‹ Nouveau manuel complet du chandelier du cirier, et du fabricant de cire à cacheterChapitre 41 sur 87 · PREMIÈRE FONTE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE FONTE

On ne commence guère les opérations de la fonderie que dans le mois de mai, lorsque la belle saison est arrivée, et que le soleil est assez élevé sur l’horizon pour lancer ses rayons directement , long-temps et avec force. Ces opérations se continuent au plus pendant trois ou quatre mois.

Après que le fabricant a tait ses essais sur les échantillons de cire qu’il a pris sur chaque pain ., ainsi que nous l’avons-

décrit) page 457), et qu’il a classé tous ses pains en quatre monceaux particuliers selon la plus ou moins grande facilité avec laquelle chaque qualité de cire se blanchit , alors il commence sa fonte.

Dans la manufacture de M. Trudon , (pie nous avons citée comme modèle , on fond 5000 kilogrammes ( six mille livres) de cire par jour, en six fontes de 500 kilogrammes ( mille livres ) chacune.

L’ouvrier met dans une des chaudières A ( Fig. 1 ), la quantité de cire suffisante pour couvrir une des toiles destinées à recevoir les rubans qui proviendront de cette fonte. La cire doit être coupée en petits morceaux , de la même manière que nous l’avons indiqué pour les graisses (page 8), et il ajoute dans la même chaudière quatre a cinq litres d’eau par chaque 50 kilogrammes pesant de cire. On allume le feu sous la chaudière , et l’on y laisse fondre la cire lentement. L’ouvrier, armé de la spatule de bois, agite cette cire aussitôt qu’il s’aperçoit que la fonte s’avance ; il brasse doucement et continuellement jusqu’à ce que tout soit entièrement fondu, et il continue ù remuer jusqu’à ce que la cire ait acquis un degré de fluidité suffisant pour que les impuretés qu'elle contient puissent bien se déposer. On ne peut pas fixer de règle certaine sur le degré de chaleur qu’on doit imprimer à la cire pour lui donner la fluidité nécessaire , cela dépend de la qualité des cires ; la grande habitude le fait connaître ; et le chef ouvrier distingue , par la résistance que la cire lui fait éprouver à la main , si elle a acquis le point de fluidité indispensable. Alors , ce même chef- avertit un ouvrier, il lui fait ouvrir le robinet de la chaudière , et alors la cire liquide coule dans la cuve avec l’eau qui y est mêlée. Cette cuve est fermée par un bouchon de liège que l’on enfonce en dedans , comme on le verra

E lus bas lorsque nous dirons par quel moyen on ôte ce ouchon.

Aussitôt que la cire est entièrement coulée , on couvre la cuve de son couvercle , et on l’enveloppe de sa couverture qui est formée de deux toiles , entre lesquelles on a mis de la bourre, et qu’on a piquées ensuite. Cette enveloppe est destinée à maintenir la chaleur du liquide pendant tout le temps qu’on laisse déposer la cire , e'est-à-dire , pour quî

BU BLANCMSSAGK

les saletés , les impuretés qui peuvent se trouver dans la cire, a : ent le temps de se déposer au fond par leur plus grande pesanteur spécifique. L’eau qui pendant la fonte s’est mêlée avec la cire , se précipite au fond et entraîne avec elle ces saletés ; c’est là ce qu on appelle purilicr la cire. Onlaisse la cuve en repos pendant deux ou trois heures, selon la plus ou moins grande quantité de cire qu’elle contient.

Nous avons supposé que l’opération que nous venons do décrire est la première de la journée , par conséquent la cuve était en place prête à recevoir la fonte. Dans les opérations subséquentes les ouvriers placent la cuve pendant que la cire commence à fondre. Chaque fois qu’on a vidé la cire pour la rubaner , on descend la cuve pour la nettoyer* et on la remplace par une autre.

On profite du temps que la cire dépose pour remplir d’eau fraîche la baignoire qui est au-dessous d’elle , ce qui se fait facilement en ouvrant le robinet du tuyau K, Fig. 1 et 2; bifen entendu qu’on a auparavant vidé , selon les circonstances , en totalité ou eu partie cette baignoire , par le robinet qui est au bas.

Lorsque la cire est suffisamment déposée , on se met en devoir de la grêler. Pour cela un ouvrier , c’est ordinairement une femme , se place devant la manivelle , et le chef ouvrier donne l’ordre d’ouvrir le bondon , que nous avons dit avoir été placé en dedans sur l’orifice intérieur de la chantepleure. C’est ici le moment de décrire cette cbanlepleure avec la broche qui sert à déboucher le bondon.

