‹ Nouveau manuel complet du chandelier du cirier, et du fabricant de cire à cacheterChapitre 6 sur 87 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

D'après ce que nou3 avons exposé dans le Chapitre I* r , §§ 2 et 3, sur la manière de fondre les graisses en branche», on a vu que le suif est livré aux Chandeliers dans des futailles , ou en pains qui ont été fondus dans des moules coniques qu’on nomme jattes. Nous avons fait observer aussi que la graisse de mouton et la graisse de bœuf sont fondues et vendues séparément.

Le Chandelier est obligé de faire refondre ces suifs pour les épurer , les mélanger selon les proportions convenames, dont la meilleure est parties égales de chacune de ces deux sortes de graisses.

Le Chandelier fabrique deux sortes de chandelles ; l’unese nomme chandelles plongées , ou chandelles à la broche , ou à la baguette , parce qu’on les fabrique en plongeant à plusieurs reprises les mèches suspendues à une baguette, dans le suif tondu. Les antres portent le nom de chandelles moulées , parce qu’on les ^fabrique dans des moules.

Nous allons décrire chacune de ces opérations dans autant de paragraphes différens.

§ I. Fonte des graisses pour faire des chandelles.

Nous n’imiterons pas ici les auteurs qui ont écrit avant nous sur l’art du Chandelier , en décrivant les mauvais procédés que des ouvriers sans délicatesse ont introduit dans.

leurs ateliers , et nous nous attacherons à donner ce que nous connaissons de plus parfait; les mauvaises manipulations ne se propagent que trop promptement , et il est inutile , il serait même préjudiciable de les consigner dans un ouvrage que nous n’avons entrepris que pour concourir au perfectionnement d’une industrie importante.

Après que le Chandelier a pesé parties égales de suif de mouton et de suif de bœuf, selon la capacité de la chaudière qu’il emploie, il le donne au dépéceur qui le coupe en morceaux sur une table qu’on nomme dépéçoir.

Le dépéçoir est une forte table dont le dessus est rectangulaire, ou carre long; elle est entourée de liteaux do seize centimètres ( six pouces ) de large , excepté un espace de trente-deux centimètres ( un pied ) sur le devant pour la facilité du travail. Dans cette espace est fixée une grande lame tranchante disposée comme un couteau de boulanger , semblable à celui que nous avons décrit (page 18). Cet ouvrier porte sur le dépéçoir le suif eu gros pains , ou en grosses mottes, tel qu’on le tire des futailles, il le coupe en petits morceaux afin qu’il s’arrange mieux dans la chaudière , et soit plus facilement fondu. Ceci est très important ; car le suif ne fond que par les surfaces , et si les morceaux étaient gros ils ne fondraient que lentement , et le fluide prendrait une couleur plus ou moins brunâtre , ce

3 u’il faut surtout éviter , la hlauclicur du suif formant une es qualités essentielles aux bonnes chandelles. Par conséquent plus les morceaux sont petits , moins on est exposé à brûler le suif.

Au fur et à mesure que les morceaux sont coupés r te dépéceur les fait tomber dans une manne on une corbeilleplacée sous la tuble au niveau du bord. Cette corbeille pleine , on l’apporte auprès de la chaudière qu’on nomme poêle au suif ou à chandelles.

Beaucoup de Chandeliers , et surtout ceux dont la fabrique n’est pas considérable , placent tout bonnement leur chaudière sur nu trépied et font feu dessous. C’est une mauvaise manière d’opérer, la fumée qui s’élève pendant la combustion vient noircir le suif; les cendres légères emportées par le courant d'air viennent se déposer sur le suif •t la salissent; enfin le feu peut sa communiquer au suif ai

causer un incendie. On ne saurait avoir trop de propreté et trop de précautions dans des manipulations de cette nature.

Les bons Chandeliers ont une chaudière en cuivre , montée sur un fourneau en briques. Cette chaudière, de la forme de celle que nous avons décrite (page 10} pour la fonte des suifs en branches , a un large rebord incliné du dehors au dedans pour faire retomber dans la chaudière le suif qui

Î endant les manipulations pourrait tomber sur les bords. ,e fourneau est construit contre un mur derrière lequel on puisse passer , et c’est dans cette pièce adjacente qu’est placée la porte du fourneau par laquelle on introduit le combustible. Par ce moyen on n’a jamais de fumée dans l’atelier , point de fuliginosités, point de dangers pour l’in-, cendie , et les ouvriers manipulent sans être fatigués par la chaleur que donne la porte du fourneau.

Vers le fond de la chaudière et à une hauteur de deux à trois pouces ( six à huit centimètres ), c’est-à-dire au-dessus des saletés présumables , est placé un tuyau par lequel on puisse sans danger faire couler le suif épuré. Ce tuyau est fermé par un robinet, ou mieux par un bouchon.

