‹ Nouveau manuel complet des sorcier ou La magie blanche dévoilée par les découvertes de la chimie, de la physique et de la mécanique par m. ComteChapitre 44 sur 173 · MARTHE BROSSIER · texte numérisé non relu

MARTHE BROSSIER

royal. C’était se déclarer en révolte contre l'autorité souveraine.

Les capucins signataires de cette déclaration, menacés de peines sévères, comparurent, le 4 mai, au parlement. Là, vertement réprimandés, ils entendirent prononcer un arrêt qui leur interdisait , pendant six mois, la faculté de prêcher. La déclaration qu’ils avaient souscrite fut déchirée devant eux, et l’arrêt prononcé fut lu de nouveau dans leur couvent, eu présence de tous les capucins assemblés.

La commission, composée de médecins, chargée de faire un rapport sur l’état de Marthe Brossier, après un examen de quarante jours, fit ce rapport duquel il résulterait quelle u’avait reconnu en cette fille aucun signe de possession, et que tout ce qui paraissait extraordinaire en elle était naturel. D’après ce rapport, le parlement, le ad juin 1599, ordonna à Nicolas Bapin, lieutenant de robe courte, de conduire ladite Marthe Brossier, Silvine et Marie, ses sœurs, et Jacques Brossier, leur père, à Romorantin, lieu de leur domicile, pour y demeurer sous la garde de sondit père, avec défense de la laisser sortir dudit lieu sans la permission du juge auquel il fut aussi •ordonné d’y tenir la main et d’en donner-avis tous les quinze jours à la cour.

Dans un pays où les lois seraient également respectées par toutes les classes de la société, l'affaire se serait terminée à l’exécution de cet arrêt; mais, en France, où se trouvaient deux classes depuis longtemps impatientes du joug des lois, toujours disposées à les enfreindre, et à s’élever au-dessus d’elles, il en arriva autrement; et l’on vit des membres supérieurs du clergé braver le roi, son parlement et ses arrêts.

François de la Roche foucault, évêque de Clermont, depuis cardinal, de concert avec son frère Alexandre delà Rochefoueault, abbé de Saint-Martin de Randan, forma le projet de tirer Marthe Brossier du lieu où elle était consignée. L’abbé de Saint-Martin se chargea de cette expédition; d vint à Romorantin, et, malgré le juge du lieu, il en retira cette fille, ses sœurs et son père, les conduisit en Auvergne, les logea à Clermont, dans la maison épiscopale, et leur fit jouer dans cette province, ainsi que dans tous les lieux de leur passage, leurs farces dégoûtantes.

Le parlement, averti par le juge de Romorantin de la conduite des deux frères La Rochefoucault et de l’enlèvement de Marthe Brossier, les fit ajourner personnellement par arrêt du

1 16 MIKTHE B ROSS IEB.

3 décembre 1 £99 \ ils n’obéirent pas. Ils furent de nodreact ajournés par arrêt da 19 février 1600 ; l'évêque alors fit mie répense à ce dernier ajournement, dont on ne connaît pas la teneur, niais elle contenait évidemment un refus d’obéir, puisque, le 19 avril suivant, le parlement le condamna, lui et Son frère, à faire reconduire à leurs frais Marthe Brossier et sà famille dans la ville de Romorantin; ordonna que tous les biens temporels et les revenus de 1 evéque seraient saisis, et envoya des commissaires pour mettre la saisie à exécution.

Après cet arrêt, les deux frères La Rochefoucaulc persistèrent dans leur rébellion. L’abbé de Saint-Martin, au lieu de ramener Marthe Brossier dans son pays, prit la résolution de la Conduire à Rome ; il arriva avec le père Brossier, ses filles et le prétendu diable de Marthe, dans la ville d’Avignon, où cette fille étala toute l’étendue de ses talents en diablerie.

Le parlement, informé de cette nouvelle contravention, rendit on! nouvel arrêt, le 3 mai 1600, portant qu’ Alexandre de La Roche foucault, abbé ou prieur de Saint-Martin de Randan, serait pris au corps.

Henri IV se trouvait sans pouvoir contre les intrigues de quelques prêtres rebelles, qui méprisaient, éludaient les décrets de sou parlement, menaçaient de répandre Je trouble &ms ses états, et d’ameuter coutre lui le parti encore puissant des jésuites réfugiés à Rome. Il fut obligé, pour arrêter ce mal, de recourir aux négociations diplomatiques. Il dépêcha des courriers auprès du sieur de Sillery, son ambassadeur à Rome, et auprès du cardinal d’Ossat. Ces deux diplomates mirent en jeu toutes les ressources de leur génie auprès da pape, et même auprès des jésuites réfugiés, pour détourner fe coup qu’allaient porter contre son autorité l’abbé de Saint- Martin et les jongleries de Marthe Brossier. On peut voir, daus l’historien de Thon et dans les lettres du cardinal d'Ossat, les détails de cette longue et pénible négociation.