La Fig. 16 représente les deux pièces qui sont employées dans cet instrument. A, est la chantepleure proprement dite; c’est un tuyau en bois dur qui est enfilé dans une plaque de tôle a, o, avec laquelle il est solidement ajusté. Le tuyau entre juste dans le trou du bondon, et la plaque de tôle est fixée par des clous sur la cuve. Nous avons dit qu’on bouche intérieurement cette cannelle avec un bouchon de liège * qui résiste bien mieux à la pression de la cire liquide que s’il était placé en dehors. Voici par quel moyen on parvient à la déboucher. On se sert pour cela d’un cylin dre B, fait en bois dur et solide , qu’on nomme lancette. Ce cylindre a un manche C, gros et fort, à l’aide duquel on peut pousser fortement ; le bouchon sort et va nager à la

surface de la cire. Cette lancette , qu’on laisse dans la cannelle et qu’on enfonce plus ou moins , règle la vitesse avec laquelle la cire sort pour se rendre dans le grèloir qui est au-dessous.

La cire tombe d’abord sur la passoire , de là sur la pla-

3 ue , et enfin dans le grèloir, où elle occupe d’abord les eux rigoles qui sont au fond, et coule par les trous de la gouttière , en petits filets , sur le cylindre mouillé qui est au-dessous et qu’on tourne continuellement. Le filet de cire , en tombant sur le cylindre , s’aplatit et se gèle en entrant dans l’eau , de sorte que chaque filet forme un petit ruban de quelques millimètres de large. Plus l’on tourne rapidement le cylindre, et plus le ruban est mince; le cylindre , en tournant, agite l’eau, et la pousse vers le bascle la baignoire où elle entraîne la cire rubanée.

Pendant toute cette opération , le robinet K, qui porte l’eau fraîche , reste ouvert , et Tenu qui s’est échauffée s’échappe par le tuyau de trop plein M. Il est très-important que l’eau reste toujours la plus fraîche possible dans la baignoire , car si elle s’ échauffait , la cire se rubanerait mal , ou elle resterait attachée au cylindre, ou bien les rubans se colleraient entre eux.

L’onvrier prend la fourche de ses deux mains, il l’en- • fonce dans la baignoire auprès du cylindre , et pousse avec cette fourche les rubans de cire vers le fond de la baignoire opposé à la cuve ; là il enlève les rubans et les jette dans la manne qu’il a placée à côté de lui. Lorsque la manue est pleine de rubans , on la met sur une brouette , et on la porte auprès du carré destiné à recevoir cette cire rubanée. Le brouettier, aidé d’un autre ouvrier qui est ordinairement une femme, enlèvent ensemble cette manne et versent la cire sur la toile. Cette femme l’étend avec scs mains , tandis qu’une autre, armée d’une petite fourche , la porte vers le milieu de la toile , et l’égalise le mieux qu’il lui est possible.

Cette opération se continue tout le long du carré et jusqu’à ce que la cuve cesse de fournir de la cire. Alors on soulève la cuve par derrière à l’aide d’un levier , afin que toute la cire fondue sorte par la cannelle , et l’on ne cesse que lorsque l’eau commence à couler. Tout cela exige une heure et demie environ pour un millier de cire.

On découvre la cuve , aussitôt que la fonte est terminée ■, et l’on enlève cette cuve qu’on remplace de suite par une autre : on nettoie bien la première , pour la faire servir dans une fonte suivante.

Pour que les opérations se succèdent avec rapidité, et qu’il n’y ait aucune perte de temps, on fait une fonte toutes les trois heures, c’est-à-dire qu’on commence une fonte trois heures après que la première a commencé,, et ainsi de suite sans interruption.

Il est aujourd’hui bien reconnu que le blanchiment de la cire est dû à la seule influence de 1p. lumière solaire. Sennebier, en 1792, avait prouvé çétte assertion par des expériences directes, qu’il consigna dans le tome XII des Annales de Chimie. Il démontra que l’humidité de la rosée ne contribue en rien au blanchiment , et que , pour blau-r chir la cire , il suffit de la réduire en rubans très-déliés et de l’exposer au soleil.

