CHAPITRE III
Avant de décrire la manière d’opérer pour fabriquer les bougies et les cierges , nous devons indiquer la manière de préparer les mèches qui leur servent d’axe , et sans lesquelles ils ne pourraient pas brûler.
On distingue deux sortes de bougies : 1° la bougie de table ou d’appartement , qui se divise en deux sortes : la bougie moulée et la bougie jetée; 2° la bougie filée.
On fabrique des cierges de différentes formes, de grosseur et de longueur, qui varient beaucoup entre eux. Nous décrirons dans ce Chapitre la manière générale de fabriquer les cierges , soit à la cuiller , soit à la main ; et dans le Chapitre suivant , nous indiquerons les différentes espèces de cierges ou de flambeaux qui sont le plus en usage.
Ce Chapitre sera divisé en autant de paragraphes que nous nous proposons d’y traiter d’articles différens.
Digiti
§ 1 er . Des Mèches.
Dans l’zàrf du Chandelier ( pag. 56 ), nous avons traite, très au long de la manière de préparer les mèches , et de la matière qui est propre à cet objet. Nous n’ignorons pas que beaucoup de Ciriers mêlent au fil de coton du fil de enanvre ou dp lin , connu sous le nom de fil de Guibrai , ou de fil de Cologne. Ils en mêlent quelquefois jusqu’à un tiers , parce que , disent-ils , ce fil ayant plus de raideur que le coton , il soutient la mèche verticale pendant la combustion et l’empêche de se courber. Ils sontdans l’erreur, et le contraire arrive : le fil ne se brûle pas aussi vite que le coton, et il occasione cette courbure qu’ils voudraient éviter. D’ailleurs, aujourd’hui, le fil de lin est beaucoup plus cher que le coton , et ne fait pas , à beaucoup près , un aussi bon usage.
Pour les bougies de table , la belle bougie filée et les cierges fabriqués avec de la belle cire , il ne faut employer que le coton filé bien fin et bien égal , ce qui n’est pas difficile à trouver aujourd’hui , depuis qu’on file le coton à la mécanique. Nous avons suffisamment expliqué les qualités qu’il doit avoir.
Le coton est dévidé en double ; on en fait des pelotons qu’on place dans un crible dont le fond est en peau , percé d’une infinité de trous, afin que les ordures puissent s’échapper par ces trous , et que le coton ne soit pas ébouriffé comme il le serait si on le mettait dans une corbeille d’osier. On met huit pelotons dans ce crible, si la mèche doit avoir 52 fils , parce que le coton étant doublé sur chaque peloton , les huit eu remplacent seize , et comme les mèches doivent être doublées pour les bougies de tables et
f iour les cierges , on obtient en les doublant comme pour es chaudelles , les 52 fils.
Les mèches doivent être très-petites , comparées à celles des chandelles , parce que la cire darme une clarté plus vive et plus brillante que la graisse.
Le coupoir est construit de la même manière que celui que nous avons décrit pour les chandelles (page 40 ), seulement le cirier en a de plusieurs dimensions , proportionnées à la longueur des cierges qu’il fabrique.
Les mèches pour la bougie filée ne sont pas doublées ; elles sont d’une longueur indéterminée , et on les dévide sur une bobine au nombre de fils qu’on juge nécessaire : cette bobine sert ensuite pour filer la bougie , ainsi que nous l’expliquerons.
En décrivant les différentes especes de cierges et de flambeaux que le Cirier fabrique , nous indiquerons ceux dont les mèches sont en fil de Cologne , ou de Guibrai , qui , du reste, se préparent comme celles de pur coton.
Les Ciriers font préparer , par les cordiers , les mèches des flambeaux , qui sont en étoupes de chanvre ou de lin. Ils filent des fils d’étoupes qu'ils tordent peu ; ils les coupent de six pieds de long pour les grands flambeaux ; ils en assemblent huit brins , qu’ils tordent légèrement les uns sur les autres , les plient en deux, et la mèche est faite. Ils prennent ensuite quelques fils blancs d’étoupes de lin de Guibrai; ils en forment un petit écheveau qu’ils passent, comme nous l’avons dit ( pag. 62 ), dans les anses des fils de la mèche , qu’on nomme le collet du flambeau.
§ II. Des bougies de table ou d'appartement.
La bougie de table ou d’appartement est de deux espèces; la bougie moulée ou coulée, et la bougie jetée ou à la cuiller. Nous allons faire connaître en quoi consistent ces deux opérations.
