AIR. GAZ. EAU ET RÉACTIF
DBAGON VOr.AKT.
Un amusement fort divertissant est de construire un cerf-volant de quatre à cinq pieds ;de hauteur (fi g. 65), et après l'avoir enlevé assez haut , d’attacher à la ùcelle qui le retient un dragon volant A. suspendu comme le désigne cette figure : ce dragon doit être fait d’une toile légère , peinte des deux côtés; il fuut, après l’avoir découpé suivant la forme qu’on lui a donnée, coudre sur tous les contours de celte découpure de petites baguettes d’osier fort légères : on peut le rendre encore plus naturel en le construisant de manière que sesailes soient mobiles et puissent être agitées par le vent: l’ayant donc suspendu à la Gcelle du cerf-volant , ou en léchera encore une quantité suffisante pour élever à son tour le dragon à une hauteur d’où il puisse être aperçu d’assez loin. Ceux dont la position ne les mettra pas à portée de voir le cerf-volant et qui ne pourront apercevoir que le dragon seront étrangement surpris.
Voilure traînée par des cerfs-votans.
Le Calignani’s Messenger ( 26 août i8aC)ditque le dernier mercredi, il passa à Reading une voiture allant de Bristol à Londres, qui consistait en un léger chariot à quatre roues , traîné par deux cerfs-voluns . et dans lequel étaient trois voyageurs. Le maître cerf-volant était d’une hauteur de 20 pieds; il avait été fait avec une mousseline sur laquelle était collé un papier peint; il volait à une hauteur de 1 70 pieds au-dessus de la terre ; le cerf-volant pilote qui le surmontait , s’eu trouvait à environ la même distance. Chacun d’eux était attaché au char par une corde d'une grosseur moyenne, celle du cerf-volant pilote
MiSUEL COUELET
était engagée à trarers l’autre . de manière à ce que l'on pût, en tirant la corde, s’élever au-dessus des obstacles , tels que les arbres, les édifices, les .clochers, etc., situés sur les côtés de la route. On avait placé sous cette voiture un tambour et un appareil destine à virer et il dévirer la corde à volonté; elle était guidée comme les chaiies de Balh. Deux gentlemen de Hending la suivaient dans un cabriolet : ils étaient obligés de faire galoper constamment leur cheval, afin de pouvoir aller au même train. Le proprietaire assura avoir plus d'une fois, en venant de Marlnorougli , parcouru de dix-huit à viugt milles à l’heure. Entre ll'orld’s-end et la barrière, le duc de Gloeesler, dans son équipage <le vovagr à quatre chevaux, fit route avec la voiture, qui", jusqu'à une certaine distance, marclia de fiont avec celle de S. A. II. . bien que les chevaux de celte dernière fussent au galop. LVglise de Saint-Gilles, qui se trouvait sur la route, arrêta un moment la voiture. Six hommes, détachant les cordes, contournèrent le clocher. et les rattachèrent au-delà dans Crown-Lnnc ; mais ces hommes faillirent perdre terre , tant était grande l’attraction des cerfs-volans. l’eu après la voilure se remit en route , suivie par tous les chevaux et les équipages dont on put disposer; mais elle les devança au point qu'aucun ne put lui disputer le pas au-delà de Itaw-Darge , et l'a plupart des chevaux la quittèrent a Granby; dans quinze minutes elle fut de la Gruvu à Twyforl , et celle distance est dt cinq milles.
Pistolet de y alla.
Faites faire une bouteille ou pistolet de fer-blnnc d( quatre à cinq pouces de- hauteur cl de deux pmiers d< diamètre, au bas de laquelle soit soudé un petit tuyau dt même métal; insérez et mastiquez dans ce luvau un palil tube de verre de trois lignes de diamètre dans lequsl vou: introduirez et mastiquerez un fil de laiton terminé par ui petit bouton; que l’extrémité de ce fil soit à une ligne dt côté intérieur ue cette bouteille; ayez en outre une bou teille remplie d'air inflammable, dont le goulot soit di même grosseur que l'ouverture de ce pistolet.
A) ant rempli ce pistolet avec du millet , si on le post sur la bouteille qui contient L’air inflammable, ce millet 1 tombant dans cette bouteille , fera remonter pareil vo-
UES SORCIERS, a53
lume d’air dans ce pistolet, et ce volume d'air se trouvant alors beaucoup moindre que sa capacité , à cause du vide qui se trouve.eitf.re tous ces petits grains de millei , il se trouvera mSfijSpàlfr atmosphérique , en conséquence en état de faire explosion , ce qui aura lieu en approchant le bouchon du conducteur d’une machine électrique, attendu qu’alors la solution de continuité entre le fil de laiton et fintérieur du pistolet occasionera une étincelle qui fera détonner aussitôt l’air inflammable (1).
On peut également remplir ce pistolet d’air inflammable, en présentant son ouverture à l’ajustage de la lampe philosophique. On fait encore de ces pistolets qui s'adaptent par le fond à un robinet ajusté au col d'une vessie qu’on remplit d'air inflammable, et avec lesquels on peut produire de suite plusieurs explosions.
On en fait aussi en cuivre qui ont la forme de canons ou mortiers montés sur leurs affûts; lorsqu’ils ont i5 à 18 pouces de long, ils font un bruit semblable à celui d’une arme à feu.