Selon les dispositions que la cire a pour blanchir, et suivant que les jours sont plus longtemps sereins , on doit la laisser; on laisse les rubans sur les toiles pendant -dik, douze, quinze, vingt jours, et quelquefois plus , avant de les retourner. Cette opération se fait avec les mains de bois ( Fig.. 13 ) qu’on passe sous les rubans sur la toile , on les soulève et on les tourne sens dessus dessous. Peu de jours après on les remue avec les petites fourches qui ont servi à les étendre, ce qui s’appelle régaler. Un ouvrier expérimenté connaît parfaitement les circonstances où il convient de régaler plusieurs fois les cires.

Lorsque par celte première opération la cire a acquis le

I iremier degré de blancheur, on la rapproche des bords avec e rabot (fig. 15) et avec le râteau, et on la relève de dessus les toiles avec une petite main de bois; on en remplit des sacs qu’une femme tient ouverts, on la porte en magasin où on l’entasse comme le blé dans les greniers , et on la laisse en fermentation pendant trente à quarante jours. Ella se tasse dans cet état , et forme une masse assez solide pour qu’on ne puisse la retirer qu’à l’aide d’une pioche. Si on la fondait de suite une seconde fois avant cette fermentation , elle n’acqucrraU pas un beau blanc.

Du regrêlage ou seconde fonte.

On met 4’abord dans la chaudière quatre ou cinq litres d’eau par chaque cinquante kilogrammes de cire qu’on veut regrêler; on allume le feu et on jette dans la chaudière 15 à 20 kilogrammes de la cire de la première fonte qui était en magasin. Voici comment on s’y prend pour jeter la cire ; deux ouvriers sont nécessaires pour cette opération. L’un tient une spatule ou un palon avec lequel il brasse continuellement l’eau qui commence à s'échauffer; le feu est modéré. L’autre ouvrier tient à côté de lui une corbeille remplie de cire , il en jette peu à peu comme en saupoudrant; cette cire s’attendrit, et il continue ainsi jusqu’à ce

Î ue la chaudière soit ■ pleine ; il s’aide pour cette opération u bord de la chaudière sur laquelle il appuie le manche du palon. Ce travail est pénible, parce que la cire formant une espèce de bouillie épaisse, est difficile à remuer.

Lorsque la chaudière est pleine, on augmente le feu, afin de donnera la cire toute la liquidité nécessaire pour qu’elle ne présente aucun grumeau et qu’elle coule facilement par les tuyaux et le robinet. On ne discontinue pas de brasser jusqu’à ce quelle soit entièrement fondue. Il est indispensable, de brasser continuellement la rire afin de l’empêcher de roussir; cependant il est bien rare qu’elle ne prenne un petit coup de feu. On est par conséquent obligé à chaque fois qu’on la fond de recommencer les mêmes opérations que nous avons déjà décrites, et que nous ne ferons que rappeler.

On la fait couler dans la cuve , on l’expose aux rayons solaires sur les toiles , on la régale après le regrêlage, de la même manière qu’on l'a fait dans la première fonte , et dès qu’elle a acquis le blanc , on la relève 4e dessus la toile , on en remplit des sacs , et on la met en tas dans le magasin.

De la préparation pour éculer : troisième et dernière

fonte.

Quelques blanchisseurs ajoutent à la cire en fusion trois ou quatre litres de lait sur cinq cents kilogrammes de cire; mais il est reconnu que cette audition occasionne un déchet,

par le dépôt considérable qui a lieu au fond de la cuve ; il est préférable d’ajouter de la crème de tartre ou de l'alun en poudre , comme nous l'avons expliqué pour la fonte des suifs, p. 70 et 71.

La fonte se fait comme nous l’avons décrit dans l’article précédent pour le regrêlage; mais on ne rubané pas la cire, on la moule. Voici comment on opère : pendant les deux heures environ que la cire se dépose dans la cuve , on met tremper dans la baignoire la quantité de planches à mouler, fig. o , nécessaire pour mettre en pains toute la cire de la fonte. On enlève le grêloir et le cylindre : l'on met en place le coffre à éculer, fig. 4, et l’on en remplit les braisières de cendres chaudes. Lorsque la cire est entièrement déposée , on débouche la cannelle et , en terme de cirier, on perce la fonte; l’on place sur les tables P, P, fig. 1, les planches à moule qu’on amis tremper dans la baignoire. Alors des femmes, munies chacune d’un éculon, fig. 5, le remplissent au robinet du coffre à éculer, et le portent aux planches à moules. A l’aide des deux becs de l’éculon, elles remplissent à la fois deux moules, et elles continuent de la même manière jusqu’à ce qu’elles aient employé toute la cire.