Ou place dans la chaudière le suif coupé eu petits morceaux ; on y verse en même temps une certaine quantité d’eau de source ou de rivière bien limpide qu’on nomme filet , et l’on allume ensuite le feu. Les Chandeliers varient beaucoup sur la quantité d’eau qu’ils ajoutent -, les uns n’en mettent qu’un quart de litre, d’autres y en ajoutent jusqu’à un litre lorsqu’ils destinent le suif à des chandelles moulées. Nous nous sommes fait les deux questions suivantes : Celte eau est-elle nécessaire , 4° pour empêcher le suif de brûler par son contact immédiat avec le fond de la chaudière qui est directement exposé au feu, et par conséquent de le brunir? c'est ce que l’on doit surtout éviter-, 2° Est-elle nécessaire pour servir à l’épuration, aussi complète qu’il est possible par ce moyen , aes suifs pendant leur fusion ? Il paraît que les substances étrangères et qui se. trouvent suspendues dans le suif , par le peu de soin que l’on a apporté lors de leur première fonte , sc précipitent en vertu de leur gravité, et resteraient au fond de la chaudière mêlées avec du suif, ce qui en ferait perdre une ass'v

gjrande quantité , au lieu que ces saletés se précipitent au ; fond de l’eau, et le suif en est -d’autant plus pur.

La première question n'est pas diflicde à résoudre ; on remédie aujourd’hui à ce grave inconvénient en fondant les suifs à la vapeur. Voici la manière d’opérer : on prend une chaudière en cuivre A ( Fig. 9 ) à larges bords inclinés du dehors au dedans, pour les raisons que nous avons indiquées plus haut ; on l’enferme dans une seconde chaudière en tôle B, bien ajustée , et d’un diamètre de huit à dix centimètres ( trois à quatre pouces ) plus grande que la . première , et de huit centimètres ( trois pouces ) plus profonde. Le fond de cette chaudière est concave en dehors ; ces deux chaudières sont hermétiquement ajustées dans leur

J iartie supérieure. Un trépied I, qui s’appuie sur le fond de- a chaudière de tôle , sert à supporter le poids de la chaudière intérieure. A un point le plus commode du fond de la . chaudière de tôle est placé un tuyau D, qui traverse la bâtisse qui la supporte , et est armé à sa sortie d’un robinet D, pour évacuer l’eau condensée. Cette chaudière porte vers sa partie supérieure un tuyau E, dont on verra l'utilité. La chaudière intérieure porte deux tuyaux armés chacun d’un robinet. Le tuyau E, à environ cinq centimètres ( deux pouces) du fond, sert à faire soutirer le suif au-dessus des crasses y le tuyau F, qui est au niveau du lond, sert à faire sortir toute l’eau sur laquelle on fond le suif , eu entraînant ayee elle loa crasses. ...

A côté de la double chaudière que nous venons de décrire , et sur la même bâtisse , est construit un fourneau qui contient une chaudière à vapeur K, placée sur un foyer N. Cette chaudière , dont l’ouverture est en L, a un tuyau M-qui s’ajuste avec lé tuyau H, et qui porte la vapeur dans, la chaudière de tôle. Sur le bord supérieur de ces chaudières est placé une soupape de sûreté G, à levier , dont on règle la pression à l’aide du poids curseur a. Une autre soupape semblable est placée sur le couvercle L de la chaudière à vapeur K. On voit en O le cendrier dè la .chaudière à vapeur. L’orifice du fourneau est placé dè l’autre côté du mur , par les raisons que nous avons déjà déduites.

La i?ig. 9 bis représente sur une plus grande échelle les soupapes de sûreté. La soupape b porte une tige fixée au

Digiliz.

levier du troisième genre d,f t . par une fourchette qui l'embrasse et par une goupillé. Le point fixe du levier est en d sur une tige a, d, placée à dèmcurc sur le bord incliné de la chaudière ; et sur le couvercle de la chaudière ù vapeur , le pçids curseur c, sert à donner à la soupape une pression plus ou moins forte , à volonté.

La seconde question présentait des difficultés d’une autre nature : N’y a-t-il aucun inconvénient à fondre le suif sur une quantité considérable d’eau , ou bien n’en doit-on mettre qu’une petite quantité ? Des auteurs , qui ont écrit sur cette matière avant nous , ont prétendu qu’il fallait employer une petite quantité d’eau , et par les raisons sui vantes : « L’eau sur laquelle on a fondu du suif éprouve « divers changemens ; elle devient trouble , elle contracte « un goût etranger , qui prouve que certaines particules « du suif se mêlent avec elle, et il est très probable que « ce sont celles qui donnent de la fermeté au suif. Par « conséquent , il serait â craindre qu’un suif mêlé de beau- « coup d’eau , ne devînt trop mou : à peu près comme le « suif des tripes, qui n’est si mollasse que parce qu’il a « été fondu avec beaucoup d’eau. »

Ce n’est pas dans le siècle où nous vivons que l’on peut î’en tenir à des probabilités pour baser sur elles les fondemens d’une théorie qui paraît contraire à la vérité. Les expériences seules peuvent fixer l’opinion à cet égard.

