CORPS PONDÉRABLES SOLIDES
Du phosphore.
Le phosphore a été découvert par l’alchimiste Brandt, qui , après en avoir fait un secret , le vendit à Krabft , auquel Kunkel s'était associé pour cet achat. Trompe par le premier, qui garda le secret pour lui, et sachant seulement qu’on obtenait le phosophore île l'urine, Kunkel se livra à un grand nombre de recherches et parvint à le découvrir à son tour en 1674. Ce ne fut que soixante-trois ans après qu’un étranger l’apporta en France ; en 1774 Gah n et Schéèle le découvrirent à l’état d’acide dans les os.
Propriétés physiques. — Le phosphore , a 1 état de pureté , est solide I dcmi-lranspareut, et d’une consistance égale à celle de la cire. 11 réfracte beaucoup plus la lumière que sa densité ne semble l’indiquer. Sa saveur est un peu
DBS SOBCIBUS. 1>5
âcre et son odeur alliacée ; il est lumineux dans l'obscurité.
Son poids spécifique est égal à 1770.
Propriétés chimiques. — Exposé a 1 action du calorique, il fond à 43°. Si on porf&sa température de 60 à 70 , et nu’on le refroidisse tout-à-coup , il devient noir; par un refroidissement lent il est transparent et incolore. Toas les phosphores ne partagent pas cette propriété ; il faut pour cela qu’ils aient été distillés de 3 jusqu’à 10 fois. On ignore d’où provient un tel phénomène. La distillation du phosphore a lieu à environ 200 degrés; elle exige beaucoup de précautions , et la prudence veut, qu'on n’opère que sur de petites quantités à la fois. On l’introduit dans une petite cornue de verre, dont on fait plonger le col dans un récipient contenant de l’eau presque bouillante; l’on chauffe ensuite peu à peu la cornue ainsi que le col, jusqu’il ce qu'on l’ait porté en ébullition ; alors il passe dans le récipient.
La lumière solaire colore le phosphore en rouge , sans en troubler la transparence , tant dans le vide que dans l’air , dans lè gaz azote , ou le gaz hydrogène. Cette remarque est duc à M.,Vogel. M. Thénard soupçonne que cet effet pourrait bien être dû à une petite quantité d’eau que le phosphore retiendrait , et qui , par sa décomposition , donnerait lieu à de l’oxide rouge de phosphore. Avec l’oxigène , à un degré de température au-dessous de 27 degrés , et sous une pression de 76 , au bout même de vingt-quatre heures, il n’y a pas un atome de gaz absorbé. Si l'on réduit la pression de 5 à 10 centimètres, la température restant la même ou diminuant de quelques degrés, il y aura combustion , production de lumière et de vapeurs blanches , absorption complète de gaz oxigène et formation d’acide phosphorique. C’est à Bellani de Monza que nous devons cette curieuse expérience. 11 est encore un autre fait digne de remarque, c'est que si ; au lieu de diminuer la pression , on mêle le gaz oxigène avec du gaz azote ou du gaz hj drogène , il se produit le même effet. Cela explique pourquoi le phosphore est lumineux dans l’air.
Des fourbes ont tiré parti de cette propriété du phosphore , d'être lumineux dans l’obscurité, pour intimider des esprits faibles, et leur persuader leur pouvoir magique. Dans le mois de décembre 1828, les tribunaux eu-
MAMIEL COUPLE!
rent à punir une semblable escroquerie , que nous avons rapportée sous le titre île Vicrgo noire.
Du Potassium.
En 1807, un célèbre chimi^Éc anglais, M. Davy , découvrit le métal connu sous le nom de potassium , en souineltant de lu potasse caustique hydratée à l'action d'une forte pile voltaïque. Ce métal n été étudié par ce chimiste et par MM. Gay-Lussac, Thénard , etc.
