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DE LA BONNETERIE CONSIDÉRÉE EN PARTICULIER

Deux choses principales ont dù concourir à étendre les manufactures de bas en tous genres : d’abord l’industrie, ensuite les bas prix dans là main-d'œuvre : la première a tout perfectionné, tout varié, suivant les goûts, le luxe ou le besoin ; les seconds n’ont fait qu’établir des béné- 1 fices plus ou moins considérables dans cette 1 branche de commerce, et si l’industrie doit être continuellement stimulée par une grande liberté, la main-d'œuvre parvenue au minimum 1 de sa valeur en facilite encore bien davantage le développement : toutes les variations survenues dans le commerce de la bonneterie, con- ! sidérées en général, suffiraient pour le démontrer d’une manière évidente. En effet, jusqu'en1750, les fabricants de Lyon s'étaient très peu occupés de la bonneterie en soie, comparativement 4 avec tous les autres produits dans la soierie qui M.

portaient leurs manufactures à un si haut degré . de splendeur; mais les progrès du luxe dépas- - sant toujours les richesses, firent adopter l’usage des bas de soie dans toutes les classes de la société : la nécessité une fois survenue les fit répandre et mettre à la portée de tout le monde, autant d’après leur qualités que d’après les goûts enfantés par l'imagination : alors les fabriques de Lyon, plus exercées que les autres dans l’art de traiter la soie, étendirent ce genre de bonneterie, et pendant bien long-temps il en sortit une quantité immense de bas pour se répandre en Espagne, dans les Indes, en Russie. Da variété des goûts établie dans ces climats si différens les uns des autres, et beaucoup plutôt encore la diversité des fortunes particulières, stimula les fabricans, et leurs succès permanens furent la première et principale cause occasionnelle de leur industriegLess couleurs variées autant que les dessinslla broderie ellemême, tout concourut à établir les prix quelquefois chimériques qu'on attachait à leurs bas de soie ; et, ce qui est bien remarquable, c’est qu’en tout temps et partout cette marchandise

augmenta presque toujours pour le consomma-

112 MANUER LATE RUE teur en raison de la diminution qu’elle éprou= vait dans sa valeur réelle. | 20 Paris, au contraire, ne pouvait pas soutenir là concurrence, parce qu’on n’y fabriquait que des « bas de soie dont le poids était toujours depuis trois jusqu'à quatre onces, et qu’il était par conséquent nécessaire de vendre le double de ceux de Lyon, qui ne dépassaient jamais deux onces et demie : aussi le commerce de la bonneterie dans cette ville, quoiqu'il soit encore florissant, n'a pas laissé que de varier beaucoup; car, en 1780, on n’y comptait que deux mille métiers battans; actuellement leur nombre doit être bien plus considérable, parce que cette branche d'industrie est débarrassée de toutes les entraves que l’absurdité des réglemens existant

à cette époque y apportait continuellement.

Aujourd’hui, dans le département de la Somme (Kancienne province de Picardie ), les « fabriques de bonneterie sont répandues dans presque tous les cantons ; leur première origine y date du règne de Louis XIV, où elles y furent établies par MM. Senart, au Plessier-Rozainviller. Les débouchés qu’ils s'étaient ouverts dans le Canada, en Portugal, en Espagne, en Améri-

que, dans le Levant, dans toute la France, et surtout à Paris, furent la première cause de leur succès; aujourd’hui même il passe encore à l'étranger presque un tiers du produit des manufactures établies ou continuées dans ces endroits. Dès leur commencement, dans un espace de cinquante lieues à peu près entre Amiens, Breteuil, Saint-Just, Mont-Didier, Roye, Nesle, Albert, Donfleur, on trouvait au moins six mille métiers à faire les bas d’estame , qui, dans le commerce, n’étaient jamais désignés autrement que sous les noms de bas de Picardie, bas de Santerre. Il s'en fabriquait annuellement jusqu’à cent cinquante mille douzaines de paires , ce qui ferait une consommation de cinq cent vingt-cinq mille livres de laine, qui, quoiqu'elle perdit étant brute presque un tiers au peignage, ne laissait pas d’en faire monter le total à presque sept cent mille livres de laine, dont le tiers à peu près était tiré de la Hollande, et tout le reste provenait des laines du pays. Quelques unes venaient de Turcoing ou de Roubais : ces dernières étaient en bouchons, quelquefois teintes, d’autres fois blanches. Très souvent encore avec les laines de la Brie,

de la Sologne ou du Berry, parmi lesquelles on faisait un choix, on pouvait suppléer en quelque sorte aux laines de Hollande; mais le plus souvent aussi les laines des pays environnans, après avoir été bien choisies, servaient encore à alimenter les fabriques les plus considérables.