De la manière de fabriquer les bougies moulées ou coulées.
Les bougies coulées ou moulées se fabriquent de la même manière que les chandelles moulées ( voyez pag. 57 ). La seule différence cousiste 1° dans la manière de tremper les mèches ; 2° dans la matière dont les moules sont formés.
Les mèches se trempent toujours de la même manière , quelle que soit leur longueur ; nous décrirons cette manipulation au quatrième paragraphe de ce chapitre , en décrivant l’art de fabriquer les cierges , page 249.
Les moules qu’on emploie sont faits comme ceux pour les chandelles; ils ne diffèrent qu’en ce qu’ils sont en verre. Pour extraire la bougie de dedans ces moules, on les trempe
{ •codant quelques instans dans un vase plein d’eau chaude : e moule se dilate , et la bougie sort avec facilité.
De la manière de fabriquer les bougies à la cuiller , ou
jetées .
Les manipulations employées pour fabriquer les bougies jetées ou à la cuiller sont, à peu de chose près , les mêmes que celles usitées pour les cierges ; voici seulement en quoi elles diffèrent : on met les mèches eu ferret , ensuite on jette la cire en deux temps , en commençant par le milieu de la bougie , et en les retournant comme on va le voir.
Mettre en ferret. Un ouvrier, et c’est ordinairement une femme qui est chargée de ce travail, assise devant une table, a à côté d’elle une boîte contenant les ferrets ( ce sont des petits tuyaux de fer blanc qui empêchent le lumignon de la mèche de se charger de cire ) : elle pose sur ses genoux un paquet de mèches trempées. Alors elle prend de la main droite uu bout de ül de laiton recourbé par une de ses extrémités , qu’elle passe dans Pause de la mèche ; elle enfile ce fil de laiton dans le ferret dans lequel la mèche entre assez juste*, elle force tous les fils à entrer, mais elle a soin qu’aucun ne déborde par le bout opposé du ferret, afin que pendant la jetée la cire ne puisse l’atteindre , et qu’on ait la facilité de retirer le ferret lorsque la bougie est terminée. Les mèches ainsi préparées, sont livrées à l’ouvrier chargé de former les bougies.
Jeter les bougies. L’ouvrier attache par le bas , avec un
S eu de cire, les mèches aux ficelles qu'on a placées autour u cerceau dont on verra* la description et l’usage au § 4 [de la fabrication des cierges à la cuiller ), de sorte que les ferrets sont tous en bas. Alors il jette la cire , en commençant par le milieu de la longueur ue la mèche. Par ce moyen il couvre la moitié de la mèche , de même que le ferret. Lorsqu’il a porté ainsi la bougie par ce bout à une grosseur convenable, il retourne les bougies, les attache par l’autre bout au cerceau de la même manière , et il jette la cire sur l’autre moitié de la bougie jusqu'à ce qu’il ait atteint la grosseur convenable , pour iui donner une forme cylindrique. Lorsque cet ouvrier présume que ses bougies ont acquis le poids qu’il désire , il les livre à un ouvrier qui les roule sur la table, comme on le verra dans le travail des cierges. La seule différence consiste en ce qu’ici il faut en- CHANDEMER. 21
246 KABRICAT10N DES BOUGIES
lever les ferrcts, ce qu’il fait de la manière suivante.
Après avoir mouillé la table afin que la cire ne s’y attache pas, il roule cinq à six de ces bougies, comme nous l’expliquerons plus bas, et avec le couteau à ferrels, qui a 3 décimètres de long, sur 1 décimètre de large, et dont le tranchant est à deux biseaux , il enlève du haut environ deux centimètres de cire , afin de découvrir leferret, qu’il enlève •, et avec le couteau à tête , qui n’a qu’un seul biseau, il forme la tête en cône d’un centimètre et demi de hauteur, et découvre parfaitement le collet de la bougie.
Après qu’il a opéré sur la tête de la bougie , il la coupe de longueur. Pour cela il prend une mesure, qui n’est autre chose qu’un cylindre de bois dur garni par ses deux bouts d’une virole d’argent ; car, ainsi que nous l’avons fait observer plus haut, on doit bannir le cuivre de tous les instrumens <jui touchent la cire : elle verdirait. Il coupe avec de gros ciseaux, comme ceux des tailleurs, la cire et la mèche qui dépassent la longueur de la mesure : c’est là l’opération qu’il appelle rogner. Il faut faire attention que la cire soit encore assez molle pour ne pas s’écailler.
