ASSASSINATS JURIDIQUES
où elle fit le plus de mal. Hauber a dressé la liste des exécutions de sorciers qui eurent lieu de 1627 à 1629 à Wurtzbourg. Pendant deux mois et demi, plus de i5y individus furent brûlés. Cette liste contient le nom d’enfants de g, de io, de 1 1 et de 12 ans, de i4 vicaires de la cathédrale, du sénateur Slolzenl/urij , etc. Ce fut pire encore dans le Linden : de 1660 à 1664, on init à mort, dans ce petit district, qui ne compte pas plus de 600 habitants, 3o personnes, ou le vingtième de la population. En prenant 157 comme la moyenne des exécutions faites à Wurtzbourg, et ce chiffre est au-dessous de la vérité, on a, pour le cours du siècle qui a précédé 1628, ï 5,700 suppliciés pour le crime de magie. Ces horribles procédures redoublèrent jusqu’en i649» et avec moins d'ardeur jusqu’en 1G60, de sorte qu’on peut estimer à 100,000 le nombre de prévenus de sorcellerie mis à mort en Allemagne depuis la bulle d'innocent X, jusqu’à la cessation de ces meurtres juridiques : l’effet naturel de la persistance avec laquelle on entretenait le peuple de satan et de ses actes, fut de faire croire à des milliers d’esprits faibles ou dépravés, qu’ils avaient réellement des relations avec le diable. Dans beaucoup de cas cependant, surtout pendant le commencement du xvue siècle, les aveux qui déterminaient la conviction des juges étaient le plus souvent arrachés par la torture, et rétrac* tés ensuite jusqu’à ce que les chevalets les leur eussent fait confirmer. Souvent aussi, on ne se contentait pas de mettre l’accusé à la torture, ses parents et ses amis y étaient également soumis. Il faut avouer cependant que, dans beaucoup de cas, les confessions étaient sincères. Il n’est pas étounant que des imaginations ardentes et- mélancoliques, dans un temps où les phénomènes naturels n’étaient point expliqués parles lois qui régissent les sciences naturelles, on les expliquât par l’effet d’un pouvoir malfaisant, et l’on se croyait en communication avec les puissances de l’enfer. Toutefois, il s’eu fallait bien que les crimes ou les faiblesses dont s’accusaient ceux qui se croyaient ensorcelés, fussent tous imaginaires; nul doute que des hommes pervers n’aient souveut abusé de leur crédulité pour les exploiter à leur profit.
Les affections nerveuses ont joué un grand rôle dans le procès des filles de Loudun, chez 70 orphelines d’une maison d’Amsterdam, chez les malheureuses victimes, en 1669, de la •Nouvelle-Angleterre. En effet, l’action mystérieuse du système nerveux, sur des esprits faibles, suffirait pour expliquer les