J’ai tenu en fusion , pendant quarante-huit heures , ù la chaleur de l’eau bouillante , du suif de mouton, sans l’agiter, ce qui est important; au bout de ce temps j'ai laissé refroidir , le pain de suif pesait un kilogramme , il n’a pas diminué d’un gramme; l'eau sur laquelle il reposait était de deux litres , elle s’est un peu troublée, avait contracté un goût de graisse ,, elle contenait au fond des substances étrangères du poids d’un demi-gramme; l’eau que j’ai analysée contenait environ un quart de gramme d’oléine; le pain de suif était très-pur.

J’ai répété la même expérience sur un kilogramme de la même graisse et deux litres d’eau ; mais lorsque la graisse a été fondue je l’ai retirée du feu et je l’ai battue fortement avec l’eau, jusqu’à ce que le tout ait été entièrement froid. La graisse a absorbé environ un-litre d’eau , elle était très-

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molle, mais d’un blanc éclatant. Je l’ai placée sur un panier brouillard dans un tamis pour la laisser égoutter. Au liout de vingt-quatre heures j’ai pesé cette graisse , son poids a été de mille nuit cent cinquante-deux grammes , par conséquent la graisse avait absorbé huit cent cinquante-deux grammes d’eau; elle a été fondue sur deux litres d’eau nouvelle et tenue en fusion pendant quarante-huit heures. On a agité avec un bâton , pendant la première heure , afin de faire détacher les saletés.

J’ai laissé refroidir lé tout pendant vingt-quatre heures ; j’ai ensuite retiré le pain de suif , et son poids s’est trouvé de un kilogramme, moins un gramme. Il est donc évident que la graisse qui avait absorbé une si grande quantité d’eau avec laquelle elle avait été battue , avait déposé cette eau pendant sa longue fusion, et que pas un atome d’eau n’était reste en combinaison avec elle. J’ai donc été autorisé à conclure de ces expériences, qu’on peut ajouter autant d’eau qu’on le jugera convenable , sans craindre qu’elle puisse être nuisible à la fabrication des chandelles , pourvu qu’on ait soin de soutirer toute la graisse avant d'arriver jusqu’à l’eau sur laquelle elle repose.

J’ai examiné et analysé l’eau , elle contenait une petite quantité d’oléine que j’ai retirée, et dont la séparation d’avec le suif, par l'intermède de l’eau, a rendu ce suif plu& solide.

Je conclus de ces expériences qu’on doit mettre au fond de la chaudière A ( Fig. 0 ), la hauteur de vingt-sept millimètres ( un pouce) d’eau, afin que tout le fond en soit bien recouvert; ou aura soin que le tuyau E prenne naissance à six à sept millimètres plus haut , et alors il n’y aura plus à craindre qu’il sorte la moindre goutte d’eau par le robinet E : et si l’on a la précaution dè n’ouvrir ce robinet qu’après six heures de re|)os, en entretenant toujours la fluidité par la vapeur de lcau bouillante, le suif sera très-pur , toutes les saletés se seront déposées au fond de l’eau inférieure.

Avant de remettre du suif en fonte , il faut bien faire évacuer toute l’eau , et bien laver la chaudière en ouvrant le robinet F; mais afin de perdre le moins de suif possible , à l’aide d’un entonnoir dont le bec estassezlong pourattein-

dre le fond de la chaudière , et taillée en bec de flûte à son extrémité, on l’introduit sous la couche de suifliquide qui reste après qu’on a fait sortir tout le suif qu’on a pu par le robinet E, on introduit un litre d’eau troide ou mieux chaude, si l’on en a à sa disposition. Cette eau fait élever la couche de suif qu’on a soin de tenir encore en fusion , et au bout d’une heure , lorsque tout est bien reposé , on ouvre le robinet E, on reçoit la liqueur mélangée de suif et d’eau, on laisse refroidir, le suif se solidifie à la surface , et on le mêle à une seconde fonte pour opérer comme nous l’avons dit. Cela fait on ouvre le robinet F , et l’on peut jeter tout ce qui en sort , qui ne contient que de l’eau et des saletés; l’oléine qui s’y trouve ne vaut pas la peinedetre extraite.