L’abbé de Saint-Martin, se voyant prévenu et abandonné par le pape et les jésuites, renonça enfin à ses ridicules et dangereux projets, fit des excuses au cardinal d’Ossat, écrivit â Henri IV pour lui demander le pardon de sa faute et de celle de son frère l’évêque de Clermont; et peu de temps après, se voyant l’objet du mépris et de la raillerie de la cour de Rome, il mourut de chagrin. Son frère l’évêque n’en mourut pas et devint eardinal. « Le pauvre cardinal de La Rochefoacault, dit an écrivain du tempe, qui, lisant toit bré«

viairs dans le* rues, fait arrêter son carrosse quand il vient* aux oremus, croyant que Dieu ne peut entendre sa prière à cause du bruit! »

Marthe Brossier et sa famille furent réduits à vivre d'aumônes. Henri IV voulut que les lettres du cardinal d’Ossat, qui contenaient les détails et les succès de sa négociation, fussent lues avec solennité à la cour du parlement, et rendues publiques, afin d’effacer les fâcheuses impressions que cette diablerie avait faites sur l’esprit du peuple.

Voyez ce que ditM. de Thou, de Marthe Brossier, l’an iSgi}, et le cardinal d’Ossat en ses lettres : il a été écrit jadis un traité sur cette femme par un médecin de Paris. A Rome, il parut également des déraonomanes, que le pape P*ui IV fit rudement fouetter, et tout en finit là.

Des exorcismes.

En voici un exemple curieux qui eut lieu à Lyon. C’était au commencement du xvi® siècle : les religieuses de l’abbaye de Saint-Pierre vivaient dans une grande dépravation de mœurs, et causaient un scandale si grand, que le haut clergé fut obligé de les chasser de l’abbaye. Lorsqu’elles eurent connaissance de leur prochaine expulsion, elles s’emparèrent de tout ce qui avait quelque valeur. Des croix enrichies de pierreries, des reliquaires d’or et un grand nombre d’ornements précieux furent enlevés et vendus par elles. Parmi celles qui, au sortir du couvent, menèrent la vie la plus dissolue, fut sœur Alix de Tisieux, secrétaire de l’abbaye. Douée d’une grande beauté, elle donna daûs tous les excès. Mais ses débauches ne tardèrent pas à porter leurs fruits : accablée de souffrances et de misère, elle mourut quelque temps après dans un village aux environs de Lyon, où elle fut inhumée.

Cependant, l'abba^e avait été soumise à de nouveaux règlements, et quelques-unes des religieuses qui en faisaient partie avant la réforme, y avaient été maintenues. De ce nombre était Antoinette de Groslée, d’une famille noble du Dauphiné. Remarquable par sa beauté, elle comptait à peine dixhuit ans , et jouissait parmi ses compagnes d’une certaine réputation de sagesse. Elle avait connu sœur Alix, et l’on prétend même que cette dernière parlait souvent d’elle pendant la maladie dont elle mourut.

Or, il arriva qu’une nuit, à cette heure où l’on ne dort pas profondément, mais où nos sens cèdent délicieusement au

ir& DES EXOTICISMES.

sommeil, Antoinette, couchée dans son lit, non point trop dnrement, sentit quelque chose entrouvrir ses rideaux, qui surla bouche la baisait; réveillée par ce larcin, la jeune fille chercha à savoir qui pouvait eu être'l’auteur, mais n’aperce» vant rien autour d’elle, elle s’endormit de nouveau. Antoinettenfe parla point de cette première apparition ; elle commençait même à la regarder comme l'effet d’un songe ou d’une illusion, lorsqu’au bout de quelques jours elle entendit du bruit autour d’elle, et sentit frapper de petits coups sous ses pieds. Ce bruit qui semblait sortir de dessous terre, et qui dès-lors se renouvela fréquemment, ne tarda pas à effrayer la jeune sœur, qui s’empressa de tout conter à l’abbesse. Celle-ci la rassura autant qu’il fut en son pouvoir, et voulant connaître par elle-même cette étrange apparition, elle somma aussitôt l’être surnaturel de manifester sa présence devant elle. A l'iustant même on entendit frapper sous les pieds d’Antoinette un nombre de coups égal à celui qu'on avait demandé, ce qui ne permit plus de douter qu’un esprit fût venu habiter le couvent des dames de Saint-Pierre. Le bruit qui en courut â la ville fut grand. Beaucoup de personnes accoururent dans l'espoir d’être témoins de quelque apparition ; mais aucune ne put satisfaire sa curiosité, car on ne permettait poiut l’entrée du monastère. *