Au fur et à mesure que la cire est bien congelée , un ouvrier enlève ces petits pains , qu’il jette dans une baignoire. On sent bien que , puisqu’on les a moulés dans des moules mouillés , le petit pain de cire n’y adhère pas, et qu’il s’en détache facilement. L’ouvrier remet les planches dans l’eau pour les replacer ensuite sur les châssis à mesure qu’on en a besoin. Six ouvriers, dont deux hommes et quatre femmes, suffisent pour ce travail ; des femmes remplissent les moules, un homme retire les pains et les soigne comme nous l’avons dit , l’autre a soin des planches , il les met dans l’eau et les en retire.

L’ouvrier enlève les petits pains qui nagent dans la baignoire; il emploie pour cela un tamis qui, au lieu de soie ou de crin, est garni d’un filet fait avec de la ficelle.

Ces pains sont mis dans les mannes et portés sur les toiles , où les femmes qui les ont formés vont les arranger les uns à côté des autres. On les y laisse exposés à l’air et au soleil pendant quelques jours. Lorsqu’ils sont bien secs, on les

enferme dans des armoires , ou mieux dans des futailles garnies de papier, pour les soustraire à la lumière, qui les jaunirait, ce qu’il est important d’éviter.

Ces petits pains sont ensuite refondus par le cirier pour en fabriquer les divers ouvrages dont nous allons parler. La cire a acquis alors la plus grande blancheur qu’elle puisse atteindre.

§ IV. Procédé de Blanchiment de iWT. Boillot.

Nous décrirons ici un procédé de blanchiment des cires , dont on doit l’invention à M. Louis- Alexandre Boillot, et qui a pris un brevet de 15 ans pour cet objet, en date du 19 septembre 1854.

Le chlorure liquide fait ù la potasse, constitue seul la base de ce procédé. Au moyen de cet agent, toutes les qualités de cires, même celles dites réfractaires, se blanchissent également.

Il faut les mettre en fusion et les porter à quelques degrés de chaleur au-dessus de celui nécessaire pour le fondre, principalement pour les cires réfractaires; arrêter le feu ou la vapeur, si elle est employée; puis introduire en quantité voulue le liquide désigné , à différentes reprises, en agitant constamment la matière jusqu’au refroidissement; remettre le tout en fusion, pour recommencer l’opération de la même manière , et cela autant de fois qu’il sera nécessaire pour amener la cire, (jui est décomposée, au grand blanc et à l’état de crème épaisse; toutefois , la première introduction de chlorure doit être faite en quantité suffisante pour que la cire en fusion fasse effervescence.

Parvenu à ce point , et après le refroidissement , on recompose au moyen de l’acide hydrochlorique ( acide muriatique ) ou étendu, quelquefois, dans son poids d’eau bouillante , et que l’on introduit par reprises en agitant convenablement la matière, qui se remet alors dans son état naturel en se grenant.

Il convient de faire remarquer que tous les acides atteignent ce but; mais celui désigné est préférable sous tous les rapports.

Immédiatement après , on commence à purifier la cire par de grands et fréquents lavages, pendant huit jours environ.

On peut ensuite l’étendre pour l’assainir et la laisser essuyer avant de la mettre en clarification , selon l’un ou l’autre des procédés connus des ciriers , ou bien par tels ou tels autres moyens convenables sous le rapport du temps et de l’économie , tels que la crème de tartre avec l’acide borique , pour la rendre soluble dans la proportion d’une partie d’acide sur sept de crème de tartre.

Il est inutile de faire observer que c’est au moyen de la pompe à feu que l’agitateur en question peut être mis en mouvement , et que l’on peut se procurer la quantité d’eau nécessaire pour les lavages sus-indiqués.

Le 21 septembre 1856 , M. Boillot a pris un brevet d’addition et de perfectionnement, où l’on remarque les dispositions qui suivent.

Le procédé chimique a pour but le blanchiment des cires de tous les pays et de toutes les qualités et espèces , y compris les cires végétales qui , alliées elles-mêmes , avant ou après leur blanchiment , avec des cires réfractaires de la dernière qualité, ou du suif, et au besoin avec l’une et l’autre de ces dernières substances , peuvent offrir une matière très propre à la confection d’une bougie économique réunissant tous les avantages des autres bougies , et à laquelle nous donnerons ultérieurement un nom.

