‹ Nouveau manuel complet des sorciers, ou la magie blanche, dévoilée par les découvertes de la chimie, de la physique et de la mécanique, contenant un grand nombre de tours dus à l'électricité, au calorique, à la lumière, à l'air, aux nombres, aux cartes, à l'escamotage, etc. Ainsi que les scènes de ventriloquie exécutées et communiquéesChapitre 11 sur 89 · DES AUGURES , AUSPICES ET ABCSPICES · texte numérisé non relu

DES AUGURES , AUSPICES ET ABCSPICES

Cicéron a dévoilé les causes de l'institution des augures; d’après son témoignage (1), qui à coup sûr paraîtra irrécusable , les augures ont été inventés par la politique pour les employer à propos et d'une manière avantageuse à la république cl par suite à ses chefs et aux princes romains. Titc-Live partageait sur ce pointl’opinion de Cicéron (a). Quelle apparence y a-t-il, dit cêt historien, d’examiner scrupuleusement si les poulets ont bon appétit, ou s’ils sortent lentement de leurs cages? de remarquer attentivement le chant des oiseaux? ce sont des bagatelles; mais c’est en ne méprisant pas ces bagatelles , que nos ancêtres ont rendu la république glorieuse et florissante. C’est sur le même fondement que Caton l’ancien (5) disait, qu'il était étonné qu'un augure n’éclatât pas de rire en voyant un de ses collègues. Cela démontre que la plupart des grands de Rome savaient à quoi s’en tenir sur les présages des augures; mais ils convenaient en même temps de tout

(i ) De Lcgibus, Lib. ni. L’on assure cependant que, chez icsancicns peuples , l’institution des augures avait pour but de connaiirc , par les entrailles des animaux , la qualité des viandes , de l’air, de l’eau , etc.

(a) Lib. ii.

(à) Cicer. De Dicinat.

Mincit COMM.lT

l'avantage qu'ils pouvaient en attendre en les faisant rendre de manière à influer puissamment sur l'esprit de la multitude. Aussi la dignité auguralv lut long- temps le partage des seuls patriciens, jusqu’à la loi proposée par les tribuns Q. et C. Ogulnius et P. Decius Mus, laquelle ajoutait cinq augures à l'ancien nombre, qui durent être constamment plébéiens. Quoique la manière d'observer les augures eût été réduite en préceptes (i) , il n’en est pas moins certain qu'on s'en écartait , ou qu'on les expliquait souvent suivant les intérêts de l'Etat et, parfois, d’après des intérêts personnels. Il v avait cependant des sénateurs en proie à la superstition populaire.

Les éclairs et le» tonnerres étaient d'une grande influence, quand on consultait les augures. Aussitôt que la détonation avait lieu , l’aruspice regardait le ciel et le côté duquel venait le bruit. Si c'était de sa gauche, qui était la droite des dieux , l’augure était favorable ; si c'était de sa droite , elle était de-favorable. Il faut ajouter à cela que le nombre pair des coups de tonnerre était un très bon augure , et le nombre impair un signe de malheur. L'on sait aussi que les comuvs se séparaient sans rien faire, pour peu qu’il tonnât. Si la victime criait , si elle tombait du côté où elle ne devait pas tomber , ou si elle s'enfuyait de l’autel , les augures étaient des* plus sinistres. Ou donnait spécialement les noms ,

i* D'auipiee, à l’inspection des oiseaux ; s’ils étaient seuls ou eu troupe, de quel côté ils allaient, s'ils moulaient ou descendaient; s'ils tournaient, etc.

a* D 'augure, aux prédictions tirées de leur chant; si l'oiseau chantait de suite et avec force; s'il n’était point interrompu ; si ce chant n’oflVait rien d’extraordinaire, etc.

5» D'aruipiee* , à l’examen des mouvemens des victimes , de leurs géniisseinefis , rie leur résistance , de leur chute, et surtout des entrailles. Cher, les Gaulois, la science augurale était horrible . attendu que non seulement ils examinaient ainsi les entrailles des hommes, qu’ils égorgeaient pour cela, mais qu’ils faisaient combattre les prisonniers de guerre les uns contre les autres, et les

(1) Ces préceptes étaient recueillis dans des livres nommés Libri fulminates , fulçuralct.

, DES fOBCIEBS. 5j

contraignaient à s'entre-tuer , pour observer l’air et la contenance des mournns, et prédire ainsi l’avenir , etc.

Etres fantastiques.

De temps immémorial , le vulgaire a cru à l’existence de plusieurs cires fantastiques qui revêtaient à volonté des formes étrangères , et possédaient les uns des pouvoirs surnaturels , et les autres étaient doués du génie du mal. De ce nombre sont ces fées que l'imagination des poètes a peintes desi brillantes couleurs ,1e drac, les loups-garous, les vampires, etc. L’imagination des poètes, des romanciers , des peintres et même des historiens , a donné à ces êtres fantastiques les formes les plus bizarres et les plus extravagantes. 11 nous suffira de citer les récits des assemblées diaboliques nommées sabbat. Qui n’a lu les ravissantes ballades de Goethe et de BurgerP les plus célèbres de ces romances ou ballades sont : la Lénore de Burger , et les Amans de Corinthe de Goethe. Nous citerons également l’auteur du Moine , ouvrage où le merveilleux, résultant dès superstitions populaires , es.t employé avec un rare bonheur. Dryden, dans sa Heine des Fées ; Shukspcare , dans le Songe d'une nuit d’été ; Goethe dans son Faust ; Cazotte, dans son Diable amoureux ; Nodier, dans son Trilby , et Victor Hugo dans la Ronde du Sabbat, ont prouvé, bien mieux que nos raisonnemens , que les dieux du paganisme mis en scène , comme agens surnaturels , n'ont pliis de pouvoir sur notre imagination : c’est une mythologie de théâtre , et voilà tout. Nous allons faire connaître la plupart de ces êtres fantastiques, à l’existence desquels on croit encore.