La plus grande partie de ces laines ne subissaient la teinture que pour faire les mélanges; et, si l’on venait à teindre en pièce dans le pays; on ne le faisait qu'en noir, quelquefois en rouge; mais ce n'était que pour passer à l'étranger et bien rarement pour la province. Paris tirait en blanc tout ce qui n’était pas mélangé, et les marchands y faisaient teindre, par assortiment, le noir seul, pour l'envoyer ensuite en province. Pendant très long-temps on aurait pu évaluer au tiers de la consommation la quantité des bas gris pur de nuance différentes; mais depuis queila arte brun naturel est venue de mode, on en fait beaucoup moiïns. On les teint aussi en brun et en noir, Es

entre eux pour imiter le bège. Dansgla bonne-

terie d’estame , il ne s’en faisait que la moitié en blanc. | Maintenant si nous entrons dans quelques

De er LS

Le

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uns des détails particuliers relatifs à la main-

d'œuvre nécessitée poumla bonneterie en laine,

on pourra très facilement se faire une idée de la multitude d'individus à qui elle fournit une occupation journalière, qui, quoiqu'elle ne soit pas très lucrative, ne laisse pas que de leur donner des moyens d'existence, et les met, avec de l’ordre et de l’économie, très souvent au-dessus du besoïn. D'abord une fileuse habile et habituée, qui travaille sans discontinuer, peut fournir trois livres de laine par semaine; mais si elle ést détournée par d’autres occupations, elle ne pourra guère en filer qu’une ou derx, plus où moins, toujours d’après le temps qu’elle

passera à travailler. Ensuite les ouvriers, sur

de bons métiers, avec des matières de qualité et de filature adaptée à leur genre d'ouvrage, peuvent aller depuis dix-huit jusqu'à vingtdeux en fin, où à trois aiguilles, et fabriquent à peu près le tiers de has d’estame, sur ceux qui sont en deux aiguilles, les vingt-trois et, les vingt-quatre : ce sont alors les plus communs, car les vingt-quatre sont les pius ordinaires pour le demi-fin. Quand ils rendent les

bas en toile, c’est-à-dire au sortir du métier,

ire ve ee D 'S nS

116 MANUEL ils y joignent ce qui leur reste de fil , et quire . serait pas assez pour enfaire encore une paire; on met le tout dans la balance etle poids géné- M ral doit être pareil à celui que l’ouvrier a recu, … et qui lui a été délivré.

On donne ensuite les bas aux couseuses : ce sont des femmes ou des filles plus ou moins âgées, qui peuvent, lorsqu'elles en ont l’habitude, en coudre jusqu’à dix ou douze paires par jour. De la couture on les passe au racoutrage:: ici on vérifie toutes les coutures et l’on raccommode tout ce qui paraît en avoir besoin. Ordinairement les racoutreuses restent à la fabrique; elles y suivent les heures ordinaires du travail. Viennent ensuite les fouleurs, parmi lesquels chaque ouvrier peut fouler dans une journée trois douzaines de paires de bas. Pour y arriver ils en prennent deux paires à la fois, à moins cependant qu'ils ne soient trop grands et trop épais: alors ils se contentent d’une paire seulement. Ils se fournissent le plus ordinairement de savon, et en consomment une once par paire.