Pendant que le suif se fond , on remue de temps en temps avec un bâton et on l’écume assez souvent , afin d'enlever les saletés qui s’élèvent à la surface, et qui sont plus légères que le suif; les autres se déposent au fond.

11 faut avoir l’attention de ne jamais verser de l’eau froide sur le suif lorsqu’il est fondu, et surtout lorsqu'il est trèschaud , on le ferait monter considérablement, et il courrait le risque de se renverser. Le suif ne doit jamais bouillir, la chaleur ne doit pas s’élever au-dessus du terme de l’eau bouillante , c’est une sottise qued’eu élever beaucoup plus la température ; ce degré de chaleur est plus que suffisant pour donner la fluidité convenable pour toutes les opérations nécessaires au Chandelier ; un trop grand excès de chaleur ne peut tendre qu’à colorer le suit en brun.

Lorsque le suif est fondu et qu’il est resté assez longtemps eu digestion pour donner le temps à toutes les parties hétérogènes de se précipiter, on le transvase très-chaud dans la caque ou tinette, au traveis d’un tamis de crin fort serré. La caque est un vase de bois cerclé en fer , de la forme et de la hauteur d’une futaille sciée en deux ; elle est élevée sur un escabeau placé à côté du fourneau. Cet escabeau est assez haut pour qu’on puisse introduire à l’aise sous le robinet placé au bas de la caque ou tinette, un vase pour recevoir le suif prêt à travailler, et le transporter auprès des ouvriers.

Les Chandeliers «e sont pas dans l’usage de prendre tant

de précautions pour les chandelles plongées , aussi sont-elles toujours bien mal-propres.

Passons maintenant aux différons modes de fabriquer le9 chandelles.

§ II: Des chandelles plongées ou à la baguette.

Les chandelles à la baguette sont les plus communes que font les ouvriers; on les appelle à la baguette parce qu’après avoir distribué un certain nombre de mèches à distances égales le long d’une baguette de bois , on les couvre de plusieurs couches successives de suif, en les plongeant dans un baquet de suif fondu.

Le baquet dont on se sert pour plonger les chandelles se nomme abîme. C’est une auge ( Fig. iO ) en bois d& noyer , solidement assemblée , aliu de ne laisser échapper aucune goutte de suif. Sa forme est prismatique à quatre faces inégales. Les deux grands côtés a sont inclinés l’un vers l’autre dans le bas , et assemblés dans une planche de huit centimètres ( trois pouces ) de large. Ces deux grands côtés sont rectangulaires , ils ont soixante-cinq centimètres ( deux pieds ) de haut , sur quatre-vingt-dix-sept centimètres de long ; on les nomme les joues. Elles sont éloignées

f >ar le haut de trente-deux centimètres ( dix pouces ), ot de mit centimètres (trois pouces ) par le bas. Les deux petits côtés 5, qui assemblent les joues , ont une forme trapézoïde. des mêmes dimensions que nous venons de donner ; ces deux planches trapézoïdes se nomment les tètes du moule ; elles sont verticalement placées. Une poignée en bois, fixée à. chacune de ces têtes , sert à transporter le moule à plonger ou l’abîme d’un lieu à un autre. Cette auge est fixée, sur un patin de bois qu’on nomme pied ou sabot du moule. • Le bord de ce patin est en plan incliné afin que le suif qui tombe dessus puisse couler facilement dans l’auge de la tablette qui est placée dessous. Un couvercle se pose sur le moule à plonger, lorsqu’on ne travaille pas, afin d’empêcher les ordures et la poussière de tomber dans le suif fondu.

Le Chandelier commence par remplir le moule à plonger avec du suif chaud , il y plonge d’abord les mèches , en suivant les manipulations que nous allons indiquer. Il prend dix à douze baguettes chargées de mèches, comme nous

l’avons dit; il les plonge toutes à la fois dans le suif, afin de les bien imbiber. L’on sent qu’il est nécessaire que le suif soit un peu chaud , pour que Fimbibition soit plus complète. Cette iinbibilion n’est pas la seule raison qui exige que le suif soit chaud pour la première plongée. La mèche sèche pénètre plus aisément dans le suif bien chaud , bien fluide , et parconséquent plus coulant. La mèche s’y dresse parfaitement, ce qui est le contraire lorsque le suif est plus épais.; la mèche qui est flasque en y entrant , éprouve de la résistance , elle se replie sur elle-même ,* se recourbe , et reste dans cette position , ce qui présente des chandelles défectueuses. 11 dépose ce paquet de baguettes sur le bord du moule , et il les prend ensuite l’une après l’autre pour les examiner. Il dispose les mèches sur la broche , à égale distance , dans le cas où elles se seraient dérangées , et il les porte à l'égouttoir qui est à côté de lui, et qu’on voit (Fig.

