XX. PROCÉDÉ DE FONTE ET RAFFINAGE DES SUIFS PAR LA VAPEUR
Brevet d’invention dei 0 ans , en date du 29 novembre 1838 , au sieur Louis Porchaire-Guérineau, à Paris.
La fonte des suifs à feu nu, par l’ancien système et telle
3 u’elle sc pratique actuellement partout, traîne à sa suite es inconvénients dont je crois devoir signaler quelques-uns que j’ai supprimé totalement, tels que la préparation pénible de hacher le suif à bras, l’irrégularité de l’agitateur à bras, l’insupportable fumée et l’odeur suffoquante qui s'évaporent du suif à ébullition , les dangers imminents d incendie que présente, à chaque instant, le chauffage des chaudières à feu nu ; enfin la colorisation des produits et la perte occasionnée par l’évaporation et le calorique ; tels sont les inconvénients suffisamment marquants , pour démontrer l’inertie où se trouve encore cette branche d’industrie.
La fonte des suifs, à l’aide des acides nitrique et sulfurique et à feu nu, présente au moins autant d'inconvénients que celle des créions à feu nu ; on peut même ajouter que ce système est moins efficace que l'autre, en ce sens qu’il nécessite une dose d’acide qui augmente les frais de fabrication et qui ne donne pas, pour cela, aux produits plus de rendement et plus de qualité •, car l’expérience a démontré que les acides sulfurique et nitrique altéraient, au contraire , la qualité du suif au profit de la blancheur, et que, en vieillissant, ce suif perdait de sa force stéarique et brunissait à l’emploi, ceci est positif : ainsi donc ce procédé diffère seulement de celui de la fonte aux créions à feu nu en ce qu'il ne faut pas de presse ; mais , en échange , il faut bon nombre de cuves, beaucoup d’eau et d’acide, enfin de quoi payer un pressoir en une seule année en y comprenant la perte des cretons qui se trouvent dissous par ce procédé.
Le système pour lequel je demande à être breveté n’a rien de commun avec ceux-là.
(<) I.» patent® pour blanchir et purifier les suifs brima et Iea huilée ferle, ment colorée», Je Î 1 Î. Ch. Watt, avait déjà i 3 années environ, en 184p.
J’ai substitué au feu nu et aux acides sulfurique et nitrique la puissance de la vapeur.
De nombreuses recherches et les essais réitérés que j'ai faits depuis deux ans, m’ont démontré que ce procédé était une précieuse découverte pour cette branche manufacturière.
Voici l’analyse de l’appareil propre à fondre les suifs à la vapeur :
J’ai fait établir la chaudière à cuire en cuivre rouge, de 5 mill. d'épaisseur, sans couvercle ni coupole au-dessus, ayant reconnu que la portion humide contenue dans le suif avait besoin de se dégager en plein air, ceci donnant plus do solidité au suif, qui est beaucoup moins gras ; point essentiel pour la fabrication de la chandelle.
Le double-fond est en fonte , de 22 mill. d’épaisseur; le tout bien joint ù brides et clous rivés.
J’ai fait placer cette chaudière sur un échafaudage en bois dont la partie supérieure est doublée d’une forte étoffe en laine et encadrée dans une caisse en bois pour en réserver la chaleur.
Cette chaudière est alimentée par un générateur ; je l’ai fait plaeer dans un appartement à part , de manière à co que dans le fondoir il n’y ait jamais de feu , et ceci détruit entièrement les craintes d’incendie qu’on a sans cesse eu fondant au feu nu.
La chaudière et le générateur sont à peu de distance l’un de l’autre; un mur seulement les sépare, dans le but quo la chaleur soit plus active dans le double fond.
La vapeur, après avoir été condensée , s’échappe par un conduit, et va tomber dans un tonneau, où, à l’aido d’une pompe ordinaire , la même eau sert à alimenter la générateur.
Au milieu de la chaudière à cuire , est établi un agitateur en fer cannelé d’un côté , pour recevoir les deux pelles , dont la forme de l’une est à oreilles de charrue , et l’autre un bouton plat dont le haut se présente en biais pour faciliter le passage des cretons par dessus , et employer moins de force dans le mouvement de rotation exercé par la manivelle et l’engrenage fixés à la hauteur du pivot.
Pour vider plus facilement le suif lorsqu'il est fondu au
degré voulu , j’ai fait établir au fond de la chaudière , une tête d’arrosoir mobile , percée en tous sens et solidement ajustée au cul de la chaudière.