Au sortir du foulage les bas passent dans les mains des enformeurs, qui les visitent encore une fois pour en rendre compte; puis ils lesen-

forment lorsqu'ils sont encore mouillés par suite de la foule ; ils en mettent ordinairement une paire sur une seule forme, en engaïnant les deux bas l’un sur l’autre. Deux ouvriers, pour peu qu’ils soient habitués, peuvent, dans leur semaine, mettre en forme environ trois cents douzaines de paires de bas. Ordinairement les formes sont faites avec du bois de hêtre, parce qu'il est susceptible de devenir très uni et beaucoup moins sujet à se gonfler que tous les autres bois communs avec lesquels on chercherait à le remplacer. Pour y mettre les bas l’un sur l’autre, chaque ouvrier se frotte les mains avec un morceau d’alun ordinaire , imbibé avec de

| l'eau : la dissolution instantanée de l’alun leur

rend les mains âpres et rudes. Ils peuvent d’après cela beaucoup mieux saisir et accrocher , le bas, que le frottement entraîne et fait étendre; ils les arrêtent ensuite par le haut sur le champ | ide la forme et des deux côtés, par le moyen de

clous d’épingle ; ensuite, au même instant et sur la form ‘elle-même, ilsflambent sur un feu de paille /les plus grands poils qui s’échappent et qui dépassent les bas. Pour les sécher, on les’ met à l’étuve assez chaude pour qu'ils n'aient

118 MANUEL - : #40 besoin que d’y séjourner à peu près pendant + quatre heures ; à la chaleur du soleil cten plein « air, il m'est guère utile que de les y laisser exposés pendant trois heures, et ils sont encore beaucoup mieux. | Lorsque les bas sont convenablement desséchés, on les porte au magasin pour les assortir et les mettre par douzaïines, Quand il est question de les faire voyager au loin, on les apprêète: Cette opération, qui consiste à les presser à froid, quand ils ne doivent aller qu’à de petites dis tances, paire à paire, les bas l’un sur l’autre, et quatre paires entre chaque carton, et douze, quinze ou vingt paires à la fois entre chaque v carton, et toujours chauds; lorsqu’il s’agit de les envoyer à l’étranger, seulement trois bas l’un à côté de l’autre entre chacun des cartons : on place d’abord au fond de la presse dix-huit paires de bas, un gros carton, une plaque de fer fondu de l'épaisseur d’un demi-pouce, chauffée seulement de manière à ce qu’en y jetant un peu de salive,s#elle ne s’évapore pas, parce qu’à un degré plus élevé de chaleur, on # “endommagerait les bas. On plâce ensuite un gros carton, puis trois autres douzaines de paires,

et une nouvelle plaque entre deux gros cartons, ainsi de suite jusqu’à neuf ou dix douzaines de paires ; à la troisième plaque*on termine par uu gros carton sur lequel on abaisse le manteau de la presse à vis, que l’on achève de serrer par le moyen d’un levier sur lequel appuient deux ou trois hommes réunis. On renouvelle la masse de douze en douze heures. Mais comme le blanc parfait ne s’obtient sur la laine que par le moyen du soufre, on y passe tous les bas que lon désire conserver blanes. Pour les mettre en presse, il faut beaucoup moins les chauffer , parce qu'ils deviendraient roux : c’est au sortir de la foule et lorsqu'ils sont encore mouillés qu'il est besoin de soufrer tout ce qui doit voyager au loin ; mais pour Paris on en soufre très peu. 7 La plus grande partie des bas de lainé'et .d’estamé” qui se fabriquent en Picardie se dirigent sur Paris : c’est de là qu’ils sont presque tous expédiés dans les départemens et à l’étranger, en Portugal, en Espagne, en Amérique, dans le Levant, quoique cependant on en vende # encore une {rès forte partie dans la capitale. Onfile encore dans ce pays, outre la laine né-

120 MANUET,

cessaire pour alimenter et entretenir les métiers à bas, une quantité assez grande pour fournir aux bésoins de quelques milliers de métiers étrangers à ce pays : ce sont des laines prises sur les troupeaux qu’on y élève, mais que l’on mélange avec celle de Hollande, et qui, après avoir été travaillées par les fileuses , sont ensuite expédiées pour les manufactures de Caen, de la Normandie, de l’Orléanais et même de la Bretagne.