La plus petite étincelle suffisant pour enflammer cet air, on peut se servir d’une espèce de baguette faite avec un petit tube de verre, bouché hermétiquement par l’une de ses extrémités, et garni de métal jusqu’à un pouce de l’autre, dans lequel on introduira un fil de laiton terminé par un petit bouton ; alors, en présentant ce bouton au conducteur d’une machine électrique, le tube sera chargé, et on pourra s’en servir pour faire partir le canon. Si on isole sur une glace plusieurs de ces pistolets , on pourra les faire partir avec celte baguette sans charger de .nouveau.
On peut encore se servir, à cet effet, de l’électricité de poche.
Fusil à vent.
Cette arme , dont l’effet est dû à la compression et à ii û’ élasticité de l’air , est connue depuis long-temps. Elle se b icompose d’une crosse métallique , creuse , d’une grande
(•) Il n’est pas nécessaire de bouclier le pistolet, si ion fait l’expérience sur-le-champ ; il suffit de le tenir ; dans une situation renversée; si au contraire on le bouche,-on peut faire l’expérience à loisir,
MANOBL COUPIEZ
solidité. Elle porte une soupape destinée à s'ouvrir de dehors en dedans. On visse sur la crosse et sur ce même* point une pompe destinée à la charger d’air ; après qu’on y > en a injecté une quantité suffisante , on la démonte et or y substitue un canon de fusil . construit de telle manière; qu’il se joint parfaitement à la même vis.
Il est aisé de voir que l'air comprimé delà crosse presse* sur ses parois et sur la soupape, qu'il force à rester fermée Dans la détente de ce fusil est un mécanisme propre ( l'ouvrir; quand on veut s’en servir , on ouvre un momen la soupape au moyen de celte même détente , et, dès lors< l'air comprimé s’en échappe, et, cherchant à reprendre soi élasticité , chasse avec force la balle et la projette trè loin. Pinson comprime d’air dans la crosse, plus on peu. tirer de coups.
Explosion pneumatique.
Prenez un vase de verre un peu grand et ouvert de deuxcAtés; couvres un de ces côtés avec du parchemi mouillé , et faites le vide au moyen de la machine pneunu tique ; crever ensuite le parebmin d'un coup de poing 0 de couteau, et vous entendrez une détonation semhlabl à un coup de pistolet.
Ce phénomène est df> Ï1 l'air vertical qui se précipit avec force dans le vase , et en frappe les parois et le si sur lequel il repose.
Explosion par le mélange du chlore et du gat hydrogin phosphori .
Faites passer, peu à peu, du gaz hydrogène phosphor dans une cloche remplie de chlore ; chaque fois qu’il y pai viendra du premier gaz , il y aura flamme et détonatioi On doit surtout ne pas introduire à la fois une tro grande quantité de gaz hydrogène phosphore, car il crésulterait des explosious si fortes que l’appareil sera brisé, et qu'on courrait soi-même des dangers évidens.
Dans cette expérience, il y a production d'acide bjdr chlorique et de chlorure de phosphore.
CK SOUCI HU l)KS BOILEVABDS.
Cet appareil porte également le nom de Ludion, ou l Ondins.
Tout le monde a pu voir , sur les boulevards de Pari
des malheureux exposer a la curiosité publique une petite figure descendant et montant a volonté dans un vase l nied en cristal ( fie. 66 ) aux trois quarts rempli d eau. Cette petite figure est en émail , elle porte sur la tete un globe en verre percé d’un petit trou ; leur poids reuni est calculé de manière que, quoiqu’elle soit presque en équilibré dans l’eau, elle tende à se porter a la partie supérieure du vase que l’on couvre d’une peau de vessie. Lorsqu on veut faire descendre la figure, on presse avec le pouce sur cette vessie ; dès le moment qu'on le relire, la pression cesse et le ludion remonte. .
Celte explication se rattache aux precedentes. 11 est évident , en effet , qu’en pressant sur la vessie , on comprime l’air du vase, lequel agissant sur 1 eau, que 1 on sait être fort peu compressible, la force d’entrer dans la boule qui est placée sur la tête de la figure. Cette augmentation de poids rompt l’équilibre et la force à descendre. Mais si l’on cesse la compression , l’air reprend son ressort et ne pèse plus sur l’eau s dès lors ce liquide est chasse de la boule par la force expansive que 1 air contracte , et , 1 équilibre se trouvant rétabli, le ludion remonte.
Le Brame suspendu et assis dans l’air.
