‹ Nouveau manuel complet du bonnetier et du fabricant de bas, ou, Traité complet et simplifié de ces artsChapitre 11 sur 24 · AN · texte numérisé non relu

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DU BONNETIER. 49 soit nette et entièrement dépouillée de toutes les chènevottes.

Il est encore une manière beaucoup plus “simple de teiller, et qui fait même une des occupations principales des femmes de la campagne pendant les longues soirées d’hiver. Elle consiste à prendre les brins de chanvre les uns | après les autres, pour briser d’une main leur plus grosse extrémité , afin d’enlever ensuite la

| filasse avec l’autre main, en la passant sur un doigt, et en faire peu à peu des poignées plus ou moins grosses.

Ces diverses méthodes, par lesquelles on par- | vient à dépouiller le chanvre et le lin de leurs parties ligneuses, sont beaucoup plus simples et moins dispendieuses que toutes les machines | imaginées pour atteindre le même but ; elles se | trouvent presque toutes hors des moyens pé- | cuniaires de tous ceux qui pourraient en avoir |besoin , aussi nous les passerons sous silence, | de même que les meules tournantes par l’eau, mises en usage pour affiner les filasses, parce qu’elles ne sont guère employées qu’en Italie : <est pourquoi nous n'en parlerons pas.

|: IV. Peignage® Comme pour obtenir les

bo MANUEL

matières où il est besoin de conserver la plus

grande longueur possible dans les filamens qui les composent, tels qu’ils existent dans le chanvre, le lin, et même la laine longue, il faut de toute nécessité avoir recours au pelgnage, aussi, voilà pourquoi on les passe dans des peignes

(serans dont les dents en fer ou en cuivre sont

droites, plus ou moins fortes, longues, taillées en losange , et placées sur un carré long. Ordi-

nairement pour commencer l'opération on les

prend d’une ligne carrée sur trois pouces et demi de longueur , tandis que pour terminer et obtenir le lin le plus beau pour la finesse elles ne doivent avoir que la forme de grosses aiguilles à coudre, être arrondies et assez longues ;

on les fixe par la tête sur une planche de bois. dur , doublée de fer-blanc, sur laquelle on en «

établit sept à huit rangées.

Le seranceun placé devantle plus gros peigne,

prend une poignée de filasse dont il entortille M sa main droite; par un mouvement circulaire, M

‘ il fait tomber l'extrémité de la poignée sur les

dents du peigne, puis il la tire à lui, et si la M résistance qu’il éprouve est trop grande, il Ia

retire de suite pour en engâger un peu moins.

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DU BONNETIER. 51 Une fois qu’il est parvenu à déméler la pointe, il continue toujours de même jusqu’à ce que le tout passe à travers le peigne sans qu’il éprouve la moindre résistance ; en répétant continuellement cette manœuvre sur des peignes de plus en plus. fins, il parvient ainsi à obtenir depuis le premier brin tous les divers degrés de finesse et de douceur qu’il peut désirer ; il plie par la moitié les poignées, qu’il tord proprement l’une sur l’autre, et forme des paquets suffisans pour garnir une quenouille toutes les fois qu'il est besoin de la renouveler après l’avoir filée.

Comme cette opération ne peut pas se faire sans un déchet qui demeure fixé dans les serans , l’ouvrier le met de côté pour en extraire le second brin par les mêmes manœuvres qu'il a déjà suivies pour le premier ; tout ce qui reste après forme les étoupes, que l’on carde encore pour s’en servir dans plusieurs circonstances. Il y a aussi une machine dont on se sert pour peigner le chanvre et le lin; mais elle nous a paru si compliquée, tellement difficile à exécuter, et donner lieu à de si grands déchets, que nous la passerons sous silence.

Pour peigner la laine, on emploie des ran-

gées de broches pointues faites avec du fer poli, que l’on fixe à angles droits dans une pièce de bois cintré et garni avec de la corne; ces rangées ont sept pouces de longueur, et la hauteur des broches est de dix à douze pouces; celles des petites sont ordinairement de sept à huit pouces, leur diamètre est de deux lignes, on les écarte d’une ligne et demie, et les rangées sont écartées de quatre lignes; la longueur du manche est ordinairement d’un pied.

Les broches doivent être extrêmement po-

lies, droites, et sans aucun défaut ni pail=

lette ; si elles viennent à se courber en travaillant, on les redresse par le moyen d’un tube en fer : alors le peigneur , assis près d’un fourneau, fait d’abord chauffer un de ses peignes ; il prend une poignée de laine qu’il y passe peu à peu en la tirant à lui jusqu’à ce qu'il ait tout employé ; en dirigeant ensuite la pointe des broches vers le feu, il reprend toute la laine, dont il charge le peigne, qu’il chauffe ; pendant cette manœuvre il en charge un second de la même manière; ensuite, les prenant à deux mains, il présente les broches en face les unes des autres, en les enfonçant alternativement jusqu’à

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ce que, par des efforts dirigés en sens opposé, il soit parvenu à faire traverser la laine d’un peigne dans l’autre, et qu’elle soit parfaitement écartée et que les brins en soient parallèlement bien ouverts. De temps à autre il change les peignes de main en ne cherchant jamais à pé-

|. nétrer la laine que par progression successive,

car il la briserait, et l’on n’a recours au ‘peignage que pour parvenir sûrement à la conserver dans toute sa longueur. Enfin, lorsque la laine est bien démélée et placée sur un seul peigne , il fixe son manche à un poteau pour la tirer à deux mains sans la briser et de manière à en former une queue ou barre de quatre pieds environ, suivant qu’elle est plus ou moins belle, qu’il faut toujours avoir le plus grand soin de rendre exempte de toute espèce d’ordure. Tout ce qui reste dans le peigne est l'entre-deux{ou retirorg le déchet, qu’on appelle peignor, s'emploie pour confectionner toutes les étoffes grossières. Sur le fourneau on met un vase propre à contenir un corps gras, tel que l'huile, la graisse douce, le beurre fondu, pour en imprégner légèrement la laine que l’ouvrier introduit dans les dents du peigne avec lequel il

commence et facilite sa main-d'œuvre. Pour le peignage de la laine, comme pour celui du chanvre ou du lin, on a imaginé des machines

qui sont plus ou moins compliquées; la plus

estimée est celle de M. Demaurey.