Propriétés physiques. — Solide h la température almo- i sphérique ; éclat métallique très brillant. Lorsqu'il a été fondu depuis peu dans l’huile de naphte, il a le coup d'oeil de l'argent mat : lorsqu’on l’en retire et qu'on l’expose à l'air , il prend bientôt un aspect terne semblable à celui du vieux plomb. Sa section est très brillante et lisse; ill est ductile . mou comme de la cire et susceptible , comme ! elle , d’être pétri entre les doigts. Il est bon de ne faire celte expérience qu'en recouvrant d'huile la surface du métal, car autrement il s’enflammerait. A i5°, son poids I spécifique est égal à o,865. Ce métal est donc plus léger ! que l'eau. A o, il est cassant.
Propriétés chimiques. — Le potassium se fond à 58°. Dans l'ordre de fusibilité des métaux , il doit êtye placé après le mercure; il est très volatil; ses vapeurs sont vertes ; il absorbe le gaz oxigène sec à la température ordinaire . sans aucun dégagement de lumière ni de calorique Lien sensible, si ce n'est au commencement de l’expérience. Le produit est un oxide blanc; si l’on opère en été, il s’ enflamme quelquefois, si l’on ne prend pas les moyens nécessaires pour y parer. Lorsqu’il est en fusion , il s'enflamme à l'instant avec un grand dégagement de calorique et de lumière; souvent la cloche se casse; il se forme alors un peroxide qui a une couleur brune-jaunâtre; il bulle spontanément, et avec un grand éclat dans le chlore. Il en est de même en le combinant avec le cyanogène, et lorsqu'on le chauffe avec le gaz acide hydrosulfurique , auquel il enlève le soufre.
Mr. Mêmes phénomènes, mais action moins vive.
Eau. 11 la décompose et roule en globules de feu à sa surface avec uu dégagement bien marqué de flamme et de lumière. Dans cette action , l'eau eSt décomposée, cl la chaleur du métal est telle, qu’elle enflamme aussitôt l’hydrogène, qui est mis ù nu, avec uneespècc de pétillement.
DES SOBCIEES. 1*7
Eau oxigcnce. Son action est si violente, qu'il s’opère souvent une grande explosion ; il se dégage aloré du gaz acide hydrochlorique. .
A l'exception du bore et du carbone , le potassium s unit avec tous les combustibles non métalliques. C’est de toutes les substances connues celle qui a la plus grande affinité pour l’oxigènc, quoiqu’elle en ait une plus forte encore pour le chlore. Le potassium opère la décomposition d’un grand nombre d’oxides , de tous les acides , d’une multitude de sels , et de toutes les substances végétales et animales. Un fragment introduit , avec parties égales de gaz hydrogène et de chlore , dans un tube large placé sur l’eau et dont les parois sont humides, produit une détonation violente et de l’acide hydrochlorique.
Préparation. On peut l’obtenir au moyen de la pile; mais il est un -autre procédé qui est du à MM. Gay-Lussac et Thénard. 11 consiste à faire chauffer dans un canon de fusil bien décapé , enveloppé d’ùn lut et porté au rouge blanc , de l’hydrate de potasse et de la tournure de fer.
Dans un ouvrage de celte nature , nous n'avons pu que tracer les principales propriétés physiques et èhimiques de ces corps , afin d’expliquer , par leur secours , les phénomènes qu’ils produisent, soit seuls, soit dans leurs diverses combinaisons ou réactions. Pour de plus grands détails, nous renvoyons à notre Physique amusante et à notre Manuel de Chimie medicale (1). Cet exposé nous a paru d’autant plus utile, disons même indispensable, qu’on ne trouve aucune notion semblable dans aucun des auteurs qui nous ont précédé , parce qu’ils n’ont pas eu , comme nous, le double but d’amuser et d’instruire.
Dans l’exposition des amusemens ou des faits réputés magiques , nous avons cru devoir d’abord retracer ceux qui sont le plus aisés à concevoir, ou qui n’exigent que de l’adresse , afin d’arriver par gradation à ceux qui ont principalement des points de contact , ou mieux des rapports directs avec les diverses branches de la physique et de la chimie. Ainsi nous allons examiner, dans le premier Livre, la science des nombres, les jeux de cartes, do dés , etc.
(1) 1 vol. in-ia de 65o pages avec figures; prix 6 Fr. So c. , franc de port, S francs ; chez l’auteur M. Julia de Fontcnellc, rue des Grands-Augustins, n° a6.
MIXCEt COUPLET
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