Ainsi dans la Picardie, aujourd’hui le départemént de la Somme, on a compté jusqu’à huit mille cinq cents métiers battans qui consommaient quatre cent mille kilogrammes de laine du pays, cent vingt-cinq mille kilogrammes de laine de Hollande, cinquante mille kilogrammes de fil de lin, et environ vingt-cinq mille kilogrammes de coton. Enfin on estime par approximation que la France entretenait dix-huit mille métiers pour la bonneterie en soie, vingt-cinq mille pour la bonneterie en laine, quinze mille pour la bonneterie en coton , et huit mille pour.

«la bonneterie en fil, en tout soixante-six mille dont le produit dépassait trente millions, qui occupaient quatre à cinq cent mille individus,

sans y comprendre nullement ce qui regarde la culture du lin, du chanvre, l'éducation des moutons, des vers à soie, la plantation des mûriers, enfin rien de tout ce qui pouvait avoir quelque rapport plus ou moins direct avec ce genre d'industrie.

Du travail ou apprét particulier à la bonneterie d’estame ou drapée.

En considérant avec quelque attention toute la bonneterie en laine, il sera très facile de la partager,çen deux grandes divisions. Nous verrons premièrement que dans la bonnetefie d’estame on ne met en usage que des laines longues, lisses, et par préférence toutes celles qui arrivent de la Hollande, de l'Angleterre, et toutes celles qui, en France, approchent le plus des qualités requises dans ces dernières ; car depuis l'introduction deswmérinos et leur croisement avec les races indigènes, nous en possédons maintenant qui en diffèrent très peu, tandis que, poumla bonneterie drapée, on ne choisit que des laines beaucoup plus courtessfrisées, douces et susceptibles de se feutrer facilement. Toutes les laines du midi sont très recherchées pour

cet objet. Pour la bonneterie d’estame on est

obligé de leur faire subir le peignage; elles doivent aussi être filées très fin. Quant aux autres elles n’ont besoin que d’être cardées pour les filer très grosses et ouvertes.

En rapportant pour la bonneterie drapée tous les procédés suivis dans le département du

Loiret, on verra facilement qu’ils peuvent de-

venir applicables en tout lieu et dans toutes les circonstances possibles. Dansile cardage de la laine qu'on y emploie, ïl y a trois opérations qu'il ne faut pas négliger x le brisage le repassage elle roulage. Pour le premier il faut neuf brisées pour quatre onces de laine; pour le second, trente-six passées ; pour le troisième, quarante rouleaux à l’aune dans les laines communes du Berry, de la Sologne ;'et lorsqu’elles sont plus fines, soïxante-deux, et au dernier choix soixante-douze rouleaux.

Tous/les bas de couleur sont fabriqués en laine teinte avant la carde, ou entre deux peiones, quelquefois encore après avoir été filées. Dans le premiér cas , ce sont des laines pures ou mélangées, avant ou après avoir été soumises à la filature. Suivant qu’on veut obtenir des

DU BONNETIER. 123 bas d’unecouleur unie ou SEVEN AR les teint en gris de toute nuance. Dans les couleurs fondues , le mélange doit être fait avant la carde ; dans les autres , ce n’est qu'après avoir filé la laine , et en réunissant plusieurs fils de différentes couleurs , naturelles ou teintes, avec des

LA fils blancs® mélangés. Souvent le premier mélange de gris ou de blanc se fait avec une teinte

écarlate plus ou moins foncée” Quant àla fabrication de laine teinte en fil, et qui est extrémement commune, elle ne peut avoir lieu que pour la bonneterie d’une seule couleur; souvent aussi on emploie la laine bège ou blanche: cette dernière, alors, est pour être teinte en étoffe. Lorsqu'on se décide à teindre en fil, c’est afin d'obtenir plusieurs parties qui puissent trancher les unes avec les autres dans uné même pièce, commetles coins écarlates sur les bas

«gris ou blancs ;tdes raies rouges, ou ie revers entier dans les bonnets, lorsqu'on veut les avoir de couleur différente.