Des esprits follets. Lutins, Lamis , Lémures, Draes, etc.

Il n est personne dont l'enfance n'ait été bercée des contes de lutins, farfadets, esprits follets, etc. A peine commence-t-on à bégayer quelques mots que les nourrices s empressent de faire x’onnaitre à leurs nourrissons les laits merveilleux des magiciens et sorciers , des fées, etc., auxquels elles croient do la meilleure foi du inonde. La plupart des enfans écoutent avec avidité ces récits surprenans . c est ainsi que , par succession , s’accrédite cette croyance. Ajoutez à cela une foule de petits livrets enri-

MAXOIL COMn.(T

chis des histoires de ces êtres fantastiques , que les bons villageois Usent dans les soirées d'hiver à leur f.nnille et à leurs voisins . qui ne perdent pas un seul mot de res lectures , et qui . par cela même que ces merveilles sont imprimées , croient quelles ne sauraiênt être révoquées en doute.

L’on donne généralement les noms d'esprits follets, de lutins , de farfadets , de drnes , etc. . à des esprits capricieux, inquiets, se rendant invisibles à volonté, et revêtant toutes sortes de formes . le plus souvent malfaisans , et trouvant du plaisir il faire du mal , surtout les farfade.s. Les meilleurs d'entre eux se plaisent à faire des malices et des mvslifications npx hommes : ce sont les lutins. Il en est cependant qui prennent quelquefois certaines gens en amitié, et leur rendent de bons services. En effet . les laboureurs et les bergers soutiennent qu'il est dus esprits follets qui soignent les bestiaux pour soulager les valets . et font une partie de leur ouvrage , mais qui , pour se divertir, leur distribuent aussi, de temps en temps , i des coups «le fouet , dont ils rient fortement. Dans le ] Languedoc . l’on donne encore le nom de drac et de follet, à ces prétendus esprits. Gerçais deTillehery dit que les dracs prennent la forme humaine à volonté , et qu ils vont ainsi aux marchés sans crainte d’être reconnus. Ils > font leur demeure au fond des rivières , où ils tâchent d attirer les femmes et les enfans par l’appât d'une bague ou i d’un gobelet d’or , qn’ils font nager sur l'eau. Il ajoute qu’ils recberclmnt surtout les nourrices pour leurs enfuns. I/o; union commune est aussi qu'ils restent dans les vieilles maisons inhabitées, ou dans quelques parties reculées des maisons habitées , et qu’ils font de. là leurs excursions j dans le voisinage : ce qu'ils nomment frei n. Aussi 'n est-il point de contrée qui n'ait quelque maison réputée pour j avoir servi d'asile aux «Ira** ou aux follets.

Il est aisé de voir, par cet exposé, que les bons draestl ou esprits follets , sont les dieux lares ou pénates des Ito- j mains, et que les mauvais sont les lémures. Les lares étaient les mânes des gens «le bien qui , après leur mort , gouvernaient paisiblement et en bon or.lre la famille de leurs descendons , tandis que les lémures étaient les mânes de ceux qui, par leurs crimes, ayant mérité d’être punis après leur mort, s'en vengeaient en tourmentant les

OES S0ËCIEBS.

vivans. C’est d’après cela que N. Marcellus (1) dit que les lémures sont lan ce noclttriue et terrificationes imaginum et besliarum , et que saint Jérôme ajoute que la nature des larves ou lémures, est terrcrc parvulos, et in angulis garrire tenebrosis.

Des esprits ou génies des montagnes et des Servons.

11 y a peu de pays qui soient autant sous l’empire de la superstition que l'Ecosse. 11 suflit de lire les ouvragés de Walter Scott pour en être convaincu. Indépendamment de leur Dame Blanche , les montagnards ont l'esprit ou le génie des montagnes : cet être mystérieux et terrible excite le$ tempêtes au sommet des rochers; il lui arrive même parfois de parler au milieu des plus terribles tourbillons à ceux qui se permettent de poursuivre et d’attaquer les chamois de leurs glaciers.

Les Servons, quoique invisibles, rendent tous les services de la domesticité , ils ne diffèrent en rien des esprits follets.

La Divinité des montagnes ne diffère presque en rien des génies; on l'invoque en Ecosse souslenomde Zcrncbock. Voici l’une de ces invocations tirée de Walter Scott Harotd l’indomptable , poème en six chants ; c’est la sorcière J utta qui parle.

— O toi qui es assis sur toh trône de rocher, voisl’F.slhonien cl le Finlandais, fidèles à ton culte, aiguiser leur glaive, vengeur destiné à inonder les autels du sang odieux des chrétiens, écoute-moi, divinité des montagnes, écoutemoi , puissant Zerneboch :

— ltoi des forêts, tes merveilles ont étonné jadis cette roche aride; mille tribus y ont chanté tes louanges, et sur cette pierre où les druides ont gravé des caractères mystérieux . le sang des victimes a coulé par lorrens! aujourd’hui , c'est une femme seule qui vient y répandre quelques gouttes du sien ; écoute-la , Zcrnebock et sois docile à sa voix.

— Silence 1 il vient... Le vent glacé de la nuit gémit 'dans le raviu. La lune s’obscurcit et s’entoure de nuages; Unes cheveux hérissés , le frisson qui me saisit , onuonccnt

(1) De proprictate sermonis.

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