Comme cet esprit ne faisait; aucun mal , les religieuses commençaient à ne plus en avoir grao’de frayeur; elles se seraient même sans doute familiarisées tout-à-fait avec lui, s’il n’eût été indispensable de savoir positivement à qui l’on avait affaire. On interrogea donc Antoinette de Groslée sur ce qu’elle pensait que ce pouvait être. Celle-ci répondit ï qu’ayant rêvé souvent de sœur Alix de Tisieux, elle ne pouvait penser autre chose, sinon que c’était l’âme de cette sœur qui se manifestait ainsi à elle. Alors on conjura l’esprit de dissiper les doutes qu’on avait à cet égard, et l’esprit parla-; il dit qu’il était réellement celui de sœur Alix de Tisieux. Ausr sitôt l’abbesse fit assembler son conseil , lequel délibéra que le corps de cette sœur serait exhumé du lieu où il reposait, pour être transporté dans une des chapelles de l’abbaye. Cette translation fut faite avec une grande pompe, et l’esprit témoigna la joie qu’il en éprouvait en heurtant plus fort qu’à l’ordinaire sous les pieds de la jeune et jolie possédée. La cérémonie terminée, on pensa d’une part qu’il était urgent de délivrer, s’il était possible, l’âme de cette pauvre sœur des

DES EXORCISMES. X I g

peines du purgatoire, et, de l’autre, de s’assurer que le -diable, car le diable est bien rusé, n’avait pas employé ce subterfuge -pour lutiner ces bonnes religieuses.

Or, ce fut le vendredi, 22 février iî>a6, que Bartbélemi Portalenqui, cvêque suffragant de Lyon , sous François de liohan, archevêque, accompagné de l'officia! et de plusieurs ' prêtres, se transporta à l’abbaye de Saint-Pierre pour découvrir s’il s’agissait réellement de l’âme de la défunte ou de quelque mauvais esprit. Lorsqu’on eut tout préparé pour les exorcismes, conjurations et adjurations; que les assistants eurent juré, sous peine d'excommunication, de ne rien révéler de ce qu’ils verraient ou de ce qu'ils entendraient, et que l'évêque se fut confessé, l’abbesse qui attendait le cortège à l’entrée du cloître, l'introduisit au chapitre où monseigneur prit place sur un siège d’honneur; les assistants, l’abbesse et ses religieuses vinrent ensuite, chacun selon son rang et son ancienneté. Lorsque tout fut disposé convenablement, l’évêque se leva et aspergea l’enceinte avec de l’eau nouvellement bénite, en invoquant l’aide divine ; au même instant, l’abbesse, accompagnée d’une des plus anciennes religieuse, amena devant lui la possédée, qui s’agenouilla sur uu large marche-pied placé de telle manière qu’on pourrait facilement entendre le bruit que l’esprit ferait. L’évêque lui demanda d’abord comment, elle se portait : Fort bien. Dieu merci ! répondit-elle. Il lui parla ensuite de l’esprit, qui témoigna de sa présence en heurtant sous les genoux de la nonne. Alors il lûibtau front le signe de la croix, étendit les mains sur sa < tête, la béait, et parla aux assistants de la manière suivante :

« Mes chers Seigneurs' et' frères,

*! Il est tout notoire que l’ange des- ténèbres se transmue souvent en ange de lumière, et par aucun subtil moyen -déçoit et surprend les simples; et de peur^.par aventure, qu’il aurait occupé le lieu de ces femmes religieuses, nous, premièrement,-voulons le dédarguer et le jeter dehors, s’il y est, et pourvu du glaive spirituel, convient sa cruelle heure destrap- -oher, afin qu’il nous empêche et en aucune chose trouble notre intention. ».

Après-avoir ainsi parlé, le, révérend évêque s’adressa directeiuent-à l’esprit, et lui tint leJajugage que vous, allez entendre :

« Viens dûrté en avant , ténébreux esprit, s’il est vrai que tu aies pris place parmi ces femmes simples et religieuses; entends ma voix, prince de inenterie, être vieilli dans la réprobation, destructeur de la vérité, inveuteur d’iniquités; «coûte quelle sentence nous allons prononcer contre tes fraudes. Tu rougis contre nous, obligé que tu es de sortir d’ici et ■de nous abandonner le séjour du paradis; tu t'efforces à nous tromper, mais nous sommes en garde contre tes trahisons. 'C’est pourquoi nous garnissons ces lieux du signe de la croix ■contre lequel ta malignité échoue. Nous donc, par l’autorité <que Dieu nous transmet, soit que tu aies ourdi quelques maléfices, soit que tu te moques en ces lieux des servantes de Jésus-Christ, ou que tu aies abusé de quelques-unes d’entre «Iles, t’ordonnons de sortir immédiatement d’ici Je t’adjure de par celui qui viendra juger les vivants et les morts, et le siècle par le feu. »

