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phénomènes les plus singuliers que nous offre l’histoire des exorcisés. Aussi, le poids de la confession finit par devenir léger dans la balance de la justice, et le jury déclara un des accusés non coupable, malgré l’aveu le plus formel qu’il avait fait.
Tant que cette boucherie porta sur le bas peuple, on n’y fit nulle attention, le sang continua d’inonder l’Europe; mais dès qu’elle commença à atteindre les grands, et que les esprits commencèrent à secouer les langes de l’ignorance et de la superstition, l’on soupçonua dès-lors toute l’absurdité de la magie. La réforme sembla confirmer cette aberration de l’esprit humain ; car, à cette époque, le mal avait été si loin, que le moindre village avait ses espions, ses délateurs, dont le métier était de découvrir le plus léger signe d'un pacte diabolique; au moindre soupçon arrivait la troupe infernale des inquisiteurs, des juges, des bourreaux. Souvent, à l’instar de Richelieu, pour se défaire d’un ennemi, il suffisait de l’accuser. Les procès d ’Edelin, d'Urbain Grandier, du Maréchal <f Ancre, en France, du docteur Flaet, de Sidonic Wunvork, en Allemagne, de Pierre Albano, en Italie, attestent que les accusateurs ne croyaient pas au crime qu'ils imputaient «à leurs victimes. Ajoutons à cela que ces procédures enrichissaient les officiers de justice et mettaient les bourreaux au rang des grands personnages. On le voyait, dit Lindon, parader sur un superbe coursier, revêtn d’habits chamarrés d’or et d’argent, tandis que sa femme éclipsait par son luxe l’élite de la noblesse ! O lempora, ô mores !
Il n’en fut pas de même quand ce fléau, comme nous venons de le dire, atteignit la noblesse, les professeurs, les magistrats, le clergé même ; leur intérêt, d’accord avec leur raison, conspira contre un fanatisme insolent et meurtrier.
La publication du cautio criminalis, en 1 63 1, porta en Allemagne une atteinte fatale et décisive au système des inquisiteurs. il parut en même temps plusieurs ouvrages philosophiques sur cette matière, qui firent une telle impression sur l'esprit de Philippe de Schonnbrnnn, évêque de Wurtzbourg, que, dès qu’il fut nommé archevêque et électeur de Mayence, il les abolit dans son électorat. Le duc de Brunswich et quelques autres princes Allemands suivirent ce philantropique exemple. Bientôt après, les ténèbres qni couvraient la Suède, le Dartemarck, etc, commencèrent à se dissiper; en 1 654, Frédéric Guillaume réforma une partie de ces abus. En 1701,
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Thomatius soutint à l’université de Halle sa fameuse thèse sur le crime de magie. Cet ouvrage qui, 5o ans plus tôt, lui eût valu la couronne du martyre, fut généralement applaudi comme un écho de la raison et de la conscience publique. Néanmoins, ses arguments, en amortissant le feu de la persécution, ne parvinrent pas à l’éteindre. En 1739, à Sigedin, eu Hongrie, il se ranima, i3 personnes y furent brûlées, et leur procès fut accompagné d'atrocités dignes des temps les plus barbares. A l’exception du canton catholique de Glaris,* où une prétendue sorcière fut brûlée en 1786, la Suisse n’a cessé, depuis près de deux siècles, d’être le théâtre de ces crimes juridiques. La dernière eut lieu à Geneve, en i652. En France, l’édit rendu en 1682 par Louis XIV semble prouver que le législateur ne croyait plus à la sorcellerie; il ne punit en effet que la prétention à l’exercice de pouvoirs surnaturels, malgré même les remontrances du parlement de Normandie, qui regardait ces procédures comme un principe de religion et une partie de la jurisprudence du royaume.
Personne n’ignore tout le mal que cette lèpre a fait en Espagne ; l’inquisition a été pour elle un fléau plus redoutable que la peste et que la guerre ; sa dépopulation en est une des suites fatales. II n’est pas vrai de dire, avec le docteur Francis Huskesson, que l’Angleterre est de tous les Etats celui où la superstition a allumé le plus tard et éteint le plus tôt ses bûchers. Nous en trouverions une preuve contraire dans le fameux procès de Boliugbroze et de Marguerite Jourdain, dont Shakespeare a retracé les sortilèges dans sa trilogie d'Henri FI, dans les statuts de Henri FIII, d'Elisabeth, de Jacques Jer, etc. Nous en trouverions encore d’autres preuves dans les exploits d’Hopkins contre les malheureux habitants du Lienolusbire, dont Ludibras a retracé les crimes imaginaires. 3,ooo victimes furent seulement immolées sous le règne du long parlement. Malgré une foule d’exemples d’uDe stupide atrocité, inistriss llicks et sa fille, âgée de 9 ans, furent pendues à Huntigdon en 1716. Leur crime était d’avoir vendu leur âme au démon et d’avoir attiré l’orage en ôtant leurs bas pour les savonner. Cet assassinat clôt la liste de ceux dont l’accusation de sortilège souilla l’Angleterre; ce ne fut cependant qu’en 1 766 que ce crime imaginaire disparut de sa législation pénale. Barrington, dans ses observations sur le ao* statut de Henri VI, porte ù 3o,ooo le nombre de victimes de ces atroces accusations.