Madras. Voici un échantillon des récits merveilleux qu’on trouve dans les journaux de l’Inde britannique. On verra que cette contrée, en passant sous le joug des Européens , n’a pas cessé d'être le pays des prodiges et des fables.
n Nous avons été témoins ici d’un spectacle des plus nouveaux et des plus singuliers. Un vieux Brame, appartenant à une caste élevée, vient de trouver le moyen de ge tenir assis dans l’air. Il en fait l’expérience , non pour de l’argent , mais par politesse pour les personnes qui le lui demandent. Tout son appareil se compose : i° d’une planche supportée par quatre chevilles, et formant une espèce de chaise longue; 2° d'un tuyau de cuivre, dans lequel il fait entrer un bambou vide dans une position perpendiculaire , et enfin d’une béquille recouverte de peau , que l'on place sur ce bambou. Il apporte tous ces instrumens dans J un petit sac , qu’il montre à ceux qui assistent à l'expérience. Des domestiques tiennent une couverture de lit « devant lui, pour le cacher d’abord aux yeux desspecta-
UANOIL COMPLET
tours; après un intervalle d’un quart d’heure à peu près le rideau tombe, et on voit le llraine assis dans l’air, à> quatre pieds environ au-dessus du sol, ne posant que l’ex-.-j trémité d’une main sur la béquille, et comptant avec lesdoifjts de celte meme main les grains de son rosaire; il: tient 1 autre bras élevé en l’air. 11 reste ordinairement prèsd un quart d heure dans celle position; mais devant lev gouverneur de Madras , il s’y est maintenu pendant quarante minutes. Quand il veut descendre , il sc fait cacher de nouveau par le rideau, et l'on entend alors un son semblable à celui de l'air qui s’échappe avec force d’une vessie ou d un tuyau. Il refuse de communiquer son secret à qui que ce soit , quoiqu’on lui ait déjà offert des sommes considérables, soit pour le vendre , soit pour accompagner, en Angleterre un entrepreneur qui le ferait voir pour de l’argent. Le même individu peut aussi rester sous l'cauj pendant plusieurs heures. Il n'est pas de suppositions ridicules que ne fassent les journaux de l’Inde pour expli- -, quer le prodige apparent que nous venons d’exposer; mais jusqu'à présent leurs conjectures ne paraissent pas encore avoir été heureuses. »
«etohuoi» magique,
Ou moyen propre à changer l’eau en vin .
Cet appareil se compose d'un entonnoir à double paroi , dont la cavité intérieure n'est pas percée à son extrémité inférieure. Quand on veut s'en servir, on remplit l' espace b , b , b , b, qui se trouve entre ces parois, de vin , qu'or y introduit par le tube A ( fig. 67 ). On a soin de tenir bouché avec le pouce un petit trou pratiqué à la partir supérieure B , on retourne l'entonnoir , et , quand on veui l Caire cette expérience , on remplit , devant le public , h cavité intérieure d’eau : un moment apres , on lève h pouce de dessus l’ouverture, et le vin s’écoule aussitôt pai le tube A , ce qui produit un effet surprenant sur les spectateurs. On peut , bouchant et rebouchant successivemen ce trou , arrêter ou reproduire la sortie du vin : il est aisr de voir que cet effet est produit parla pression latérale d( l'air.
DIS SOBeiBBS,
AUTRE EBTONWOIB MAGIQUB,
Donnant à volonlc de l’eau , du vin, du vinaigre, ou de l’eau-de-vie.
Cet entonnoir est construit comme le précédent, avec la seule différence qlie la cavité qui se trouve entre la paroi extérieure et l’intérieure est divisée en quatre autres, au moyen de quatre cloisons , et qu’on remplit chacune de ces cavités avec l'une des quatre liqueurs précitées. A la partie supérieure de la paroi exléricnrc de chacune . on pratique un petit trou que l’on bouche avec de la cire; de sorte que lorsqu’on demande une de ces liqueurs, il suffit d’enlever avec le pouce la cire qui est au trou de ce compartiment pour que la liqueur désirée tombe par le bec de l'entonnoir. L’on procède ainsi pour les autres. En remplissant les cavités il faut prendre garde de ne pas se tromper et de n’y verser le liquide que peu à peu afin de faciliter la sortie de l’air.
Tètes parlantes.
Préparez deux bustes de carton , et posez-les chacun sur un piédestal aux deux extrémités d’une salle ; placez un tuyau de fer-blanc d’un pouce de diamètre , dont l'une des extrémités s'ouvre à l’oreille d’une de ces deux figures. Ce tuyau doit traverser l’intérieur du buste et du piédestal, passer sous le plancher pour se rendre , par [l’autre piédestal , dans la bouche de la seconde figure , où il se termine , ainsi que dans l'oreille de la première figure, en entonnoir. On doit aussi avoir soin, lorsqu’il faudra couder les tuyaux , que ce soit à angle droit, et que la partie supérieure de chaque angle soit coupée et la partie recouverte d’une plaque de fer-blanc qui ait une inclinaison de 45 degrés , réciproquement aux tuyaux qui se joignent, afin que la voix, en partant d’un tuyau, soit directement réfléchie dans l’autre , etc.
D'après ces dispositions , supposons qu’une personne parle dans l'oreille de la première figure, il est bien évident que celle qui aura son oreille près de la bouche de la seconde entendra distinctement ce que l’autre aura dit. En adaptant à cette dernière figure un tuyau qui parte de son oreille et se rende dans la bouche de l’autre, on pourra, par ce moyen , entretenir une conversation.
UANOIL COMPLU
Dans cette expérience , il est aisé de voir que le son est porté par l'air mis en mouvement et conservé dans le
tube.
Lampe sympathique.
On place cette lampe sur une table, et , après avoir annoncé qu'on va l'éteindre, on se tourna du côté opposé et l'on souille; la lampe s’éteint aussitôt.
Cet effet est dû à un soufflet que cette lampe a dans sa patte et dont le vent est porté directement sur la flamme au moyen d’un petit tuyau ; ce soufflet est mis en mouvement par une bascule qu'un compère touche adroitement.