Cette tête d’arrosoir est munie d’un tuyau de conduite en plomb , qui va plonger perpendiculairement sur un chapeau en ferblanc , de la forme d’un paiu de sucre qui se trouve placé sur un grillage de lil de laiton ou de toile métallique posé à 1 décim. du bord du bassin , servant à arrêter les molécules que contient le suif soumis à la première cuite.
Dans ce même bassin , que j’appelle raffineur , j’y ai fait établir un serpentin parcourant eu sens inverse le fond du bassin, étayant la prise de vapeur près de la première.
Ce serpentin sert à réchauffer l’eau et le suif que je soumets au raffinage , et il est d’une grande utilité pour cette opération, pouvant pousser jusqu’à 80 degrés de la chaleur, qui en est douce et qui n’altère aucunement la qualité ni la couleur du suif.
Pour enlever les créions et les soumettre au pressage , je fais usage d’une dalle en tôle placée à l’extrémité de la chaudière à cuire, et qui les conduit directement dans la presse. Pour- hacher et préparer le suif, j’ai un couteau mécanique mu par un engrenage et une manivelle; il est placé au-dessus d’un madrier en bois d’ormeau, qui va et vient de gauche à droite, jusqu'à ce que le suif soit coupé et dépecé de la grosseur d’une noix.
Ce hachoir mécanique a été inventé par moi.
D’après cette analyse , on voit que cet appareil, par sa simplicité , est à la portée de tous les fondeurs , pouvant être appliqué eu petit comme en grand , suivant les facultés pécuniaires et les capacités de chacun ; mais , en l’appliquant à la fonte eu grand , il y aurait beaucoup d’économie, car , à l’aide d’une machine de la force . de 2 chevaux , on peut faire mouvoir et marcher, avec un même moteur, le hachoir mécanique , l’agitateur et la presse , si elle est hydraulique : de là , économie de la main-d’œuvre et régularité dans le travail.
Maintenant je ferai connaître les résultats de la fonte à la vapeur, telle que je la pratique.
Je prends, par exemple, 500 kilogrammes de suif en
branche , je fais «[traire toutes les parties sanguinolentes et nerveuses. Ce choix terminé , je fais hacher bien menu le bon suif d’une part, et les parties défectueuses de l’autre
f »art; celles-ci sont plongées dans une cuve contenant de ’eau , où elles dégorgent promptement, et, après deux lavages à l’eau claire , je les fais placer dans un panier d’osier fort , où , pour précipiter l’évacuation de l’eau , je fais charger fortement le suif, ce qui le soumet à une espèce de pressage , et il se dégage de la portion humide qu’il contenait.
Cette opération terminée , je fais mettre le déroulé le premier au fond de la chaudière à cuire ; ouvrant ensuite le robinet , l’action de la vapeur réchauffe promptement la chaudière, et la chargeant au fur et à mesure que le suif fond , en moins de 70 minutes elle est remplie , et le suif sc liquéfie à vue d’œil et passe aussitôt à une ébullition légère et régulière , sans répandre d’odeur ni de fumée malsaines, même dans l’action la plus forte de la chaleur , que l’on peut pousser jusqu’à 100 et 105 degrés.
Lorsque le degré de cuisson est arrivé , on soutire le suif par la vidange , mais on a toujours soin de laisser les cretons baigner dans le jus et ne pas les mettre à sec , ce qui nuirait à la cuisson du suif, ainsi qu’au rissollcment des cretoos.
Ceci s’acquiert par la pratique , car il ne faut jamais séparer entièrement les cretons du suif qui les baigne; aussi beaucoup de chimistes théoriciens ont-ils échoué en s’éloignant de cette ligne.
Par mon système , la cuisson des cretons est aussi prompte qu’au feu nu ; elle diffère d’une manière prodigieuse de celle-ci , en ce sens que jamais elle ne reçoit de coups de feu, et n’altère en rien ni la couleur ni la qualité du suif, qui sont toujours les mêmes jusqu’à la fin.
Le soutirage des cretons est le même qu’au feu nu pour être soumis à la presse.
En opérant de cette manière , soit en petit, soiten grand, les suifs qu’on en retirera seront toujours supérieurs à ceux qu’on livre, chaque jour, à la fabrication provenant des fondoirs où l’on opère soit à feu nu , soit au moyen des acides sulfurique et nitrique , soit au bain-marie à l’aide
«les acides , et enfin soit au moyen des fontes à l’eau combinée avec des sels , passant elles-mêmes à la vapeur où il y a perte de 16 à 17 pour 100 avec des suifs frais tandis que , par mon procédé, je ne perds que 12 à 13 pour 100 au plus, et voici comment j’explique ceci : c’est que, par tous les moyens que j’ai déduits ci-dessus , il y a évaporation continuelle dès le commencement de l’ébullition , ou altération permanente occasionnée par le calorique dans les chaudières chauffées à feu nu , quand chez moi je ne redoute ni l’un ni l’autre ; donc il y a supériorité en tout.