« De:la foule. @

La bonneterie en laine ne se foule qu'avec les bras. Pour cela, on établit en pierre dure

ou bien avec du bois de chéne épaïs, un pla-

teau de douze à quinze pouces de hauteur, sur

quinze à dix-huit de largeur , dans lequel sont

implantées une centaine de dents de bœuf ou

de cheval, et que l’on soutient sur un plan in-

cliné fixé sur un pied jusqu’à hauteur d’appui.

Tout le pourtour du plateau doit être relevé en

forme d’auge dont le bord inférieur doit être beaucoup plus élèvé que le supérieur, qui est

très bas ; parce qu’il doit appuyer sur la ceinture et contre le ventre de l’ouvrier; les deux côtés doivent même être échancrés de manière à rendre le mouvement des bras très facile pour celui qui travailie à la fouloire{

Le plus souvent cette fouloire n’est qu’un baquet ordinaire soutenu par un trépied ou deux trétaux, et dans le milieu duquel on fixe, en appuyant sur le fond d’un côté, et sur le bord, en plan incliné, le plateau garni de son râtelier , fait, comme nous l’avons déjà dit, avec des dents de cheval, de bœuf ou de mouton. Au surplus, quelle que puisse être la disposition dela fouloire, elle doit toujours être placée de manière à favoriser la célérité du travail’et les mouvemens des ouvriers. L’eau doit y arri-

ver en abondance etensortir avec facilité. Quant aux qualités de l’eau qu’ils doivent employer, il serait inutile de les exposer ; il nous suffira de dire ici que la plus essentielle, c’est celle de bien dissoudre le savon. On la tient continuellement chauffée dans une chaudière placée sur un fourneau monté de manière que chaque ouvrier puisse toujours en prendre la quantité qui lui est nécessaire pour dissoudre le savon noir qu’il emploie , et pour obtenir avec les mains les matières écumeuses qu’il étend sur l’étoffe à mesure qu’il travaille dans la fouloire.

On se sert du savon noir, parce qu'il est à meilleur marché que tous les autres. Il serait assez difficile de préciser sa quantité, pas plus que le nombre et la durée des opérations que les bas doivent subir, parce qu’elles dépendent toujours de la plus ou moins grande quantité d'huile mise précédemment en œuvre pour travailler la laïne et les bas. Il est facile de penser que plus elle aura été grande, plus il sera nécessaire d'augmenter le savon pour les en dé- #barrasser ; enfin plus les bas auront été travaillés lâchement, plus il sera nécessaire de les fouler pour les rapprocher et les amener au de-

gré des autres. Cependant il faut faire attention que les bas d’estame tendent quelquefois à draper ; ce qui est toujours, dans ce cas, un assez grand inconvénient; ïls sont d’autant plus durs à rentrer que le nombre des fils a été multiplié pour obtenir un tricot plus ou moins serré. Les bas teints, quelle que soit leur couleur, sont aussi beaucoup plus difficiles à fou= ler que les bas blancs; ‘enfin, c’est d’après la nature de leur laine, sa qualité, son peignage, suivant qu’elle a été plus ou moins tordue en filant, et que les bas qu’on en a faits ont été plus ou moins bien traités, que l’on doit toujours se diriger pour les opérations de la foule.

Il en est de même pour les bas drapéss ils exigent encore beaucoup plus de temps et beaucoup plus d'opérations que les précédens ; tou- Jours en raison de la quantité d’huile qu’ils conservent après qu’ils sont finis, et de la plus ox moins grande force de rentrée , de feutrage et du drapé auxquels on désire les amener. Cependant, malgré cette conformité d'opérations par lesquelles l’une et l’autre de ces draperiesk doivent passer pour arriver à leur dernier résultat, lorsque la laine est douce et fine, elles

devraient paraître ne pas subir la moindre variation dans la forme de la fouloire, pas plus que dans la manière de s’en servir. Mais, lorsqu’on a employé de la grosse laine commune, rude à la main, etfilée grossièrement, lorsque les mailles ont été très rapprochées ou serrées, lors même qu’elle a étégtricotée à l'aiguille, souvent on foule au moulin, et quelquefois encore avec les pieds. Il fut même un temps où, pour cette opération, on employait l’urine au lieu de savon ; maïs ce procédé est presque entièrement abandonné, parce que non seulement il crispe la laine et la rend plus âpre et plus rude au toucher , mais encore parce qu’il ne la dégraisse que très imparfaitement.

