de Descartes, de Malebranche, de Bacou, ont préludé a.ux progrès immenses qu’ont faits les sciences physiques et tes lettres, une nouvelle marche a été imprimée à l’esprit humain. Le désir de savoir a pénétré dans toutes les classes de la société ; le siècle de Louis XIV, en illustrant la littérature, a vu s’ouvrir le champ de la philosophie, qui a été parcouru, sous le règne de Louis XV, et jusqq’à nos jours, par une foule d’hommes dont les ouvrages immortels ont puissamment contribué à renverser l'empire des préjugés, de la routine et de La superstition. Le siècle de la philosophie a donc puissamment contribué aux progrès des sciences, des arts, et, par suite, de la civilisation. Dès-lors l’esprit humain, se trouvant dépouillé de cette sorte de lèpre, nommée superstition et préjugés, s’est accoutumé à étudier la nature, à se rendre compte des phénomènes qu’elle présente ; les progrès de la physique expérimentale, de la chimie et de la mécanique, ayant démontré
gué les effets réputés magiques n’étaient que des produits naturels dus aux lois de ces sciences, le glaive de Thémis n'a plus trouvé à frapper de magiciens ni de sorciers; et, si de nos jours, quelques fourbes cherchent encore, parfois, à faire ainsi des dupes, les tribunaux, plus éclairés et plus philosophes qu’autrefois, ne voient eu ces charlatans que des escrocs qui abusent de la crédulité des autres pour les mettre à contribution, et qu’ils condamnent, avec juste raison, pour crime d’escroquerie. Voilà où nous ont conduits les lumières de la philosophie, si décriée par quelques hommes qui voudraient nous ramener au xv" siècle, et au bon temps où l’oa brûlait, pour son plaisir, les soi-disant sorciers.