Procédé pour raffiner les suifs à l'tisagc de la chandelle
ordinaire.
Le suif que l’on fond par mon procédé et dont la qualité est belle et bonne, exige, comme tous les autres une préparation pour être mis en chandelle ; voiéi comment s’opère la mienne :
A l’instant où le suif fond et tombe dans un bassin j’y introduis une portion d’eau calculée sur 45 livres d’eau pour 100 livres de suif,
S onces de crème de tartre en poudre pour 400 liv. de suif.
4 once d’acide borique en poudre pour 400 liv. de suif.
Le tout étant réchauffé par le serpentin placé au fond du raffineur et fortement agité avec une spatule en bois , opère un mélange qui détruit entièrement toutes les parties terreuses etmucilagineuses que contient le suif dans son état naturel et lui donne une éclatante blancheur sans en altérer la qualité qui est supérieure à tout ce qu’on a pu faire jusqu’à ce jour en suif ordinaire.
Le système de raffinage est un peu eoûteux , comme on le voit ; car le suif étant réchauffé par le même générateur , il n’y a que les 6 pour 100 de crème de tartre soluble et 4 pour 400 de boulée qui en augmentent le prix : ceci est peu quand on obtient d’aussi beaux produits de moyens aussi simples et par un travail aussi propre ; car la bonlée qui se trouve au fond du raffineur n’est qu’une boue noire qu’on jette avec l’eau ; sous la nappe de suif qui reste après le soutirage il n’y a rien , le dessous est aussi propre que le dessus. .
Brevet d’addition et de perfectionnement , du 12 mars
Dans le premier procédé , il y avait une chaudière à cuire et un Dassin carré en cuivre , surnommé raffmeur. D'après de nouveaux essais , et sentant la nécessité de
Î erfectionner cet appareil , j’ai supprimé , dans la chaudière cuire, la tête d’arrosoir servant à décruter le suif, pour la remplacer par le conduit, appliqué au double fond
f iour donner écoulement à l’eau condensée; j’ai placé e conduit par où passe le suif sur le côté de la chaudière , en le faisant directement plonger dans le raffmeur , qui se trouve installé au même étage que la chaudière à cuire , dont j’ai changé totalement la construction , parce que je le destinait aussi à l’usage des fabricants de chandelles.
Ce nouveau raflineur est une cuve en bois de chêne, fortement liée avec des cercles en fer, garnis de vis dépréssion.
Le dessus est recouvert d’une coupole de cuivre , s’ouvrant par moitié à l’aide de fortes charnières en fer , pour pouvoir , à volonté , y introduire le suif en pains lorsqu’on veut le soumettre à r épuration.
Un serpentin circule autour de la cuve-, en continuant ses sinuosités à 1 décira, du fond , pour la réchauffer en tous sens au même instant.
Un agitateur en fer est fixé au milieu de ce raffmeur ; ce sont des .pelles à four., pour donner plus de mouvement au liquide lorsqu’on opère le mélange ae l’eau et du suif.
Sur la coupole se trouve un conduit, pour faciliter l’évacuation de la vapeur légère qu’occasionne la chaleur au moment du mélange; ce conduit va se déverser dans un
S etit récipient au milieu duquel est une couche de charbon isposée à désinfecter ladite vapeur.
Tous les autres objets qui n’ont pas subi d'amélioration ou de changement , sont décrits dans le premier mémoire , et figurent sur le nouveau dessin.
Seulement je ferai observer que, dans la chaudière à cuire , on peut y introduire un serpentin ou un gros tube
3 ui fixerait la vapeur au centre , si , toutefois , la chaleur u double fond n’était pas suffisante lorsqu'on opère en grand.
ET DE LA FABRICATION DES CHANDELLES. iol
A l’aide de ce nouveau- raffiiieur , les fondeurs peuvent , non seulement clarifier leur suif en sortant de la chaudière à cuire, mais les fabricants de chandelles qui nefondent pas le suif eux-mêmes , peuvent aussi en faire- usage pour raffiner celui en pain qu’ils emploient pour leur fabrication; opération qui demande les plus grands soins , car il est reconnu que le chauffage à feu nu dont ils font usage aujourd’hui , colore et oxide le suif dans leur chaudière en cuivre r tout en altérant la partie stéarique , qu’il est si nécessaire de conserver intacte pour la confection des bonnes bougies et chandelles.