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Il n’est peut-être pas de pays où la superstition n’ait été plus stupide et plus sanguinaire qu’en Ecosse. Là, les phénomènes de la nature se produisaient aux yeux du peuple comme des révélations célestes. Paraissait-il un météore lumineux, une aurore boréale ? c’était des chevaliers combattant dans les airs; des flambeaux funèbres brillant au haut des montagnes; des squelettes venant de danser à des noces royales , des spectres échappés au champ de bataille de Flodden, marquant d’une croix sanglante le nom des héros qui avaient succombé. Plus tard, les incubes et les succubes se montrèrent partout avec une assurance qui commandait la crédulité, et des voix formidables, dominant l’éclat du tonnerre, appelèrent des prêtres pervers au tribunal de Dieu. Sous le règne de Jacques VI, la magie devint l’instrument habituel de la calomnie. Ce prince, aussi superstitieux et aussi crédule, était présent, chaque jour, à l'examen des accusés , et manifestait sou étonnement à chaque trait horrible ou grotesque de leur confession. Sa monomanie superstitieuse fut de guerroyer contre Satan et ses agents terrestres; son règne est, par suite , rempli d’aveutures aussi extraordinaires qu’extravagantes. Sous Charles Ier, de iCa5 à i64o, les annales judiciaires d’Ecosse ne signalent que huit procès de magie dont un suivi d’acquittement. La stupidité était alors telle que dans le procès d’Young, accusé d’avoir, par des procédés magiques, fait arrêter les rouages d'un moulin, son avocat soutint eu vain qu’il ne fallait attribuer cet accident qu’à des causes naturelles. Le règne des Puritains épaissit en Ecosse les ténèbres de la superstition : en iG4o, l'assemblée générale ordonna à tout ministre de leur secte de tenir note des sorciers de sa paroisse, et de les traduire sans pitié devant la suprême judicature. Ces injonctions furent renouvelées en i643, i644» •64-‘» et 1649. Un an après l’exécution de Charles Ier, le parlement fut plus loin, il soumit aux mêmes peines que les sorciers ceux qui les avaient consultés. Les cours de justice et le conseil privé, pour se débarrasser de ces procès, les confièrent aux seigneurs et aux ministres des cultes, qui, avec un soin cruel, se livraient à leur recherche, les jugeaient et les faisaient exécuter. Les prêtres mirent à ces poursuites le zèle le plus ardent. C’est devant eux qu’étaient traduites d’abord les victimes vouées à la mort par le fanatisme. Dans l’application de la question, ils rem*
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plissaient souvent l’office de piqueurs. La violence de ce délire populaire commença à s’amortir vers 1661 ; cependant, la tragique histoire de la sorcellerie ne finit en Ecosse qu’eu 1735. Néanmoins l’empire du fanatisme ne fut pas tout-à-faic détruit dans la Grande-Bretagne; il y exerça au contraire une très-grande influence sur des imaginations naturellement sombres et rêveuses.
Nous sommes cependant forcés de convenir qu’il y a eu diverses exécutions justes : celles du crime d’empoisonnement qui était confondu avec celui de magie, à cause de la promptitude de la mort. La toxicologie était alors si arriérée, qu’on n’avait aucun indice certain pour reconnaître un empoisonnement. Or, toute mort ainsi produite leur paraissait un effet de la magie. L’arsenic, nommé alors poudre de succession, était pour eux une invention diabolique, que les sorciers seuls savaient reproduire. Les progrès de lumière nous ont tellement éclairés sur les ravages produits par cet oxyde métallique, que maintenant la manière de constater les empoisonnements par cette substance sont l’ABC du chimiste. Pauvre Urfila! si tu eusses vécu dans ce bon vieux temps, on t’eût fait l’hooneur de te brûler en place publique comme un des plus fameux disciples de Lucifer.
Les sorciers, pour leurs opérations magiques, dépendaient les cadavres attachés aux fourches patibulaires de Montfaucon, et parvenaient à se procurer des enfants morts-nés, etc. Le 10 février i4o4, Ie prévôt de Paris vint déclarer à la cour du parlement, que des personnes avaient dépouillé certaines fourches patibulaires ou gibets des environs de Paris, des charognes de ceux qui y avaient été exécutés; et si avaient tant fait par certains moyens de femmes ou autres, qu’ils avaient eu certains enfants morts-nés, et estait grande et vraisemblable présomption qu’ils ne fussent crimineux et sorciers. Le parlement, en présence de l’évêque de Paris, ordonna au prévôt de procéder aux informations. (Duluurc.)
Religion dite Vaudoisc.
Eu t4î>9> suivant Monstrelet, il s’éleva dans la ville d’Arras, ainsi que dans le comté d’Artois, une opinion appelée, on 11e sait trop pourquoi, la religion vaudoise. Cette secte se composait, dit-on, des personnes des deux sexes, qui, la nuit, et par le pouvoir de Satan, se réunissaient dans quelque lieu solitaire, au sein des bois ou des déserts j là, le diable se mon*