$. V. La filature. Xiler, c’est étirer pour le tordre un filament ou plutôt un fil, que l’on ne doit même ici considérer sous d’autre rapport que le doit être un corps cylindrique aussi sim-

ple qu’indéfiniment prolongé, quoique plus ou

moins fin ou délié, souvent même imperceptible aux yeux et au toucher. Aussi étirer n’est pas autre chose que prolonger hors la masse qui garnit la quenouille, tous les filamens qu’on doit ajouter les uns aux autres; il est nécessaire qu’ils ne se séparent point, qu’ils soient juxtaposés d’une facon régulière, enfin qu'il ne s’en prolonge pas plus qu’il ne le faut pour que les fils qu'on veut obtenir soient constamment dans un état d'égalité parfaite: alors, comme ils pourraient très facilement rompre, ils ont besoin d’être tordus, pour acquérir assez de résistance et casser plutôt que de se séparer. Lorsque le fil est terminé, il faut l’envelopper à mesure qu’il s’allonge, autant pour éviter qu’

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ne s’emméle que pour le tenir à l’abri de la poussière et autres ordures: c’est pourquoi on le renvide.

Étirer , tordre et renvider sont donc les

trois choses absolument nécessaires pour filer, et quel que soit le moyen emplayé pour exécuter ces diverses opérations. Avec le fuseau on y parvient au moyen de la main, qui les exécute toutes trois les unes après les autres ; au rouet on étire d’une main, la rotation exécute ensuite mécaniquement les deux autres; à la mécanique tout se fait en même temps. Quelquefois aussi on corde plusieurs fils les uns avec les autres pour les rendre plus forts suivant le besoin et la destination qu’on leur réserve : alors c’est retordre sans étirer. Quant à la soie, on ne la file pas, elle s'emploie telle que la fournit l’insecte. ( V. le Manuel de l'éducation du ver à | sote, qui fait partie de la collection. )

$. VL Du fuseau, Ainsi, pour filer , on ne connaissait autrefois que la quenouille et le fuseau :

la première n’est qu'un bâton ou une baguette plus ou moins grosse et longue , ou bien même un simple réseau, à l'extrémité supérieure desquels on enveloppe et l’on retient par le moyen

d’un ruban, la filasse du chanvre ou du lin dont on veut obtenir le fil ( Fig. 3). Quant au fuseau (Fig. 4), ce n’est qu'un morceau de bois léger ayant sept à huit pouces de long, un peu renflé dans son inilieu et pointu aux deux extrémités ; dans sa partie la plus inférieure est pratiqué un rebord saillant qui-sert à empêcher le fil de s'échapper lorsqu'il est abandonné à lui-même. La fileuse , après avoir fixé sa quenouille sur un de ses côtés, tire avec deux de ses doigts mouillés quelques brins de filasse : qu’elle roule sur le fuseau et qu’elle fixe par le moyen d’une boucle; puis, après avoir serré la partie supérieure du fuseau avec le pouce et le doigt du milieu, elle le fait tourner en l’abandonnant à luj-même; elle tire en même temps et roule continuellement de la filasse pour former et tordre son fil, et, lorsqu'il est enfin parvenu à une longueur au-delà de laquelle il ne lui est plus possible de tirer et tourner, elle reprend son fuseau, défait la boucle avec son.

pouce de l’autre main, enveloppe son fil en le tournant sur lui-même, fait une nouvelle boucle, et continue de même qu'auparavant en rejetant son fuseau,

DU BONNETIER. b7

Souvent pour ne pas avoir la peine de faire une boucle à chaque fois qu’il faut envider, on | ajoute une coche au fuseau : cette coche n’est | rien autre qu’un petit cône en fer creux allongé

et taillé en hélice; à sa pointe extérieure le fil y est retenu dans sa rainure en partant du fu-

seau pendant sa torsion, depuis son extrémité jusqu’à la filasse. Les fuseaux ainsi que les coches doivent toujours être proportionnés avec la grosseur de la filasse et du fil qu’on doit en obtenir. Enfin lorsque le fuseau est suffisamment rempli, on en prend un autre auquel on ‘adapte la coche, et toujours de même. Aïnsi tirer également la filasse pour obtenir un fil parfaitement égal et constamment pareil dans toute sa longueur , tourner son fuseau toujours de la | même manière afin de tordre et filer toujours | de même, telle est, en peu de mots, la seule dextérité que doive avoir une fileuse.

La filature au fuseau , quoique de la plus haute antiquité, n’est bonne que pour obtenir du fil susceptible d’être employé à faire de la toile de ménage ou de grosses étoffes; mais pour faire des choses fines il est impossible avec | lui d'arriver au point de perfection convenable,

parce que les fils se cassent très souvent par leur propre poids; parce que souvent la coche et sa boucle les rendent irréguliers par la compression qu’ils exercent dessus ; enfin quelle que soit l'habitude de la fileuse, il est impossible que son mouvement de rotation soit constamment le même; la torsion ne peut jamais être parfaitement égale et uniforme : aussi tous ces in-

convéniens l’ont fait reléguer dans les campa-

gnes, et l’on donne généralement la préférence à la filature au rouet.

$. II. Le rouet. Il y en a de deux espèces :

les simples et les composés; les premiers sont ceux qui ne donnent qu’un fil à la fois ; leur bobine est à ailette épinglée ou bien à simple broche : on s’en sert le plus ordinairement pour le chanvre, le lin, la laine peignée. Les seconds

sont ceux avec lesquels on confectionne plusieurs fils à la fois; on les emploie pour filer le «

coton, la laine cardée. Il ne faut pas les regarder comme mécaniques, car c’est toujours par la main de la fileuse que le tirage doit se faire,

et elle ne peut l’exercer que sur un ou deux fils

au plus, tandis que dans l’autre il se fait par l'action de la machine elle-même. Quoique uni-

versellement répandu, quoique mis en usage chez les riches comme chez les pauvres, le rouet est une machine encore assez compliquée pour se trouver hors d’état d’être bien comprise par tous ceux qui ne le considèrent que superficiellement (Fig. b ); il consiste en un bâtis plus ou moins richement orné, composé de deux cadres semblables réunis par quatre colonnes parallèleset horizontales appuyées sur le châssis inférieur aa ; bb est le supérieur, égal en largeur mais plus long que l’autre; cecc, sont les colonnes dont les extrémités sont implantées dans les deux châssis; lesupérieur est garni des pièces suivantes: 1° de deux montans destinés à servir de supports à la roue AA, 2° d’un bras saillant dont une des extrémités est fixée sur le chässis bb par une vis; l’autre est forée pour recevoir la quenouille, quon peut introduire dans le trou; 3° d’un chariot mobile B qui porte la bobine C; le tasseau gg servant de base au chariot, est percé de deux trous carrés à l’aide desquels il peut glisser sur les traverses gg du châssis 06. Ce même tasseau est taraudé pour donner passage à la vis destinée à le faire avancer ou reculer. On donne communément le nom de cou-

lisse à Vassemblage du tasseau et de la vis.

Deux montans, # /, s'élèvent parallèlement au dessus du tasseau dans lequel le bout inférieur estenchâssé; ces montans, appelés marionnettes, soutiennent la bobine; ïis sont un peu inclinés vers l'arrière pour mieux résister à la traction en sens opposé qu’ils auront à supporter lorsque la machine sera en mouvement.