Cet égouttoir est un assemblage de menuiserie formé de quatre pieds verticaux, et de traverses horizontales qui le rendent solide, il pose les baguettes sur les traverses a, 6, c, et le suif qui n’cst pas figé tombe dans l’auge d , qui est au-dessous.

Pendant que l’ouvrier arrange les mèches sur ‘la baguette au-dessus du motile ,1e suif a le temps de se figer , de sorte qu’il en coule peu dansi’auge de l’égouttoir. IFhumecte de la même manière toutes les mèches qu’il a apprêtées pour mettre à profit tout le temps que le suif se refroidit jusqu’au moment où il est arrivé au point de refroidissement nécessaire pour plonger les chandelles. "Si le siiif était trop chaud, la couche qui s’attacherait serait trop mince, et la chandelle serait mauvaise , elle serait tavelée , comme disent les ouvriers , c’est-à-dire tachée. Si le suif n’était pas assez chaud , il s’attacherait au contraire en grumeaux , la chandelle serait toute raboteuse et perdrait de sa blancheur par places. L’on connaît que le suif est parvenu au point de chaleur convenable , lorsqu’il commence à se figer au bord du moule, où il forme une pellicule dentée et trèsmince. Lorsque pendant l’opération le suif vient à se refroidir trop fortement, on y ajoute du suif chaud, et l’on presse le tout avec un bâton rond de 40 millimètres (18 lignes)

> V >2 FABlUCATtOX

<Io diamètre, et ;>4 centimètres (îlO pouces) de long. Par cette agitation qu'on renouvelle de temps en temps, on maintient le suif dans le moule au même degré de chaleur et de liquidité.

Ce bâton , qui porte le nom de mouvette ou mouvoir , sert aussi à nettoyer le fond et les angles de l 'abîme, et lorsqu’à son extrémité il s’attache du suif figé , chargé de saletés , l’on doit le gratter avec une truelle de cuivre et le déposer dans un vase à part, afin de le purifier dans une autre fonte. La même truelle sert à ramasser tout le suif qui se fige sur les bords, ou sur les joues de i'abime, sur les tables , etc.

Nous connaissons des Chandeliers qui disposent leur moule à plonger d’une manière à pouvoir placer au-dessous une cassolette pleine de braise , afin de tenir le suif dans un degré ile fluidité convenable. Nous n’ignorons pas que cet usage n’est pas généralement adopté ; nous ne le blâmons cependant pas pourvu qu’il soit employé avec modération , c’est-à-dire , qu’on ne donne pas au suif une trop grande fluidité, qui pourrait être préjudiciable à la fabrication pendant les diverses plonges quisuivent la première. Les ouvriers qui ne l’adoptent pas prétendent que c’est parce que le suif se clarifie mieux, laboulée tombantplus facilement au fond. Nous pensons précisément le contraire; la boulée se précipite d’autant plus vite que le suif est plus liquide. Ils pourraient au moins mettre la braise pendant le temps qu’ils suspendent leur travail.

Lorsque les mèches ont été toutes plongées avec les précautions que nous ayons indiquées et qu’elles sont bien refroidies , l’ouvrier prend les broches deux à deux et quelquefois trois à trois , afin de hâter son travail; soit qu’il les prenne deux à deux ou trois à trois, il les sépare toujours avec ses doigts de manière à ce qu’elles ne puissent pas glisser pour se rapprocher l’une de l’autre, il tourne Ja paume de la main en haut, il presse la première baguette sous le pouce , le restant appuie sur la paume de la main; il passe la seconde sous l'index , le restant appuie sous les trois doigts. S'il en prend trois, il passe la troisième sous l’index et le doigt du milieu, de sorte que l’index et le médius sont par-dessus; l'annulaire et le petit doigt sont par-dessous.

DES CllAXDELI.ES.

Cette disposition généralement adoptée est fatigante pour l’ouvrier. Nous avons conseillé à un fabricant d’employer un instrument que nous lui fîmes construire , dont il reconnut de suite la commodité, que tous les ouvriers ont adopté avec reconnaissance et qu’ils appellent main à plonger. En voici la description, que la Fig. 12 indique; elle est vue ici par un des bouts.

Un fort liteau a, b, en bon bois de sapin , de 76 centimètres (28 pouces) de long, puisque les baguettes en ont 81 (30 pouces), d’une largeur de S4 millimètres (2 pouces), lorsqu’on ne veut travailler que trois baguettes à la fois, et de 81 millimètres (5 pouces ) , lorsqu'on veut en travailler quatre; le liteau a 27 millimètres (1 pouce) d’épaisseur vers les deux bouts et au milieu. On cloue sur les bords deux crochets c, f en fer , et sur le milieu de la largeur on place un ou deux autres crochets d, e, à pointes , qu’on fixe fortement dans le bois , selon qu’on lui a donné deux ou trois pouces de large. Ces crochets se trouveut par ce moyen à un pouce de distance l’un de l’autre.