Le foulage des bas nes’exécute qu’en en prenant une paire à la fois pour la rouler, la presser dans toutes ses parties les unes sur les autres, en les frottant le long du râtelier, sur les dents duquel on relève de bas en haut l’étoffe, qui , pendant le travail tend toujours à regarder la partie inférieure, On déroule ensuite les bas, on les sépare, on les ouvre, on les rejoint, et on recommence le foulage, On répète cette manœuvre jusqu'à ce que là maille du tricot de-

vienne assez serrée, Jusqu'à ce qu’elle ait assez de corps, et quelque temps avant qu’elle ne commence à draper. Tous les poils qui s’échappent pendant le travail hérissent d'autant plus le tricot que la lainesest plus courte, plus sèche, plus rude et plus tordue par la filature. Pendant quäls sônt encore humides, on flambe les bas sur un feu de paille ou de copeaux. Ce moyen est assez suivi, parce qu'il est économique: mais on réussirait certainement beaucoup mieux et d’une manière beaucoup plus sûre, si l’on se servait de plaques sembla- ‘bles à celles qui sont mises en usage pour les étoffes de laine rases.

Après avoir replongé et travaillé les bas dans une nouvelle eau de savon , on les met en forme. Pour exécuter cette opération, il est besoin d’une certaine dextérité afin de les bien étaler, et sans qu'ils fassent aucun pli suryla forme d’échantillon. Après les avoir tirés sur le boïs aussi loin qu’ils peuvent s'étendre, on les fixe en les arrêtant avec des petits clous, pour les mettre sécher , soit à l’étuve, soit au grand air; on les livre ensuite aux racoutreuses pour examiner s'il ne s’est poiñt échappé quelques mail-

les ; elles les visitent tous au grand jour, et les établissent de manière à ce qu’on ne s’en aperçoive point; et dans le cas où, lorsqu'on les passe une seconde fois à la visite, il y resterait encore quelques défauts, on les marque avec un fil de couleur tranchante pour achever de les leur faire réparer. Enfin, si à la dernière extrémité il se trouvait encore quelques mailles échappées, on les fait disparaître en refoulant le tricot sur lui-même ; on termine le tout par les mettre en presse comme nous l'avons dit plus haut. Tout ce qui doit être conservé et livré au commerce en bas drapés blancs, a le plus grand besoin d’être obtenu dans un degré de blancheur extrême ; alors, après avoir passé les bas par la foule , la forme et le racoutrement, on les plonge , pour les terminer, dans une eau fortement chargée de savon blanc de la meilleure qualité, azurée avec une petite quantité de dissolution d’indigo ; on les expose ensuite à la vapeur du soufre projeté sur des charbons bien allumés.

Autre apprét podila bonneterte drapée.

Quoique très peu différent de celui qui vient

d’être exposé dans l’article précédent, il nous. a paru mériter quelque attention, quand il n& devrait servir qu’au perfectionnement des opé-

rations mentionnées pour draper la bonneterie

en laine. D’après les localités, l'atelier doit être

disposé de manière que des robinets établis partout,où il peut y en avoir besoin , donnent à volonté de l’eau chaude dans la fouloire ; elle doit arriver d’une chaudière assez grande et placée sur un fourneau au-dessous duquel doit se trouver une case suffisante pour renfermer une certaine quantité de combustible, sans qu’il puisse courir aucun risque d'incendie. La chaudière où l’on fait chauffer l’eau est surmontée d’un réservoir capable de contenir un volume d’eau susceptible d’entretenir le nombre d’ouvriers occupés à la fouloire, sans jamais les faire attendre. Pour fouler , ils ouvrent leur robinet, afin de s’approvisionner d’eau chaude ; ils y promènent un sachet dans lequel il y à du

savon noir (ceci est l’eau neuve); ils prennent ensuite sur la planche une quantité plus ou moins forte d'ouvrage, qu’ils désignent sous le nom de poignée S'ils doivent fouler des bas

d'homme, ils n’en prennent qu’une seule paire,

qu’ils tournent, retournent, et compriment à

plusieurs reprises sur les dents du râtelier, en observant surtout de fairestoucher à l’eau par chacun de ses mouvemens celle qui s’élève dans la fouloire jusqu’à la hauteur des deux dernières rangées de dents les plus rapprochées du fond. Ils continuent ce manége pendant près d’une heure, sans jamais fouler à sec, car la laine deviendrait cassante ; ensuite ils tordent: leur poignée et la jettent dans un panier placé exprès sous la fouloire, pour conserver tout ce qui vient d'y passer.