Les parties mobiles du rouet sont la roue A et la bobine C. Dans la circonférence de la roue se trouve une gorge ou cavité semblable à celle des poulies, destinée à recevoir une corde ou une courroie sans fin qui aboutit à une petite poulie faisant partie de la bobine C ; il importe même qu’elle soit assez tendue et qu'on puisse la lâcher un peu lorsqu'elle aura été raccourcie par l'humidité, et qu’elle puisse au contraire être tendue lorsque par la sécheresse ou toute autre cause elle aura été allongée; c’est pourquoi l’on à construit le chariot B de manière qu'il suffise de tourner la vis xx dans un sens pour éloigner le chariot de la roue A et tendre ou relâcher la corde sans fin.

La roue À recoit son mouvement de rotation par l'intermédiaire d’une pédale o et d’une

tringle 722. Le pied de la fileuse est le moteur qui fait tourner la roue ; mais, pour qu'il puisse agir, il faut d'abord tourner la roue avec la main assez pour que la partie antérieure de la pédale soit élevée au point le plus haut auquel elle doit parvenir; alors elle presse cette partie avec le bout du pied , la tringle 727 met en mouvement la manivelle à laquelle elle est adaptée, la roue décrit par cette action une partie de - la révolution, et l’achève en vertu de sa force d'inertie. Indépendamment de la manivelle, on adapte souvent au rouet une manivelle y pour que la fileuse ait la faculté d’alléger son travail enemployantune autre personne pour faire tourner le rouet. La roue est placée sur ses supports de manière à pouvoir être Ôtée avec facilité ; Le montant antérieur d'est percé d’un trou, le postérieur e est fendu d’une ouverture qui traverse son sommet et qui descend à une profondeur telle que le bout de la roue A étant placé dans le trou du montant d et son autre … bout dans la fente du montant e, la roue soit bien d’aplomb et se meuve dans un plan exactement vertical.

Quant à Taÿbobinél elle est la partie la plus

remarquable du rouet, et mérite le plus d’attention; représentée isolément (Fig. 6 ), elle est composée de plusieurs pièces qu’on voit séparées : toutes les pièces qui la composent sont: 1°la broche ; 2° l’épinglier; 3° la bobine proprement dite; 4° la noix. La broche ( Fig. 7) est une tige en fer lisse, arrondie et légèrement conique; elle est forée à sa base depuis 1 jusqu’à 2; sur cette longueur le trou se trouve dans l’axe même de la broche; au point 3 se trouve un autre trou oblique qui se combine avec celui-ci; les deux trous sont disposés de manière que l’on puisse introduire le fil par l’un et le faire sortir sans empêchement par l’autre; l’épinglier LA est fixé sur la broche au point 4 ; cette pièce recourbée comme on le voit n° 4 et b, est armée sur ses bords de plusieurs petits crochets en fil de fer ou de laiton; la bobine (Fig. 8) estenfilée sur la broche , elle est terminée d’un côté par un rebord z et de l’autre par une poulié 4. La noix ( Fig. 9) contient et serre la bobine sur la broche ; sa forme est celle d’une F2 poulie ordinaire, à l’exception qu’elle a une! bosse m»m. On ne peut enlever de dessus la bro-!

che l’épinglier , mais on péut en ôter la bobine et la noix.

Tout l’assemblage que l’on nomme bobine est soutenu par les deux marionnettes } /, dont chacune porte à sa partie supérieure un morceau de cuir percé d’un trou dans le milieu, et qui tient à la marionnette par deux petits tenons ; c’est dans ces morceaux de cuir que passent les extrémités de la broche, et l’on a pratiqué à l’une d’elles un petit rebord s pour la retenir contre le cuir. La bosse #2 de la noïx a pour but de diminuer le frottement contre le cuir opposé, et il est d’indispensable nécessité que la bobine, l’épinglier et la noix tournent avec la broche comme s'ils ne faisaient qu’un seul tout.

Pendant que la fileuse tire et mouille la filasse , l’action du rouet tord le fil et l'enveloppe sur la bobine; elle fixe d’abord un bout de fil sur le milieu de sa bobine, qu’elle fait passer sur la première dent de l’épinglier la plus rapprochée de la base de la broche; de là le fil entre dans le trou 3 de la broche ( Fig. 9), et on le fait sortir par le trou 1; on le dirige vers Ja quenouille en le tenant entre l’index et le doigt du milieu de la main droite, La fileuse est assise devant son rouet, vis-à-vis la pédale au moyen de laquelle elle met en mouvement la

roue À et la bobine C. Le fil, fixé d’un bout sur.

le milieu de la bobine, engagé sur une des dents de l’épinglier, et sortant par le trou de la broche , tourne aussi sur lui-même, et il éprouve une torsion d'autant plus grande qu'il s’enroule plus lentement sur la bobine et vice versé. À mesure que le fil se tord, il glisse sur le trou de la broche et sur la dent de l’épingher , et s’entortille sur la bobine. Avec la mouillette qui se trouve devant elle, ou avec sa salive, elle humecte son fil lorsqu'elle le juge nécessaire ; elle le fait passer dans une dent de l’épinglier, et ensuite dans une autre, jusqu’à la fin pour le répandre également sur toute la cavité de la bobine. Parvenue à la dernière dent, elle rétrograde et revient à la première , en passant successivement par chacune des dents intermédiaires.

il de Flandre. /

Pour faire la dentelle et les points , on confectionne en Flandre du fil si fin, si délicat, si précieux avec un rouet qui est mis én mouvement avec la main, parce que celui dont nous

venons de parler tournant avec trop de rapt-

dité le fil devient cassant par l'excès de torsion. La quenouille est un roseau ou un bâton léger d'environ trois à quatre pieds de longueur, de manière que son renflement diminue par degrés et finit au bout le plus près duquel il commence: ce bout est percé vers la pointe, pour recevoir un ruban. Le lin est disposé par petits cordons; on étend un de ces cordons sur une table, on l’aplatit en le tirant sur sa largeur, quand il est bien aminci, on pose sur l’un des deux côtés élargis le bout renflé de la quenouille de manière qu’elle soit couchée longitudinalementsur la longueur des brins de lin; on la tourne lentement, de manière que le lin soit roulé dessus, on le maintient ensuite à l’aide du ruban placé en spirale en le serrant beaucoup moins par en bas que vers le haut. Si dans cette partie les brins de lin excèdent la longueur de la quenouille, on le replie légèrement sur elle, et de l'extrémité du ruban qui reste après l'avoir arrêté en bas on enveloppe ces brins en haut pour les conserver propres et sans danger d’être rompus ou mélés. La filasse roulée de cette manière a la forme d’un cône dont la pointe est à la partie supérieure de la quenouille, qui , après avoir été chargée se place

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à la ceinture au côté gauche ou dans une mortaise pratiquée pour cela au bras mouvant du rouet fixé sur une table à des poupées ou de toute autre manière.

