XVIIÏ. PROCÉDÉ DE FONTE DES SUIFS
Brevet d'invention de dix ans, en date du 31 octobre 1842, au sieur Philippe Pochon, à la Chapellc-Saint-Denis.
Fonte du suif en branche.
D’après les moyens aujourd’hui généralement en usage pour la fonte du suif en branche , non-seulement une partie considérable reste combinée avec les résidus et par conséquent se vend à un prix bien inférieur ( environ un douzième du prix du suif pur), mais le suif même conserve une odeur de brûlé fort désagréable ; en outre , on est obligé de fondre très promptement, surtout pendant les chaleurs ; sans cela , le suif se décompose et contracte une odeur insupportable , tandis que par les moyens suivans ou obtient les avantages suivans :
I e L’extraction complète de tout le suif que contient la matière brute et qu’elle est susceptible de rendre.
2° Conservation de la matière brute qui peut être gardée 6 mois , un an même , sans odeur désagréable ni décomposition.
3° La transformation de la partie de suif en branche qui ne peut être convertie en suif par les moyens ordinaires de la fonte et qui ne vaut que 10 fr. les 100 k 1 -*, en une matière qui pourrait valoir de 50 à 100 francs les 100 k 08 , et peutêtre plus.
Traitement des cretons qui sont le résultat de l'ancienne manière de fondre le suif en branche.
En appliquant les moyens de M. Pochon , au traitement des crctons qui sont le résultat de l'ancienne manière de fondre le suif en branche , on obtient les avantages suivans: Non-seulement on retire tout le suif qui se trouve dans les cretons et que l’on a pu extraire par les moyens ordinaires , mais on convertit les résidus en une matière gélatineuse qui peut être employée à divers usages qui pourronte porter la valeur de 50à 100 fr. les 100 kilogrammes , tandis que ces résidus avant l’invention ne valaient que 8 à 10 fr.
Traitement des épluchures et des autres parties analogues
de l'animal.
En traitant ces parties de la manière ci-après décrite , on les rendra plus propres aux usages auxquels elles sont applicables.
Description des moyens et procédés employés pour obte-
tenir les résultats et avantages énumérés ci-dessus.
1° Moyens et procédés relatifs à la fonte du suif en branche.
On commence par laver le suif en branche dans de l’eau faiblement acidulée : toute espèce d'acide est propre à ce lavage : l’acide sulfurique cependant est préférable. Cette première opération faite , on passe le suif en branche dans de l’eau de chaux , ( toute autre eau rendue alcaline peut également être employée à ce second lavage).
On met alors fondre le suif dans une chaudière de fer , et , pour la fusion , il faut employer de la lessive alcaline de 10 a 12 degrés, au pèse-alcali. Préférant à toute autre la lessive de soude , on en met en quantité suffisante pour que la matière en soit couverte , et à mesure que la fusion s’opère , il en faut ajouter jusqu’à ce que tout soit parfaitement fondu : alors on y verse encore de la lessive d’un degré plus élevé , ( de 13 à 20 ) et l’on continue ainsi jusqu’à ce que la séparation de la matière d’avec la lessive soit parfaite; puis on laisse refroidir. Cette séparation pourrait s’opérer de plusieurs manières , soit par du sel marin , du sel de table , ou de la forte lessive , ( l’inventeur préfère cette dernière ).
Le refroidissement achevé , si l’opération a été bien conduite , la partie combinée avec de la lessive se trouvera former une couche à la superficie et une partie gélatineuse restera au fond : ces deux parties formeront ainsi deux cohîs parfaitement distincts.
Si l’opération est faite avec soin , la partie gélatineuse sera à l’état solide; mais dans le cas où une trop grande quantité de lessive aurait été appliquée ( il est difficile d’établir avec précision la quantité strictement nécessaire , l’expérience seule peut servir de guide à cet égard), la partie gélatineuse se trouvera mélangée avec la lessive, et alors il faudra l’en séparer par la filtration à travers une
grosse toile, ou par tout autre moyen, même par l’évaporation.
Pour fondre le suif en branche on pourrait aussi employer de l’eau alcaline de toute espèce , de l’eau et du sel même, mais la fonte ne serait pas parfaite.
Pour obtenir du suif pur , qui ne soit pas mélange avec de la lessive , voici comme il faut procéder.
On commence par faire fondre le suif de la manière ordinaire, mais de préférence dans une chaudière en cuivre, et quand la fonte est achevée, au lieu de soumettre les résidus à la presse, comme cela se pratique ordinairement, on les met dans une autre chaudière de fer ou de fonte pour les faire fondre, comme il est indiqué plus haut, en parlant de la fonte du suif en branche , avec delà lessive caustique de dix à douze degrés , préférant toujours la lessive de soude, et conduisant la fonte absolument de la même manière qu’il a déjà été dit pour le suif en branche , c’est-à-dire que l’on fait fondre ces résidus avec de la lessive caustique de 10 à 12 degrés.
