MOYENS DE PRÉDICTION
Des Oracles.
M. (le Fontenelle, dans son Histoire des Oracles, dont cet article est extrait en grande partie , alfirme hardiment que les oracles , de quelque nature qu’ils aient été , n’ont point été rendus par les démons, qu’ils ont été un jeu et un artifice des prêtres païens, et qu’ds n'ont point cessé à la venue de Jésus-Christ. Il est constant , dit-il , qu’il y a des démons , des génies malfaisans , et condamnés à des tourmens éternels : 1a religion nous l’apprend. La raison nous apprend aussi que las démons ont pu rendre des oracles, si Dieu le leur a permis. Il n'est question que de savoir s’ils ont reçu de Dieu cette permission ; nous pouvons en douter.
Mais l’Ecriture-Sainte , continue M. de Fontenelle , ne nous apprend en aucune manière que les oracles aient été rendus par les démons, et dès lors nous sommes en liberté de prendre parti sur celle matière. Tout le monde tient qu'il y a quelque chose de surnaturel dans les oracles. La raison en est bien aisée à trouver, pour ce qui regarde le temps présent. On a cru, dans les premiers siècles du christianisme, que les oracles étaient rendus parles démons : il ne nous en faut pas davantage pour le croire aujourd’hui. Tout ce qu’ont (lit les anciens, soit bon , soit mauvais , est sujet à être répété. ; et ce qu’ils n'ont pu eux-mêmes prouver par des raisons suffisantes , se prouve à présent par leur autorité seule; c’est une vérité incontestable. L’auteur examine ensuite les diverses raisons qui ont porté des anciens chrétiens à croire que les oracles étaient rendus par les démons ; il s'attache à démontrer ensuite :
1 ■>. Que les histoires surprenantes que l’on débite sur les oracles doivent être fort suspectes.
i°. Que l'opinion commune, surles oracles, ne s’accorde pas aussi bien qu’oh pense avec la religion.
3°. Que les démons ne sont pas suffisamment établis par le paganisme.
4“. Quede grandes sectes de païens n’ont point cru qu’il y eût rien de surnaturel dans las oracles.
5° .Que d'autres que des philosophes ont assez souvent fait peu de cas des oracles.
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6° Que les anciens chrétiens eux-mêmes n’ont pas trop cru que les oracles fussent rendus par les démons.
7* kes fourberies des oracles sont manifestement découvertes tant par les aveux des prêtres que par la connaissance des movens qu ds mettaient en œuvre pour en imposer à la crédulité des peuples. Ce qu’il y ? de bien évident, c'est aue l'on corrompait aussi les oracles avec une facilite qui démontrait évidemment que l’on avait affaire, à des hommes. Aussi les oracles de Delphes étaient toujours conformes aux intérêts de Philippe . ce qui avait porté Démosthêne qui. à eoun sûr, se doutait de leur intelligence, adonnera la prêtresse le nom de Pythie Philippine. Parmi le grand nombre de preuves de corruption des oracles, nous nous bornerons à citer la suivante : quelques historiens disent qu’Alexandre voulut, d’autorité absolne, être Ois de Jupiter Aminon . et pour l’intérêt de sa vanité et pour l'honneur de sa mère, qui était soupçonnée d'avoir eu quelque amant moins considérable que Jupiter. Avant d’aller au temple, il fit avertir le Dieu de sa volonté, et le Dieu l'exécuta de fort bonne grâce. Quelques auteurs croient que les prêtres imaginèrent ce moyen de flatter Alexandre.
Lieux où étaient Ici oracles ; artifices des prâtres.
Nous continuerons d'extraire textuellement ce qu’en a dit M. de Fontenelle ; les pays montagneux, et par conséquent pleins d’antres et de cavernes, étaient les plus abonnons en oracles. Telle était la Béotie dont les habitans étaient les plus sottes gens du monde; c’était là un bon pays pour les oracles . des sols et des- cavernes (1).
l.e prétexte des exhalaisons divines rendit les cavernes nécessaires (a) ; il semble de plus que les cavernes inspirent
(i) 11 y avait très peu de temples prophétiques en pays plat; ceux qui s'y trouvaient, avaient des cavernes artificielles.
(i) L’oracle de Delphes fut découvert, dit on, par l'ivresse que les .vapeurs souterraines causèrent à un troupeau de chèvres et même au berger. Tout nous porte à croire qu'il s’opérait dans ces cavernes , comme dans celle de la grotte du Chien à Naples, un dégagement de ga; acide carbonique auquel on pour
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d'elles-mêmes je ne sais quelle horreur qui n’est pas inutile à la superstition. Delphes était à moitié chemin de la montagne du Parnasse, bâtie sur un peu de terre-plein et environnée de précipices, qui la forliliaient sans le secours de l’art. La partie de la montagne qui était au-dessus, avait à peu prés la figure d’un théâtre, et le cri des hommes et le son des trompettes se multipliaient dans les rochers.