Description du procédé .

Le chlorure de potasse , proprement dit , c’est-à-dire une solution de potasse saturée de chlore, constitue, avec sa mise en pratique, le procédé pour le blanchiment des cires cidessus désignées.

Mise en pratique du procédé.

La quantité de chlorure de potasse à employer, sera de 100 à 150 litres pour autant de fois 50 kilogrammes de cire.

A cette intention, il faut mettre les cires en fusion et les porter à quelques degrés de chaleur au-dessus de celui où elles se trouvent au moment de la fusion complète. Plus elles seront jugées rebelles et difficiles à blanchir, plus il faudra , afin d’arriver promptement à leur division , dont il sera parlé, que ce degré ne chaleur soit élevé, sans ce-

pondant l'exagérer, arrêter le feu ou la vapeur, qui doit être employée de préférence aux combustibles pour opérer cette fonte et celles qui doivent la suivre , et dont il sera parlé en temps et lieu ; puis introduire la première des fractions de la quantité du liquide désigné. Cette fraction à introduire chaque fois qu’il sera indiqué, ne pourra varier, et sera dans la proportion de 2 litres 1^2 à 5 litres pour chaque 50 kilo, de cire.

Immédiatement après ou en même temps que celte immersion sera faite, on mettra en jeu l’agitateur, qui devra être disposé dans la chaudière , de manière à braver presque continuellement la matière, soit en tournant, soit de toute autre façon convenable à la division de la cire en ses plus petites molécules, que le chlorure désigné a la propriété d’opérer, en même temps qu’il décoloie la cire par degrés, étant ainsi mis en contact direct avec ces molécules.

Cette première introduction de chlorure doit être aussitôt suivie de deux ou trois autres, par intervalle de deux minutes en deux minutes et toujours à la même dose. Parla, la cire se trouve bientôt divisée en molécules qui, faisant corps avec le liquide , composent une pâle dont la malléabilité permet, toujours, au moyen de l’agitateur, de mettre toutes les molécules en contact avec le chlore chaque fois qu'il est introduit.

Cette propriété que M. Boillot , à l’aide de son système de manipulation , a reconnu au chlorure de potasse de diviser la cire et de faire corps avec elle , de manière à composer une pâte dont la malléabilité devient propriété essentielle de ce procédé, avantage essentiel qui cesserait si, dans la fabrication du chlorure, la soude ou la chaux jouaient un rôle , car alors , la cire se séparerait en liquide et le blanchiment deviendrait impossible.

Cinq ou six immersions à la dose prescrite, mais dont les trois dernières doivent être faites à plus longs intorvallesque les trois premières, suffisent ordinairement à cette fonte primitive pour arriver à un refroidissement qui , en raison du peu de progrès qu’a pu encore faire l'opération , ainsi que de la faible quantité de liquide déjà introduit comparativement à la masse de ciro, fait que la ductilité de la pâte exige qu’on la remette en fusion pour la rendre malléable

et augmenter ou compléter sa division , afin de compléter l’opération du blanchiment. On lâchera donc la vapeur dans le double fond de la chaudière , et de temps à autre , on mettra en mouvement l’agitateur, ayant soin de faire une ou deux des immersions du liquide indiqué pendant que la fusion s’opérera, ce qui avancera l’opération.

Cette seconde fonte étant achevée, on arrête la vapeur et comme précédemment on introduit un même nombre de doses de liquide, plus ou moins, en autant de fois différentes et à des intervalles moins rapprochés que ceux de la première fonte : le refroidissement arrivant , on lâche de nouveau la vapeur, pour réopérer la fusion du mélange , ayant soin de faire aussi deux ou trois introductions de chlorure pendant ce temps; puis arrêter la vapeur et continuer comme précédemment.

A la fin de cette troisième opération , on doit être arrivé à un mélange qui , malgré un refroidissement presque complet , doit être malléable et approcher plus ou moins du blanc , selon la ténacité plus ou moins grande de la cire.