Toutes ces opérations se font promptement et par plusieurs ouvriers diflerens', chacun est chargé d’une opération particulière afin que le travail aille plus vite , et que la cire n’ait pas le temps de se refroidir assez pour mettre obstacle au travail.
Enfin , un ouvrier tenant la bougie à plat sur la table , et le couteau à plat contre le cul des bougies , il les fait rouler pour rendre cette partie plate et couvrir la mèche dans le cas où elle se trouverait à découvert. Après cela on les pèse , et l’on avertit celui qui les jette si elles sont de poids ou non. Il ne reste plus qu’à les ranger sur une feuille de papier posée sur une planche pour les faire sécher.
Les manipulations que nous venons de décrire succinctement, et qui se répètent dans la fabrication des cierges, seront plus détaillées dans le § IV de ce Chapitre, où nous traiterons spécialement de cette partie de l'art du Cirier. En renvoyant le lecteur à-ce paragraphe, nous éviterons des répétitions inutiles.
§ III. De la fabrication de la bougie filée.
La bougie filée était autrefois un des ouvrages les plus
difficiles de l’art du Cirier, à cause de l'égalité parfaite que doit avoir la mèclie dans toute sa longueur. Lorsqu’on filait le coton à la main , il était impossible d’obtenir une filature égale, et il fallait une attention continuelle pour que tous les fils qui devaient composer la mèche fussent ensemble d’une même grosseur et d’une même force. Il fallait, pour
Î r parvenir , placer un fil gros à côté d’un faible , afin que a faiblesse ae l’un fût exactement réparée par la force de l’autre : ce travail était pénible, et ne réussissait pas toujours bien. Depuis qu’on est parvenu à filer par mécanique avec une grande régularité, cette difficulté n’existe plus.
Comme la bougie filée peut être d’une longueur indéterminée , on prend autant d’écheveaux qu’on désire que la mèche ait de fils; ce nombre varie suivant lu grosseur que l’on veut donner à la bougie ; on met chaque écheveau sur un dévidoir, et on les dévide tous à la fois sur une bobine. Lorsqu’un fil casse , on noue ses deux bouts par le nœud du tisserand , qui ne tient presque pas de place.
Cette première opération terminée, il s’agit de filer la bougie. Pour cela, le Cirier se sert d’un instrument (pl. III, fig. 18) qu’il nomme tour, et qui est composé, 1° de deux cylindres ou tambours A, B, montés sur un pied en charpente , et suffisamment lourd pour qu’il ne bouge pas pendant le travail : chaque tambour porte une manivelle à son axe ; 2° entre les deux tambours, et à égale distance de chacun , est placé une espèce de forte table C , qu’on nomme chaise , dont le dessus est un vase D en cuivre bien étamé, dans le
milieu duquel est placée la cire dans un enfoncement qui sert de chaudière. Ce vase se nomme un péreau } on en voit le plan , fig. 19 , et la coupe par le milieu de sa longueur, lig. 20. Au milieu de cette dernière figure on aperçoit un crochet H placé au fond du péreau , sous lequel passe constamment la mèche , afin qu’elle trempe toujours dans la cire , et qu’elle en soit recouverte. Au-dessous du péreau on met un réchaud E, plein de braise en quantité suffisante pour tenir la cire en fusion, mais pas assez pour lui faire prendre une teinte rousse; 3° une filière F , circulaire, dont on voit le plan , fig. 21 , est percée de trous qui vont toujours en augmentant graduellement de diamètre. Ces, filières sont d’autant plus parfaites que les trous en sont
bien ronds , parfaitement polis , et que la différence de grosseur est petite et uniforme. Un des côtés de la filière a les trous évasés coniquenient ; chaque trou est numéroté , le plus petit porte numéro 1 . Cette filière est placée entre les plaques G , G , qui l’empêchent de se mouvoir en avant ou en arrière. Nous n’ignorons pas que beaucoup de Ciriers emploient des filières longues; mais les filières rondes sont plus commodes , elles ne dépassent pas le péreau , et ne peuvent pas gêner pendant le travail.
