DESCRIPTION DES PROCÉDÉS
« On met dans une chaudière de plomb d’un seul morceau et sans soudure , cent-quinze à cent-vingt-cinq litres d’eau , à laquelle on ajoute huit kilogrammes d’acide sulfurique non concentré, de cinquante à cinquante-six degrés; on jette ensuite, dans la chaudière, cent kilogrammes de suif en branches , qu’on a coupé préalablement en bien petits morceaux pour présenter la plus grande surface possi- S)le à l’action de l’acide; en ce moment, on allume le feu et l’on fait bouillir le tout jusqu'à ce que le tissu cellulaire,
les vaisseaux lymphatiques , le mucilage gélatineux, le sang et la chair même qui se trouve attacliée à la graisse soient tlissous. Pendant cette opération, il faut souvent remuer le mélange avec une spatule de fer ou de bois parfaitement recouverte en plomb. Le suif étantbien fonduet dégagé des corps avec lesquels il se trouvait primitivement combiné et dans l'état de suif ordinaire , pour en perfectionner la qualité , il faudra y ajouter une quantité a’eau suffisante pour remplacer celle qui se trouve enlevée par l'évaporation : il faudra également continuer de faire bouillir le mélange en jetant dans la chaudière deux kilogrammes de nitrate de
f >otasse , par portions d’un demi-kilogramme à la fois , et 'on s’apercevra alors que le suif perdra de sa couleur.
« Pour connaître le degré de cuisson convenable, on laissera tomber doucpment quelques gouttes de ce suif fondu sur de l’eau froide , et après quelques minutes, en prenant ces petits échantillons et les pressant entre les doigts , on verra si le degré de fermeté du suif est au-dessus de celui ordinairement en usage. On fera remarquer ici que si la cuisson est portée trop loin , le suif deviendra extraordinairement ferme , mais aussi qu’il perdra de sa beauté en prenant une couleur jaune pâle. Rien de plus facile que de saisir le moment convenable pour que le suif soit bien plus beau et beaucoup plus ferme que celui que l’on trouve dans le commerce.
La quantité d’acide sulfurique nécessaire pour cette opération dépend :
4° De la quantité plus ou moins grande de tissu cellulaire, etc. , que le suif peut contenir;
2° De la décomposition du nitrate de potasse. 11 est à remarquer aussi qu’un excès d’acide sulfurique est plutôt nécessaire que nuisible, l’opération n’en étant que plus sûre et le produit plus abondant. Au lieu de nitrate quelconque , on peut employer de l’acide nitrique réduit par un égal volume d’eau. La quantité nécessaire sera visible par son effet. Deux , trois et quatre kilogrammes à trente degrés , seront les doses ordinaires pour dix kilogrammes de suif en branches .
« Lorsque le suif est au point convenable , il faut retirer le feu et le laisser reposer pendant quelques heures , c’est-
à-dire jusqu’àce que le mélange soit dans un état paisible et sans aucun mouvement', alors on retire le suif avec soin et on le met dans des vases disposés à cet effet , en suivant les usages déjà établis. Ge qui reste dans la chaudière doit être mis dans des baquets, pour que le suif qui vient sur leur surface puisse être enlevé avec facilité quand il est figé. 11 faut jeter la liqueur et les matières bourbeuses qui se trouvent dans les baquets en attendant le moment de les utiliser ; on trouvera le moyen d’employer ces matières, principalement comme angrais , puisque la matière animale est tenue en dissolution par les acides sulfurique et nitrique -, elles contiennent en outre , si l’on a employé le nitrate de potasse ai» lieu d’acide nitrique, une quantité de sulfate de potasse par la décomposition du nitrate employé.
« Il est plus naturel pour l’économie de l'opération , de se servir d’acide sulfurique non concentré , au lieu d’acide concentré; car les frais de concentration seraient en puro perte , par la raison que l’on est obligé , en se servant de cette dernière espèce , c’est-à-dire d’acide concentré , de le réduire par une forte quantité d’eau : d’ailleurs l’acide sulfurique non concentré contient une portion d’acide nitrique
3 ui , par la concentration de l’acide sulfurique , so trouve écomposc ,. l’oxigèoc faisant corps avec le soufre pendant que le gaz nitreux s’échappe. Il vaut encore mieux, toujours
Î >ar esprit d’économie , employer le nitrate de potasse que 'acide nitrique.
Remarques du breveté. Les proportions du nitrate de potasse ou de l’acide nitrique ne sont pas toujours de rigueur,, et souvent on parvient au point désiré avec des quantités moindres quelquefois; cependant, mais rarement, on est obliger d’en employer davantage pour blanchir le suif et le rendre plus pur.
« Les proportions ci-dessus indiquées ont été basées sur de nombreux essais. Il faut avoir soin de remplacer de temps à autre l’eau qui se trouve perdue par l’évaporation. » Observations. M. Pugli conseille d’employer l’acide sulfurique non concentré, l’économie le prescrit aux fabricants qui se trouvent auprès d’une manufacture d’acide sulfurique; mais pour ceux qui se trouvent éloignés de quelques lieues de ces fabriques , il y aurait prodigalité de faire apportée
chez eux l’acide non concenté ; les frais de transport de la grande quantité d’eau que cet acide contient dans son état de non concentration surpasseraient de beaucoup la différence de prix de cet acide au prix de l’acide concentré. En employant, loin des fabriques d’acide, l’acide sulfurique concentré , on peut remplacer l’acide nitrique dont il a été dépouillé par la concentration , par une petite quantité de nitrate de potasse.