Quel que soit d’ailleurs le degré de blancheur que la cire peut avoir acquis à cette période de l’opération , il ne faut pas omettre de remettre en fusion une quatrième, une cinquième et même une sixième fois, en opérant toujours comme il a été dit plus haut; .c’est-à-dire qu’il faut faire fondre et manipuler de la même manière autant de fois qu’il sera nécessaire pour arriver à une fusion dont le blanc ne - laisse rien à désirer, sans, pour tout cela, cesser de remuer la matière et d'y introduire encore de temps à autre une dose de liquide, en lui donnant en outre quelques degrés de chaleur par intervalles , car il faut se tenir en garde contre cette extrême blancheur à laquelle on arrive alors; elle peut n’être qu’apparente, d’autant mieux que la matière est elle-même divisée en des molécules plus petites. Il convient donc de persévérer dans le mode de manipulation , à l’effet de fixer ce blanc de manière à en conserver le plus possible h la clarification de la matière.

Ce blanc sera fixé chaque fois que la fusion du mélange sera d’un blanc légèrement azuré a’elle-mêmc et que , coulée dans la cuve à cet état, elle ne diffère après le refroidissement, de la crème épaisse, que par la supériorité de son

blanc sur ccttc dernière substance : parvenue à ce point, l'opération du blanchiment est terminée.

Il convient de faire observer ici qu’il est utile , en faisant les immersions, comme nous l’avons dit, de ne rien précipiter pour ne pas noyer la cire ; car devenant trop tôt liquide , on éprouverait beaucoup de difficulté à la blanchir.

La matière placée dans la cuve, ainsi qu’il vient d’être dit , on l’y laissera refroidir en totalité ou en partie, en l’agitant parfois au moyen d’une espèce de foulon.

Pour l’amener plus promptement à une température douce , on peut y introduire de l'eau pure en telle ou telle quantité, ce qui réduira, en outre, le mélange à un état de crème plus ou moins liquide, et facilitera d'autant sa recomposition par le réactif qui exige aussi un brassement pendant toute la durée de son introduction , qui se fera partiellement et dans des intervalles rapprochés , dans la proportion totale de 10 à 12 litres par bO kilo, de cire.

En fait de réactif, tous les acides conviennent, principalement ceux de premier ordre, et parmi ceux-ci, de préférence , l’acide hydrochlorique ( acide muriatique ) blanc, en raisoai de la propriété qu’il a de dégager le chlore qui se trouve dans la matière, tout en la séparant, comme les autres acides, de la partie aqueuse du chlorure, qui se trouve elle-même saturée d’une partie plus ou moins grande de la potasse. Quant à l’autre partie de cette substance dont la cire peut encore être imprégnée , les lavages que nécessite l’emploi de l’acide suffisent aussi pour l’enlever, attendu que cette cire est recomposée eu des grumeaux d’autant plus petits que le réactif a agi sur une matière plus liquéliéc et moins chaude. . .

Si l’on choisit l’acide nitrique pour réactif, et qu’on laisse le liquide au repos après le décantage , on obtient un sel bien cristallisé et en assez grande quantité; ce sel, au moyen de la description du procédé , peut être facilement reconnu.

Il est à observer que les lavages ne doivent pas être faits de suite, alin que le réactif ait le temps de dégager le chlore ; quelques couples d’heures suffisent pour cela.

La cire, ainsi traitée , on peut, avant de la mettre en clarification, la décanter de l’eau pure qu’elle contient par une

fusion pure et simple , et qui consiste à la laisser égoutter, autant que faire se pourra, avant de la mettre en fusion et, lorsqu’elle sera en partie ou en totalité fondue , on fera écouler, par le robinet de la chaudière, l’excès de l’eau, ensuite on introduira 2 kilo, de crème de tartre soluble et 500 grammes d’acide tartrique pour une quantité de 4 à 5 cents kilo, de cire; cela étant fait, on remuera le tout pendant quelque temps , afin seulement de la préparer à être mise en clarification , puis on la fera tomber dans la cuve , de laquelle ou la sortira au moyen de vases propres à la former en pains plus on moins gros.

Quelques jours après , on pourra la clarifier en la faisant fondre sur quelques litres d’eau , dans laquelle on aura encore fait dissoudre la même quantité de crème de tartre et d’acide tartrique ; puis on la brassera , en suivant le diamètre de la chaudière , jusqu’à ce qu’une mousse ou écume à grosses bulles se manifeste à sa surface ; on la laissera ensuite dans cet état en continuant le calorique pendant tout le temps qui sera nécessaire pour la clarifier, après quoi, on. la fera déposer dans la cuve, pour ensuite la mettre en petits pains, selon les moyens ordinaires.

Si, au lieu de l’acide tartrique, on emploie l’acide nitrique en égale quantité, le résultat est plus satisfaisant encore sous le rapport du blanc.