L’ouvrier engage chaque baguette par les bouts et par le milieu dans trois crochets, et il travaille avec facilité quatre baguettes à la fois; il les pose de même sur l’égouttoir sans

J r porter la main ; en appuyant seulement les baguettes par eurs bouts sur les liteaux de l’égouttoir, les crochets se dégagent d’eux-mêmes.

L’ouvrier secoue les baguettes pour séparer les mèches qui auraient pu s’attacher l’une à l'autre; il les enfonce verticalement dans le suif, et donne de petites secousses vives aux broches afin de séparer les mèches qui auraient pu se toucher, c’est ce qu’on appelle plonger. Cette opération est délicate , et demande de l’adresse et de l’habitude , car si deux mèches venaient à se coller l’une contre l’autre pendant que le suif se refroidit, on perdrait plus de temps que le travail ne vaudrait, pour leur faire prendre la direction convenable , et les chandelles auraient toujours une forme désagréable. Après cette plongée , l’ouvrier place les broches sur les étages inférieurs de l’égouttoir , afin que les gouttes de suif qui peuvent tomber dans le temps qu’il se lige ne tombent sur aucune autre chandelle plus avancée , ce qui

CHANDELIER . Si

les endommagerait , surtout si elles tombaient sur celles qui sont prêtes ù être terminées.

Après -cette première plongée, on donne successivement les autres, dès que la température du suif est descendue nu

E oint convenable , ainsi que nous l'avons expliqué plus haut.

a seconde plongée se nomme rctoumure, elle est plus facile à faire que la première , parce que les mèches ayant pris de la consistance , elles s’enfoncent mieux dans le suif. Lorsqu’on a plongé une fois , on soulève la broche et on sort les cnandelles entièrement hors du suif; on laisse écouler un moment, on les plonge de nouveau en entier. Le suiîse ramasse vers le fond et formerait là une grosseur désagréable, alors on enfonce à deux ou trois reprises la chandelle jusqu’au tiers ou au quart’de sa longueur, afin de faire fondre le suif excédant jusqu’à ce qu’elle soit à peu près cylindri-

3 ue.' Cette opération s’appelle ravaler ; elle exige du soin et e l’adresse. S’il arrivait que le suif ne fût pas assez chaud pour fondre ces masses qui se réunissent au bas des chandelles pendant qu’on ravale , il faudrait les promener dans l’nbime afin de rendre l’action du suif plus active sur celui des chandelles.

Il est impossible de fixer le nombre des plongées que l’on doit donner aux chandelles , cela dépend de la grosseur

Ï u’on veut leur faire prendre et de la température du suif.

'avant-dernière plongée se désigne par ces mots , mettre près, et la dernière, achever. L’habitude indique à l’ouvrier le moment où la chandelle est terminée; cependant de temps en temps il en pèse quelques-unes.

A la dernière plongée l’ouvrier collette, c’est-à-dire forme le collet de la chandelle. Pour cela il la plonge plus avant dans le suif, qui en s’attachant à la partie supérieure de la mèche qui n’avait pas trempé, y forme un petit cône et laisse apercevoir deux petites mèches qui donnent deux lumignons lorsqu’on les allume. 1

Nous ne répéterons pas ici qu’à chaque plongée l’ouvrier porte ses baguettes chargées de chandelles sur l’égouttoir; et qu’il les place sur les étages les plus élevés , au fur et à mesure qu’il approche plus de la fin de toutesses opérations.

On doit concevoir que lorsque foutes les plongées sont très mincès, la chandelle va en pointe par le bas, en dépas-

sant souvent de beaucoup la longueur de la mèche. Dans tous les cas, une chandelle doit être coupce net par le bout, cependant ce n’est pas avec un couteau qu’on leur donne cette forme. Une lame tranchante , quelque bien affdée qu’elle fût , ne couperait pas assez proprement ; on emploie un instrument qu’on nomme rognoir ou rogne-cul , dont voici la description :

Le rognoir ou rogne-cüL Dans la partie supérieure d’un fort pied de Jtable A, assemblé à tenons et mortaises, et dont la Figure 13, Planche I, indique suffisamment la forme , est ajustée une espèce de trémie sans fond B. Entre les jambes du pied de la table, et sur les traverses inférieures C, repose une plaque de tôle à bords relevés D ; on place un petit caisson carré E en tôle forte, dans lequel on met de la braise pendant le travail. La plaque de tôle D supporte , par quatre petites colonnes G , G , une platine de cuivre H , I , un

f >eu inclinée vers I. Cette platine a un bord relevé de six ignés (14 millimètres) tout autour, excepté du côté I où elle se termine par un goulot I, qui puisse verser dans la bassine K , le suif, sans crainte de le répandre au dehors.