Lorsque l’évéque eut ainsi conjuré le mauvais esprit, on attendit avec impatience la réponse qu’il allait faire; mais ce ■fut en vain, car il ne répondit pas. Monseigneur alors s’arma de nouveau contre lui et l'excommunia en ces termes :

« Maudit esprit ! reconnais que tu es un des anges qui furent ^adis précipités de la montagne de Dieu dans les gouffres infernaux. Qu’après avoir perdu ta sagesse, tu n’as trouvé pour la remplacer que le mensonge et l’hypocrisie. Que s'il eu est ainsi, quelle que soit ta hiérarchie tartarienne, et le plaisir «que tu prends à tromper ces dévotes religieuses, nous invoquons le Père, nous supplions le Fils, nous réclamons l’assistance du Saint-Esprit, pour que de sa puissante droite il t'empêche de suivre les pas de notre sœur Antoinette. Nous t’anathéinatisons , ô antique serpent! en t'interdisant ces lieux et la possession de celles qui l’habitent. Nous te maudissons au nom de Jésus-Christ, afin que tu retournes promptement an séjour des damnés ronger le frein de ton orgueil, et que tu y demeures désormais enchaîné, abjuré, coDjuré, excommunié, condamné, anathématisé,. interdit et exterminé -par le Dieu notre Seigneur qui viendra juger par le feu les vivants et les morts. *

Alors, en signe de malédiction, l’on éteignit tontes les lainières, on sonna les cloches, et l’évéque frappa plusieurs fois la terre du talon en sommant le diable de se retirer. H prit ^ensuite de l’eau bénite et en jeta en l’air, sur la terre et sur Jçs assistants, en criant à plusieurs reprises( discedùe omney

qui operamini iniquitalem ! (fuyez vous tous qui engendrez l'iniquité); puis il envoya trois prêtres faire la même cérémonie dans tous les lieux de 1’abbaye, en leur recommandant de ne point avoir peur. Cette recommandation n’était pas inutile; car, à peine furent-ils entrés dans le dortoir des religieus -s avec leur eau bénite , aspergeant et criant : Disccdite omnes qui operamini iniquitatem , qu’une multitude de diables sortit du dortoir en fuyant et vint se précipiter sur une religieuse encore novice, que ses parents avaient, contre son gré, renfermée dans le couvent. Cet incident jeta la panique dans l’assemblée ; on se regardait avec épouvante, et tous se disposaient à suivre le premier qui s’enfuirait. Les religieuses pâles et tremblantes se serraient l’une contre l’autre comme des brebis, an milieu desquelles un loup s’est tout à coup jeté. La consternation était générale, et l’on ne savait plus à quel saint se vouer, lorsque l’abbesse s’empara 'vaillamment de la novice et la tint jusqu’à l’arrivée des trois yrêtres. Pendant ce temps, la jeune fille implorait les secours de la vierge, et se défendait autant qu’il était en son pouvoir contre le mauvais esprit qui ne la possédait pas encore entièrement. Enfin, après l’avoir liée, non sans peine, avec des étoles, on chargea les trois prêtres de la tenir pendant qu’ou achevait l’exorcisme de sœur Antoinette, que cette circonstance avait interrompu. La chronique ne dit pas ce que devint cette viclirnç de la cruauté de ses parents.

Lorsqu'on eut purifié par l’eau béuite, ainsi que nous venpns de le voir, jusqu’au plus petit réduit du couvent, l évéque célébra une messe pendant laquelle Antoinette fit offrande d’un pain Liane et d'un pot de vin. Le révéreud adressa ensuite aux assistants la harangue suivante :

1 « Mes Seigneurs et bons amis,

» Nous, en votre présence, avons-je commencé grandement à procéder à nostre affaire : car premièrement nous avons conjuré le mauvais esprit, jeté et excommunié, si d’aventure il y eust été, suivant celte jeune religieuse. Par quoi nous connaissons quasi lucidement que ce que c’est, n’est que de la part de Dieu : non pourtant veux-je sçavoir plus avant eu interrogeant ladite âme ou esprit; à cette fin que par lui-méine connaistrons la vérité ; nous par nostre bou conseil y puissions parvenir plus amplement. »

L’évèque ayant parlé aiusi, ou fit asseoir sœur Antoinette

Sorciers. 1 1

lia des exorcismes*

sur nne chaise placée sur. le marche-pied, et 1’interrogatoiro eut lieu, comme il suit, par demandes et par réponses.

Demande : Dis-moy, esprit, si tu es véritablement l’âme de sœur Alix, pièce morte, jadis céans secrétaire?

Réponse : Ouy.