Tout cela bien entendu , l’ouvrier prend le bout de la mècbe, l'imbibe de cire dans une longueur de cinq à six jouces , il appointe avec les doigts le bout de la mèche , la ait passer sous le crochet H , dans le trou de la filière qui ui convient , et la colle , encore toute molle , sur l’autre tambour opposé à celui sur lequel la mcche est enroulée. Comme cette cire n’est pas encore bien refroidie , il l’arrête sur ce tambour avec facilité , et la maintient jusqu’à ce qu’il ait fait faire à peu près un tour de manivelle. Il tourne lentement ensuite , pour donner le temps à la cire de se figer, et il entretient toujours la cire dans le bassin du péreau , à une hauteur telle que le crochet H ne soit jamais ù découvert.
Lorsqu'il a transporté toute la mèche sur un des tambours , par exemple le tambour B , il change la filière à l’autre bout du péreau ; il passe la bougie dans un trou immédiatement plus gros , en tournant la filière de manière que son évasement regarde le tambour A dans l’exemple que nous donnons , c’est-à-dire le tambour de dessus lequel la bougie commencée ou la mèche se déroule. Il recommence sur le tambour A la même opération qu’il a faite sur le tambour B , et ainsi successivement jusqu’à ce qu’il ait atteint la grosseur qu’il désire. Toute la bougie filée , de quelque espèce qu’elle soit, se fait de la même manière , soit que la cire soit blanche , soit qu’elle soit jaune , soit que la mèche soit en coton ou en fil de lin ou de chanvre , soit qu’elle soit mêlée de fil et de coton. Dans le chapitre suivant, nous indiquerons les différences qui existent pour la composition de la matière , ou la préparation des mèches selon leurs differentes qualités.. La bougie filée ne pourrait pas être livrée au consommateur dans l’état où nous venons
El' DES CIERGES.
de la laisser : il faut la rouler ou la mettre en paquet de manière à ce qu'elle puisse être consumée avec facilité. Pour cela on en fait des paquets que l’on plie eu roud ou en carré , que l’on fait du poids de demi-livre ou 8 onces , de ■4 onces ou de 2 onces , etc. , ancien poids de marc , ou bien qu’on divise , selon le système métrique , en des poids qui correspondent à ceux que nous venons d’énoncer.
Nous indiquerons les manipulations qu’il emploie pour y parvenir dans le § 5 du chapitre suivant, où nous indiquerons, dans le même ordre que nous avons traité de la faDrication , comment le Cirier dispose ses divers ouvrages avant de les livrer à la consommation.
§ IV. De la fabrication des cierges à la cuiller.
Les cierges se fabriquent à la cuiller , c’est-à-dire qu’à l’aide d’une grande cuiller on verse de la cire fondue sur les mèches qui sont suspendues verticalement à un instrument que les ouvriers nomment romaine, et que nous allons bientôt faire connaître en décrivant les outils dont se compose l’atelier du Cirier.
Les instruments dont ou se sert dans cette fabrication sont : 1° un fourneau en tôle A, fig. 22, qu’on nomme caque , dans lequel on place une cassolette en fonte de fer ou en tôle B , remplie de braise. La caque est surmontée d’une bassine en cuivre solidement étamé G , sur laquelle repose un rebord en fer-blanc D , qui a un goulot E , et une autre entaille F, pour laisser entrer et sortir librement les cierges, au fur et à mesure qu’on fait tourner le cerceau qui les supporte , et dont nous allons parler. La figure 23 montre en coupe ces quatre pièces assemblées que la figure 22 fait voir en perspective.
2° Un cerceau G , fig. 24 , en bois ou en tôle , assez grand pour suspendre une cinquantaine de cierges ou de Bougies à des crochets de fer, placés sur son pourtour à la distance d’un pouce et demi à deux pouces l’un de l’autre. Ce cercle est suspendu par une corde H , un anneau de fer et trois cordons , à une hauteur convenable pour que les bougies ou les cierges ne touchent pas la bassine de cuivre. On l’élève ou on rabaisse à la hauteur convenable par la corde H , qui passe sur une poulie , et que l’on attac je par son autre extrémité à un point fixe. Voilà la manière a plus
simple de construire cet instrument qu’on nomme romaine T quelle que soit sa construction.
Ce cercle n’est pas toujours supporté par des cordes; dans ce cas il a quatre ou six rayons en fer qui aboutissent «à une douille pareillement en fer qui lui sert de moyeu , comme une petite roue de voiture; il est porté par un arbre en bois , cylindrique, fixé sur un pied solide de la grosseur du trou de la douille, où il entre librement , mais sans jeu. L’arbre porte une douille semblable percée de deux trous vis-à-vis l’un de l’autre ; on fixe cette seconde douille à l’arbre par une cheville de fer qui le traverse, et on l’élève ou on l’abaisse en plaçant la cheville dans des trous plus ou moins élevés. La douille du cerceau appuie sur la douille de l’arbre , et par ce moyen le cerceau est toujours horizontal.