Eau bouillante qui est froide.
Il est une classe d'eaux minérales qu'on nomme gazeuses ou acidulés parce qu’elles contiennent en solution plus ou moins d'acide carbonique qui leur donne une saveur aigrelette. Quand ce gaz y est abondant , on le voit se dégager à la source sous formes de bulles qui impriment a l’eau une espèce d’ébullition qui est due au dégagement de ce gaz. C'est de là que lui vient le nom patois de boulidou, que l’on donne à quelques unes de ces sources.
Faire mourir un oiseau ou éteindre une bougie sans les toucher.
On place un oiseau ou bien une bougie .allumée sous le récipient de la machine pneumatique, et l’on fait le vide; si c’est un animal, on aperçoit, A chaque coup de piston que l'on donne , que sa respiration devient accélérée et qu'il tombe sans sentiment ; il revient à la vie si on i lui rend l’air , en ouvrant le robinet. Si c'est une bougie allumée , la flamme pâlit , diminue et s’éteint.
Cet effet est facile à expliquer, puisqu'on sait que l'homme, le végétal et l’animal, privés d’air, ne sauraient vivre, et qu'en général il ne peut point non plus y avoir de combustion sans sa présence ou celle du gaz oxigène.
On peut également le faire périr en le plaçant dans une cloche remplie du gaz azote, acides carbonique, hydrosulfurique, sulfureux, du chlore, etc.
Faire tomber une balle de liège aussi vite qu’une balle de * plomb.
On prend un tube d’environ deux mètres de longueur
et de dix à douze centimètres de circonférence ; il doit être fermé à l’une de ses extrémités , et porter à l’autre une virole en cuivre armée d’un robinet et d’une vis. On y introduit la balle de liège et celle de plomb , et on l’adapte ensuite à la machine pneumatique. Après qu’on a fait exactement le vide, on ferme le robinet , et toutes les fois qu’on retourne le tube, les balles de liège et de plomb vont frapper en même temps l’extrémité inférieure.
Presque tous les corps de la nature sont doués de pesanteur , qui est , à proprement parler , une des propriétés de la matière, et c’est en vertu de celte même propriété qu’ils tendent à se réunir au centre commun : mais ils ont à vaincre des obstacles plus ou moins grands , et ceux qui sont suspendus dans l’air triomphent d’autant plus vile de la résistance que leur oppose ce fluide , qu’ils ont plus de densité: voilà pourquoi la chute des corps est d'autant plus accélérée qu’ils sont doués d’un plus grand poids spécifique. Mais lorsqu'on supprime, par le vide , celte résistance que leur oppose l’air , dès lors tout obstacle venaut à cesser, ils doivent parcourir , quelle que soit leur densité respective , le même espace avec la même rapidité. C’est ce qui a lieu dans l’expérience précitée.
BXCRES DR SYSIPATIIIR (l).
On donne ce nom à des sucs végétaux , à des solutions acides ou salines, avec lesquels on trace des écritures invisibles, qui deviennent visibles ensuite par l'action de la chaleur, l’immersion dans l'eau ou la réaction de divers corps; quelques unes même parle seul contact de la lumière. Ces diversesréaclions donnent lieu à des expériences très amusantes; on les a même proposées comme un moyen de correspondance secrète ; mais l’emploi des encres sympathiques serait , en une telle circonstance , d’une faible utilité, puisque leurs propriétés changent peu de jours après quelles ont été appliquées sur le papier. Le plus grand nombre, lorsqu'elles sont sèches, y laissent une teinte plus ou moins prononcée ; enfin aucune ne résiste à l'épreuve d’une forte chaleur.
(1) M. Juliade Fonteaelle, dans sa Physique amusante, 3',édition, a traité ce sujet avec les plus grands détails; nous y renvoyons nos lecteurs.
MiSCIL COMPLET
i* Entre pour fuir t paraître une ce rit un bleue , roui ou ferle.
Ecrive* sur du papier avec une infusion très chargée i tournesol . ou du sue de fleurs do violettes : expose* cet écriture à la vapeur du gai aride hvdrochlorique, souda 1‘éeriture passera nu rouge. Si vous la soumetiex ensuite 1 l'action du ga* ammoniac , celte couleur rouge passera ; bleu, et celle de» violettes prendra aussitôt une couler verte.
Cet elTet est dû à la propriété dont jouissent les acid de rougir la plupart des couleurs bleues végétales, et 1 alcalis de les verdir. Quand on a rougi une de ces couleu par un acide, elle dc\ icnt bleue an moment que cet acid j étant saturé par l'alcali , ne |u'ut plus agir sur elle ; aie une nouvelle dose d'alcali la fait passer au vert.
i* Encre pour faire paraître une écriture invisible. •
Écrivei sur du papier avec une solution de nitrate bismuth, cette écriture ne sera pas visible, mais passez d< sus , et en sens inverse , un petit pinceau en cheveux une barbe de plume trenqiée dans une infusion de noix t galle . et cette écriture paraîtra aussitôt. Cet effet doit él attribué à la décomposition de ce nitrate et à la formata du gallate de bismuth qui en rst le résultat.