Les ouvriers, après avoir tourné le robinet pour faire tomber une nouvelle quantité d’eau etYréchauffer tout, ce qu’ils désignent sous le nom d'eaxld'imprime, ÿ agitent une seconde poignée, et recornmencent à fouler pendant quinze où vingt minutes, puis ils la tordent et la mettent sur une planche; ils réchauffent de nouveau , et fonWl’eau de dégrais à fait, Après / avoir pris une autre poignée et lavoir frottée* avec cinq à six onces de sagon noir qu’ils prennent dans un baril qui le renferme auprès d’eux, ils l’agitent et la pressent sur le râtelier pour en faire sortir toutes les substances huileuses : après

un quart d'heure d’agitation, ils tordent et posent la poignée sur la planche. Ils réchauffent et font l’eau grasseé après y avoir plongé une nouvelle poignée, après l’avoir frottée et pressée contre le râtelier sans l’avoir im prégnée de nouveau savon, ils la tordent pendant l’espace de quinze à vingtminutes, et la posent ensuite sur la planche; alors , sans réchauffer, ils plongent et agitent dans toute l’eau chargée de savon une

nouvelle poignée telle qu’elle est sortie des

mains de l’ouvrier , et après un quart d’heure ils la tordent, et la mettent aussi avec les autres sur la planche.

Toutes ces opérations terminées, on vide la fouloire par une ouverture qui est dans le fond ; après l’avoir exactement nettoyée, on refait l’eau neuve pour recommencer les mêmes manœuvres dont nous venons de parler pour dégraisser l'ouvrage, le rendre beaucoup plus serré, et en même temps beaucoup plus fort.

“Pour fouler les bas de femme, on en/prend deux paires à la poignées Les calottesfles bonnets , sont moins durs à fouler qne le reste, et si l’on désire avoir de l’ouvrage bien fait, il faut toujours se servir des bras plutôt que des pieds,

te, he

et même du moulin à foulon ; car tous ces procédés , excepté les bras, ne rendent la bonneterie qu’extrémement dure, inégale, et très difficile à manier.

En passant ensuite à la forme , qui est la seconde opération, on doit y procéder au sortir de la foule; car si on laissait sécher, il faudrait mouiller de nouveau, ce qu’il est impossible de faire sans altérer et détériorer la marchandise. Ces formes, comme on le sait, ne sont que des ÉCRIN bois de hêtre , dont le contour est la ligne de la pièce à fie que Von fait entrer dans les ouvrages foulés pour les tendre dessus avec force et à l’aide de clous : on®peut encore le faire avec des ficelles, des lisières attachées dans le pourtour. Toute la bonneterie exposée à l'air libre, sèche le plus ordinairement dans l’espace de 12 heures.

*acoutrer /qui est la troisième opération, ne consiste qu’à réparer les défauts occasionnés par la foule ou qui auraient pu être faits par le métier; on y parvient en les reprenant d’une manière aussi propre que solide avec une aïguille et de la laine de la même couleur.