La trémie B ne sert à autre chose qu’à garantir le corps de la chandelle de l’impression de la chaleur ; mais elle

} >onrraït réunir un autre avantage : ce serait de ne rogner es chandelles que d’une hauteur déterminée ,. ce qui serait facile en construisant la machine de manière qu elle pût s’enfoncer plus ou moins dans le pied , pour donner à volonté une distance de la partie supérieure à la surfc.ce de la.

? latine de cuivre H, I , relative à la différente longueur que on voudrait donner aux chandelles. Cela serait aisé en perçant sur les deux petits bouts étroits de la trémie des trous à différentes hauteurs, et deux trous dans chacune des traverses supérieures du pied. A l’aide de chevilles , on la placerait au point le plus convenable ; quelques expériences suffiraient pour cela.

L’ouvrier prendrait une ou plusieurs baguettes de chandelles , comme il le fait pour les plonger, et lorsque les baguettes reposeraient par leurs bouts sur les bords supé- rieurs de la trémie , il serait averti que son opération est . achevée.

C’est ici où se terminent ordinairement les opérations des

chandelles plongées ; il ne s’agit plus que de les enfiler dans des penne» ou ficelles pour en former des paquets ou des livrer pour le débit. Comme ces opérations sont les mêmes que pour les chandelles moulées, nous renvoyons le lecteur à la lin du Chapitre relatif aux chandelles moulées.

Je ne terminerai pas ce paragraphe , sans consigner ici un moyen que je conseillai à un habile Chandelier des départements méridionaux , et par lequel il donne aujourd’hui à ses chandelles plongées une apparence qui les rapproche beaucoup des chandelles moulées. J’avais observé , et tout le monde l’avait observé comme moi , que presque toutes les chandelles plongées présentent des inégalités souvent considérables dans leur longueur, et qu’il est extrêmement rare d’en trouver qui approchent de la forme cylindrique qui est la plus agréable. Après plusieurs essais j'y suis parvenu , et je dois avouer ici que lorsque je proposai à mon homme de passer les chandelles à la filière , il partit d’un grand éclat de rire •, mais lorsque je lui eus montré une filière , et que j’eus exécuté mon opération en sa présence , il changea de. ton , me remercia , et l’employa toujours depuis. Voici le procédé :

Dans une planche de buis, de 26 à 52 cent, (dix à douze

S ouces) de long, de o ceut. (deux pouces) de large et 19 à 0 mill. (quatre à cinq lignes) d’épaisseur, ce qui n’est pas difficile à trouver, je perce à un bout un trou bien rond, du diamètre d’une chandelle moulée des cinq , car je suppose que cette filière est pour les chandelles de cinq au demi kil., et j 'ai une filière semblable pour chaque grosseur de chandelles différentes. Je pratique ensuite sur la longueur de la petite planche huit à dix trous semblables, espacés entre eux d’environ 16 cent, (six lignes). La Fig. 14 montre cette filière. Ces trous varient entre eux de diamètre , le second a un demi mill. de pins que le premier, le troisième un demi mill. de plus que le second, et ainsi de suite jusqu’au dixième , qui a par conséquent environ quatre millimètres et demi de plus que le premier. Il est très difficile de penser qu’un bon chandelier ait mis une différence aussi grande en plongeant ces chandelles , la perte serait énorme s’il continuait longtemps d’après de semblables écarts.

Ces trous étant ainsi pratiqués , je les ébiselle avec soin , vu* une face , d’environ deux millimètres de diamètre , lais-

sant le trou presque tranchant sur l’autre face, et je polis bien ces bords. Voilà une filière faite, et j’en fais une semblable pour chaque grosseur de chandelle. Voici comment j’opère :

Lorsque les chandelles sont bien sèches , et par une température assez froide , je fixe ma filière, par son épaisseur, entre les jumelles d’une presse à deux vis , posée à plat sur une table , de manière que les trous soient au-dessus de la jumelle , et que la partie ébiselée soit de mon côté. Je présente le bout de la chandelle dans le trou le plus grand , la mèche en avant vers moi ; je l’accroche avec un crochet de fer, enfoncé dans un manche de bois; je la tire à moi par le crochet ; elle dépose sur les parois du trou des éminences de suif qui n’ont pas pu passer; de suite je la passe dans le trou suivant , et je continue jusqu’à ce que je sois parvenu au plus petit, où elle achève d’arriver à la grosseur voulue : elle est alors parfaitement cylindrique, et plus agréable à la vue qu’avant cette opération , qui est l’affaire d’un instant. Le Chandelier est bien payé du temps qu’il y emploie , par le suif qu’il en retire, et par la réputation qu’il se fait defabriquer de jolies chandelles. Cela n’augmente pas leur bonté , mais cela satisfait davantage l’œil de l’acheteur.