Souvent l’on n’a recours qu’à un simple bâton fendu, dans lintervalle duquel on introduit l’extrémité du cordon de lin extrêmement fin, et qu’on laisse pendre dans toute sa longueur sur la quenouille, où il est maintenu par un ruban. Il n’est pas fixé à la ceinture de la fileuse, encore ‘moins à son rouet; mais il est implanté dans la terre aussi droit qu'il est possible. La fileuse place le rouet devant elle, la manivelle à portée de sa main droite et la quenouille assez rapprochée de sa main gauche, destinée à en tirer la filasse sans éprouver la moindre géne. Elle en prend un peu, qu’elle tord entre ses doigts; elle en fait un bout de fil qu’elle fixe à la bobine, en le faisant passer sur une dent de l’ailette et dans l’œillet de la broche qui la porte : alors, tournant la manivelle, elle continue de tirer la filasse par portions égales et à tourner la roue du rouet d’une manière aussi douce qu’elle doit être régulière et légère. Deux ou trois brins de En qu’elle prend chaque fois suffisent pour for-

mer la grosseur de son fil ; elle les sépare avec

le doigt du milieu, puis les tord avec le pouce

et l’index, qu’elle mouille avec sa salive ou par

le moyen d’une éponge humide placée près de son rouet. Toutes les qualités du fil, et sa beauté surtout, dépendent absolument du soin, de l’habitude et de la plus ou moins grande dextérité des fileuses; toujours placées dans des lieux humides, à l’abri de l’air et de la lumière, elles ont coutume d’ajuster un morceau d’étoffe noire sur le bras qui soutient leur quenouille, dans l'intention de faire ressortir le brin de lin et de pouvoir s’aider à le distinguer pour juger de la grosseur du fil.

V Rouet à va-et-vient sans épinglier.

Dans le mécanisme du rouet ordinaire dont nous venons de parler, on est sujet à éprouver quelques inconvéniens remarquables : d’abord, le frottement du fil sur les épingles de l’ailette les rend non seulement très faciles à casser, mais encore cela se répète très souvent. Lorsque cela arrive, l’extrémité rompue se trouve cachée dans les tours envidés auparavant sur la bobine ; il faut toujours perdre du temps pour

la retrouver; c’est pourquoi plusieurs artistes ont cherché les moyens de parer à ces défauts.

Celui de M. Antis a recu l'approbation de la Société d’Encouragement de Londres : la g. ro

représente ce rouet, dans lequel l'épinglier est entièrement supprimé, et se trouve remplacé par un mouvement de va-et-vient adapté à la

bobine.

L’extrémité de l’axe horizontal de la grande roue aa est taillée en vis sans fin, qui engrène avec un roue dentée b, au plan de laquelle se trouve adaptée une courbe en cœur (elle est séparée, fig. 11). La roue b a cent vingt dents ; la courbe en cœur communique un mouvement |

d'oscillation au levier dd, mobile autour du point x ; à cet effet ce levier a une branche ou mentonnet, qui est tiré et poussé alternative ment à chaque révolution de la courbe.

L’extrémité supérieure du levier dd est fourchue, et embrasse la broche de la bobine entre la noix y et la bobine proprement dite z. On concevra aisément, d’après ce qui vient d’être, dit, que le mouvement oscillatoire du levier da doit nécessairement communiquer à la bobine : un mouvement alternatif de translation hort.

zontale le long de la broche. Ce mouvement donne la facilité de supprimer l'épinglier, et il suffit de placer une seule échancrure à l’extrémité de l’ailette 2. On pourrait, à la rigueur, supprimer la seconde ailette Æ; mais elle sert à remplacer l’autre dans le cas où son échancrure casserait. L'effet du va-et-vient qui vient d’être indiqué est d’enrouler les fils sur la bobine en lignes spirales et en sens contraire les uns des autres. Cette disposition particulière présente plusieurs avantages : 1° si le fil casse, il est retrouvé et relevé sur-le-champ ; 2° la fileuse gagne le temps qu’elle perd en se servant des rouets ordinaires , pour changer le fil d'un crochet à l’autre sur l’épinglier, et l’on à calculé que le temps employé infructueusement par cette manœuvre’est de plus de deux heures par journée de travail, La broche est soutenue Y'un côté par un œillet de cuir adapté au monlant fixe r, et de l’autre par une poupée 77, qui une branche fixe et une mobile, et cela pour >ouvoir enlever la broche toutes les fois que d'bobine est remplie de fil. La branche r tourne wtour du point z:; un crochet arrête cette

franche mobile et la réunit à celle qui est fixe.

jl

Rouet à filer la laine... f

Une tablette aa, garnie de tous côtés par des rebords et soutenue par quatre pieds à 15 pouces environ du sol, sert de base à ce rouet; deux montans plus ou moins forts bb supportent la roue À garnie d’une mañivelle C, et qui peut avoir deux pieds de diamètre ; sa circonférence est faite avec de la volige très mince, pliée sur

elle-même, large de trois ou quatre pouces. La

bobine B est absolument pareille à celle du rouet à filer le chanvre et le lin. La broche 1, n° 1 et n°2, peut avoir jusqu'à vingt-cinq à

er

vingt-six pouces de long; une moitié estensaillie M

hors des marionnettes 2 2 qui la supportent. Les "

ailettes 33 remplacent l’épinglier de l’autre”

rouet; elles ne sont pas même garnies de cro-

chets en fil de fer; un seul crochet est fixé sur" un morceau d’étoffe qui embrasse une des ailettes, et qu’on fait aller et venir suivant le besoin. On préfère ordinairement pour ce rouet

les ailettes à crochet mobile à l’épinglier, parce“ que la laine, étant plus molle et beaucoup plus“ velue que le chanvre et le lin, s’accrocherait.

continuellement ; elles distribuent d’ailleurs

également la laine filée sur la bobine en faisant aller et venir le seul crochet qu’on mette en usage. Outre les ailettes, la broche 1r porte avec elle une noix, une bobine 6 et une mouquette 7, vue isolée dans la g. n° 2. La noix en buis varie de diamètre depuis six jusqu’à dix lignes, composée de trois gorges; on fait passer dans celle du milieu la corde sans fin qui enveloppe vis-àvis une moitié de la roue A. La bobine est un cylinäre en bois creux avec un rebord à ses extrémités pour retenir le fil qui s’enveloppe à sa surface à mesure qu'on le tord. La mouquette 7 est un petit cylindre fabriqué avec une matière osseuse ; le fil traverse un petit trou x creusé dans son intérieur, et qui sert à remplacer celui de la broche du rouet à filer le lin. Dans toutes les parties tournantes, la broche est cylindrique, tandis qu’elle est carrée partout où elle doit retenir les pièces qui lui sont jointes, et qu’elles puissent en même temps subir les mêmes mouvemens de rotation.