Le draper ,/ quatrième opération , consiste

à prendre une fourche en fer, à chacun des fourchons de laquelle on Attache un chardon drapierW/ chardon Joulorf ou bonnetier\ car il 4 porte ces trois noms. Ces chardons peuvent se |

mouvoir sur les fourchons, où 1ls sont arrêtés | par une planchette qu'ils traversent, et une clavette placée de la même manière. L’ouvrier M prend avec deux doigts de la main droïtela !

queue de la fourche; après avoir placé son ouvrage sur le genou gauche, un peu soulevé à l’aide d’un petit marche-ped sur lequel il appuie, il passe et repasse par-dessus les deux chardons jusqu’à ce qu’il se forme assez de du- « vet; enfin, lorsqu'ils sont chargés de bourre on les roule sur une carde pour les PAS Un

J Tondrey finquième opération, exige, pour ne pas l’exécuter inégalement ou en écheïons, une très grande habitude et surtout dela promptitude et de l’agilité, afin de pouvoir aller tFès vite. L’ouvrier met une ceinture autour de son corps; à l'extrémité de la ceinture se trouve adaptée une boucle ordinaire. Cette ceinture traverse un morceau de bois en forme de cœur dont on aurait coupé la pointe, et au milieu duquel se trouve une ouverture carrée; il

fixe ce coussinet,sur son côté droit de la main gauche; il prend un rouleau de boïs ayant à peu près quatre pouces de diamètre et un pied de longueur, couvert avec une étoffe de laine. Après avoir posé l'ouvrage en travers sur le rouleau, il appuie la longue branchet des ciseaux dans l’ouverture du coussinet; il les saisit toutes deux et en les faisant ouvrir et fermer aussi rapidement qu'il lui est possible, il enlève tous les grands poils qui se présentent à mesure qu'il tourne le rouleau, de manière à présenter ainsi successivement au coupant des ciseaux la superficie à tondre après celle qui vient de l'être. Toute la laine qui provient de cette mahipulation, ainsi que celle des chardons, se nomme Dr elle est employée pour remplir les dents dans les cardes neuves lorsqu'elles sont trop longues, et pour les empêcher de déchirer la laine.

La sixième opération consiste à teindre les bas et tous les autres ouvrages confectionnés‘en

laine blanche; car ceux qui sont fabriqués avec

desxlaines de couleur n’en ont pas besoin. Nous

. avons déjà parlé des nuances qn’on en obtient.

La septième opération est l'apprét# qu’on

donne à la bonneterie au sortir de la teinture; il consiste à les repasser très légèrement au chardon, à les tondre ensuite, enfin à les éclaircir.

La huitième opération consiste à mettre en presse tous les produits de la bonneterie pour

les catiné la presse dont on se sert pour remplir cet objet n’a rien de particulier, elle n’estem- # ployée que pour tordre les marchandises moins épaisses et leur donner un lustre/plus ou moins brillant au coup d'œil. Cair, c’est échauffer doucement par le moyen d’une poêle remplie de charbons bien allumés tout ce que l’on veut faire gonfler pour lwi donner du moelleux, le faire pa- : « raître plus épais, quoique cependant cette der- -nière qualité ne soit pas recherchée par tout le monde ; car souvent même elle est très éloignée de plaire.

Toutes ces manipulations terminées, le fabricant ne doit plus songer à rien sinon de placer par douzaines, et surtout à bien envelopper les bas dans des papiers destinés à cet usage, et conserver ensuite dans des armoires bien fermées toute-/la marchandise emmagasinée ; de manière à être préservée des insectes qui pourraient«s’y mettre avec une rapidité d’autant

| DU BONNETIER. 137 plus grande que la température plus ou moins élevée tendrait encore à en favoriser le développement.

Dans le commerce , pour reconnaitre chaque espèce de bonneterie, et en apprécier la qualité, ce serait en vain que l’on chercherait à le faire

par le poids; car il ne peut dépendre que de la longueur, de l'ampleur et de la force de chacune despièces fabriquées , ainsi que des qualités dans les matières premières, dans leur degré de finesse , et de celle avec laquelle elles ent été filées, de leur degré de torsion, et du nombre des fils qui ont été rassemblés pour exécuter sur le métier. On les désigne et on les marque par des fils maillés et de couleur différente à celle du tricot, disposés en barres égales par le nombre ; ainsi, trois, quatre barres donnent trois et quatre fils, et ainsi de suite, sans compter celui qu’on ajoute pour renforcer le bas de la jambe ainsi que le talon; et lorsqu’on doit les passer à la teinture, on remplace ces marques par des fils qui ne prennent point la matière colorante préparée poumælétoffe en laine qui y est soumise.

LE

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