Le suif qui restait combiné avec ces résidus en sera séparé par la fonte, et le résultat sera converti en matière gélatineuse d’une nuance foncée.
Moyens et procédés relatifs au traitement des créions.
Il faut maintenant expliquer les moyens de convertir eu une matière gélatineuse les résidus appelés cretons , qui ont été soumis à la presse et qui proviennent de l’ancienne manière de fondre le suif en branche.
Pour arriver à cet important résultat, on réduit les cretons en petits morceaux , puis on les jette dans une chaudière en tonte, préférable à toute autre pour cette opération, on les lait fondre avec de la lessive de soude de 10 à 12 degrés , en quantité suffisante pour couvrir la matière, et on continue d’y en mettre jusqu’à ce que tout ce qui est susceptible d’êtVe fondu, le soit parfaitement.
Cela fait , avant qu’il ne soit refroidi , il conviendra de le passer par un tamis en lil de fer, afin d’en séparer les impuretés qui pourraient s’y trouver, et une fois refroidi il sera parfaitement à l’état gélatineux.
La partie de suif qui se trouvait mélangée avec les résidus restera combinée avec la lessive et formera une couche à la surface.
Moyens et procédés relatifs au traitement des épluchures et autres parties analogues de l’animal.
On commence par les laver dans de l’eau acidulée , avec de l’acide sulfurique par préférence*, cette eau acidulée doit avoir deux ou trois degrés au pèse-acide, ensuite on les lave une seconde fois avec de l’eau de chaux, après quoi, on les fait fondre suivant le procédé indiqué pour le suif en branche.
Résumé.
Ce brevet s’applique :
1° A des moyens de traiter et de fondre plus avantageusement et plus complètement le suif en branche, d’où résulte une plus grande quantité de produit , et une amélioration notable dans la qualité, en même temps qu’obtention d’une matière gélatineuse nouvelle , propre à être employée dans l’industrie;
2° A des moyens de traiter les cretons qui sont le résultat de l’ancienne manière de fondre le suif, soit avant, soit après qu’ils ont été soumis à la presse , et d’en extraire tout le suif non obtenu par les moyens ordinaires , comme aussid’en convertir les résidus en une matière gélatinouse identique à celle sus-énoncée ;
3 ’ Aux moyens de traiter plus avantageusement les épluchures et autres parties analogues de l’animal , et de les rendre propres aux usages auxquels elles sont ordinairement employées.
§ XIX. PROCÉDÉ DE BLANCHIMENT DES SOIFS PAR L’ACIDE CHROMIQUE, PAR U. WATT.
Extrait du Teciinologiste, tome IX, page 412.
M. Watt aîné avait proposé, il y a une douzaine d’années, un moyen prompt , mais dispendieux , de décoloration des suifs , qui consistait dans l’emploi du chrômate double de potasse et d’un acide minéral concentré. Ce moyen n’était pas manufacturier, il l’a remplacé depuis par l’acide chromique qui a eu plus de succès, et sur l’emploi duquel il vient de donner les renseignements suivants :
« L’acide chqomique est devenu , depuis quelques aunées , un agent fort importait dans le blanchiment de divers
articles et en particulier du suif et des huiles , et plus spécialement de l'huile de palme. Les meilleurs moyens pour eu faire l’application, puis pour le revivifier de manière à pouvoir l’employer de nouveau et économiser les frais dn Bichromate de potasse toutes les fois qu’on a besoin d’acide chromique, ne peuvent donc manquer d’être très avantageux pour tous ceux qui consomment de grandes quantités de cet article. .
« Il y a douze ans environ , à la suite de nombreuses expériences et d'études persévérantes, j’ai trouvé qu’il n’y avait pas d’agent plus efficace pour blanchir les suifs im-
J >urs» bruns , et d’une odeur repoussante , ainsi que les lunes fortement colorées et en particulier les huiles de palme, de lin et de navette, que l’acide chromique. Tous mes efforts s’étant donc dès-lors concentrés sur les moyens d’obtenir cet acide de la manière la plus économique et suffisamment pur pour le but proposé, le bichromate de potasse ou chromate rouge a été la combinaison par la décomposisition de laquelle j’ai obtenu cet acide de la manière suivante.
« Pour blanchir un demi-tonneau ( 500 kilogr. ) de suif brun oa d’huiles fortement colorées, il faut de 2 ifô à 5 kilogrammes de bichromate de potasse; pour décomposer ce sel , et mettre l’acide chromique eu liberté, on opère de la manière suivante :
« Le bichromate de potasse, bien concassé, est introduit dans un vase en terre , en bois ou en plomb ( mais non pas en fer, attendu que les acides réagiraient sur lui) , et on verse dessus environ quatre fois autant d’eau bouillante. On agite soigneusement, puis ensuite on introduit, avec les précautions nécessaires, 1 4?2 kilogr. d’acide sulfurique ordinaire par chaque kilogr. de bichromate , et on agite de nouveau jusqu’à ce que tout le sel soit dissous. Ce liquide est l’acide chromique mélangé à du sulfate de potasse et un excès d'acide sulfurique libre qui contribue notablement à faciliter le blanchiment.