L’auteur conseille, avec raison, de remplacer dans la chaudière, de temps en temps, l’eau qui se dissipe par l’évaporation. Voici le moyen qu’on met en pratique pour tenir le bain de la chaudière toujours à la même hauteur :
A côté de la grande chaudière et du côté du tuyau de la cheminée, on pratique un petit fourneau qui est continuellement échauffé par la chaleur qui s’échappe du grand. Dans ce fourneau est fixé un petit chaudron contenant une vingtaine de litres d’eau, dont le fond est au niveau de la surface supérieure du grand fourneau. Ce chaudron porte un tuyau sur le côté , et près de son fond , qui sort en dehors et porte là un robinet qui peut verser l’eau dans la grande chaudière. On conçoit que l’eau du chaudron est toujours chaude , qu’en ouvrant plus ou moins le robinet , on peut alimenter sans peine continuellement la chaudière , de manière à lui fournir la même quantité d’eau qu’elle en perd par l’évaporation. Pour être sûr de ne pas dépasser la quantité voulue , on se sert d’une règle en plomb , graduée comme un mètre , on la plonge d’abord dans le bain , avant d’allumer le feu , on voit à quelle hauteur le liquide s’élève, on en prend note pour ne pas l’oublier, et de temps en temps on examine, lorsqu’on a ouvert le robinet, s’il n’est ni trop ouvert, ni trop fermé , et l’on règle par là son ouverture. Par ce moyen on introduit toujours de l’eau chaude qui n’interrompt pas l’ébullition.
La fumée du grand fourneau , traversant le petit en se rendant dans le tuyau ascendant , fournit assez de chaleur pour que le petit chaudron soit toujours en ébullition. On alimente le chaudron si cela est nécessaire.
Le 12 septembre 1822 , le même breveté se fit délivrer un brevet de perfectionnement , pour l’application des procédés décrits dans le brevet précédent, du 5 décembre
1821 , aux suifs déjà fondus, et à certaines huiles pour le savon , en apportant quelques changements dans les substances employées et dans la manière d’opérer.
» Si l’on veut opérer sur des suifs déjà fondus , et qui se trouvent souvent dans le commerce , la décomposition du nitrate de potasse par l’acide sulfurique suivant le procédé qui précède, ne produira que peu d'clfet, parce que l’acide nitrique ne peut subir qu’une faible altération , sa décomposition ne pouvant s’opérer que par le peu de matière animale qui se trouve combiné avec la graisse par la fonte ordinaire ; cette combinaison est occasionée par la force trop considérable du calorique; mais si l’on ajoute quelques morceaux de viande bien découpée , ou une petite quantité de sucre, de cassonade ou d’esprit de vin, le suif deviendra bientôt azoté par la décomposition de l’acide nitrique : ainsi ,
{ >our rendre les corps gras plus fermes qu’ils ne sont dans eu** état naturel , il faut combiner avec eux l’azote dès sa naissance; dans son état de gaz, il n’y aura pas de combinaison. Les huiles susceptibles d’être azotées sont celles d’olives, de sperma-céti et de palme, et probablement quelques autres.
« Pour bien réussir, il faut toujours beaucoup d’eau , pour que l’acide nitrique ne soit pas décomposé par les corps gras , parce que sa combinaison avec l'oxigène de l’acide nitrique les brûle , les rend noirâtres et les éteint. Ainsi, il est de nécessité d’employer des corps (les suifs, les graisses et les huiles exceptés) qui décomposent l’acide nitrique par l’absorption de son oxigène, qui facilitera la combinaison de l’azote ou de son oxide avec la graisse sur laquelle on travaille. Ainsi , pour opérer sur les suifs déjà fondus , les graisses de toute espèce et certaines huiles , il faut suivre les procédés décrits dans mon brevet du S décembre 1821 , ( voyez ci-devant , page 89) , en ajoutant avec le nitrate de potasse , un , deux , trois ou quatre kilogrammes de chair bien découpée , ou d’un à deux kilogrammes de cassonade par cent kilogrammes de suif ou graisse. Les quantités nécessaires pour cette opération sont variables ; quelquefois elles excèdent celles que l’on vient de prescrire.
« Pour rendre le suif d’une blancheur parfaite , au lieu d’un nitrate quelconque, on emploiera un chlorate (celui*
de potasse oti de soude) sans cassonade, sans chair ou autre corps ; dans cette opération le chlorate est décomposé par l’acide sulfurique formant un sulfate de potasse ou die soude. L’acide chlorique est donc dégagé et le suif devient blanc sans avoir gagné de consistance. L’effet de l’acide chlorique ou plutôt du chlore sur les corps gras est bien connu; mais la méthode que j’emploie est entièrement nouvelle et le produit n’est aucunement détérioré. L’action du chlore en forme de gaz sur les corps gras les rend peu utiles pour l'éclairage, et la chandelle, d’abord belle à l’œil, coule et devient, en brûlant , d’un brun foncé; enfin , sa qualité est tellement altérée qu’on peut la dire gâtée.
« Par la méthode que l’on vient d’indiquer, le suif conserve toutes ses bonnes qualités, avec l’avantage d’être d’une extrême beauté. »
§ VI. POUR UNE NOUVELLE METHODE DE FONDRE LE SUIF DANS DES APPAREILS CLOS.
Brevet de 5 ans, pris le 24 avril 1825, par le sieur Appert , à Paris, Tome 15, page 505 des brevets expirés.
« Cette méthode consiste à fondre le suif dans des vases clos quelconques , en métal , en verre, en terre ou grès : les marmites connues sous le nom d 'autoclaves sont très propres à cet usage; on applique à ces marmites l’action du calorique élevée à une température qui dépend de la quantité des matières premières.