Le nom de romaine lui a été donné de la forme du cerceau dont on se sert pour les bougies à la cuiller. Un fléau de balance suspendu par une corde à l’aide de la chasse , porte à chacune de ses deux extrémités un cerceau plus
E etit que ceux dont nous venons de parler, et imite assez ien une balance avec ses deux bassins. Chacun de ces cerceaux est suspendu par trois cordes comme les bassins d’une balance.
5° Une cuiller d’une forme particulière I, fig. 25 r dont l’ouvrier se sert pour jeter les cierges ou les bougies.
4° Enfin , une plaque de fer percée de trous K , fig. 26 , qu’on place sur la cassolette qui est sous la bassine , afin de modérer par ce moyen l’action de la chaleur.
Tout étant ainsi disposé , l’ouvrier accroche les mèches après avoir placé au bout de chacune un ferret , mais seulement pour celles qui doivent former des bougies de table, comme nous l’avons dit page 244. Alors , tenant de la main gauche le ecrceau , de manière qu’il présente à sa portée la mèche sur laquelle il veut travailler , et de la main droite , avec la cuiller de fer I, fig. 25, remplie de cire fondue qu’il puise lui-même dans la bassine C , fig. 22 et 25, lorsqu’il travaille sur des bougies ou des cierges courts , il verse doucement cette cire sur les mèches , un peu au-dessous de leur extrémité supérieure , et les arrose ainsi l’une
après l'autre ; de sorte que la cire coulant de haut en bas sur les mèches , elles en deviennent entièrement couvertes , et le surplus de la cire retombe dans la bassine , audessous de laquelle est placée la cassolette pleine de braise pour tenir la cire en fusion ou pour empêcher qu’elle ne se
Il est important de faire ici une observation sur la manière de jeter la cire. L’ouvrier, comme nous l’avons dit, est placé à la hauteur convenable à l’aide d’un gradin, lorsqu'il fabrique des cierges plus longs que sa taille ne le lui permet; il s'élève de manière que son épaule droite se trouve à la hauteur du cerceau ; il pince , de deux doigts de la main droite , la mèche au-dessous du crochet, et verse la cire en commençant à 41 millimètres (18 lignes) du bout de la mèche, en faisant tourner celle-ci tout doucement , afin que la cire se répande uniformément sur toute la circonférence de la mèche. Il continue ainsi sur toutes les mèches qui sont placées autour du cerceau , de manière que lorsqu’il a fait le tour , la cire qu’il a versée sur la première est assez refroidie pour être en état de recevoir une seconde jetée ; on en donne dix à douze pour terminer un cierge. ( Voyez page 254.)
La bonne manière de fabriquer les cierges consiste à donner trois jetées de toute leur longueur , la quatrième un peu plus bas , et toujours ainsi de plus bas eu plus bas , afin que le cierge prenne bien la forme conique.
A moins qu’on ne soit très pressé pour achever un ouvrage demandé , on ne termine pas les cierges par une opération continue. Lorsque le cierge est à peu près à la moitié de sa fabrication , on le décroche du cerceau , on passe une ficelle dans le collet , et on l’accroche à un clou planté dans •une solive du plancher, afin de l’v laisser entièrement refroidir. Cette précaution est surtout nécessaire en été ; car si, dans cette saison, on les terminait tout d’un coup, la cire risquerait de se détacher de la mèche : elle tomberait dans la bassine.
Pendant qu’un 1 ouvrier enlève ainsi les cierges à moitié fabriqués , un autre les regarnit de mèches ou de cierges commencés et bien refroidis pour continuer les jetées.
On finit les cierges en opérant de la même manière; mai*
252 FABRICATION DES BODGrES
comme ils sont toujours beaucoup plus gros par le bas quepar le haut , l'ouvrier a soin de commencer, après les premières jetées , au quart, au tiers, à la moitié , etc., de la hauteur , ce qu’il nomme des quarts , des tierces, des demijetées, etc. Pour lendre la forme de son ouvrage plus régulière , il doit avoir en outre l’adresse de verser la cire tantôt plus bas, tantôt plus haut, selon la forme que prend son cierge.