Si , au lieu d’opérer le blanchiment dans la chaudière, on en fait couler la cire dans une cuve en bois , au fond de laquelle se trouve disposée une couronne pour faire l’opération à la vapeur directe , il y aura, outre une économie de temps , un avantage dans le résultat.

§ V. Observations générales sur le blanchissage de la

Cire.

1° Dans les trois paragraphes qui précèdent, nous n’avons eu en vue que de décrire les moyens qu’on emploie dans, les belles manufactures, où l’on ne travaille que les cires pures , et celles qui ne prennent que le plus beau blanc ; mais nous devons rappeler que nous avons fait observer que toute la cire n’est pas susceptible de se blanchir parfaitement. Il y en a qui conservent une teinte jaunâtre plus ou moins forte; alors, pour en tirer parti , et afin de pouvoir

les employer à la fabrication dos cierges et de la bougie, on y mêle du beau suif, que l’on prend autour des rognons de mouton ou de bouc. On y en mêle le moins possible , et seulement pour faire disparaître la teinte jaune.

Cet alliage , quand il ne dépasse pas cinq pour cent ,

f iourrait, à la rigueur, ne pas porter un grand préjudice à la >eauté de la bougie, puisqu’elle a une assez belle apparence, et qu’elle se vend moins cher que la belle cire pure; mais c’est uüefraude qui est toujours préjudiciable à l’acheteur, parce que ces bougies durent moins de temps que les bougies pures , et d’autant moins que la graisse y entre en plus grande quantité.

La cupidité des ciriers les engage souvent à dépasser cette proportion : il y en a qui allient jusqu’à vingt-cinq pour ceut , non seulement de graisse ferme et dure , telle que celle dont nous venons de parler ; mais ils prennent indifféremment toute espèce de graisse ; alors la fraude se manifeste facilement par l’odeur, par le toucher , par la transparence, par la promptitude avec laquelle les bougies se consument , et par la lumière terne qu’elles répandent. On distingue aisément toute espèce d’alliage , en ce que la cire alliée est d’un blanc mat, et n’a jamais une aussi belletransparence que la cire pure.

La cire alliée ne se rubané pas aussi bien que la cire-

J >ure; elle n’a point de corps , et en se détachant de dessus e cylindre , elle s’émiette et surnage dans la baignoire , de' même que le ferait du large son qu’on jetterait sur l’eau* Ï1 serait alors impossible de se servir de la fourche ( Fig. 42 ) pour l’enlever; il faut, dans ce cas, employer la fourche garnie d’osier ( Fig. 7 ), ou même quelquefois un tamis.

2° Lorsqu’il fait de grands vents, comme aux approches d’un orage, il faut avoir toujours l’œil sur les toiles , afin de se garantir contre les pertes qui peuvent résulter d’une négligence. Le vent soulève les toiles, lance les rubans en l’air ; ils s’y élèvent quelquefois très-haut ; ils sont emportés ensuite par le vent, au loin : on en a vu transportés à une demi-lieue. Pour parer à cette perte , on détache la toile à moitié , du côté où vient le vent , et on la double sur l’autre moitié. La cire est alors prise entre deux toiles, et court moins de risques d’être emportée; mais il en résulte

souvent un autre inconvénient ; les rayons du soleil ne frappant plus directement sur la cire , elle ne se blanchit pas , et la chaleur de ses rayons , qui se concentrent , fait fondre cette cire qui se met en masses - , alors, lorsque le venta cessé , on étale de nouveau la toile , et on la fixe comme avant ; on étale les rubans et on enlève tous ceux qui sont jaunes , qui se sont agglomérés , pour les faire refondre et les rubaner de nouveau.

Pour éviter cet inconvénient , on a essayé de substituer des tables de pierre aux toiles ; mais on n’a pas été longtemps à s’apercevoir que ce moyen n’étnit pas praticable : la pierre s'échauffe et fond la cire. A Marseille , on fait des banquettes en briques; on leur donne une légère pente; on fait entrer par la partie supérieure une lame d’eau qui , en s’écoulant, rafraîchit la brique dans toute sa longueur, et empêche la chaleur des rayons solaires de fondre la cire.