Ce raffineur , dont la simplicité et le bas prix le mettront à la portée de tous les fabricants de chandelles , deviendra aussi utile pour eux que la chaudière à cuire le suif en branche pour les fondeurs; seulement ils seront obligés d’avoir en plus un générateur proportionne à la dimension pour le réchauffer , et au moyen duquel , par une prise de vapeur , on fera chauffer l'eau dont on se sert pour nettoyer les culots, ce qui présente une économie de combustible de plus,
n ue , dans les fabriques de chandelles on fait usage d’un e fourneau pour cette opération.
D’après ces nouvelles dispositions , mon appareil présente deux systèmes différents , savoir :
Le premier ,. pour. fondre , cuire et raffiner à la vapeurles suifs en branche ;
Le second , pour refoudre et raffiner à la vapeur , les suifs et les graisses déjà fondus.
Ainsi donc, je fonde ma demande de brevet pour ces deux appareils , dont l’un servira aux fondeurs de suifs, . et l’autre aux fabricants de chandelles, ainsi que pour. le procédé que j’ai indiqué dans mon premier mémoire , tendant à accélérer l’épuration du suif au moyen d’une combinaison d’acide borique de crème de tartre et d’eau.
Description du dessin.
Planche VIII, fig. 10 et H. A, maçonnerie en rocaille.
B , couronnement en fer fondu.
G , bossage en brique.
C!est dans cette construction que se trouve renfermé le générateur garni de sa soupape et de son alimentateur.
D , colonnes et traverses en bois de chêne.
E , déversoir en bois de chêne.
F, soutiens des pivots fixés au plancher de l’étage supérieur.
G , chaudière à cuire en cuivre rouge.
II , agitateur en fer battu et cannelé , afin que les pelles y soient fixées immuablement.
I, pelles en fer fondu massif, attachées obliquement à l’agitateur.
J i pelles en fer fondu , fixées obliquement , en forme d'oreille de charrue, et froissant, dans toute sa longueur r le fond de la chaudière.
K , double fond en fer fondu , dans lequel se trouve contenue la vapeur.
L , tuyau de prise de vapeur, en cuivre rouge.
M, tuyau en cuivre rouge, par où s’échappe la vapeur condensée , au moyen d’une clef en cuivre jaune.
N, clefs en cuivre jaune, pour l’échappement de la vapeur.
O, doubles brides en cuivre jaune , séparées l’une de l’autre par une lame de plomb.
P, prise de vapeur pour alimenter le serpentin placé dans le raftineur.
Q , tuyau servant à décanter le liquide.
K, plaque en cuivre , trouée , établie à l’orifice du tuyau.
S , clef pour l’évacuation du liquide.
T, saillies des chaudières fixées par des boulons de for, sur le sommet des colonnes.
U , engrenages en fer fondu munis de leurs manivelles.
Y, galeries en fer.
X, douilles en fer, à charnières, afin que l’on puisse démonter les agitateurs.
Y, crapaudine en acier, sur laquelle tourne le pivot de l’agitateur.
Z, vis de pression pour consolider les pelles.
a , cuve extérieure en madriers de chêne, appelée raffineur.
b , cercles en fer.
e , vis de pression servant à serrer les cercles.
<ï, coupole en cuivre rouge , formant la demi-circonférence v s’ouvrant par moitié au moyen d’une charnière , et fermée par des vis.
ET DE LA FABRIGATION DES CHANDELLES. lOD
t , charnière de la coupole.
f , vis de pression de la coupole.
g, poignées en fer pour faciliter Fouvertnre de la coupole.
h, bord de la coupole fermant hermétiquement sur une bordure en fer.
i , intérieur de la cure.
k, agitateur enfer battu et cannelé.
l, pelles en fer fondu , à jours en losanges, attachées moins obliquement à l’agitateur que celles de la chaudière.
vn , pelle horizontale de même forme que les précédentes. «, serpentin en cuivre rouge, servant à réchauffer l'intérieur de la cuve.
o , trou figurant les sinuosités que fait le serpentin dans le fond de la cuve.
p , crapaudine sur laquelle pivote l’agitateur.
q, grillage en toile métallique ou fil de laiton , pour arrêter les molécules qui s’échappent de la vidange.
r , cône en ferblanc , fixé sur la toile métallique servant à diviser le liquide dans sa chute.
s , supports en fer du grillage.
t y robinet pour décanter le liquide.
u , intérieur de la coupole.
v, bord de la coupole attaché par des vis en cuivre.
Xy tuyau par où s’échappe la vapeur résultant de la chaleur, et se déversant dans une cuve.
b", agitateur semblable à celui de la chaudière.