Les bons ouvriers sont assez adroits pour fabriquer les cierges précisément du poids qu’on leur demande; pour cela, lorsqu’ils jugent avoir atteint ce poids, ils les décrochent, les pèsent, et, s’ils sont satisfaits, ils les étendent.
Nous ne parlerons pas de la fraude que commettent quelques Ciriers en donnant la dernière jetée avec la plus belle cire; en décrivant cet art , nous ne nous sommes pas proposé d’indiquer les fraudes.
Par le mot étuve , les Ciriers n’entendent pas ce qu’on désigne ordinairement par cette dénomination : ils désignent , sous ce nom , un lit de plume ou un matelas sur lequel ils placent les cierges entre deux linges blancs qu’ils recouvrent d’une couverture de laine pliée en double. Cette précaution est nécessaire pour laisser refroidir la cire lentement , afin qu’elle conserve assez de moiteur pour pouvoirêtre roulée sans s’écailler , et assez de dureté dans toute sa masse pour sc prêter avec avantage à l’opération du roulage. Indépendamment du mot étuve qu’ils donnent à cette réunion du lit de plume , du matelas et de la couverture , ils nomment souvent le tout lit ; et pendant les grands froids d’hiver, ils sont obligés de le bassiner.
On place les cierges dans le lit , tête et queue du même côté, afin qu’ils forment une surface à peu près horizontale.
Après que le cierge est ainsi préparé , on le roule sur une grande table de bois de noyer parfaitement dressée et bien polie. L’ouvrier se sert d’une planche de bois dur, de forme rectangulaire, bien unie et polie en dessous, et surmontée d’une ou deux poignées , selon qu’on travaille avec une ou deux mains. Il nomme cet instrument platine , polissoir : >! rouloir. La figure 27 montre , en perspective , cette potissoire, à une seule poignée; la ligure 28 la montre en profil. Lorsqu’elle a deux poignées, il y en a uue à chaque bout.
Les bons Ciriers, tels que M. Trudon, font recouvrir leur tible à polir et leurs polissoires avec du bois de gaïae , qui , à cause de sa dureté, se polit parfaitement et donne à la cire un très beau brillant. L’ouvrier, assis devant cette table , et ayant en face une croisée , mouille de temps en temps la polissoire et la table à l’endroit où il travaille , afin que la cire ne s’y attache pas.
Il faut beaucoup d’adresse pour bien rouler les cierges, afin de réparer les inégalités très difficiles à éviter dans les jetées, à ce qu'on n’aperçoive pas de ressaut chaque fois que l’on change la polissoire de place , et que le cierge
Î renne une forme bien droite , bien ronde et bien régulière.
I faut qu’un ouvrier soit bien exercé pour exécuter parfaitement cette manipulation importante , qui donne au cierge un aspect agréable. Il ne faut pas surtout qu’il néglige de prendre souvent , avec la main , de l’eau dans le petit vase qu’il a toujours à côté de lui sur la table , et d’en jeter sur . la table et sur la polissoire.
Lorsque l’ouvrier a poli entièrement les deux ou les qua- . tre cierges qu’il a tirés en même temps du lit , il les place l’un à côté de l’autre sur la table , de manière que les collets soient sur une même ligne droite ; alors il les rogne tous à la fois avec un couteau de bois B , fig. 29 , en faisant rouler les cierges sur la table sous le tranchant du couteau, et il fait en sorte que leur base soit bien plate. Ce couteau, qui a ordinairement 52 centimètres de long, Il centimètres de large , et 5 centimètres d’épaisseur do côté du dos, se nomme couteau à rogner.
Après cette opération il ne reste plus , pour finir les cierges , qu’à les percer à leur base , et dans le sens de leur axe, d’un trou qu’on nomme douille , et qui sert à recevoir la broche du chandelier , sur laquelle le cierge doit s’élever verticalement; il est important que ce trou soit parfaitement dans l’axe du cierge : sans cela, lorsqu’il serait placé sur le chandelier, il pencherait à droite ou à gauche, ce qui
f iroduirait un très mauvais effet. Voici comment on opère : e cierge étant entièrement couché sur la table, l’ouvrier appuie sur lui le plat de la main gauche, et le fait rouler ; il présente le bout du doigt de la main droite au milieu du bout du cierge, et il y marque un enfoncement, puis, pre-
uant de la même main la broche que nous décrirons plus bas , § 6 , il en enfonce la pointe au milieu de ce trou , en faisant continuellement tourner le cierge , et tenant la broche bien fixe. Il l’enfonce ainsi de cinq à six pouces , plus ou moins selon sa grosseur , et y imprime de suite des empreintes lorsque cela est nécessaire. Ces empreintes, qui sont la marque et le nom de la manufacture, sont ordinairement gravées sur le dos du couteau à rogner; il les applique sur le bas du cierge en le faisant rouler : alors le cierge est fini.