5* Encre pour faire paraître en jaune une écriture invisib :
Répétcx l’expérience précédente; mais , au lieu d’écri avec le nitrate de bismuth, écrive* avec l'hydrochlor; d'antimoine. La coloration en jaune de l’écriture est d au gallate d’antimoine qui se forme , et qui a une coule jaune.
4” Encre pour faire paraitn en noir une écriture invisib ■
Ecrivez avec une solution claire et transparente desifate de fer, arrose* ensuite cette écriture avec de l’infusi de noix de galle , exposei-la à l'air, et elle ne tardera | à prendre une couleur noire.
Dans celte expérience, le sulfate de fer est décompc •
Sar l'acide galhquc de la noix de galle, qui s'unit i l'oxi e ce sel , et forme un gallate de fer, lequel acquiert u
DBS SOUCIEES.
couleur d'autant plus noire qu'il ahsorbe une plus forte dose d'oxigène, dont il dépouille l'air.
I 5° Encre pour faire paraître en bleu uneécriturc invisible.
Écrivez sur le papier avec une solution de nitrate de cobalt; si vous passez sur cette écriture invisible un pinceau trempé dans l’acide oxalique liquide, elle contractera aussitôt une couleur violette très prononcée. On réussit également en écrivant avec l'acide oxalique , et passant le nitrate de cobalt sur l’écriture. Dans cette expérience , le | nitrate est décomposé par l’acide oxalique, qui donne lieu
ta un oxalate de cobalt dont la couleur est bleuâtre.
6° Encre pour faire paraître en jaune une écriture invisible.
J Écrivez avec une solution de sous-acétate de plomb, et j passez sur l’écriture de l’acide hydriodique ; elle paraîtra S de suite de couleur jaune, due^à la décomposition de ce sel |i et à un décomposé d’iode, d’oxigène et de plomb.
iy» Encre pour faire paraître en vert une écriture invisible.
Écrivez avec une solution d’arséniate de potasse, et tremi pez le papier dans du nitrate de cuivre liquide , l’écriture 1: paraîtra en beau vert foncé.
I Cet effet est dù à Ja décomposition de ces deux sels, qui n donne lieu à de l'arséniate de cuivre, lequel produit cette ,| couleur verte connue sous le nom de vert de Schéile, et à n du nitrate de potasse.
tjj 8» Encre pour faire paraître en bleu une écriture invisible.
i Ecrivez avec une solution de sulfate de fer, et passez sur » cette écriture invisible de l’hydrocyanate de potasse liquide 1] ( prussiate de potasse ) ; elle prendra soudain une belle 1; couleur bleue. Dans ce cas, il s'opère une double décompo- 4 silron : l'acide hvdrocyanique se porte sur le fer du sulfate,
:• et produit de l’hydrocyanale de fer, ou bleu de Prusse , 4 tandis que l’acide sulfurique , devenu libre, se porte sur df la potasse , et forme un sulfate de cet alcali.
90 Encre pour faire paraître en brun uncècriture invisible.
Si , au lieu d'écrire , comme dans l’expérience précé- * dente , avec du sulfate de fer, vous employez du nitrate
M ANCEL COUPLET
de cuivre , l’écriture paraîtra en brun éclatant, qui sera» dû à l’hydrocyanate de cuivre qui se produit par la double décomposition des deux sels précités. Si l'on emploie, au» lieu du nitrate , du murialc de cuirre, la couleur brune : sera peu foncée.
io" Encrt pour faire paraître en vert une écriture invisible.
Arriver avec une solution d'bydrorhlorate de titane, et passer sur cette écriture invisible de l’hydrocyanale de potasse liquide ; elle paraîtra aussitôt cii vert, qui est dû au prussiate de titane qui s'est formé.
1 1" Encre pour faire paraître en jaune une écriture invi-
• si b le.
Si l'on écrit avec une dissolution de nitrate de bismuth, . et ou'on la mouille arec de l'hydrocyanate de potasse H-.
3uide , l'écriture [wraitra aussitôt en un très lieau jaune, ù à l'hydrocyanate de bismuth qui se sera formé parr échange des bases avec les acides; l'autre sel sera du nitrate de potasse.
i a" Encre pour faire paraître une écriture invisible en plaçant le papier sur lequel elle est tracée dans un livre . Ecrive* sur un papier avec du sous-acétate de plomb, et placer ce papier dans un livre ; mettez ensuite, depuis vingt jusqu’à cinquante pages plus loin , un autre [tapier trempé dans une solution d'hydrosulfate de potasse ou de soude ( foie de soufre ) , et laissez le livre en presse pendant quelque temps ; en l’ouvrant ensuite , vous trouverez que l’écriture , auparavant invisible , aura paru en brun noirâtre.
Cet effet est dû au gaz acide bydrosulfurique ( gaz hydrogène sulfuré ) , qui s’est fait jour à travers le papier et s'est porté sur le plomb du sous-acétate , avec lequel il a formé un sulfure noirâtre.
Il est évident que si , au lieu de mettre le papier écrit avec le sous-acétate de nlomb dans un livre , on le mouilh avec un hvdrosulfate , l’écriture paraîtra de suite ; mai» l'autre expérience est plus curieuse.
»3" Encre pour communiquer d une écriture oïl à un dessin > presque incolore une belle couleur pourpre.