Lorsque la Pythie se mettait sur le trépied, c’était dans son sanctuaire , lieu ohsrur et éloigné d’une certaine petite chambre où se tenaient ceux qui venaient consulter l’oracle. L’ouverture de ces sanctuaires ténébreux était rouverte de feuillage de laurier, ce qui en dérobait la vue intérieure aux profanes. Dans ces sanctuaires étaient cachées toutes les machines des prètrrs, qui y entraient par des conduits souterrains ( 1). Les voûtes des sanctuaires augmentaient la voix et faisaient un retentissement qui imprimait de la terreur; aussi les poètes disent-ils que la voix de la Pythie était plus qu’humaine; peut-être même les prêtres connaissaicnt-fls déjà les trompettes ou les portevoix; du sanctuaire ou du fond des temples, il sortait quelquefois une vapeur très agréable qui remplissait tout le lieu où étaient les consultons; les prêtres avaient fixé des jours pour consulter les oracles; les autres jours étaient considérés comme malheureux ; quand ils voulaient gagner du temps pour répondre et dresser leurs batteries, ils prétextaient des sacrifices à faire pour savoir si le Dieu était d humeur a répondre , etc. Ces oracles se rendaient par 1 intermédiaire delà prêtresse, et ses réponses étaient le plus souvent très ambiguës ou représentant des sens divers, ce qui leur servait, lors de l’évènement, à l'expliquer en faveur de l'oracle.
rail bien attribuer .cette sorte d’ivresse dans laquelle entrait la pythie , cl l’engourdissement des profanes introduits dans l’antre, et cette sorte de stupéfaction qui en était la suite.
(0 L'Écriture-Sainte nous apprend comment Daniel découvrit l’imposture des prêtres de Bêles, qui savaient bien secrètement rentrer dans son temple pour prendre les viandes qu’on y avait offertes.
MAKLIL COUPLET
Oracles par billets cachetés.
Ceux qui vouaient consulter ainsi l'oracle , déposaient sur l'autel un billet cacheté , contenant leur demande. On fermait ensuite le temple, ou bien l'on remettait ce billet aux prêtres qui devaient dormir dessus et recevoir en songe la ré|>onse. Comme on s’en doute Lien, les prêtres ne manquaient pas de décacheter adroitement ces billets . probablement par les mêmes procédés dont on s’esj^servi de nos jours dans le Cabinet hoir; il ne leur était pas alors difû- • aile de répondre. A la rigueur, ils pouvaient même , sans ouvrir le billet, s’informer adroitement des motifs qui amenaient le consultant au temple , et lui répondre.
Oracles en songes.
Le plus célèbre de ces oracles était celui de Trophonius ; avant de descendre dans son antre , l'on restait un nombre de jours déterminé dans une espèce de petite chapelle, nommée de la lionne fortune ou du Bon génie; pendant tout ce temps, on se lavait souvent dans le (leuve Hircinos, l’on s'abstenait d'eaux. chaudes, l'on sacrifiait à Trophonius. à toute sa famille, à Apollon, à Jupiter roi. à Saturne, à limon, à uneCérès-Europe nourrice de Trophonius, et l'on ne se nourrissait que des chairs des sacrifiées. Apres avoirconsulté les entrailles de ces viclimcs^iourreconii. litre si Trophonius consentait à ce que l'on descendit dans son antre, celles qui décidaient ce. consentement étaient d'un bélier qu’on immolait en dernier lieu. Si elles étaient favorables, le consultant était conduit la nuit au tleuve Hircines, où deux enfansde douie à treize ans lui frottaient tout le corps avec de l'huile ; on le conduisait ensuite à la source du fleuve . où il buvait deux eaux i différentes : i* celles du [.cilié, qui étaient censées jouir de la propriété d'éloigner ou mieux d'effacer de votre es- ! prit toutes les pensées profanes; 1° celles de Mncmosyne , qui étaient douées de la propriété de graver dans la mémoire ce que l'on devait voir dans l'antre sacré. Après cela l'on était conduit devant la statue de Trophonius , à laquelle on adressait ses prières, et après avoir été revêtu d'une robe de lin et de bandelettes sacrées , l’on était conduit à l’oracle, qui était sur une montagne , dans une enceinte de pierres blanches, sur laquelle s'élevaient des obé-
DES SOfleiES.