D. Dis-moy si c’est ton corps ces ossements qui ont été ciapportés?

R. Ouy.

D. Dis-moy apertement, si incontinent que tu fus sortie de ton corps, dès l'heure tu vins suivre cette pucelle?

R. Ouy.

D. Dis-moy s'il y a aucun ange avec toy ?

R. Ouy.

D. Dis-moy, celui ange est-il bien heureux ?

R. Ouy.

D. Dis-moy, ce bon ange te conduit-il partout où il te convient d’aller?

R. Ouy.

D. Dis-moy s’il ne t’a point laissée quelquefois?

R. Non.

D. Dis-moy, si ton bon auge te conforte et te console en tes afflictions et peines ?

if. Ouy.

D. Dis-moy si tu peux voir d’autres bons anges que le tieu, et si tu en vois?

R. Ouy.

D. Dis-moy, ne vois-tu point le diable ?

R. Ouy.

D. Dis-moy, adjuré par les hauts noms de Dieu, s’il y a véritablement aucun particulier lieu qui soit appelé purgatoire, où puissent être toutes les âmes, qui par la justice divine là sont condamnées?

if. Ouy.

(Par cette réponse est confuse et condamnée la dam* nable assertion des hérétiques luthériens.)

D. Dis-moy, n’as-tu pas vu en purgatoire aucun que tu avais connu en ce monde ?

if. Ouy.

D. Dis-moy, connais-tu point le temps quand tu seras déli* vrêe de ta peine ^

Ht Non.

DES EXORCISMES. f?3

D. Dis-moy si tu pourrais être délivrée par jeûne, par oraisons, par aumône ?

B. Ouy.

JO. Dis-moy si par pèlerinage tu réchapperais?

B. Ouy.

JO. Dis-moy, le pape a-t-il puissance de tay délivrer par sou autorité papale?

B. Ouy.

Ayant fait toutes ces demandes et bien d’autres que nous avons cru inutiles de rapporter ici, l’évêque s’adressa à l'âme de sœur Alix en ces termes :

« Ma chère sœur,

» Tu aperçois icy comment cette honorable et dévote compagnie est assemblée pour prier Dieu le créateur, qu'il lui plaise mettre fin aux peines et douleurs que tu souffres et te veuille recevoir en la compagnie de ses béoits anges et saints dn paradis. »,

Pendant tout ce discours, l’âme heurla moult fort sous les pieds d’Antoinette.

Cette cérémonie achevée, l’evêque déclara qu’il ne pouvait absoudre définitivement l’âme de sœur Alix, si elle n’obtenait préalablement de l'abbesse et des sœurs le pardon des péchés qu’elle avait commis dans l’abbaye. Alors la jeune Antoinette, qui représentait la défunte, vint s’agenouiller aux pieds de l’abbesse, et dit : « Ma mère révérente, ayez mercy de moy et veuillez conseutir à mon absolution, » et l’abbesse lui répondit : « Ma fille, ma mie, je vous pardonne et consens à votre absolution. » Et l'évêque prononça Yabsolvo.

Un mois après, il était environ minuit lorsqu'une voix douce réveilla pour la dernière fois sœur Antoinette de Groslée, et loi dit : » Ma chère Antoinette, je viens prendre congé de vous et de vos compagnes. Depuis le jour où l'évêque me donna sa bénédiction à laquelle vous répondites amen, Dieu a mis fin aux peines que j’endurais et que je devais souffrir

Eendant trente aus. Je vais aujourd’hui même jouir du boneur des élus ; mais avant de vous quitter, je veux encore une fois annoncer ici ma présence, et cette nuit à matines je ferai grand bruit parmi vous. ■’ Sœur Alix tint parole ; elle fit en effet un bruit épouvantable , puis elle frappa trente-trois coups, lesquels indiquaient la rémission des trente-trois an9 dç purgatoire auxquels elle avait été condamnée. Les bonnes

Il4 PRÉJUGÉS OU CROTANCBS STTPERSTITIETJSES.

dames de Saint-Pierre forent d’abord très-effrayées, mais sœur Antoinette leur ayant donné l’explication de ce qui se pas* sait, elles en louèrent Dieu et se réjouirent avec les auges du bonheur accordé à leur compagne jusqu’à la fin des siècles. Dans ces temps, qui fort heureusement s’éloignent de nous, le clergé, malgré sa tonte-puissance , comprenait cependant qu’il lui importait de jeter quelquefois le voile du merveilleux sur' les désordres qui trop souvent compromettaient l’Eglise. Aussi pensons-nous qu’Antoinette de Groslée n’aurait point obtenu les honneurs de l’exorcisme, s», quelques années auparavant, la conduite des dames de Saint-Pierre eût été moins irrégulière. Nous pensons également que cette pauvre sœur Alix de Tisieux aurait subi ses trente-trois ans de purgatoire, si l’on n’eût pas imaginé d'en faire une sainte tout exprès pour rétablir un peu la réputation de ces bonnes religieuses. Quant anx apparitions dont sœur Antoinette était l’objet, il nous paraîtrait hasardeux de les révoquer tout à fait en doute. On sait que les murs d’un couvent ne sont pas toujours- assez hauts, ni ses grilles assez fortes pour préserver l’innocence du cloître des séductions profanes Mais, bonnes sœurs, un re-

pos séculaire est assis sur vos tombes, et comme je n’ai point l'intention de les troubler, ave mes sœurs.

