‹ Nouveau manuel complet des sorcier ou La magie blanche dévoilée par les découvertes de la chimie, de la physique et de la mécanique par m. ComteChapitre 39 sur 173 · SORCIERS EMPREINTS DE SORCELLERIE · texte numérisé non relu

SORCIERS EMPREINTS DE SORCELLERIE

Puck en Suède se nomme Nissegodrcng ou Nisse le bon enfant ; il vit eu bonne intelligence avec Tomtegobbe ou le vieux des greniers, qui est un diable de la même classe. En Danemarck, les Pucks ont un rare talent comme musiciens ; il existe une danse nommée la Gigue du roi des Elfs. L’air seul produit le même effet que le cor d’Oberou; à peine la première note se fait entendre, vieux et jeunes sont forcés de sauter en mesure ; les labiés, les chaises, etc., commencent à se briser, et le musicien imprudent ne peut rompre le charme qu’en jouant la même danse au rebours, sans déplacer une seule note, ou bien en laissant approcher un danseur involontaire assez adroit pour passer derrière lui et couper toutes cordes de son violon par-dessus son épaule.

Des Sorciers empreints de celte Sorcellerie gui troubla toutes les tètes pendant quatre ou cinq siècles.

Depuis les immenses progrès des sciences, tout ce qui tient à la magie et à ses prestiges a disparu ou a été expliqué par les lois de ces mêmes sciences. Qui croirait cependant que dans ce siècle brillant de lumières où nous vivons , il existe un recueil périodique uniquement consacré à la magie, etc., rédigé par Conrad Horst, conseiller ecclésiastique du grand duc de Hesse, sous le titre de Zauber-Bibliolek, oder von Zattberei, theurgie and majitik. C’est cependant au xix® siècle qu'une telle œuvre paraît; ce qui prouve les profondes racines que la magie jeta dans quelques esprits. La Revue britanni* que en a donné, d’après le Foreingn Quaterly Heview, un article fort remarquable à ce sujet ; nous allons en offrir l’analyse.

Legrand Faust a fait un exposé très-lucide du gouvernement de l'enfer, dont M. Horst a donné un extrait curieux dans sa bibliothèque de magie. Ce gouvernement est despotique, mais il est exposé à des perturbations occasionelles produites par les esprits les plus influents, employés dans le pouvoir exécutif. Belzébuth, Astarolh, et d’autres membres du ministère qui ont des droits incontestables à la préséance, sont continuellement coutrariés et entravés par Méphistophelès, Aziel, Marbuel et autres esprits du second ordre qui introduisent toujours leur griffe là où ils n’ont que faire. Suivant Reginald Scolt , l’armée est permanente, et le duc d’Amazeroth a soixante légions sous ses ordres. Les staticiens de l’enfer ne disent rien de sa marine. Ce silence, de sinistre augure, au* nonce que l’eau doit y être bien rare, s’il y en a,

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L’opinion de la plupart de ceux qui ont écrit sur l’enfer est peu favorable à la figure et à la conduite de Lucifer , le monarque régnant. Le vulgaire croit que c’est Satan qui règne, c’est une erreur; Satan n’est qu'un esprit du troisième ordre, comme on peut le voir dans la liste du conseil privé infernal qu’a donnée Faust dans son baack raven. Lucifer a tous les vices, excepté celui de la boisson. Ses plaisanteries ont, en général, quelque chose de bas et de commun, et dans la plupart de ses actes, il y a un manque absolu de dignité. Il est certain, d’après le procès des sorcières de Mocra, en 1672, qu’un de ses tours ordinaires est de retirer les balais sur lesquels les sorcières vont à cheval, et de leur en donner sur les épaules. C'est un fripon îles plus consommés, sans nul talent, ayant un goût passionné pour les mascarades, aimant beaucoup les excursions nocturnes, pendant lesquelles, suivant les sorciers suédois, il porte un habit gris, des bas bleus, une culotte ronge avec des nœuds de rubans. Il est quelquefois si stupide qu’il se laisse tromper par les mortels qu’il voulait tromper lui-même. Témoins saint Dunstan, Nostradamus, saint Loup qui l’enferma toute nne nuit dans une cruche d’eau froide; saint Antoine qui lui cracha au visage; l’affaire de sainte Lydvina, dans laquelle le diable plaida en personne, et toute la cour lui rit au nez. Tel est le grotesque aspect de Lucifer, de la légende de sa cour, etc.