§ V. De la fabrication des cierges à la main.
Lorsqu’un cierge dépasse une certaine longueur, 430 centimètres (4 pieds) environ, il est plus avantageux de le fabriquer à la main que de le jeter à la cuiller. La taille ordinaire d’un ouvrier ne serait pas assez élevée pour qu’il travaillât seul. Il est déjà obligé d’avoir un aide pour puiser la cire dans la bassine , et la lui verser dans la cuiller lorsqu’il est obligé de s’élever sur le gradin; de sorte qu’il en aurait besoin de deux , de trois, ou même de quatre , si le cierge était plus long , ce qui serait très dispendieux. Pour éviter ces inconvénients, on les fabrique à la main, c’està-dire qu’on enveloppe la mèche avec de la cire amollie, et on les travaille horizontalement.
Des mèches. On les fait avec moitié fil de Cologne et moitié coton , voyez § G , page 256) , pour les cierges moyens , et entièrement de fil de Cologne pour les cierges très grands ; on accroche le bout de la mèche dans un crochet en fer scellé dans le mur , à une hauteur d’environ un mètre du sol, afin qu’on puisse travailler commodément; on passe une ficelle dans le collet, on attache un poids à cette ficelle, et on la fait passer sur un crochet fixé à un corps lourd qu’on peut approcher ou éloigner du mur à volonté , afin de tenare plus ou moins la mèche. On a soin que ce dernier crochet soit un peu plus près du sol que le premier. On n’a pas besoin de ce second crochet lorsqu’on fait tenir ce côté de la mèche par un ouvrier.
Préparation de la cire. Pendant que l’ouvrier dispose sa mèche, on fait tiédir de l’eau dans une chaudière cylindrique et couverte , et l’on entretient l'eau à cette température ; «a y jatte de la cire , qui se ramollit sans se fondre. L'an
Et DES CIERGES . 255
sent bieu que la surface de chaque pain , recevant directement l’impression du calorique , se ramollit avant que l’intérieur en ait été pénétré, et que, si l’on continuait ainsi , la surface se fondrait , ce qu’on doit éviter. L’ouvrier enlève avec une écumoire environ un demi-kilogramme de cire , il la pétrit entre les mains, pour réunir les pains , et la rejette dans l’eau tiède. Lorsqu’il a ainsi réuni tous les pains en masses de demi-kilogramme , il les soumet à l’action de la broie à écacher.
De la broie à écacher. Sur une forte table A ( Fiq. 50 ), solidement assemblée , est fixé un fort étrier en fer B, terminé de part et d’autre par deux forts anneaux engagés dans de gros pitons à vis , fixés dans la table par de bons écrous qu’on visse par-dessous. On engage sous l’étrier , qui est plat, un bout de solive de bois dur C, de 8 centimètres ( trois pouces ) de large , sur 7 centimètres ( deux pouces et demi ) d’épaisseur. Ce morceau de bois est bien uni et bien lisse par-dessous. Au dehors de la table , ce bois est aminci et arrondi en D, pour en former le manche, que l’ouvrier peut facilement manier. Cet instrument ainsi construit se nomme broie à écacher.
L’ouvrier sort de la chaudière la cire amollie , il la place sous la pièce C à broyer , et, à force de bras, il la pétrit jusqu’à ce que toute cette masse soit uniformément ramollie , de manière qu’en la maniant entre les doigts on n’y reconnaisse aucune portion plus dure l’une que l’autre. On donne le nom de cire écachée à celle qui a été préparée de cette manière*, on l’emploie à fabriquer les cierges à la main.
Au sortir de la broie à écacher , on met la cire dans l’eau tiède , afin qu’elle reste dans son état ductile ; mais il faut prendre garde qu’elle ne fonde.
