MÉCANISME DU TRICOT SIMPLE ET A L’AIGUILLE
Pour parvenir à se rendre un compte exact du tricot et de son mécanisme, il faut d’abord supposer une broche ou aiguille garnie d’un premier rang de mailles : pour cela on ne prend qu’une seule, aiguille qu'on tient de la main droite, ayant le fil passé sur l'index; on maintient des deux doigts suivans, qu’on ferme, la suite de ce fil sous lequel passe encore le petit doigt. On attire de la main gauche autant de fil qu’il en est à peu près besoin pour la quantité de mailles que l’on veut former ; puis, se servant de l’index de cette main gauche comme d’une seconde aiguille, on le place sous le fil pour tenir celui-ci élevé, de manière que le bout en est repris par le pouce, rapproché des autres doigts de cette main, et que la partie qui est sur l'index forme une sorte d’anneau qu’on ouvre avec l'aiguille pour y attirer la suite du fil, ainsi que nous l’avons indiqué plus haut à
la formation des mailles en général. Maisilest nécessaire, et il faut absolument , pour la pre-
mière maille, passer le bout du fil, que doit retenir le pouce de la main gauche, dessus la partie du même fil qui va de l’mdex de la main droite à celui de la main gauche, afin qu’il se trouve croisé au-dessous de l’anneau, et que la première maille qu’on y attire soit arrêtée de même.
Ainsi, l’aiguille étant garnie d’une première tte de mailles, on passe l’extrémité de la seconde sous la dernière maille formée pour attirer, dans cette maille, la suite du fil qui a servi à la former; cette suite de fil entre en double dans la maille, et en forme une nouvelle, qui, par son passage dans la précédente, l’arrête, et qui est elle-même arrêtée par l'aiguille
qui a servi à la former. La première maille
n'ayant plus besoin d’être soutenue par l’aiguille, on la fait échapper : elle est le principe
du tricot où du tissu à mailles que l’on désigne
dans le commerce sous cette dénomination.
Après avoir passé à une seconde maille de la
première aiguille, on procède de la même ma-
nière pour la formation d’une seconde maille à
placer sur la seconde aiguille ; et ainsi de suite; d’où l’on voit, comme les figures 3, 4 et 5 le représentent, qu’unifissu à mailles, ou un tricot ; quelconque , n’est autre chose qu’une suite de "mailles égales ; et placées sur une aiguille horizontale, dans chacune desquelles la suite du fil | qui a servi à former ces premières mailles passe | en double de l'arrière en avant, ou de l’envers | à l'endroit, pour y former une nouvelle rangée | d’anneaux, et dans celle-ci une autre, jusqu’à | ce que l’étoffe ait acquis les dimensions requises pour l’usage auquel on la destine.
En procédant ainsi sur une aiguille, c’est-àdire en allant et revenant sur le travail pour employer un fil dans toute son étendue, on re- 'garnit toujours l'aiguille qu’on vient de dégar- | mir, et réciproquement ; mais comme pour exé-
| cuter une nouvelle rangée de mailles, on com- | mence précisément où l’on a fini pour la rangée pr écédente, de la dernière rangée, cette marche | reste rétrogradée lorsqu'on ne change rien à la - disposition du travail, quoiqu'on retourne sens | dessus dessous l’étoffe et l'aiguille. Alors, si les mailles d’une rangée sont passées d’arrière | en avant, celles de la suivante le seront d'avant
en arrière; ainsi de suite dans toute la hauteur du tissu, ce qui est précisément le travail'ordinaire des jarretières à l'aiguille. Enfin, si au w retour d’une rangée passée en dessus, on passe | en dessous la seconde aiguille, dans la maille”
de la première, pour attirer la suite du fil en dessous, et y former la nouvelle maille, toutes les mailles du tissu se trouveront dans le même
sens; dans le premier cas, le tissu aura, des deux côtés alternativement, un rang de mailles à.
l'envers et un rang à l'endroit. Enfin, dans le second cas, l’un des côtés de l’étoffe sera en plein endroit, et le côté opposé en plein envers.