Il y a certains états , tels que celui du cordonnier, qui permettent aux ouvriers de travailler autour d’une table, et ils auraient besoin d’une chandelle ordinaire chacun. Four éviter cette dépense, on réunit deux et quelquefois trois rlmudelles après la troisième plongée; on les plonge ensemble ; elles sc sondent entre elles , et finissent par n’en former qu’une seule, qui a deux ou trois mèches , qu’on peut moucher toutes à la fois : ce moyen est économique dans beaucoup de circonstances.

§ III. Des Chandelles moulées.

Le nom de chandelles moulées indique assez qu’elles diffèrent des chaudellcs plongées que nous venons de décrire celles-ci ne prennent la grosseur qu’on veut leur donner, que par des couches successives de suif, qu’on applique les unes sur les autres , tandis que les chandelles moulées sont faites tout d’un coup, à l'aide d’un moule qu’on remplit de suif fondu , après qu’on a disposé convenablement la mèche au milieu du moule.

On concevra pins facilement la manière dont on s’y prend

f tour mouler les chandelles , après que nous aurons décrit es divers instruments dont on se sert.

Nous ne dirons rien de la chaudière à fondre le suif, elle est semblable à celle que nous avons décrite au § 1 er du Chap. III, pag. 45; elle est montée sur un fourneau en briques : à côté est placée la tinette (Fig. 15) ou caque de bois b, cerclée en 1er. Cette caque est placée sur un escabeau , assez élevé pour qu’on puisse loger au-dessous du robinet cia burette d(Fig. 46) , qu’on remplit de suiffondu, en la tenant à la main, au milieu du baquet f, destiné à recevoir les gouttes de suif qui se répandent. L’ouvrier est élevé sur un gradin , qui lui donne la facilité de puiser dans la chaudière avec le pot à suif II (Fig. 3) , pour le verser sur le tamis i. Ce tamis est une espèce de chaudron , dont le fond est percé de petits trous ; il y a deux anses , diamétralement opposées , dans lesquelles on passe un bâton qui , reposant sur le bord de la caque , tient le tamis suspendu.

La table à moules est formée d’un dessus en chêne a (Fig. 17) , de 67 à 81 millimètres (2 pouces et demi à 3

f iouces) d’épaisseur, et de 650 millimètres (2 pieds) de arge. Il est percé dans toute sa longueur de quatre rangs de trous , dans lesquels les moules , qui sont légèrement coniques, entrent aisément jusqu’au culot. Le dessus de ces tables n’est supporté que parles deux bouts, par deux forts madriers verticaux b ,*■ ajustés à tenons et à mortaises , tant dans le dessus que dans la semelle c , qui est un morceau de bois très épais, qui forme le socle de cette table. Le dessus de cette table doit être très fort , par rapport à son étendue, et par le poids considérable des moules qu’il a à supporter. Audessus des semelles, et entre les pieds de la table , sont placées des auges ou égouttoirs d, destinées à recevoir le suif qui tomberait par quelque accident quelconque de dessus les ' tables.

D’après ce que nous venons de dire sur la construction de ces tables, il est facile de concevoir qu’on doit en avoir pour chaque grosseur de chandelle que l’on fait , puisque la grosseur des moules est relative au nombre de enandelles que la livre contient.

La burette (Fig. 16) sert à verser le suif liquide dans

ies moules. On la remplit en la plaçant sous le robinet c de la caque (Fig. 15).

Les moules ( Fig. 18 , 19 , sont des tubes légèrement coniques. Ils sont en fer, ou C.. bronze , ou en plomb , ou en étain, ou en un alliage de ces deux derniers métaux , ou quelquefois , mais rarement , en fer-blanc : on en fait aussi en verre , et ce sont les meilleurs ; ils réunissent toutes Ips qualités désirables ; ils n'ont contre eux que la fragilité de la matière.

On sent bien qu'il faut être approvisionné d'un grand nombre de moules: 1° A cause de la variété de la grosseur et de la longueur des chandelles : on en jugera par le petit tableau qui va suivre; et l’on conçoit quai faut des moules différents pour chaque sorte de chandelles; 2° il faut une assez grande quantité de moules de la même espèce, surtout dans une fabrique assez considérable ; car on ne peut déplacer les moules , et en retirer les chandelles qu’après que le suif est parfaitement figé, et que le moule est entièrement froid , ce qui exige encore un temps assez long.

Tableau des longueurs des Chandelles et de leurs diamètres , selon leurs différentes qualités.

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