ILest préférable, pour soutenir la broche dans les marionnettes, de se servir de cuir

épais dans lequel on pratique une ouverture

suffisante, plutôt que d'employer des tresses de

paille, qui sont trop sujettes à se dérangeret à produire un frottement inégal, ou bien encore des débris de vieux chapeaux, qui sont extrémement sujets à se gonfler dans les temps humides. y | | La jig. 1 représente lerouet à simplé broche employé pour filer la laine cardée yla bourre de soie et celle de coton; beaucoup plus élevé

au-dessus du sol, sa roue est plus grande; on

la met en mouvement sans manivelle, en appuyant la main sur un des bâtons de la roue.

Dans celui-ci la broche, beaucoup plus longue et plus grosse, se trouve placée dans deux petites barres transversales fixées dans les pou-

pées. Quant à sa pointe, elle est en saillie de 7

à 8 pouces au-delà des supports; dans son mi- |

lieu se trouve une noix en buis dans laquelle passe la corde sans fin : celle-ci est ouverte ou croisée. Dans le premier cas, le mouvement peut être très accéléré, et on opère de gauche à droite; dans le second, c’est le contraire : ce qui sert à obtenir un degré de torsion plus ou moins grand suivant le besoin: : Use: EN

Pour filer on commence par envelopper la»

broche avec une bande de: papier ; ensuite,

placée debout devant son rouet, la fileuse tient de la main gauche un bourgeon, ou loquette ; elle en tire une partie qu’elle attache vers le . milieu de la pointe de broche, puis, en faisant tourner la roue avec la main droite, elle étire en élevant la main gauche en face de la broche, . en divergeant un peu, et en laissant échapper tout ce qui est nécessaire pour faire son fil. Arrivée à toute la longueur de son bras, elle arrête de tourner ; ensuite, par un petit mouvement en sens contraire, pour relâcher laiguillée tournée sur la broche, elle rapproche le bras et tire le fil de manière qu’il soit à angle droit avec sa broche, et avance sa main à mesure qu’elle enveloppe son fil. Tant que dure le bourgeon ou loquette, elle continue jusqu’à ce qu'elle en réunisse un autre pour suivre toujours les mêmes manœuvres.

Enfin si l’on emploie des roucts différens pour filer les matières peignées et les matières cardées, c’est que leur étirage diffère aussi beaucoup ; car dans les dernières les filamens courts et bouclés leur permettent de se suivre et-de s'unir d’une manière aussi facile qu’elle estré-: gulière , surtout si elles ont été bien apprêtées;

14 MANUEL aussi une fileuse de laine n’a jamais besoin de quenouille : il lui suffit de prendre un bourgeon ou une loquette de la main gauche, et avec les doigts elle en règle la sortie suivant la grosseur ou la finesse du fil qu’elle veut avoir, et toutes les fois qu’elle s’éloigne de la broche en élevant le bras. Voir ce qui est relatif a la bonneterie d'estame ou drapée/

Mais pour leslfnatières peignées f dont les : filamens sont droits, lisses, plus ou moins roïdes, il ne peuvent s’entr’unir qu'avec la plus grande difficulté ; on est même obligé de les mouiller «

presque continuellement pour faciliter leur ad- À hésion; et, quoique assez souvent il pourrait être fatigant et même dangereux pour la fileuse | de le faire avec sa salive, il n’en est pas moins « vrai que c’est ainsi que l’on peut obtenir le fil | le plus beau et le meilleur. % L |

Rouets composés «|

En se rappelant pour le moment que, lorsqu’on veut filer, il est de nécessité absolue d’étirer, de tordre et envider; que, par le moyen \ d’un simple fuseau , la fileuse exécute toutes ces manœuvres avec les mains, que dans le méca-

DU BONNETIER. nb

nisme du rouet elle étire d’une main seulement, et que tout le reste s’exécute, soit avec un pied “en appuyant sur une pédale, ou avec la main par une manivelle, ou bien encore en agissant sur les bâtons de la roue avec les doigts : toutes ces opérations plus ou moins fatigantes ont éveillé l’attention des mécaniciens , et depuis assez long-temps ils ont trouvé dans les rouets composés la faculté non seulement de ne pas fatiguer la fileuse, mais encore d’étirer son fil avec une plus grande prestesse, et beaucoup plus régulièrement : elle peut filer des deux mains à la fois. Ainsi ils ne font qu’une réunion de plusieurs rouets simples mis en mouvement tous ensemble par un seul et unique moteur, devant chacun desquels s’assied une fileuse qui agit sur deux quenouilles placées l’une à côté de l’autre. Il est donc nécessaire qu’ils puissent remplir les conditions suivantes : 1° que chacune des fileuses puisse suspendre à volonté l’action du rouet devant lequel elle se trouve, sans que le travail des autres en soit interrompu er aucune manière ; 2° qu’elle soit aussi dans la pos- Sibilité de suivre sa volonté en accélérant ou bien en retardant la vitesse de sa bobine. Le

rouet composé de M. Price est un des meilleurs

que l’on. connaisse pour remplir ces diverses

conditions. La fg. 15 de la planche représente « un des rouets simples dont la réunion forme ce rouet composé. La bobine a est soutenue par «

un. support mobile bb; ce support est une planche verticale mobile entre deux rainures qui sont pratiquées dans le montant fixe cc. La planche bb peut donc avoir un mouvement d’é-

lévation et de dépression : le premier lui est M

donné par le poids p, le second par la pédale q.

Ainsi, en supposant qu’une courroie soit mobile horizontalement, au-dessus de la noix e de

la bobine, le support bb est obligé, par le poids P; de monter autant qu’il est nécessaire pour

être soumis au frottement de la courroie qui «

fait tourner la noix e et sa bobine. IL faut

encore que ce frottement ne soit ni trop, fort e F LJ

ni trop faible; car dans le premier cas il absor-

berait trop de force motrice, dans le second | la bobine ne tournerait pas, ou son mouve-

ment ne serait pas régulier. Pour remédier à ce

double inconvénient on peut en rendre le poids «

variable au moyen d’une boîte dans laquelle on met des objets plus ou moins pesans. La pédale

En

+ y Ets

q agit dans un sens opposé, elle fait descendre le support bb pour placer la noix e de la bobine hors de la portée de la courroie. Alors, toutes les fois que la fileuse désire interrompre le mouvement du rouet devant lequel elle est placée, elle comprime la pédale 9; une fois lâchée, le poids p fait remonter le support bb, et la bobine recommence à tourner. Tandis que lorsqu'elle veut s’absenter ou se tenir éloignée de son rouet ; elle fait descendre la pédale, ensuite elle fixe le support bb, au moyen d’un crochet qui l’empéche de remonter.