Ecrivez , ou dessinez à la plume, avec du nitro-muriatc
DRI SORCIERS.
d'or, et mouillez l'écriture avec de l’hydrochlorate d’étain étendu d’eau ; elle se colorera soudain en très beau pourpre, dû à l’oxide d’or qui est précipité de sa dissolution.
4» Encre pour faire paraître en noir une écriture invisible par deux liqueurs incolores.
Ecrivez avec une solution de deuto chlorure de mercure, et mouillez avec de l’hydroclilorate d’étain l'écriture, elle se colorera de suite en noir. Cet effet est dû à l’oxide noir de mercure qui se dépose.
x5° Encre pour faire paraître jaune orangé, et par une liqueur incolore, une écriture invisible.
Ecrivez avec une solution de deuto-chlorure de mercure (sublimé corrosif) , et trempez le papier dans l’eau de chaux . l’écriture prendra aussitôt une couleur orangée , due à la précipitation de l’oxide de mercure par la chaux.
16° Encre pour une écriture qui ne peut dire visible qu’en trempant le papier dans l’eau.
Ecrivez sur du papier avec une solution saturée de sursulfate d'alumine et de potasse, et trempez , plus ou moins de temps après , ce papier dans l’eau , il en résultera que l’écriture deviendra lisible en le présentant au jour, à cause que les traits qu’on aura tracés seront beaucoup plus obscurs que le reste.
On peut se servir de ce moyen pour écrire dans les interlignes d’une lettre qui ne contiendra que des choses ini différentes , celles qu’on voudra ne faire connaître qu’à la personne qui sera dans le secret.
17“ Encre dont l’écriture est rendue visible par le suc
I de citron.
Servez-vous, pour écrire, du sous-acétate de plomb
II ( extrait de Saturne ) , et , lorsque vous voudrez rendre J* celte écriture visible , trempez ce papier dans du suc de ï> citron ou du verjus; les caractères que vous avez tracés paraîtront en blanc mat.
jj Cet elTct est dû à la décomposition du sous-acétate de plomb , qui donne lieu à un acétate ou à un malate de plomb , qui sont blancs et insolubles,
*64 MARCEL COMPLET
i8° Encres dont les écritures sont invisibles et paraissent par leur exposition à ta chaleur.
On peut écrire avec différons liquides incolores, et faire paraître ces écritures en les chauffant plus ou moins: ainsi, j en écrivant avec
Le suc de citron , l’écriture parait en brun ;
L’aride sulfurique très affaibli roux ;
L'acide acétique ( vinaigre blanc ). . . rouge pâle ;
Le suc d'ognon noirâtre ;
Celui de cerise verdâtre.
Il est indifférent de chauffer ces écritures humides ou sèches ; mais il est bon de faire observer que le degré de chaleur n’est pas égal pour toutes; l’acide citrique estcelui qu’on doit le moins chauffer. Tout porte à croirfi que celte coloration est due h l’action de ces acides sur le papier, qui est favorisée par la chaleur.
190 Encre sympathique d’or.
Écrivez avec une solution saturée de nitro-muriate d'or; étendue de deux ou trois fois son poids d’eau; en se séchant , cette écriture cesse d’étre visible. On doit conserver le papier soigneusement enfermé ; et lorsqu’on veut faire reparaître les caractères , il sufüt de l’exposer pendant environ trois heures au soleil.
30» Encre sympathique invisible qui devient pourpre, par la chaleur, et disparait en séchant.
Faites dissoudre du safre dans l’acide nitrique, et jetez-) peu 5 peu du sous-carbonate de potasse ; laissez repose: la liqueur, et étendez -la d’eau suffisamment. Ecrivez ave» cette solution , et laissez sécher; alors cette écriture deviendra visible sous une couleur purpurine en présentai le papier au feu , pour disparaître aussitôt qu’il sera re j tourné à la température atmosphérique.
Une bouteille bien bouchée étant remplie d'eau , faim changer cette eau en vin sans la déboucher.
Faites exécuter par un ferblantier un petit récliau; : dans la forme indiquée par la fig. 68, c'est-à-dire quisoit extérieurement construit comme un réchaud ordinair
DES SOECIEHS.
d’environ quatre pouces de diamètre ; qu’il ait un double fond ab, éloigné de son vrai fond g d'environ trois à quatre lignes; éloignez de son vrai fond ab ( lequel doit être percé d’un trou circulaire ) un tuyau ou cylindre de fer-blanc f de quatre pouces de hauteur sur un pouce et demi de diamètre , et placez au-dessus la soupape c, qui doit être soutenue par le petit ressort dl, lequel doit être ajusté entre ces deux fonds. Cette soupape sert à empêcher qu’on n’aperçoive ce double fond , ou plutôt la cavité qui se trouve entre ces deux fonds.
Ayez une petite bouteille de verre blanc e , d’environ six pouces de hauteur, qui puisse entrer dans ce tuyau de fer-blanc, et dont le poids, lorsqu’il est rempli d’eau, puisse abaisser la soupape C ; percez le fond de cette bouteille de deux ou trois petits trous de la grosseur d’une épingle ; emplissez-la d’eau de rivière bien claire , et la boucliez ensuite exactement; versez entre les deux fonds de ce tuyau , et par le tuyau f, du vin rouge le plus léger et cependant le plus foncé en couleur que vous pourrez avoir.