Que si l’on désirait opérer , comme dans le dernier cas, sans être obligé de varier le travail,
il n’est besoin que d’aller toujours en avant; | mais on ne peut alors continuer ainsi qu'en
tournant, car il est impossible de faire aucun travail circulaire avec une seule aiguille, ni même avec deux, sans les courber, ce qui de-
vient alors gênant; il est nécessaire d’en avoir
trois, sans compter celle qui est employée pour opérer sur les autres, qui est la quatrième ; on peut en ajouter encore une ou deux pour di-
minuer la roideur du tissu qui tient aux aiguilles,
DU BONNETIER. u9
en mültipliant les points de flexion, et en facilitant la fréquence et la variété des mouvemens | qu’on est obligé de lui donner pour arriver à la | formation de chacune des mailles qui le com- | posent.
| Lorsqu'on a déterminé la quantité des mailles | suivant le diamètre des aiguilles et de la matière à employer pour l’ampleur de l’étoffe à tricoter d’une manière plus ou moins serrée, on les | distribue en nombre égal sur chacune des ai- | guilles. Telle est la manipulation à mettre en | usage pour faire les bas à l’aiguille; en passant continuellement d’une broche à celle qui la suit, -et en formant toujours des mailles droites dont la suite prolongée figure une hélice qui n’est dérangée que par l'élargissement ou le rétrécissement du tricot alors en spirale dans ces parties ; arrivées au point de couture, on les renverse. Pour rélargir, on forme des mailles nouvelles une à une sur chaque rangée; pour cela , avec la pointe de l'aiguille libre, on relève, sur l'extrémité de celle sur laquelle on agit, la partie du fil qui lie la maille du dessous, celle | qu'on vient de faire à la première à abattre de | dessus la seconde aiguille, et c’est sur cette partie
100 - ‘MANUEL de fil relevée qu’on forme la nouvelle maille. u Pour rétrécir, il ne faut que passer en même temps la première aiguille dans les deux dernières mailles de la seconde'aiguille, et de retirer à la fois, par ces deux mailles, la suite du fil en double dont l’anneau n’en doit former qu’une seule, et cette nouvelle maille, qui résulte du passage du fil à travers les deux précédéntes, diminue d’autant la rangée précédente, . que la maille ajoutée auparavant augmente la rangée qu'on fait sur celle qui a été déjà terminée. On élargit et l’on rétrécit en augmentant ou diminuant , suivant qu’il en est besoin, “autant de fois sur chacune des rangées de mailles, et sur autant de tours que l’on veut.
Quelle que soit la forme que l’on désire & adopter, on trace les ee des mailles renversées sur la hauteur ou la largeur; on les alterne avec d’autres formant. des cannelures/ des zigzags ;/ des carreaux J des losanges./ La côte elle-même n’est qu'une suite de mailles ren-
versées, prises en nombre égal ou inégal et les unes sur les autres.| Les tricots guillochés ,îles * tricots en quadrille se font avec des maïlles droites et renversées, en alternant continuelle-
| aiguilles la partie qui doit former le talon, en
‘ment et dans tous les sens. Lorsqu'on est arrivé
au pied du bas, on tricote séparément sur deux
continuant à mesure les trois points de couture,
dont un sert à tracer le milieu par derrière le
bas, et les deux autres le prolongement de | chaque côté des coins, en ayant soin d’ajouter à l'ordinaire une dernière maille après le point | de couture fait sur les côtés; on rétrécit ensuite, | pour former le talon, d’une manière égale de part et d’autre, comme nous l'avons indiqué ‘plus haut pour le rétrécissement du bas; enfin, de celle.qui suit, on prend une maille sans la
travailler, en passant directement dans son in-
| tériceur l’aiguille que l’on fait agir; on travaille
la maille suivante, et en ouvrant ensuite avec Paiguille gauche la maille prise avec l’aiguille de la main droite sans être travaillée, on y
fait passer le dernier anneau qui vient d’être formé, en rabattant l’autre, qui se trouve de moins dans la suite des mailles. Le talon étant ‘achevé, on relève, sur deux aiguilles, toutes
les mailles qui sont de chaque, côté en les repre-
nant en dessous, et Fon continue à tricoter le
pied en rétrécissant par degrés jusqu’au bout,
toujours en suivant la manière que nous avons
exposée dans le cours de cet article.