Fabrication. L’ouvrier sort un morceau de cire de l’eau tiède , il la manie dans les mains , pour la rendre encore plus ductile , et la pétrit dans un linge blanc , afin d’exprimer toutes les parties aqueuses qu’elle peut encore contenir; il en forme une espèce de gouttière de 16 à 22 centimètres ( six à huit pouces ) environ , dont il environne la mèche tendue , il commence par le gros bout, qui est le plus élevé, il la comprime loi tement avec les deux mains, et
l’étend d’une manière uniforme pour imiter le cierge à la cuiller ; il décroche ensuite le cierge , il le roule sur la table comme les autres et les perce de la même manière.
Pour qu e la cire ne s’attache pas aux mains de l’ouvrier, il est obligé de les frotter de temps en temps avec de l’huile bien limpide, ou du saindoux; on en frotte de même la table , la polissoire , la broche , les moules qui servent pour les ornemens et les cachets , ou marques de la manufacture , pour empêcher la cire de s’attacher aux corps qui la louchent. Dans les manufactures on appelle ce travail tirer ou filer un cierge. On peut fabriquer des cierges à la main depuis les plus petits jusqu’aux plus gros. On verra, dans le Chapitre suivant , les manipulations qu’exige un cierge pascal , etc.
§ YI. Observations générales sur ce Chapitre.
1° Des mèches. On doit concevoir que, dans la fabrication des cierges à la main , les mèches ont besoin d’une très grande solidité , puisqu’elles doivent supporter non seulement le poids de la cire , qui est considérable , mais encore les diverses manipulations de leur fabrication, qui les fatiguent bien plus que lorsqu’on les jette à la cuiller. Le fil de Cologne , qu’on y ajoute en plus ou moins grande quantité , selon leur plus ou moins grande longueur, leur donne cette solidité désirable.
2° Préparation de la cire. Il ne faut pas confondre la cire écachée avec la cire corrompue ; ce sont deux préparations entièrement différentes. C’est avec la cire écachée qu’on prépare la cire corrompue , de la manière suivante.
On prend des pains de cire écachée , on les met dans la chaudière qui a servi à préparer cette dernière , on place son couvercle dessus, et on la laisse dans l’eau chaude jusqu’à ce qu’elle soit réduite en bouillie épaisse. Alors on en retire cinq à six kilogrammes avec une écumoire , et on les verse sur une toile claire bien tendue par de petits clous , sur une table percée d’une infinité de trous. L’eau que cette cire contient s’écoule par les trous à travers la toile. Lorsqu’elle est assez refroidie pour que l’ouvrier ne se brûle pas, il la pétrit avec les mains pour en faire sortir toute l’eau qu’elle peut avoir conservée ; il en forme des pains d’en-
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\iron un kilogramme, qui prennent de la fermeté en sc refroidissant. Cette cire est d’une blancheur éblouissante , elle ressemble à du fromage mou - , mais comme elle a perdu son corps, selon le langage des ouvriers, c’est-à-dire sa ductilité , on ne pourrait en faire directement aucun ouvrage. On conserve les pains à l’abri de la poussière , et on les mêle à la cire qü’on emploie pour jeter les cierges à la cuiller ; ils leur donnent plus de blancheur : ces pains ressemblent assez à de la craie.
Fabrication. On peut faire, à la main , des cierges de toute espèce; la cire offre plus de blancheur que celle des cierges à la cuiller ; elle a un œil plus mat , ce qui contribue à lui donner un blanc plus éclatant ; mais , comme nous l’avons fait observer , cette fabrication exige des précautions qu’il ne faut pas négliger.
Pour ne pas interrompre la description de la fabrication des cierges jetés à la cuiller , nous avons renvoyé ici celle de la broche, dont on se sert pour percer les cierges , quelie que soit la méthode de leur fabrication. Les broches que la Fig. 51 représente , sont faites en bois dur , et exécutées sur le tour; elles sont coniques, bien pointues, et leur longueur est proportionnée à la longueur et à la grosseur des cierges ; elles ont un manche 6, terminé par une boule a, afin de le tenir bien solidement. On doit être assorti d’une collection complète de ces broches, depuis 10 millim. ( 4 lignes ) de diamètre à la base du cône , jusqu’à 54 millim. ( 2 pouces ), et pour la longueur, autant de pouces que leur diamètre a de lignes , depuis la base jusqu’à la pointe du cône ; ainsi , le plus petit ayant quatre lignes de diamètre , doit avoir quatre pouces de long. On voit par là que la forme conique est très-alongée. Le buis sec [est un bois excellent pour leur construction.