… Dans une circonférence de 30 pieds environ, on peut placer cinquante rouets semblables à celui dont il vient d’être question, une bande circulaire de bois mince correspond immédiatemant sur les noix des bobines comprimées sur le cercle par action des poids adaptés à chacun des. rouets , le cercle est lui-même soutenu par des tringles de fer convergentes qui l’unissent à l’axc vertical tournant : ce cercle frotte toutes les noix des bobines qui, également comprimées par leur poids, tournent toutes avec une vitesse absolument la méme. Cependant, pour en augmenter ou en diminuer la vitesse, il suffit d’ôter

la noix de la bobine, et de la rempiacer.par une autre de diamètre proportionné à la vitesse que l’on veut obtenir. On garnit avec une toile de couleur le cercle tournant, pour ne 5 Gr tiguer la vue des fileuses.

Depuis qu’on file à la mécanique toutes les matières cardées, on n’emploie plus guère les rouets composés que pour celles qui ont été peignées, et surtout le chanvre et le lin; par

leur moyen, on peut obtenir d’assez beaux fils

pour la batiste, et même pour la dentelle; enfin ces rouets composés, où chaque fileuse

peut étirer deux fils ensemble, sont préférables à toutes les mécaniques inventées pour le même

objet, car celles-ci sont loin de ne plus rien laisser à désirer dans les produits de la filature qu’on en obtient. #

Un commissaire de marine, M. Delfosse, à fait construire à Venise quatre re ces rouets sur de grandes dimensions : il plaçait devant jusqu'à quatre cents ouvrières; ils étaient mis en mouvement par de grandes roues dans lesquelles on faisait marcher quatre hommes; à l’aide d’une chaïne sans fin : toutes les bobines, dis-

posées parallèlement et sur deux rangs, tour

CR Eee M —

DU BONNEYIER: 79 paient à la fois, et chaque fileuse pouvait à volonté arrêter ou remettre en mouvement la sienne; pour l’ordre, on avait séparé l'endroit où se trouvaient les roues motrices d’avec celui où se trouvaient réumies toutes les fileuses.

| / / , Q 4 } « Des mécaniques à filer. l/

Particulièrement destinées à effectuer létirage, les mécaniques à filer peuvent y arriver par trois méthodes différentes: la première en l’opérant à pince et à chariot , la seconde par deux ou trois couples de cylindres à vitesse différente, la troisième enfin par cylindre etchariot.

On se sert de la première pour filer la laine

cardée ; les deux autres servent à filer le ceton ; les unes sont des autant les autres sont des mécaniques continues. Nous n’entrerons pas ici dans tous les détails relatifs à ces trois modes d’étirage : on peut à leur sujet consulter le Manuel du filateur en général, qui fait partie de notre collection. Cependant nous ne craindrons pas de dire, puisque l’occasion s’en présente, quelque chose sur les progrès de la “filature en France.

Dans l’année 1780, lorsque Roland de la

Plätrière donna des notions-exactes sur l’art de fabriquer levvelours de coton, il assura que plusieurs manufacturiers possédaient, bien longtemps avant, non seulement des machines à carder les loquettes, de grands rouets à broche pour les filer, mais encore des mécaniques à chariots au moyen desquelles on pouvait filer très fin jusqu’à vingt fils à la fois.

Vint-ensuite M. Martin, qui, en 1984, obtint

le privilége exclusif pendant douze années pour la construction des machines au moyen desquelles il pouvait préparer le coton et la laine, les carder en rubans, les étirer et filer en gros et en fin, les doubler et les tordre en même temps. À l'exposition des produits de l’industrie, en l’an 1x ,°M. Delattre présenta des co-

tons filés à l’Épine, près Arpajon, avec ces mé-

caniques continues, qui allaient jusqu’au n° 160, par 700 aunes à l’écheveau , etils obtinrent alors la première distinction. .

Le 8 octobre 1785, le gouvernement accorda

à M. Min, connu dans ce genre de mécaniques,

une somme de soixante mille francs, un local,

avec des appointemens de six mille francs par |

an, et une prime de douze cents francs pour

DU 3ONNETIER. 81

. chaque assortiment de machines qu’il justifierait 4 avoir livré aux manufacturiers français, à condition qu'il laisserait au dépôt des arts et métiers un assortiment complet de mécaniques à filature continue ; qu'il dirigerait lui-même l’atelier où elles seraient construites, afin d’en pouvoir livrer à ceux qui en feraient la demande. Depuis ce moment il les a singulièrement perfectionnées ; elles n’ontmême pas tardé à être parfaitement connues; tous les changemens qu’on y à faits les ont rendues d’un usage aussi facile que leur entretien est devenu moins dispendieux. Maintenant le principe de toutes lestmécaniques à filature continue est dans la découverte du laminoir, composé de deux et de trois paires de cylindres à étirer montés sur une seule cage. Auparavant , loin d’être propres à filer, les cylindres à étirer n'étaient que des machines à tordre ; et pour filer, non seulement il est nécessaire de tordre , mais encore d’étirer en même temps, ou plutôt distribuer les filamens en plus petit nombre sur une longueur plus grande, ce dont la fileuse était chargée. Actuellement son travail se fait par une machine qui étire successivement le coton

en ruban par plusieurs paires de cylindres qui le compriment, et dont la vitesse de rotation augmente d’une paire à l’autre, de manière que les premiers, après avoir tiré le ruban à la longueur d’un mètre, les seconds le tirent à trois mètres : aussi les filamenis distribués sur un mètre de long devront être de trois derrière ceuxci: par conséquent il y en aura trois fois moins

sur les premiers, et quand même la distance en-

tre les cylindres serait plus grande que la longueur du filament , il est impossible que les fils se rompent, et si elle n’est pas de beaucoup

plus grande, ils pourront se soutenir les unset

Jes autres, et dans l’étirage ils seront parallèles.

Quelle que puisse être la différence dans les moyens d'exécution, toutes les mécaniques à filer continues reposent sur le développement de l’idée que nous venons d'exposer, et le coton filé de cette manière, aussi égal qu'il est bien tordu, convient parfaitement pour les chaïnes de toutes les étoffes que l’on exécute en coton. Mais il était loin d’être bon pour la trame : il ne présentait pas d'économie; mais les mull- Jenny, en y adjoïignant deux autres moyens, produisent une filature qui joint à la douceur

légalité de la filature continue qu’on obtient des mécaniques à chariot; ontre la trame pour les étoffes, elle fournit aussi la chaîne, parce que l’on peut tordre à volonté, En 1789, MM. Morghan et Mussey firent construire, à Amiens, un mull-Jenny de cent quatre-vingts broches, qui réunissait tout ce qui était nécessaire pour faire le plus beau fil. Le 25 novembre 1789, ils obtinrent douze mille francs d’indemnité et frais de construction: on en avait déjà accordé six à M. Pickfort pour en avoir construit un de quatre-vingts broches pour le gouvernement:

il fait partie, ainsi que ses cinq machines préparatoires, des modèles conservés au dépôt royal des Arts et Métiers.