Du tricot au clou. V4
Sous le nom de #icot au clou, on comprend le tricot fait le plus ordinairement par des hommes isolés qui, plutôt que de rester dans une inaction absolue, avaient imaginé de se
servir d’un clou d’abord, après en avoir re-
courbé la pointe, et ensuite d’une espèce de petit crochet infiniment plus commode que le
premier, afin de pouvoir en tricoter des gants
et des mitaines, en s’y prenant de la manière
suivante. Ils prenaient la laine, le fil, ou toute matière à tricoter, qu’ils passaient deux fois autour des deux premiers doigts de la main gauche, en lui faisant former une espèce de boucle dans laquelle ils insinuaient le crochet pour saisir et attirer la suite du fil; puis ,-sans
sortir le crochet de la nouvelle boucle qu'ils
avaient exécutée par ce fil attiré, ils retournaient en chercher ia suite en passant de nouveau dans la maille déjà faite; et, par la con-
tinuité, ils formaient ainsi leur premier rang de :
mailles, qu’ils prolongeaient plus ou moins,
de CHas “6'cac se de
‘suivant le besoin ou l'étendue du tissu qu'ils
avaient à former; parvenus à l’extrémité de la rangée, ils revenaient d’où ils étaient partis» c’est-à-dire qu’en faisant entrer le crochet dans le côté de la maille placée devant eux, ils n’avaient plus qu’à suivre, en allant et en revenant, le méme procédé. Ils parvenaïent ainsi à exécuter assez promptement une façon de tricoté arrondi dont les rangées de mailles tournent toutes sur elles-mêmes, etse trouvent ainsi placées transversalement. / Ils commencçaient ordinairement les gantsfar l'extrémité d’un doigt quel qu'il fût; après les avoir tous achevés les uns me les autres, ils les réunissaient en les ajoutant à mesure qu'ils tricotaient la main; ils tenaient fermement leur ouvrage de la main gauche, et à mesure qu'ils tiraient une maille avec le crochet, ils la conduisaient sous le pouce gauche, jusqu’à l’ou-
verture de la maille inférieure, dans laquelle
le crochet doit toujours entrer, pour avancer ainsi successivement de l’une à l’autre.
Cependant, pour tricoter de cette manière, on ne peut et l’on ne doit employer que des matières filées assez grosses ; car pour peu
qu’elles fussent fines, elles seraient en très peu * «
de temps si fortement. fatiguées par le crohet, qu’elles ne dureraïent presque rien ; d’ailleurs, comme ce tricoté se trouve toujours placé transversalement , il ne serait jamais assez fort pour résister. au tiraillement qu'il supporte dans ce sens. Enfin , quelque bien travaillé que puisse être ce genre de tricot, il est
ad”
ah ai
impossible qu’il puisse durer aussi long-temps 1
que tout autrejtricot ordinaire.
Les gants terminés se retournent pour mettre Jéhdroit du tricoté en dedans, et mettre l’envers en dehors, parce qu’il ne présente pas l'apparence ordinaire et commune de la mäille renversée, mais bien celle d’une suite de grains d'orge placés en diagonale, qui en impose assez ordinairement à ceux qui ne connaissent pas cette méthode de fabriquer les tissus à mailles, et la manière de faire ces sortes de gants. Au ‘surplus, avec. un peu d’adresse, et surtout de l'habitude, on parvient, en variant les mailles de droite à gauche et de gauche à droite, celles de dessus en dessous, et réciproquement, à donner à cette espèce de tricot des différences plus ou moins remarquables.