Préjugés ou croyances superstitieuses.

Dans le sud de la Nouvelle-Ecosse, lorsque la nouvelle mariée entre dans la maison de son mari, on la soulève pour lui faire passer le seuil de la porte ; car, y appuyer le pied, ou sauter par-dessus volontairement, est considéré comme un signe de mauvais augure. Cette coutume était universelle à Rome, eu mémoire de l’enlèvement des Sakines, qui démontrait qu’un acte de violeuce avait été commis envers des femmes. •

Les Ecossais de toutes les classes évitent de se marier dans le mois de mai. Ce préjugé était tellement enraciné chez les Ecossais, qu’en 1 684 des enthousiastes nommés Gibbites proposaient de renoncer au mariage ce mois-là. Les anciens nous ont transmis comme une règle sûre qu’il u’y a que les mauvaises femmes qui se marient pendant ce mois, saison des fleurs et des zéplurs, maire nubent maia.

Lorsque- quelqu’un éternue, la coutur&e de lui dire : Dieu vous bénisse, provient de ce qu’à Athènes, l’éternuement était comme la crise de la peste, et que cette sorte de symptôme faisait espérer une chance de guérison.

' RESUME.' taS

ïycanthropie. — Superstition principalement adoptée en France, d’après laquelle, au moyen de la sorcellerie, un homme avait le pouvoir de se transformer en loup : alors, saisi d’une sorte de fureur, il se jetait sur les troupeaux, tuait et déchirait plus de bêtes à laine qu’il n’en pouvait manger. Qui ne reconnaît là un loup atteint de la rage ! Il en était beaucoup qui ne voulaient admettre une telle métamorphose, survenue à l'aide ou sous la peau enchantée d'un loup, qui, dans certaines circonstances, était supposée devoir contribuer à ce changement; ils soutenaient que la lycanthropie n’était qu’une maladie fatale , une situation de l’esprit auxquelles se joignaient des accès de folie , pendant lesquels le malade croyait avoir exercé les ravages dont il était accusé. Cependant, cette maladie de l’esprit eut ses victimes et ses bourreaux judiciaires.

Résumé.

D’après tout ce que nous venons d’exposer, il est évident

Sue dès la plus haute antiquité l’on a cru à l’existence des émons , des magiciens , des sorciers, des farfadets, des vampires, des loups-garous, etc. Cette croyance était consolidée par d’antiques traditions, parles saintes Ecritures , les décisions de quelques conciles, l’autorité de plusieurs pères de l'Eglise, les arrêts des tribunaux, et surtout par les préjugés et la superstition. Nous sommes bieu loin de révoquer en doute tout ce que nous apprend l’Ecritnre-Sainte sur les démons et sur les possessions; mais aussi, que de fourberies, nous dirons même que de crimes, n’ont-ils point été commis à l’abri de cette respectable autorité ! Les démoniaques étaient jadis si communs, que l'Eglise dut recourir à des cérémonies et à des prières particulières pour les exorciser. Les jeunes abbés, en recevant les ordres mineurs, obtenaient le pouvoir de faire des exorcismes. Cependant, on ne tarda pas à leur faire comprendre qu’ils ne devaient en user qu’avec modération, et avec la permission de l’évêque; l’on assure, maintenant, qu’il n’existe plus de démoniaques, grâce aux progrès de la civilisation, qu’il faudrait celle du gouvernement. S’il nous est permis d’exposer notre opinion à ce sujet, nous dirous que si Dieu a permis que quelques hommes fussent possédés de l’esprit malin, en revanche combien de charlatans n’ont-ils point exploité, à leur profit, cette croyance pour des motifs de haine, de vengeance ou d'intérêt; témoins Gaufridy, Urbain Grandier et autres; l’on se rappelle aussi le cimetière Saint-Médard

jlg CROYANCES SUPERSTITIEUSES.

et les miracles du diacre Paris. L’on raconte encore are© plaisir! que :

,Utt d&irotteur & la royale ,

De ton pied gauche ettropid.

Obtint, par gritoe «pédale , ,

D’étre boiteux do l'autre gié.