« L’opération suivante consiste à introduire cette liqueur dans le suif ou l’huile qu’on a fait fondre préalablement , et déposer complètement toutes les matières étrangères animales ou végétales. Lorsque rç suif est descendu à la tempé-
rature de 54° à 55® cent. , on l’introduit dans une cuve eu bois d’une capacité suffisante pour en contenir un demitonneau et laisser encore assez de place puur pouvoir brasser. Aussitôt que le mélange liquide d’acide chromique, préparé comme il a été dit ci-dessus , est versé dans le suif ou dans l’huile , il faut brasser vigoureusement jusqu’à ce que toute coloration brune disparaisse et qu’elle soit remplacée par un vert tendre d'herbe.
« L’opération du blanchiment est alors terminée", on verse sur le mélange quatre seaux environ d’eau bouillante , et on recommence aussitôt à brasser pendant cinq minutes. On abandonne alors le tout au repos pendant deux heures , au bout desquelles la matière est devenue parfaitement blanche et propre à diverses applications industrielles.
« Nous étions auparavant dans l’usage d’ajouter 2 à 2 4 2^ kilogr. d’acide chlorhydrique ou composé ; mais mon frère, Ch. Watt jeune , de la grande fabrique de MM. Havres, s’étant aperçu que cette addition augmentait les manipulations et la dépense, sans procurer un bénélice bien réel , on a supprimé cette addition et employé uniquement l’acide sulfurique pour la décomposition du bichromate de potasse.»
» La dépense pour blanchir un tonneau (1000 kilog.) de qualité inférieure ou d’huile fortement colorée étant d’environ 24 francs, en Angleterre, il était, par conséquent, nécessaire de trouver les moyens d’économiser l’acide chromique.
A cet effet, je convertissais, il y a quelques années encore , l’oxide renfermé dans la liqueur verte qui reste après le blanchiment, en chromate de plomb; mais j’ai trouvé alors que cet article devenait tellement abondant, que tous ceux qui employaient des quantités notables d’acide ebromique se trouvaient obligés de se livrera une autre branche de commerce tout-à-fait étrangère à leurs occupations habituelles, et en conséquence, mon frère eut l’idée de convertir en chromate de chaux qui est également efficace quand on s’applique au blanchiment et beaucoup moins dispendieux. Voici quel est son procédé :
« La liqueur verte qui reste après que le suif ou l’huile blanchis ont été décantés, est introduite dans une autre
cuve, où on l'étend avec de l'eau. Alors , on y verse peu à peu de la chaux amenée à la consistance d'une crème épaisse , jusqu'à ce que tout l’acide sulfurique soit , à peu de chose près, saturé; la liqueur claire est alors décantée dans une autre cuve , et c’est dans cette liqueur qu’on introduit de nouveau , graduellement et avec précaution, de la crème de chaux jusqu’à ce que tout l’oxide vert (pulvérulent) soit précipité et que la liqueur soit claire et incolore. La liqueur étant de nouveau décantée , on verse de l’eau sur le précipité, et, après un temps de repos , on décante de nouveau, et on ajoute encore de nouvelle eau pour laver le précipité. Ce dernier est enfin séché , puis déposé sur une plaque en fer, et chauffé au rouge en agitant fréquemment. Le résidu perd peu à peu sa couleur verte et passe à l’état d’une poudre jaune , qui est la chromate de chaux , lequel , lorsqu’on le décompose par l’acide sulfurique en quantité suffisante pour qu’il y ait une petite quantité d’acide libre en excès , iournit un acide chromique tout aussi propre au blanchiment que celui qu’on obtient du bichromate de potasse.
« Par ce moyen , l’acide chromique peut être revivifié maintes et maintes fois et à l’infini , ce qui fait que ce mode de blanchiment par cet agent est à la fois le plus parfait et le plus économique de tous ceux qui ont été mis en pratique. 11 est inutile de laire remarquer que, dans les grandes fabriques où l’on emploie beaucoup d’acide chromique , ce mode simple et économique de revivification sera extrêmement avantageux.
« En terminant, je prie d’observer qu’on a essayé, depuis nous , plusieurs autres moyens pour blanchir les suifs et les huiles : l’un d’eux , par exemple , consiste à employer ce
3 u’on appelle l’acide permanganique , mais cet agent abanonne si facilement sou oxigène qu’il n’est pas maniable et devient , par là , aussi dispendieux et beaucoup plus incommode. Un autre moyen consiste à faire passer des courants d’air à travers les matières chauffées à une certaine température : ce procédé a été trouvé , dans la pratique , moins efficace que l'acide chromique , attendu qu’il donne lieu à des déchets considérables , et que les matières, lorsqu’on les
convertit en savons , ont une coloration qui en déprécie la qualité. » (1 )