+ | Quoique la plus grande partie du temps cette espèce de tricot ne puisse guère servir qu'à … faire de gros gants, on pourrait cependant aussi l’employer pour fabriquer des bas, mais ils seraient extrêmement grossiers, et dure- . raient encore beaucoup moins que la plupart de ceux qu’on fait à l'aiguille avec la laine la plus grosse. Ce genre de tricot ne‘peut absolument convenir que dans les cas où l’on veut passer quelques momens d’inaction en s’occupant à faire quelque chose d’utile et peu assujettissant sans le secours d’instrumens difficiles
La
ou dispendieux à se procurer.
Des côtes faites à l’aide de la gobille.,
Si, avec de bonne laine, on parvient à faire au métier d’excellens bas à côtes, il ne peut rien y avoir qui puisse étonner ; mais que, par le moyen de laiguille seule, on puisse parvenir déjà à une supériorité remarquable dans le commerce, et que, sans avoir rien changé dans lä#mécanique du métier, on soit parvenu à fabriquer des/bas à côtes aussi beaux qu’ils “peuvent être bons, cela ne peut et ne doit être
106 MANUEL fi
attribué qu’au supplément iuventé pour. Ne É eôter au sortir de la fabrique en uni. 44 à
En effet, après avoir travaillé les bas comme à l'ordinaire, on les reprend en main, et de- 1 puis leur extrémité inférieure, près des coins, * en commençant auprès des points de couture »
pour la partie qui s’élargit, on fait échapper deux mailles{l’une à côté de l’autre, et plus où « moins, suivant qu’on désire en retourner de M suite, en laissant des intervalles d’un nombre « égal plus ou moins grand de mailles oies L dont le prolongement d’une extrémité à l’autre w des bas formera les côtes qui doivent s'étendre M jusqu’à deux ou trois pouces près du bord supérieur.
On les donne ensuite à des jeunes gens de tout âge et de tout sexe, qui, pour peu qu'ils aient été exercés pendant quelque temps à ce . genre de travail, y procèdent avec une rapi- À dité que les yeux peuvent à peine suivre. Pour cela ils emploient un pétit instrument désigné M sous,le nom de gobilley/composé d'autant d’ai- \ guilles qu’il y a de mailles échappées pour faire … | la côte; ces aiguilles en acier sont recourbées. ë aux deux tiers de leur longueur, de manière”
DU BONNETIER. 107 que la pointe, en revenant sur le corps de l’aiguille un peu évasée, se loge dans la fossette pratiquée pour la recevoir. Elle ressemble beaucoup à celle du métier à bas dont nous avons déjà parlé; et, pour les rendre fixes, on les fait entrer de force, par leur grosse extrémité,
dans un petit morceau de bois tendre coupé de facon qu’il puisse servir de manche.
Avant que le bas soit fermé par la couture, et après avoir été préparé en faisant échapper les mailles avec le doigt, on le fixe sur le genou par le moyen d’une grosse épingle, l'envers en dessus, en le tenant de la main gauche, l’index placé précisément sous les mailles échappées pour les reprendre avec les aiguilles; on maintient avec les deux derniers doigts, qui repassent en dessus, tout le reste du bas, puis, en tenant la gobille renversée avec la main droite portée au-delà du travail, et dans la situation de revenir sur soi, la partie recourbée en dessus et les pointes dirigées en avant, on fait entrer dans le crochet des aiguilles les fils des premières mailles échappées; ensuite on pousse la gobille en avant pour aller saisir Je fildes secondes mailles : par ce moyen, les pre-
LU
avec le pouce de la main gauche ‘ces mêmes pointes, pour qu’elles entrent dans les premières mailles, qu’on fait échapper ensuite en y attirant les secondes , par lesquelles elles se trouvent arrêtées. | mn:
On continue de procéder aïnsi en faisant passer le fil qui suit dans la maille placée devant «