Lorsqu’ayant posé cette bouteille remplie d’eau dans le cylindre creux ou tuyau f, son fond , percé de petits trous , trempera dans le vin renfermé dans la soupape , l’eau , qui est plus pesante que le vin , sortira par les trous faits au fond de celte bouteille, et l’air ne pouvant y entrer et remplacer ce qui en sortira , le vin y remontera enpareille quantité, en sorte qu’au bout de quelque temps lainouteille se trouvera entièrement remplie de vin (1) ; et si on la retire alors de dedans le cylindre , il ne s’en écoulera aucune par ses deux trous, attendu que l’air n’y peut entrer ; il paraîtra donc que l'eau qui y était contenue aura été changée en vin.
RéCBéiTION. •
On prendra la bouteille , et , posant sans affectation le doigt à l’endroit ou elle est percée pour boucher le trou , on l'emplira d’eau et on la bouchera aussitôt très exactement; alors on annoncera qu’on va la changer en vin.
(i) Plus la différence respective-du poids de ces deux
«liquides sera grande, plus cette opération sera prompte.
MitrciL comvle r
Pour cet effet , on la posera dans le réchaud , comme il ai été expliqué , après y avoir mis à l’avance, et secrètement le vin qui doit entrer dans la bouteille; peu de temp?après, ou retirera la bouteille, et on la fera voir pleine de vin ; et posant le doigt sur les petits trous , on la débouchera , et on la versera dans un verre , afin de Faire voir que celte nouvelle liqueur est effectivement du vin.
Kola. Cette récréation n'est autre chose que l'expérience physique du passe-vin déguisé sous une forini propre a produire une récréation amusante et extraordi naire ; on peut mettre quelque matière dans la partir extérieure du réchaud , pour faire croire que c’est par a moyen que se fait l’opération ; elle servira en même temp[. i empêcher qu'on ne juge qu’il y a un faux fond. 11 esbon aussi de couvrir la bouteille , afin qu'on ne voie pa comment se fait celle opération.
Des Ventriloques.
Techniquement parlant , on a donné le nom d'engas trimysme à la ventriloquie. Cette première dénomination a été imaginée pour exprimer une manière de parler dan laquelle la voix parait sortir de l’estomac ou du ventre , c semble s'articuler dans ses cavités. C'est de ce nom d’en gastrimythes , de gastrimythes , cl de gastriloques , com position hybride , d'où résulte le mot vulgaire de ventrilo que, ventriloquie , consacré par un fort long usage, pou designer les individus doués de la faculté de produire 1 illu sion qui résulte de la manière de parler, connue sous 1 nom d’engastrimysme. Les auteurs les plus anciens on eu connaissance de celte manière de parler, particulièrement Hippocrate, qui, trompé par les préjugés de so siècle, crut qu’il existait des hommes qui pouvaient parle du ventre.
Platoifcite l’histoire d'Euriclès qui, le premier, dit-il fit obse.rver, sur lui-même, cet effet delà voix. Suir Chrvsostôme regardait les ventriloques de son lem| comme des hommes divins ; il croyait , avec le peuple.
3 ne le ventre prophétique de ces imposteurs articula es oracles. Acuménius partageait celle opinion. Cell croyance leur avait été transmise parles païens, et Ici ventriloques opéraient chez eux des prodiges, comme i luisaient des miracles au milieu des chrétiens, Les mi
DIS 80BCIIRS.
nislres imposteurs du paganisme ont eu plus d'une fois recours à l’engastrimysme pour tromper les esprits crédules et superstitieux. Ainsi, le prêtre qui s'était exercé à devenir engastrimythe prononçait des oracles que l’on croyait fermement entendre sortir de la bouche de la divinité consultée. La pylhonisse , se débattant sur son trépied, et feignant d’être en proie au dieu qui l’inspirait, n’était souvent qu’une habile ventriloque. L’antiquité est remplie de contes plus ou moins absurdes sur les prodiges opérés par les ventriloques. Origènc y croyait de la meilleure foi du monde ; un archevêque a publié uu traité , ex professo, sur la célèbre pythonisse d’Endor, qui évoqua l’ombre de Samuel , la lit apparaître et parler ; il assure que la source de l’éloquence engastrimyque de cotte sorcière était dans la partie la moins noble de sa personne.
On a vu dans tous les siècles des écrivains sacrés et profanes qui ont rapporté des faits qui attestent que l'art prétendu de parler du ventre fut cultivé de tout temps par quelques personnes; mais ils croyaient que c’était en vertu d’un don particulier de la nature ou de la volonté des intelligences suprêmes. D’autres étaient accusées de l’être devenues par un pacte diabolique : à celles-ci était réservé le supplice auquel on condamnait les prétendus sorciers.
Dickson , entre plusieurs détails curieux sur l'engastrimysme, parle d’un nommé Fanving, qu'on avait surnommé le cliuchoteur ou le marmotcur du roi , parce que , la bouche ouverte, les lèvres closes et immobiles , il tirait du fond de sa poitrine des paroles très distinctes et d’une manière si merveilleuse , qu’on croyait qu’elles étaient proférées d’un endroit très éloigné.
