CHAPITRE PREMIER
DE LA CIRE , DE SES DIVERSES QC ALITÉS , ET DES MOYENS DE LES RECONNAÎTRE.
La cire qui fait l’objet de l’industrie du Cirier, et dont on fait l’emploi le plus considérable dans les arts industriels, est fournie par les abeilles. Il n’y a pas un seul département dans la France qui n’en produise plus ou moins •, cependant on n’y en récolte pas en assez grande quantité pour satisfaire à nos besoins intérieurs , nous sommes obligés de nous approvisionner à l’extérieur, et nous allons chercher en Asie, en Afrique, en Amérique même, une substance qui nous est indispensable , et que nous pourrions trouver sur notre sol , si les agriculteurs entendaient bien leurs intérêts , et élevaient une plus grande quantité de ces insectes précieux qui nous la fournissent.
Les départements qui en exploitent le plus , sont les suivants : Seine-et-Marne , Marne, Ardennes, Aube, Haute- Marne , Cantal , Puy-de-Dôme , Maine-et-Loire , Gironde , Seine-Inférieure , Eure , Calvados , Orne, Manche , Ille-et- Vilaine, Loire-Inférieure , Côtes-du-Nord , Finistère , Morbihan, Loiret , Eure-et-Loir, Loir-et-Cher, etc. On en fait venir aussi du Nord. On en tire considérablement de Barbarie, de Smyrne, de Constantinople, d’Alexandrie, de Candie, de Chio, de Samos et de plusieurs autres îles de l’Archipel. L’Amérique nous en fournil aussi beaucoup. La consommation de cette cire étrangère en France , peut être évaluée au moins à sept ou huit mille quintaux métriques chaque année; ce qui, à quatre franco le kilogramme, terme moyen, donne 5,2(X),D00 francs que nous payons h l’étranger, par la négligence des propriétaires qui pourraient faire tourner cet impôt au profit de notre agriculture.
La cire est livrée au commerce par les propriétaires des ruches, en pains ronds, et souvent en pains prismatiques ; elle est jaune, ci a subi- une première fonte, dont nous ne nous occuperons pas , priisqu’elle n’est presque jamais faite
? >ar lt* Cirier. La cire , dans cct état , est plus ou moins coorée en jaune , on la nomme cire brute ou dre vierge . Elle est sèche et cassante; sa cassure est grenue, et lorsqu’elle est pure elle n’adhère pas aux dents quand ou la mâche. Sa saveur doit être agréable et n’avoir rien qui rappelle celle des résines ou du suif. Cette observation est importante, car l’esprit de fraude, qui malheureusement s’est introduit dans le commerce , guide souvent les agriculteurs , et les porte à altérer les produits naturels qu’ils livrent à la consommation. Ils v mêlent du suif ou de la résine dans la première fonte. Les blanchisseurs qui achètent cette cire doivent être bien exercés , et au goût ils distinguent bientôt la fraude.
Lorsque la cire est mélangée de résine , elle s’attache aux dents , et le goût décèle la substance qu’on y a introduite. Le suif se décèle aussi aisément par son goût et par son odeur. Le galipot et le suif de mouton présentent encore une modification dans la cassure qui a perdu de son grenu, et dans sa consistance qui devient beaucoup plus molle : avec un peu d’habitude il est facile de les reconnaître.
La cupidité, toujours industrieuse quand il s’agit de découvrir ue nouvelles supercheries , est venue à bout de découvrir une substance qui n’a aucun ries inconvénients que je viens de citer. En ajoutant en outre de la fécule de pomme de terre à la cire déjà altérée par le galipot ou lo suif de mouton, on lui redonne de la consistance et du grenu : aussi n'en épargne-t-on pas la dose. M. Delpech , habile pharmacien au Bourg-la-Reine , près de Pans, en faisant connaître ce genre de fraude , a fort heureusement fourni le moyen de s'en garantir. On traite à chaud un poids déterminé de la cire qu’on veut examiner, par de l’essence de térébenthine , qui a la propriété de dissoudre la cire et les autres matières grasses qu’elle pourrait contenir, mais qui , n’ayant aucune action sur la fécule, la laisse intacte , et à cause de la pesanteur , se précipite au fond de la dissolution. Indépendamment des principaux signes que nous venons d'indiquer pour reconnaître la sophistication de la cire , voici quelques autres moyens qu’il est bon de mettre en usage en cas d’incertitude : i° On projette des morceaux de cire sur les charbons ardents : l’oaeur désagréable et la fumée plus épaisse annoncent la fraude. 2° On fait couler sur des étoffes quelques gouttes de la cire qn’on éprouve; on