‹ Nouveau manuel complet du bonnetier et du fabricant de bas, ou, Traité complet et simplifié de ces artsChapitre 10 sur 24 · MENÉS · texte numérisé non relu

MENÉS

Jécrasent un peu en passant par-dessus une grosse pierre : il est même reconnu que, dans l’état de sécheresse ou d'humidité, il devient extrêmement facile à teiller. Dans le cas seulement où il est teillé encore mouillé, on étend sur le pré les poignées de filasse qu’on en obtient, pour les faire sécher au soleil, et il serait bon encore, après l’avoir teillé dans l’état de sécheresse, de répéter la même opération.

D'après les expériences faites au Conservatoire des Arts et Métiers, par MM. Monge, Berthollet, Teissier et Molard, il est bien constaté que l’eau savonneuse indiquée par M. Cralle parvient à rouir parfaitement le chanvre; que Vopération se fait d’autant plus vite que l’eau est plus rapprochée de l’ébullition, et qu’il ne faut pas y laisser séjourner le chanvre pendant plus de deux heures, parce que la filasse y | prendrait une couleur noirâtre; qu’en plongeant le chanvre dans de l’eau savonneuse froide pour la faire bouillir ensuite, le rouissage ne se fait pas aussi bien, quand même on chercherait à prolonger son immersion ; enfin , il est absolument nécessaire de tenir les bottes de chanvre dans une position verticale plutôt que de les

coucher, parce qu’il est beaucoup plus facile à manœuvrer, et que le rouissage en devient toujours beaucoup plus égal.

Pour rouir le chanvre comme nous venons .

de le dire, lorsqu'il ne faut agir que sur de petites quantités, une simple chaudière montée sur des briques pour la chauffer en dessous est suffisante ; mais s’il faut agir sur une grande masse, et pendant plusieurs jours de suite, on dispose une chaudière susceptible de contenir assez d’eau savonneuse, et placée de manière qu'on puisse la faire couler par le moyen d’un simple robinet, et lorsqu’elle est prête à bouillir, dans deux des quatre tonneaux-routoirs placés dans le voisinage; enfin, après les avoir fermés pendant les deux heures employées pour rouir le chanvre, on en fait chauffer deux autres, pour continuer ainsi alternativement de deux en deux à la fois et sans interruption pendant tout le reste de la journée.

Cette méthode est préférable à toutes les autres, en ce qu’elle fournit des produits beaucoup plus abondans que par les autres pro, cédés connus, en ce qu’elle ne compromet pas la santé des individus qui sont occupés à ke

faire. Il suffit seulement pour cela de donner Le de l’air en ouvrant une porte où une fenêtre de l'endroit où se trouve établi le routoir; enfin parce qu’elle économise beaucoup de temps, ce qui est toujours précieux, et qu'on peut.

rouir dans toutes les saisons, même en hiver, pourvu toutefois qu'on n'expose pas à la gelée le chanvre après l'avoir retiré des tonneaux pour l’étaler et le faire sécher au grand air. En 19790, le même M. Cralle a établi sur la Somme un routoir dans lequel il avait placé le @chanvre par couches successives entre des harasses composées avec des claies formées d’échelons traversant l'épaisseur de quatre poteaux plantés droit dans le fond du routoir, et par le moyen desquels il séparait les couches posées les unes sur les autres ; on échangeait, avec des pompes, l’eau du fond avec celle du dessus, afin que par ce moyen la température totale du routoir fût à peu près la même dans toute sa profondeur. Le lin ou le chanvre, à l’aide de ce procédé, étaient bientôt parvenus au plus beau blanc. Ce dernier moyen de rouir sera toujours préféré à tous les autres, parce qu'il est moins coùteux en raison du combustible

46 MANUEL qu’il faut employer pour chauffer l’eau, et du savon noir dont il faut faire la dépense.

On peut encore établir les routoirs de la manière suivante : près d’une chute d’eau de la hauteur d’un mètre et demi à deux mètres au plus, après l’avoir garnie d’une grille en bois maintenue au-dessus des basses eaux, de manière que celles qui sont dans le routoir puissent s’écouler, après avoir placé les bottes de chanvre ou de lin très peu serrées sur la grille, après en avoir fait une couche épaisse d’un pied, on place par-dessus de grandes perches transver-g sales, qu’on attache fortement à celles qui servent à séparer les lots de chaque particulier, et pour maintenir toute la masse au milieu de l’eau sans avoir besoin de rien poser dessus pour la charger, au moyen d’une vanne et par le grillage du fond on évacue les eaux chargées et colorées, de vingt-quatre en vingt-quatre

eures ; ensuite, après avoir fermé celle-ci, on introduit lentement, par une vanne supérieure, de nouvelle eau jusqu’à la hauteur d’un pied par-dessus les perches. Au quatrième jour, lorsque la sève du chanvre ou du lin se trouve entièrement dissoute, toute la masse s'appuie et

tombe d’elle-même sur la grille du fond, surtout si les matières à rouir ont été parfaitement desséchées d'avance. Lorsque le routoir est à l'ombre, et lorsque les eaux ont été bien également renouvelées, tous les produits sont d’une blancheur extrême.

$. III. Tüllage, liller ou teiller le chanvre /

et le lin, c’est opérer à l’aide des mains, ou de quelque “instrument convenable, la séparation de leurs parties ligneuses , chénevotte, d'avec la filasse., Pour y parvenir, on se sert d’une “broie faite avec un morceau de bois de six pouces d’équarrissage, long de six pieds, et soutenue horizontalement par quatre supports ; dans sa longueur, il est fendu par deux mortaises parallèles au bout desquelles on ajuste, par le moyen d’une charnière, une autre pièce de bois garnie d’une poignée, et qui porte dans toute sa longueur deux lames en fer qui correspondent exactement aux deux mortaises qui se trouvent vis-à-vis, et peuvent y entrer avec facilité dans tous les mouvemens que peut faire le tilleur.

Pour broyer, celui-ci prend une poignée avec la main gauche; ensuite, avec la main droite,

il soulève Ja partie supérieure de la broie pour

engager le chanvre entre les deux parties du bois qui sont séparées : là, par des percussions \

plus ou moins fortes, plus ou moïns fréquentes et répétées, il brise, comminue toutes les parties ligneuses, qu’il sépare ensuite par des tractions “faites entre les mâchoires de la broie qui se trouvaient fermées, après les avoir brisées dans une moitié de la longueur, il retourne la poignée dans l’autre sens pour en achever la comminution dans toute son étendue; enfin, lorsqu'il présume en avoir à peu près deux livres, 1l tord la filasse sur elle-même, et fait des queues de chanvre ou de filasse brute.

Le lin exige un peu plus de précautions :

d’abord il est nécessaire de le battre avec un maillet, ensuite avec un morceau de bois plat laminé ; cette lame de bois peut avoir quatre pouces de large environ : avec elle on achève de briser complétement toute sa partie ligneuse, ensuite on l’écorche en le frottant sur trois cou- Leaux non coupans et arrondis, larges d’un pouce vers leur partie supérieure, et de neuf à dix lignes seulement près de leur manche. On conünue ces frottemens jusqu'à ce que la filasse

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