lisques d’airain , et au milieu de laquelle était une caverne taillée de la main des hommes et ayant la figure d’un four, dans laquelle on voyait un trou étroit où l'on descendait par de petites échelles ; arrivé au fond, l’on trouvait une autre caverne dont l’entrée était assez étroite. L’on se couchait à terre, et l'on prenait dans chaque main des compositions de miel que l’on avait apportées ; l'on mettait les pieds dans l’ouverture de la petite caverne, et l'on se sentait emporté aussitôt au dedans avec beaucoup de force et de vitesse. C’est la que l’avenir se déclarait, mais non pas à tous d'une même manière. Les uns voyaient , les autres entendaient. Vous sortiez de l’antre couché par terre comme vous y étira entré et les pieds les premiers. L'on vous plaçait aussitôt dans la chaire de Mné.mosyne,et l’on vous demandait ce que vous aviez vu ou entendu; l'on vous conduisait ensuite dans la chapelle du Bon génie , encore tout étourdi et hors de vous; vous repreniez vos sens peu à peu. lout me porte à croire que l'air extrêmement rare dans ces cavernes, peut-être même quelque dégagement de gaz acide carbonique, agissaient beaucoup sur le physique et le moral des profanes. Dans cet antre était une autre entrée secrète qui aboutissait au temple, par laquelle les prêtres pénétraient. Ce qui le prouve d’une manière évidente , c est qu un espion qui y était descendu par ordre de Démétrius , afin de s'assurer s'il n'y aurait rien à piller, v fut misa mort, et son corps fut trouvé loin de là , sans être sorti par 1 ouverture de l’antre sacré.
Le séjour que luisaient faire les prêtres aux profanes, les expiations, les sacrifices pour savoir si Trophoni us voulait vous admettre dans son antre , etc. -, étaient des moyens plus ou moins longs pour étudier le degré de crédulité et de superstition de 1 adepte, qu’ils admettaient ensuite ou taisaient rejeter par le dieu, suivant qu'il était ou non dispose a donner tete baissée dans les fourberies des prêtres. Au. reste, pour de plus erands' détails nous renvoyons à 1 Histoire des Oracles de M. de Fontcnellc.
Des Sibylles.
C existence des sibylles remonte à la plus haute antiquité, les Grecs donnaient ce nom à toutes les femmes qui secroyaient inspirées d'un esprit prophétique. Bekker pense, a\cc plus de raison , que c’étaient des femmes plus
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instruites que les autres , qui faisaient les fonctions de prêtresses: Varron , saint Augustin , Laclance , etc., en ont compté dis :
Il est des auteurs qui y ont ajouté les suivantes :
i» \ a sibylle Colophonienne , nommée aussi Lampusia\ elle était tille de Calchas.
a* La sibylle Cassandre, fille du roi Priam , aux prédictions de lâquellelc destin voulait qu'on n’ajoutùtpasfoi.
5» La sibylle Épirolc.
4» La siby lle ' niessalicnne , nommée Manto.
S* La sibylle Carmcnta , mère d'Évaudre.
6" Fauna , femme et soeur de Faunus, roi d'Italie.
L’on en comptait d'autres encore, mais elles étaient en Lien moins grande réputation que les dix premières. Il est cependant deux auteurs qui ont soutenu qu’il n'y avait eu que trois sibylles : celles de (lûmes , de Delphes et d'Érvthrée ; il y en a même qui n’en ont admis qu’une.
(i) C’est celle qui , dans des vers sibyllins supposés, se dit bru de Noé.
(i) Elle a été nommée par Euripide daus le prologue de sa tragédie qui a pour titre Lamia.
(5) Elle prenait son nom de son séjour à Cunies en Italie: c’est celle dont Naevius , Pison, Virgile, etc., ont parlé. Ce dernier la représente comme une folle qui écrirait scs vers sur des feuilles d’arbres qui devenaient la proie des vents.
(4) C’est celle qui prédit la prise de Troie.
(5) Originaire de (lûmes dans l'Eolide, on la nommait aussi Jmallhée , Hémophile , ou Hcrophile.
(#3) Elle était née dans la campagne de Troie. Elle a prophétisé du temps de Solon et de Cyrns.
(7) Elle rendait ses réponses à Aucyre.
(d) Elle avait se* autels et un culte à Tivoli.
— Cumane (5).
■ - llellespontiaque (6).
— de Samos.
— Phrygienne (7).
— Tiburtinc (8).
DJBS SORCIERS.
qui était cette dernière, qui , d'après saint Augustin, prophétisait du temps de Romulus.
Ce fut la sibylle de Cumes, en Eolide,qui apporta à Tarquin l'ancien les neuf livres d’oracles sibyllins , desquels elle, demanda un prix si élevé que le roi la crut folie, La sibylle en jeta trois au feu et demanda le même prix des six autres ; Tarquin ayant refusé, elle en brûla eucore trois autres et exigea toujours le même prix des trois qui restaient. Le roi surpris consulta les augures, qui lui conseillèrent d’acheter les trois livres au prix exigé. Il fut aussitôt nommé deux patriciens pour gaçder ces précieux livres , qui étaient consultés dans les grandes calamités et par arrêt du sénat. Cette superstition eût été excusable si elle n’avait pas été quelquefois accompagnée d’un sacrifice de victimes humaines.