Enfin, les convulsionnaires et les miracles cessèrent pa* ordre de la police, qui, dit-on.

Fit ù jamai* défenoo à Dieu De faire miracle on ce lieu,

Le nom àa diacre Pâris a joui d’une telle célébrité et rappelle de si absurdes souvenirs que nous croyons devoir y cou» sacrer quelques lignes.

François Pâris, fils d’un conseiller au parlement, étant diacre, ne voulut point, par humilité, arriver à la prêtrise. Après avoir abandonné à son frère sa part dans la succession paternelle, il renouça au inonde et se retira daDS une maison du faubourg Saint-Marceau pour se livrer à la pénitence, instruire, soulager les pauvres et travailler pour eux. Ce héros de la philanthropie mourut le ier mai 1727 , et fut inhumé dans le petit cimetière de l’église de Saint-Médard. C’était l’é-. poque de la persécution exercée contre les jansénistes, appelant de la bulle Unigenitus. La mémoire du diacre Pâris était eu vénération chez ces hommes persécutés, dont il avait partagé les opinions et leurs maux ; ses vertus modestes et utiles et l’esprit de parti le leur firent honorer comme un saiut , et portèrent quelques personnes à aller prier sur sa tombe. De ce nombre étaient des jeunes filles qui, atteintes de convulsions naturelles, ou l’imagination exaltée par l’idée des persécutions précitées, en éprouvèrent en priant sur cette tombe; bientôt après, ces convulsions devinrent contagieuses, comme chez les jeunes protestants des deux sexes des Céveunes, lorsque, contrariés dans leurs croyances, ils furent exposés aux dragonnades du gouvernement. Comme les moutons de Pauurge, les premiers convulsionnaires eurent des imitateurs. Les fanatiques du parti, par fraude ou par conviction, crurent ou fireut croire, que cet effet, tout naturel, émanant de la puissance divine, était un miracle. Jusque-là les convulsionnaires* entraînés par l’enthousiasme, malades ou trompés, étaient de bonne foi ; mais bientôt des hommes spéculèrent sur leurs convulsions et voulurent s’en faire une arme contre leurs perlé*

. RÉSUMÉ. iif

cnteors ; ils appelèrent la fourberie à leur secours; ils organisèrent une société de convulsionnaires qui eut ses chefs, ses employés , ses règlements et un costume qu’ils endossaient lors de leurs exercices; ils se traitaient de frères et de sœurs.

» Cette société eut, comme toutes les sectes, ses schismatiques, ses fidèles croyants, sou charlatanisme et ses martyrs. Parmi les schismatiques, ou compte successivement les intillan listes, les augustiniens, les mélangistes , les discernants 4 les margoul listes , les figuristes, les secourûtes, etc. ( Dulaure .)

Quant aux magiciens, sorciers, vampires, etc., etc., les progrès de la civilisation, les lumières de la philosophie, les faits extraordinaires expliqués par les progrès des sciences et des arts, nous, ont délivrés de ces visions. Il est facile à concevoir que des esprits faibles aient cru de bonne foi à leur existence, dans ces temps où les préjugés et la superstition se partageaient l’empire du monde. Alors, tout ce qui dépassait la sphère de leurs connaissances était magique et surnaturel. Dans cette disposition des esprits, il était facile à des fourbes adroits d’abuser de la crédulité publique par des jougleries qu’ils appuyaient de iauterité de l'Ecriture-Sainte , des antiques traditions, etc. Il suffisait même d’être plus habile dans sa profession, on d'avoir plus de connaissances que le commun des hommes, pour être regardé comme magicien. On en trouve une foule d’exemples dans les chroniques ; Galilée même ne fut-il pas accusé de magie et d'impiété par la très-sainte inquisition ? Force lui fut, pour conserver sa rie, de jurer que la terré ue tournait pas. L’on se rappelle que ce grand homme, eu rentrant dans sa prison, et malgré les dangers qu’il pouvait courir, ne put s’empêcher de s’écrier, en frappant du pied,

E poi si move !

De nos jours, non-seulement la cour de Rome n’eût point tonrmeoté un tel homme, mais elle l’eût comblé d’honneurs. Sa décision sur le miracle de Miugré atteste le triomphe de9 lumières, fruit des progrès de la civilisation et des sciences. De sorte qu’on peut dire maintenant des sorciers, ce que Voltaire disait des prêtres ;

Les torden no «ont point ce que le peuple pense :

Noire crédulité fait touto leur science,

Nous avons déjà dit que la Grèce déifiait les inventeurs des arU ou ceux qui les pcxfcc tiouuaieu tj daos d’autres temps., l'i»

*1 a8 CROYANCES SUPERSTITIEUSES.