Satan, avons-nous dit, est nn diable de troisième ordre. Le caractère burlesque attribué à tous ses exploits et à ceux de ses satellites se concilie très-bien avec ce qu’on pouvait iraagiuer d’une classe d'êtres dont les actes ne devaient ressembler ni h ceux des hommes ni à ceux des auges. Le satan des moines n’a aucun genre de dignité ; son âme et son corps sont égalemeut empreints de bassesse. .Ses tours de siDge et ses gambades de satyre sont conformes à l’idée d’un être dont le pouvoir est limité et la malice sans bornes; grinçant les dents quand il ne peut mal faire, et tournant eu ridicule les rites vénérables et sacrés, auxquels il est forcé de se soumettre. Il sertnoune son troupeau infernal, parodie l'institution du sacrement; exerce sa malice jusque sur ses propres adhérents, plonge ses victimes trompées dans la misère, se rit de leur crédulité; il tourmente et persécute les bons, et ne bat en retraite que lorsqu’on lui résiste avec courage et qu’on lui oppose le saint nom de Dieu et la protection du ciel.

ASSASSINATS JURIDIQUES COMMIS SUR LES SORCIERS, 8g

Assassinats juridiques commis sur une immense quantité de prétendus sorciers ou magiciens.

La croyance à la magie était une conséquence naturelle des idées du bon vieux temps; les persécutions et les lois pénales ont contribué beaucoup à étendre la sphère et la durée de la magie, ce qui prouve qu’une opinion, quelque absurde et quelque révoltante quelle soit, trouve des martyrs sitôt qu’on la persécute. N’avons- nous pas vu en France le diacre Paris et les convulsionnaires; vers le milieu du xix® siècle, n’avons-nous pas vu encore des hommes de beaucoup d’esprit et de talent s’enrôler sous les bannières des pères Bazard et Enfantin ; l’échafaud eût propagé cette secte, le ridicule seul l'a éteinte.

Cette croyance de la magie existait dans les premiers âges du christianisme; 011 s’en était servi pour intimider les faibles et pour faire trembler les rois même jusque sur leur trône. La société n’en avait pas encore été ébranlée ; ce 11e fut qu’a* près, en 1 4-34» H116 'a bulle d'innocent VIII ouvrit un vaste champ à la hache des bourreaux. Nous allons tracer une esquisse de ces meurtres juridiques. Innocent n'eut pas plus tôt remis son terrible et odieux mandat entre les mains de Sprengel et de ses frères, et établi pour ces prétendus crimes une forme régulière de procédure que l’on trouve consignée dans le maliens maleficorum, la bulle de persécution des sorciers d’innocent fut fortifiée par celles de l’impudique Alexandre VI, de Léon X, en IÔ2I, et Adrien II, en i5aa. Elles ne produisirent qu'un effet contraire ; le nombre des sorciers ne fit que s’accroître. La population était, pour ainsi dire, divisée en sorciers et ensorcelés. Del Rio assure qu’en 1 5 1 5, à Genève, 5oo sorciers furent exécutés; suivant Bar thélemi de Spina, on en fit périr un millier dans le diocèse de Cônae, et, les années suivantes, on en brûlait, terme moyen, une centaine. Remigicus se vante d’en avoir fait brûler 900 en Lorraine, de t58o à 1695. En France, le nombre de ces exécutions, vers i5io, est incroyable. Trois Echelles, sorcier qui vivait sous Charles IX, donna à ce prince les noms de 1200 de ses complices ; l'auteur du journal de Henri III en porte le nombre à 3, 000, et Bodin à 3o,ooo. Dans l’Allemagne, qui était plus spécialement désignée dans la bulle d’innocent, la sorcellerie s’étendit prodigieusement. Bamberg, Paderbon, Trêves et Wurtsbourg furentj pendant i5o ans, les contrées

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