Malgré tous ces antécédens, ce nouveau genre de filature présentait encore des incertitudes lorsque MM. François et Lieven Bauens l’établirent, l’un à Gand et l’autre à Passy. Tous deux ont cherché tous les moyens d'arriver à ce qu’il peut y avoir de plus parfait dans toutes les pieces qui composent le mull-Jenny, en les faisant exécuter par les meilleurs ouvriers, et ils sont venus à bout d'obtenir les produits les plus avantageux ; aussi ce n’est que depuis leur éta-

blissement que la filature du coton en France 4 a pris un nouveau degré d'énergie. Ils ont réel= . lement stimulé la concurrence par leur succès: c’est même de la filature de Passy que sont sortis les meilleurs ouvriers et les meilleurs mo-

dèles à suivre pour établir en grande Du dévidage.. /

Après la filature, dévider c’est faire passer les fils de lin, de laine et de coton des bobines | ou des fuseaux sur un asple/ou dévidoir, pour les réduire en écheveaux On peut l’exécuter arbitrairement ou d’une manière déterminée : | | dans le premier cas, on dépouille les fuseaux de 4 . tout le fil dont ils ont revêtus, pour le disposer % en écheveaux, sans faire attention à tout ce qui peut y entrer: les instrumens dont on se sert. pour cet objet sont extrêmement simples.

L'asple représenté ( fig. 14 ) consiste dans une tige en bois aa traversée par deux bâtons bd qui se croisent à angles droits. On peut y. voir d’une manière précise comment l’écheveau cc est disposé sur cet asple. Lorsqu'on veut l’en tirer, il suffit d’ôter un des bâtons à ou 4.

Celle qui est indiquée ( fig. 15 ) est de même

D pe Cet D Es A2 es e. 24

EE

| aussi simple que bien connue, composée d’un l'axe a garni de quatre ailes que l’on fait tourner à l’aide d’une manivelle &. La bobine est placée en c sur deux petits supports. La devideuse attire le fil de la bobine sur l’une des ailes de l’asple, et le mouvement qu’elle imprime à la manivelle enroule le ‘fil et en fait un écheveau. Parvenu à une grosseur convenable , elle rompt le fil, dont ellé fait tourner l'extrémité plusieurs fois autour de l’écheveau, en formant des nœuds coulans ; elle repasse et noue encore quelques fils à deux ou trois autres endroits dans le courant de l’écheveau, pour PRÉSNSR qu'il ne se méle.

| Le dévidage est indispensable toutes les fois que le fil doit passer aux différens apprêts du blanchiment et de la teinture. Souvent encore on est forcé d’y avoir recours pour le classer suivant son degré de finesse et pour fixer son numéro. Enfin il faut faire en sorte que tous les échéveaux soient pareils, qu’ils aient à peu près (a même longueur de fl; car on ne peut pas lui donner de valeur sans en déterminer le poids, qui dépend toujours de sa finesse. C’est même

de l'exactitude dans le numérotage du coton « | ; 8

que sont fixées les ordonnances royales relatives auxquelles les manufacturiers sont tenus de se conformer. : H 1% |

Ainsi la longueur du fil qui compose un éche- | veau dépend d’abord de la périphérie de l’asple, ensuite du nombre de tours qu’elle fait. Ces deux choses connues, il est facile de déter- * miner le nombre de tours ane l’asple doit faire ! pour former un écheveau* c’est pourquoi l’on a établi à l'extrémité de l’axe tournant du dé- 4 vidoir un engrenage tellement combiné, qu’a-% près le nombre de tours révolu, une cheville adaptée à l’une des roues dentées de l’engrenage À agit sur un marteau qui frappe et avertit la dé-" videuse de s'arrêter, parce que l’écheveau est" entièrement achevé. Lorsqu'on ne veut pas dégarnir l’asple à tous les écheveaux, on le fait as-w sez ample pour qu’il puisse en contenir plu- Ë

sieurs placés les uns à côté des’autres. Enfin,"

mi

quoique le dévidage avec une mesure détermi-k née fournisse le moyen, en le pesant, de juger: de la finesse du fil, ce n’est qu’en cherchant sa force qu’on pourra avoir une idée exacte den sa bonté.On peut y parvenir de deux manières,"

soit en suspendant à une de ses extrémités un}

petit plateau de balance dans lequel on place des poids jusqu’à ce qu'il vienne à se rompre, soit à l’aide d’un peson : à ce sujet M. Régnier a imaginé une manivelle à ressort pour comparer et apprécier le degré de bonté et de régu- Marité des machines à carder et à filer.

|} La manivelle représentée fig. 16 et fig. 17 l'est destinée à peser continuellement la force du moteur- et les variations successives qu’elle éprouve. ‘Le manche a de la manivelle est ‘adapté à l'extrémité d’une branche flexible bb , | qui est en acier trempé; un bout de la lame est solidement fixé dans une fente c, pratiquée dans | le métal qui environne l’œil x de la manivelle : | cet œil carré, pour recevoir l’arbre de la machine que l’on éprouve, porte une plaque de ‘pression d garnie d’une vis de rappel f dont | l'objet est de faire adhérer avec force l’œil de | la manivelle à l'arbre de la machine.

A l'extrémité de la manivellé%se trouve un arc de cercle gg divisé en vingt-cinq degrés qui valent chacun un kilogramme , division qui a été tracée en Suspendant du poids au manchè | de la manivelle. L’extrémité de l’arc de divi- | sion est relevée pour former un point d'arrêt

88 MANUEL | au ressort, afin qu’on ne puisse pas le forcer lors-* qu’on s’en sert. La partie mobile du ressort est. en outre, soutenue par une bride qui l'empêche de s’écarter de l’axe de division sur lequel sont disposées quatre petites chevilles 24h en fil de“ laiton , à la distance de cinq degrés les unes des”

autres. Ces quatre chevilles correspondent à un« index d’acier #2 ( fig. 1) attaché au ressort lprès M du manche de la manivelle, en sorte qu’en ap-" puyant la main sur le manche on peut juger par apercu de toutes les variations qui s’opèrent dans le mouvement de rotation. A cet arc de di-" vision est attaché un second index £ fait en basane huilée, qui coule sur un fil de laiton ajusté sur l'arc de division; il est poussé par celui d’a-! cier, qui le laisse au point du maximum de Pac-! tion qu’on a employée pour mettre la machine # en mouvement.