gnorance et la superstition en firent des magiciens ou sorciers. Maintenant l’on est désabusé sur toutes ces niaiseries , surtout lorsque l'on considère les prodiges opérés par les progrès des sciences naturelles. En effet, la découverte des aérostats, la détonnation du gaz hydrogène mélangé avec l’air et allumé; la combustion brillante, et la fusion du fer dans le gaz oxygène , l’éclairage par le gaz hydrogène car- ‘ boné, l’asphyxie des animaux plongés dans le gaz azote, les acides carboniques, sulfureux, hydrosulfnriques, et l'inflammation de l’huile de térébenthine par quelques gouttes d’un mélange d’acide nitrique et sulfurique ; la détonnation de l’or et de l’argent fulminant, les effets de la machine pneuma- . tique, ceux des réactifs, de la machine électrique et de la pile voltaïque; les effets d’optique produits par les chambres obscure et claire ; la fantasmagorie, la ventriloquie, la dé* couverte même de la vaccine ; enfin toutes les merveilles enfantées par les découvertes chimiques et physiques , ainsi que par la mécanique, eussent été autant de productions magiques.

Grâce donc aux progrès des sciences et de la civilisation, ce n’est plus que dans les campagnes éloignées des grandes villes, et parmi la classe la moins éclairée du peuple, qu’on trouve encore des traces de ces préjugés et de ces superstitions que les progrès des lumières ne tarderont point à faire disparaître. Encore même n’est-ce, presque toujours, que comme un moyen d’escroquerie, que quelques hommes se livrent à des pratiques frauduleuses qu’ils nomment magiques. N’est-il pas en effet plus glorieux pour l’homme d'appreudre que c'est à ses études, à ses recherches et à ses travaux qu’il doit ces brillantes découvertes, qui ont placé la France à la tête de tous les peuples civilisés, que de les attribuer à des inspirations ou à des pactes diaboliques? Le créateur a-t-il défendu à l’homme de contempler les merveilles de la création, et d1 'étudier les phénomènes et les lois immuables de la nature ? Non, sans doute. Si l’homme a été fait à son image; s’il lui a accordé le don précieux de la raison, ce n’a pu être que pour en faire usage et non pour descendre, par son ignorange, au rang des brutes. Les deux racontent la gloire du Seigneur.

Cœli enarrant qloriam Domini.

L'Eternel ne s'est donc point opposé à ce qu’il en fît l’objet de ses études, car, en général, dans les sciences exactes, notre

RÉSUMÉ. t ag

croyance rîoît reposer Sur des faits. Le législateur des Hébreux, Moïse, la plupart des pères de l’Eglise, les pontifes (i), ainsi qu’un très-grand nombre d'ecclésiastiques, que leur savoir fit passer pour magiciens, ont cultivé les sciences avec succès, et ce serait blasphémer Dieu que de croire qu’il accueille plus favorablement les adorations dé la stupidité que * celles de ces hommes dont le profond savoir, en l’admirant dans l’ensemble merveilleux de ses ouvrages, se prosternent devant son trône pour lui payer un double tribut d’amour et de reconnaissance. C’est blasphémer Dieu que de croire qu’il abandonne sa toute-puissance aux démons pour ne s’en servir qu’à corrompre, pervertir et faire le malheur éternel de l’espèce humaine. Il est bien plus consolant d’attribuer à une inspiration divine lès progrès des sciences, et à ceux-ci les effets merveilleux qu’elles enfantent et dont plusieurs réunis à l’adresse constituent la magie blanche. Pour mieux se rendre compte des prestiges qui sont du domaine des sciences occultes, et pour les exécuter et en enfanter même de tioüveaux, il est donc indispensable de retracer la connaissance des corps pondérables ou impondérables qui les produisent, ainsi que leurs propriétés physiques et chimiques et les lois qui en dérivent. C’est par ce moyen qu'on pourra expliquer des faits qui paraissent incompréhensibles au commun des hommes.

Jusqu’à présent l’on a cru que le principal mérite des ouvrages de ce genre était d'être amusants; nous ajoutons que, pour être vraiment utiles, il faut qu’ils soient en même temps instructifs : c’est ce double but que nous avons tâché d’atteindre.

fi) T)nns mon onvrrtfjo «ai- VAh couronné par l’Académie de» sciences de Lyon, j’ai cité quatre papes docteurs un médecine.

1° Jean XXII, docteur de la faculté de médecine de Montpellier, auteur do plusieurs O arroges do mé-decinu, entre autres du Trésor des pauvres.

3° Saiut Eusèlio, médecin et fils d’un médecin greo.

3° Paul It, qui , a pris avoir ceint la tlnro, voyait encore des malades, leur ordonnait et distribuait des médicaments.

4® Nicolas Y, d’après t). Viiik, Tingueau, etc.

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