Cœlius Rhodiginus dit avoir vu à Rovigo une vieille femme qui parlait parfaitement du ventre : elle ne parlait jamais avec tant d'éloquence qu'alors quelle était entièrement nue. Son prétendu démon familier, celui auquel elle s’adressait, et qui était censé répondre à ses interrogations , se nommait Cincinnatus. Bordeu , l'un des critiques les plus éclairés du seizième siècle , raconte avec tous ses détails l’histoire de Louis Brabant , v<Aet de chambre de François I", qui trompa la mère d’une jeune demoiselle dont il était amoureux , en lui persuadant qu’elle devait lui donner sa fille en mariage pour délivrer des flammes du Purgatoire le père de la jeune personne, mort depuis
MANCEL COUPLET
plusieurs années, et qu’il eut l’adresse de faite intervenir dans celte comédie au moyen de l'illusion produite par la faculté qu’il avait de parler du ventre. Ce meme Brabant , . voulant rendre son mariage plus avantageux . parvint à : escroquer dix mille écus à un certain Cornu, banquier ài | Lyon . et renomme par son extrême avarice. Pour cela,, il évoqua 1 ombre du père du banquier : la voix du défunt' se fil entendre : elle suppliait son fils de donner la somme 'j en question, de laquelle dépendait son salut. La piété! filiale triompha de l’avarice, et l'escroc Brabant S'appropria sans scrupule cet argent. A. Vandaele, médecin.: d Harlem , cite plusieurs faits merveilleux de ce genre.
Les illusions produites par l’engastrimysme , lorsque’ celui qui en est doué y excelle , contribuent efficacementà entretenir l’erreur ou l’on était que la voix avait alors> son siège véritable dans la région abdominale , et que les paroles y étaient articulées sans le concours de la bouche. Aussi disait-on que les réponses de la pythonisse d’Endor sortaient ex ventre inferiore et partibus " cnitalibus . C’est à cause de cela qu’elle rendait ses oracles divaricatis cruribus. Faut-il donc s'étonner que ce phénomène, si mol observé, ait pu être réputé magique, surnaturel, divin, etc. < Cette opinion , à l’égard des ventriloques , n’était pas j exclusive au peuple ; l’on a vu de tout temps des hommes j très instruits, mais d’ailleurs superstitieux, attribuer aussi- 1 l’engastrimysmc à un pouvoir diabolique. Chaque nouveau I fait imprimait plus de force à cette croyance. M. l’abbé de I Lachapelle est le premier qui , vers la fin du dix-huitième 11 siècle , ait écrit des notions raisonnables sur la ventriloquie. Il cite des anecdotes arrivées en divers temps qui furent réputées surnaturelles, il donne des détails curieux'! sur le nommé Saint-Gilles, épicier à Saint-Germain-cn- I Laye , qui était cependant bien loin de produire l’illusion qu’on a tant admirée en Thieinet, Borcl, dans son café du Palais-Boval , et surtout le célèbre et malheureux Fitz- ! James. M. Comte, si connu par son amabilité , son esprit, ses bons mots et ses connaissances en physique, chimie et mathématiques amusantes, a surpassé tous ses de-vanciers. Mais afin de n’ètre pas accusé de partialité , nousallons rapporter ce qu’en a dit M. de Jouy dans son Franc-Parleur.
* Cet habile physicien , dont les talens et l’adresso-
1)BS SORCIERS.
excitent à Paris une curiosité si générale , est doué d’une faculté extraordinaire : c’est un engastrimythe ou ventriloque des plus extraordinaires qu’on ait connu dans les temps modernes. Le privilège dont il jouit parait avoir été connu dans l’antiquité , et même d’une autre nature qu’il n’est aujourd’hui , à en juger par les intéressantes recherches du docteur Montèg're. Les engastrimythcs anciens étaient ventriloques dans la force du terme, cestà-dire que leur voix partait en elfel du ventre et se manifestait , ou du moins semblait se manifester au-debors par les organes de la parole. Ce que les livres saints et les auteurs profanes nous ont appris de la pythie de Delphes , de la pythonisse d’Endor , de la sibylle de Curnes , de l’oracle de Dodone, etc. , ne permet pas de douter que le prêtre du paganisme n’avait su tirer un parti très avantageux du talent des engastrimythcs. Tout porte à croire que le fantôme qui apparut ù Charles VI . dans la forêt du Maine, et qui troubla pour toujours sa raison , n était qu'un imposteur ventriloque dont le funeste talent fut la source de longs malheurs auxquels la F rance fut au moment de succomber, d C’est aussi le sentiment de l’abbé de Lachapelle. Le spirituel Ermite continue ainsi : « M. Comte , qu’on eût brûlé à Paris il y a deux cents ans, par la même occasion que la maréchale d’Ancre, est aujourd’hui recherché, fêté dans cette même ville où l’on se dispute le plaisir de le voir et de l’entendre. Depuis qu il a eu l’honneur de paraître aux Tuileries devant le lloi, c’est à qui obtiendra de lui une de ses soirées pour lesquelles on est obligé de se faire inscrire un mois d'avance. »
Pour justiüer tout ce que MM. les docteurs Fournier et de Montègre, ainsi que M. de Jouy, ont dit du talent merveilleux de M. Comte, comme engastrimythe, nous allons peindre au hasard quelques unes des nombreuses scènes dont il a égayé ses voyages.