SCÈNES DE VENTRILOQUIE DK M. COMTE
Commissaire de police et Gendarmes mystifiés.
Le i5 juillet 1S 1 4 • M. Comte s'était embarqué à Lyon , avec sa famille, à trois heures du matin, pour aller à Chàlons. Les passagers ne tardèrent point à s’endormir. Notre habile physicien s’empressa de leur servir un plat
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de son métier. Il enleva à plusieurs officiers leur décorntion et leur montre ; à une fort jolie dame , le portrait de son amant qu’elle portait suspendu à son cou au moyen d'une chaîne en or ; à une vieille dévote , scs heures et ses lunettes; à un prêtre, sa calotte et ses boucles d’argent. Insensiblement chacun se réveille. Voilà qui est plaisant, s'écrie la jeune dame, en regardant un jeune ofticier qui était à côté d'elle , je n'ai plus ni mon portrait ni ma chaine, et cependant je suis certaine que je l'avais en entrant dans le bateau ; je ne le quitte jamais : c'est un vccu d'amour conjugal, et te suis fidèle à messermens. — Ah! le bon billet qu'a la Châtre ! s’écrie l'officier en riant à gorge déployée. — Vous ave* beau rire, M. l’officier, c’est comme cela; il n’y a que le diable, un sorcier, ou vous qui m’avex joué le tour de m’escamoter ce qu’après mon mari j'ai de plus cher au monde. — Parbleu , ma jolie voisine, je ne me suis jamais cru sorcier en veillant, encore moins endormant; je vous crois plutôt une charmante fée , qui , comme un de ces passe-temps qui sont ordinaires à ccs capricieuses dames , m’a dérobé ma crois d’honneur; ainsi , trêve de badinage, daignei au plus tôt tne la rendre. A ces mots chacun s’aperçoit des vols qu on leur a faits. Sur cela grande rumeur. M. Comte, feignant de se réveiller , s'inlorme aussitôt du sujet de tous ces débats. A peine l’a-t-il appris , qu’il porte ses mains à sa montre et à sa bague, et s'écrie qu'il est également volé. Par un effet du hasard , le commissaire de police de Mâcon , et des gendarmes se trouvaient de passage sur la barque; il ordonne aussitôt à tous les passagers de se fouiller et de retourner leurs poches; personne n’a aucun des objets volés. Le commissaire , d’un ton magistral, annonça que le voleur, pour n’être pas pris, doit à coup sûr, avoir jeté tous les vols dans l’eau. Au surplus , dit-il, comme nous faisons partie de la société pmbarquée , !et que le soupçon pourrait peut-être planer sur nous, gendarmes, vidons nos poches à notre tour. Quelle fut la surprise générale lorsqu'on reconnut que M. le commissaire avait dans ses poches le portrait et la chaîne dd la dame, ainsi que la montre et la bague de M. Comte, et MM. les gendarmes tous les autres vols. Chacun était stupéfait, lorsqu’on eutendit une voix plaintive criant, au-dehors de la barque : Au iccpqff ! au tecouri ! aeeouret vite! je ma
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noie,.- L’effroi est général; on croit que c’est le voleur. Soudain M. Comte et le batelier se déshabillent et se jettent à l’eau ; on continuait à entendre le même cri , tantôt d’uil côté, tantôt de l’autre de la barque; .enfin après que le patron a plongé un grand nombre de fois , il s’écrie que c’eri est fait du passager. Ils remontent dans la barque et changent de linge. L'effroi est général , niais il se dissipe en songeant que Dieu a puni le voleur de ses méfaits. Enfin l’on arrive, et le directeur du théâtre de Maçon, en demandant au patron M. Comte, donna la solution de ces prodiges. Chacun en ritde tout son coeur, et se promit bien d’aller le lendemain applaudir l'habile prestigiateur qui les avait tous si adroitement mystifiés.
Le Cochon qui parte.
Le lendemain de son arrivée à Mâcon, M. Comte rencontre une grosse bressanne chassant devant elle son cochon. — Combien votre cochon , bonne femme ? — Mon beau monsieur, cent francs, tout au plus juste. — C’est trop de deux tiers, j’en donne dix écus. — Je ne puis en rabattre un sou. — Chanson que tout cela; je parie que votre cochon est plus raisonnable que vous , et qu’il me dira qu'il ne vaut pas cent francs, si je le lui demande. — Tiens, est-il bon enfant, ce monsieur , de vouloir que mon cochon parle! Quoique je ne soyons qu’une paysanne , je savons bien qui gnia que les perroquets , les pies et les maries qui baragouinent. — On voit que vous n’avci jamais été à tacrogorgon. — Qu’est-ce c’est que ce villagelà? — C’est un endroit où toutes les bêtes parlent , et le grand-père de cè cochon en est sorti. T11 vas voir. Dismoi , l’ami cochon , ta maîtresse n’a pas de conscience; tu ne vaux pas cent francs , n’esl-ce pas? — Non , sans doute, répond une voix rauque et caverneuse qui semblait partir de la bouche de l'animal : je suis ladre , et ma maîtresse est une coquine qui veut vous voler votre argent; depuis I trois mois qu'elle cherche à me vendre , elle 11’a pu troui ver encore un marchand. \ ces mots tout le monde s’at- 1 troupe, prend la femme pour une sorcière, et le cochon t pour le diable. M. Comte regagne alors gravement son
hôtel du Sauvage.