5° Quant aux déchets que nous avons dit , qui se forment par les crasses qui se déposent au fond des cuves , voici le moyen d’en tirer parti : on verse l’eau et les crasses dans des baquets percés , afin de laisser couler l’eau ; on les retire lorsqu’on en a une quantité suffisante pour remplir une chaudière; on y ajoute douze litres d’eau pour cinquante kilogrammes de déchets ; on allume le feu , et l’on fait chauller pour bien liquéfier la cire ; on l’entretient pendant six heures à cette température, afin de donner le temps aux saletés de se précipiter au fond de l’eau : on éteint le feu ; alors, avec une casse ou grande cuiller, on enlève la cire qui surnage , et on la verse dans de grands poêlons de cuivre. On en forme ainsi des pains que 1 on refond , et que L’on travaille pour les blanchir de même que l’autre cire.

L’eau et les déchets qui restent au fond de la chaudière sont jetés dans un panier d’osier pour laisser égoutter l’eau - r on les met ensuite dans une chaudière pour les faire fondreavec beaucoup d’eau; ensuite , dans le seau de fer que nous avons décrit dans Y Art du Chandelier ( page 22 ), on les soumet à l’action de la presse pour en extraire toute la cirecelte cire ne peut être employée que pour les ouvrages communs dont nous parlerons dans la suite.

4° Il ne faut pas perdre de vue que la cire oxide le cuivre, et produit du vert-de-gris qui colorerait la cire ; par eonsé-

quent, on ne doit employer aucun vase de cuivre qui ne soit fortement étamé. Dans les grandes fabriques , au lieu de chaudières de cuivre étamées , qui ne sont pas d'un long usage , on fait doubler en étain les chaudières en cuivre ; mais les chaudières d’étain , chauffées par la vapeur de l’eau bouillante, telles que nous les avons décrites dans Y Art du Chandelier ( page 46 }, sont préférables : la chaleur nécessaire pour tenir la cire en fusion n’est pas capable de les faire fondre.

5® Les ciriers fondent de nouveau la cire qui a été employée à différens ouvrages : tels que les bougies d’appartement , les cierges , les flambeaux , etc., qui n’ont été Brûlés qu’en partie. Nous allons décrire les précautions qu’il est indispensable de prendre pour préparer cette refonte , et pour tirer parti du tout.

Il faut d’abord classer chaque partie selon les différentes qualités de la cire. Il faut , par exemple , faire un tas des bougies faites avec de la cire pure , un autre tas de colles qui sont alliées de suif, un autre de la cire des cierges , en séparant les qualités. La cire des flambeaux est la plus mauvaise ; on en fait un ou plusieurs tas à part.

Ce triage fait, on casse les pièces d’un même tas: on en relire les mèches, qu’on met à part ; on fait fondre cette cire, on la rabane, et on la met blanchir sur les toiles, comme pour le regrêlage (pag. 231 ); enfin on en forme des pains que l’on emploie pour les premières couches des cierges , etc.

Les cires alliées se traitent de la même manière , mais elles sont employées à des ouvrages plus communs , et qui se vendent à plus bas prix.

Les flambeaux sont ordinairement couverts d’une couche de cire blanche; il est facile de l’enlever en l’écaillant; on la mêle avec la cire alliée. Quant à la résine qui couvre les mèches , on la fait fondre à part pour en former de nouveaux flambeaux.

Les mèches que nous avons recommandé de mettre à part, contiennent beaucoup de cire qu’il est important de ne pas laisser perdre. Pour la recueillir, on remplit à moitié d’eau une chaudière, on y jette toutes les mèches des bougies , des cierges , et des autres ouvrages qui ne cou-

tiennent pas de résine. Lorsque l’eau est assez chaude, la cire fond , se détache des mèches , revient à la surface , d’ou on extrait tout ce qu’on peut avec des casses, et l’on met le reste dans le seau de fer de la presse , et par une forte pression , on extrait toute la cire ; on en fait autant , mais à part , pour les mèches des flambeaux , afin d’en extraire toute la résine. Après cette opération, les mèches ne sont bonnes qu’à brûler pour allumer le feu.

La cire qu’on tire des mèches est toujours très-rousse; on la fond sans la grêler : elle n’est employée que pour les ouvrages communs , ou 'pour entrer dans la composition des flambeaux.

6° L’art de mouler la cire exige une certaine habitude; il y a un tour de main qu’on ne peut guère qu’indiquer , afin de lui donner le coup d’œil nécessaire pour flatter l’acheteur. Il faut qu’en la versant dans les. moules elle ne soit ni trop chaude ni trop froide , sans cela la surface des pains est ridée et souvent gercée , tandis qu’elle doit être très-unie. Qulqucs essais rendent maître dans cette partie.

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