Cette manivelle exige’ des précautions, et il faut la conduire modérément, en évitant les secousses qui produiraient erreur ; il est même | | nécessaire de répéter plusieurs fois la même # expérience pour.bien s'assurer des effets; enfin | l’on termine par prendre le terme moyen‘ des” différences que l’on a trouvées. |

Du pelotage. / |

‘ On désigne sous ce nom de pélotage ñne ma- | nière de dévider particulière, employée pour transformer les écheveaux en pelotes,/La fig. 18 ‘représente la machine la plus communément employée pour le faire : elle a pour base un plateau circulaire aa environné d’un rebord servant à retenir les pelotes, qu’on y dépose lorsqu'elles | ‘sont terminées. Du centre de ce plateau s'élève ‘une tige à perpendiculaire qui supporte la croiï- | .sée tournante ce dont les quatre branches sont | “susceptibles de plier en 4. L’écheveau est tendu par quatre chevilles ff, qu’on éloigne plus ou “moins du centre en les plaçant dans les trous | pratiqués sur les branches de la croisée; audessus se trouve une espèce de sébile en bois » | dans laquelle on dépose la pelote commencée quand, par circonstance, on est obligé d’interrompre l’action du dévidoir-

Du retordage.

Dans toutes les occasions où l’on est obligé } d'employer des fils plus ou moins forts, on par- Vient facilement à les rendre tels en les retor-

90 MANUEL ‘= dant, c’est-à-dire en les réunissant plusieurs ensemble de manière à n’en former qu’un seul qui puisse résister au frottement et ne pas s’écorcher ou se casser lorsqu'on veut les faire passer à travers des tissus serrés ou compactes: « : tels sont les fils à dentelles, quoique d’une finesse extrême. Le coton, la laine peignée, se retordent aussi ; d’abord on les double triple ou quadruple parallèlement; on les retord ensuite en les entortillant toujours dans un sens opposé à la torsion provenant de leur filature ; enfin, lorsque la première torsion n’est pas suffisante pourles réunir, on les tord seuls et légèrement, mais toujours dans le premier sens. Quoi qu’il en soit, on exécute le retordage de deux manières : l’une est mise en usage par les fileuses des villes ou des campagnes ; l’autre dans les manufactures, à l’aide des mécaniques. La première se fait à l’aide d’un fuseau où d’un rouet; avec le fuseau , on dévide et l’on pelotonne deux ou trois fils simples ; on les réunit par une boucle fixée sur le fuseau, que l’on tourne en le lançant et en lui fournissant leJfil du peloton à mesure qu'il se tord. Lorsqu'on le juge assez roulé sur lui-même, on reprendile fuseau pour étendre et maintenir

| de fil en situation, le mouiller avec les lèvres Nimprégnées de salive , le passer très tendu , en le frottant sur un genou et enfin l’envider. Avec | ‘le rouet, la fileuse dispose, après les avoir mouillées, autant de pelotes à fil simple qu’elle désire en réunir; elle les attache toutes à sa bobine ; elle les prend de la main droite, en étendant le bras; ensuite, après avoir donné une action plus ou moins long-temps continuée à son rouet, suivant qu’elle veut plus ou moins retordre , et en faisant un angle droit avec la broche, par un léger mouvement contraire, elle le détache , et le renvide promptement , en tournant la roue, et en approchant son bras, qu’elle tient toujours tendu pour éviter les coques.

Dans les manufactures , on emploie les mécaniques à retordre, qui ne sont différentes de celles à filer que parce qu’elles n’ont point de pinces, point de cylindres et point de chariot. Une machine continue sans lamineirs serait une {machine à tordre. Pourvues d’un assemblage plus ou moins {rand de bobines, sur lesquelles sont enveloppés les fils à tordre; on les prend à aïlettes pour le chanvre, le lin et la soic. Les “bobines à buhot sont sans ailettes, pour les

bonnetiers, lesfabricans de bas fig. 19 . Ces

bobines ont une forme conique ; leur axe, sur « RL elles tournent, traverse le buhot, qui porte #

à sa base une espèce de plateau 4, b, avec renflement à la partie supérieure ; le fil qui l’enveloppe ressemble à un cône dont le renflement c lui sert de soutien. Des guides servent à diriger les fils depuis leur sortie des bobines pour passer sur le dévidoir, dont l’asple

reçoit les fils tordus, qui alors se trouvent disposés régulièrement sur sa périphérie, en y

prenant la forme d’écheveaux.

Ce tordoir, un des plus simples, est représenté (fég. 20). Toutes ses bobines aaa sont placées horizontalement ; sur le devantse trouve un guide db composé d’une verge en bois bien lisse et bien unie, ajustée dans les bras saïllans cc, qui sont eux-mêmes pourvus d’un léger .mou-

vement de rotation autour de l’axe 4, muni.

d’une vis de pression: par ce moyen, on le

place convenablement, et l’on dispose ainsi les

fils dans la direction du prolongement des axes des bobines; ils se replient ensuite sur la barre bb du guide, pour se diriger sur le dévidoir ff.

Si l’on tourne la manivelle #1, les bobines et

. lasple tournent ét se meuvent ensemble dans | un degré de vitesse qui convient à chacun, ii par lemoyen d’une poulie z et d’une fusée p à plusieurs gorges implantées dans l’axe de la . manivelle. Une corde sans fin, incrustée dans Ë les poulies z et o, faittourner l'axe g, qui en porte ‘une troisième » sur laquelle passe une autre corde sans fin qui imprime le mouvement à toutes les bobines à la fois. La corde, après avoir embrassé la poulie », se croise, passe sur les noix des bobines’, et se replie en dessous des | petites poulies xx, qui sont fixées à des tasseaux mobiles 2*2 placés de manière à donner à la corde sans fin le degré de tension convenable.

L’asple ffest mise en jeu par une autre corde sans fin qui passe sur une des gorges de la fuséep: c'est pour la tendre comme il convient qu'on y a pratiqué des gorges de diamètres différens. La corde sans fin se replie sur trois rouleaux yyy avant qu'ils puissent arriver à l’asple pour être dirigée et disposée dans le plan qui passe par son extrémité.

Ce retordoir peut être placé partout; mais comme il ne porte qu’un très petit nombre de

bobines , on a fait des moulins à retordre qui

peuvent en porter un nombre indéterminé. Les courans d’eau, les manéges, les machines à

vapeur, leur impriment le mouvement de ro-

tation qui leur est nécessaire. Quoique toutes … soient pourvues de bobines, de guides , et d’as-

ples, établis d’après leur dimension respective, il y en a des ronds, des carrés; ils peuvent même avoir une forme ovale, calculée sur les localités ; ainsi ils ne peuvent guère différer de celui dont nous avons donné la description, que par leur étendue plus ou moïns considérable, et surtout d’après leur charpente ou le bâtis qui leur sert de cage. Nous n’entrerons pas ici dans les détails de leur description, parce qu'il faudrait répéter tout ce qui les concerne. Voyez le Manuel du filateur.

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